Le commencement

Chapitre 16 : La Terre Brulée

10265 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 02/12/2025 21:21

Bonjour à toi, lecteur.



Des années après la publication de ma fanfiction Labyrinthe, et après des semaines de travail acharné, voici enfin sa réécriture. La suite, quant à elle, arrivera très bientôt.


Je vous invite à redécouvrir ma fanfiction !

Et n’hésitez surtout pas à me donner votre avis.


Bye !




Chapitre 16 : La Terre Brulée.



Pov Thomas.



Enfin sortie du Labyrinthe. Enfin libre. Enfin nous pouvions rêver à autre chose qu'un carré d’herbe. Nous étions euphoriques. Mais aussi apeurés. Tremblant. Marchant vers l’inconnu. Rien ne sera plus jamais comme avant. Ce qu'on a connu. Le bloc. Même si l’expérience fut courte pour moi. Vu que je n'ai aucun souvenir. Le bloc, la loi des Blocards. Tout ça… c'est tout et seulement ce que j'ai connu. 

Mais notre joie n’allait pas durer… ce qu'on a découvert juste après être sortie du labyrinthe nous a glacé le sang : Une salle immense, complètement silencieuse… et tous les laborantins… morts. Tous. Des scientifiques, des hommes et des femmes qui nous ont observés, étudiés depuis le début. Comme des cobayes. Même si on s’en doutait, le choc reste énorme. On réalise qu’on n’a jamais été seuls dans ce Labyrinthe. On a été surveillés. Analysés. Testés. Chaque jour et pendant des années. 

Puis, comme un miracle… ou une mise en scène, ils sont arrivés. Des gens qui se présentent comme nos sauveurs, notre nouveau refuge. Ils ne s’appellent pas Wicked, ils ont un autre nom, mais tout le monde les croit. D'abord, on n’est soulagés. Pour la première fois depuis des mois, des années pour certains, on peut respirer un peu. On se repose. On prend de vraies douches, on mange… Je me gave comme un porc du festin qu’on nous sert. Tout le monde semble se détendre. Même moi. Sauf que quelque chose cloche… Je le sens. Mais tous les autres me disent de laisser tomber, de profiter. Mais je ne peux pas. Ce n’est pas dans ma nature. Alors je fouine… J’observe. Et je me rapproche de Harrys. C’est lui qui me met sur la piste : tout n’est qu’une façade…

Cette organisation qui prétend nous avoir sauvés… c’est Wicked. Toujours eux. Ils nous manipulent, nous trompent. Leur vrai but : nous endormir, pomper notre sang, parce que notre sang contient le sérum capable de combattre le virus Braise. Ce virus a ravagé la Terre. Détruit presque toute l’humanité. Le monde dehors… et c’est un chaos total… 

Mais je n’hésite pas. Pas un instant pour notre liberté. Avec mon groupe et Harrys, on s’enfuit. On laisse derrière nous les illusions et les trahisons. On traverse ce monde brûlé et mort, poursuivi par Wicked. Mais cette fois, je refuse de me faire avoir. Je refuse que quiconque me prenne, ou prennent ceux que j’aime. On est dehors. On est libres. En quête d'une vraie sécurité. D'une vraie vie… Le Bras Droit est notre unique objectif…! Notre unique chance. Et ensemble, nous irons les trouver, jusqu'au bout.





La nuit tombe peu à peu, et nous marchons au milieu d’une ville complètement détruite, à moitié enfouie sous une tonne de sable. Tout autour de nous, il n’y a que des immeubles effondrés, des routes fissurées, des carcasses de voitures brûlées. Le vent soulève des nuages de poussière qui s’accrochent à nos vêtements et nous piquent les yeux. Le silence est pesant… presque trop lourd. Comme si tout le monde ici était mort depuis longtemps.

Je mène le groupe, mes pas ralentissant parfois pour scruter chaque détail autour de nous. Je cherche un refuge, n’importe quoi qui pourrait nous protéger quand l’obscurité sera totale. La nuit est bien trop dangereuse pour rester dehors. On le sait tous. Les Fendus sortent surtout dans le noir. Ils semblent fuir la lumière, comme si elle les brûlait. Rien que de penser à eux, je sens un frisson glacé me parcourir. 

Les Fendus… des hommes autrefois humains, maintenant déformés par le virus Braise. Leur corps est ravagé. Leur peau est couverte de plaques de champignons blanchâtres qui poussent comme des excroissances monstrueuses. Ils n’ont plus rien d’humain dans le regard. Juste de la haine. Juste une colère folle et incompréhensible. Leur bouche écume parfois d’un sang noir, épais, poisseux, qui coule le long de leur menton. Ils poussent des cris rauques, comme s’ils suffoquaient dans leur propre rage. Et l’odeur… une odeur horrible, agressive, rance, un mélange de moisissure, de chair brûlée et de sang tourné. Une odeur qui reste dans la gorge, qui s’incruste dans les vêtements, qui donne envie de fuir encore plus vite. Je serre les dents et continue d’avancer, parce qu’on n’a pas le choix. On doit trouver un abri. On doit survivre à la nuit.

Je jette un coup d’œil derrière moi, pour m’assurer que tout le monde va bien. Clint et Jeff avancent lentement, l’un s’appuyant sur l’autre pour réussir à marcher. Ils restent silencieux, le visage fermé, complètement désemparés. On voit dans leurs yeux qu’ils tiennent par miracle. Un peu plus loin, Chuck peine à suivre. Son souffle est court, son pas traîne. Son propre poids devient pour lui un fardeau écrasant à chaque mètre parcouru. À côté de lui marche Harrys, toujours silencieux, le visage dissimulé sous sa capuche. Sa silhouette est si fine qu’elle tremble presque à chaque pas, comme si ses jambes risquaient de lâcher d’un moment à l’autre. Frypan et Winston tiennent bon, mais leurs regards sont vides, perdus quelque part entre la peur et l’épuisement.

Juste derrière moi, Ben et Minho suivent de près. Solides. Les anciens Coureurs ne faiblissent pas, même si la fatigue marque leurs traits. Minho lance régulièrement un coup d’œil vers Newt, inquiet malgré lui. Et Newt… Newt serre les dents. Il se pince les lèvres pour ne pas laisser échapper un gémissement. Sa jambe le fait souffrir à chaque pas. Sa cuisse est encore blessée, et pourtant il avance, refusant qu’on s’arrête à cause de lui.

Je sens mon cœur se serrer dans ma poitrine. Ils souffrent tous. Ils sont à bout. Et je veux tellement les protéger… mais comment ? Comment faire alors qu’on marche au milieu des ruines d’un monde mort, poursuivis par Wicked, cernés par les Fendus…? Je serre les poings. Parce qu’au fond… J’ai l’impression que tout ça, c’est ma faute…

Minho s’avance très proche de moi, assez près pour que personne d’autre ne puisse entendre ce qu’il dit. Sa voix est basse, prudente, comme s’il avait peur que ses mots démoralisent tout le monde.

  • Thomas, la nuit approche… il faut qu’on trouve un abri…!
  • Je sais, je sais… souffle-je.

Je m’arrête et scrute le paysage autour de nous, les yeux passant d’une ruine à l’autre dans l’espoir d’un miracle.

  • Ils sont tous épuisés… Et ils ont faim et soif… me rappelle Minho d’un ton grave.

Je déglutis. Une pointe me serre la gorge.

  • Pas la peine de me le dire, Minho… réponds-je un peu plus sèchement que je ne l’aurais voulu.

Pas par colère… Mais par désespoir. Parce qu’il a raison... Et que je le sais déjà. Les autres finissent par s’approcher. Frypan fronce les sourcils.

  • Pourquoi on s’arrête ?

Je me retourne vers eux.

  • On va trouver un abri pour la nuit, annonce-je. 

Et en pivotant de nouveau vers l’horizon, mes yeux glissent derrière le groupe… et s’arrêtent net. Un immeuble à moitié enfoui sous le sable, mais encore debout. Une façade fissurée, mais solide. Et surtout… un panneau poussiéreux où on peut encore lire : Supermarché. Et bon sang, un supermarché…! Ce qui veut dire nourriture. Vêtements. Matériel. De quoi survivre…! Alors que la plupart d’entre nous sont encore en pyjama, certains sans chaussures, comme Clint. Je lève le bras et pointe du doigt la pancarte.

  • Là-bas ! Un supermarché !

Chuck laisse échapper un souffle tremblant :

  • Oh la chance…!

Newt semble presque soulagé, ses traits se détendent un peu.

  • Peut-être qu’on trouvera de quoi boire… et manger…
  • Peut-être ! Ne traînons pas ! lance Minho en serrant les dents.

Je hoche la tête et me remets à courir, le groupe sur mes talons. On fonce vers cet espoir. Vers cet abri qui pourrait nous sauver pour une nuit encore.

On traverse les portes automatiques, brisées depuis longtemps, et un courant d’air glacé nous accueille, chargé de poussière et d’une odeur métallique qui me serre la gorge. Je fais signe au groupe d’entrer en silence. Le moindre bruit semble résonner dans cet endroit immense, comme si les murs retenaient encore l’écho des foules disparues. Chuck se colle immédiatement à moi, agrippant le tissu de ma manche. Je sens sa peur vibrer contre moi, presque contagieuse. Derrière, Minho glisse un bras dans le dos de Newt, geste discret… mais pas assez pour que je ne le voie pas. Une pointe brûlante se loge dans ma poitrine, une morsure familière depuis que nous avons quitté le Labyrinthe. Depuis que j’ai failli le perdre. Mais je chasse ce vertige-là… Ce n'est pas le moment. Pas maintenant. Pas ici.

Je prends la tête du groupe et avance dans la grande galerie sombre. Le silence est oppressant, presque lourd. À chaque pas, nos semelles crissent sur des débris de verre et de plastique, comme si nous piétinions les restes d’un monde qui s’est effondré depuis longtemps. Les lumières du plafond, mortes, pendent en guirlandes brisées. Des bancs renversés, des vitres fissurées, des mannequins démembrés gisent çà et là comme des silhouettes fantomatiques. Pourtant… dans le chaos, il reste des traces de vie : des vêtements encore accrochés aux portants, des sacs de sport poussiéreux, des boîtes de chaussures éventrées. Je respire profondément pour maîtriser l’angoisse qui grimpe dans ma gorge.

  • Super… visiblement on a de quoi se trouver des fringues ici, murmure-je juste assez fort pour être entendu. Si vous pouvez, prenez tous un sac, des baskets et des vestes chaudes. Et puis… si vous voyez des trucs utiles, prenez-les aussi…!
  • Compris, répondent les autres en chœur, leurs voix étouffées dans cette atmosphère étroite.

Ils s’éparpillent aussitôt derrière la devanture éventrée d’un ancien magasin de sport. Le silence retombe, encore plus pesant. Je les regarde s’éloigner, Chuck jetant des regards nerveux, Frypan fouillant avec précaution, Minho balayant la pièce du regard avant de guider Newt à l’intérieur. Et moi… Je sens mon cœur battre beaucoup trop vite dans cette obscurité pleine de ruines et de dangers invisibles. Mais je dois rester lucide. Pour eux. Alors je m’avance à mon tour, prêt à fouiller, prêt à protéger… prêt à faire taire les ombres qui naissent autant dehors que dans ma poitrine.

Le magasin ressemble à une carcasse vidée trop vite : des vêtements jonchent le sol, des boîtes ouvertes pendent encore à des crochets tordus, et une odeur de poussière stagnante flotte dans l’air. Pourtant… ce magasin est une bénédiction. Une vraie mine d’or. Frypan déniche des baskets encore presque neuves, Chuck soulève un sac à dos enfantin mais solide, et Minho teste déjà la résistance d’une corde en tirant dessus comme s’il voulait la faire avouer ses secrets. Je fouille avec eux, mes doigts glissant sur les tissus, sur le métal froid des gourdes vides, sur les lampes de poche éparpillées au fond d’un présentoir renversé. On attrape tout ce qui pourra nous sauver plus tard, chaque objet sonne comme une promesse fragile. Et puis, au milieu de ce chaos… on se change. Là, simplement. Personne ne veut s’éloigner, pas même d’un mètre. La nuit tombe bientôt, les ombres aussi, et on sait tous que l’obscurité de ce monde n’a rien d’innocent. Je me retourne pour accorder un minimum d’intimité à Chuck et Frypan, mais mon regard glisse malgré moi vers Newt. Il se tient un peu à l’écart, juste assez pour qu’on ne lui fonce pas dedans, pas assez pour être seul. Ses doigts tremblent légèrement quand il retire son t-shirt de pyjama sale et déchiré. Un frisson me traverse… La lumière blafarde d’une lampe trouvée par terre éclaire sa peau pâle, fine, presque fragile. Il enfile un t-shirt manches longues bleu ciel, une couleur douce qui tranche avec la grisaille du magasin… mais l’instant suspendu, c’est juste avant, quand je le vois lever les bras, quand le tissu glisse le long de sa poitrine, révélant un instant ses tétons durcis par le froid. Je me fige. Mon regard s’attarde trop. Beaucoup trop… Je détourne la tête aussitôt, le cœur cognant contre mes côtes, comme si j’avais fait quelque chose d’interdit. Putain… Pourquoi je fais ça ?

Je me baisse pour resserrer les lacets de mes nouvelles chaussures, mais mes doigts tremblent. Ce n’est pas juste de l’admiration, ni un simple coup de chaud. C’est autre chose. Quelque chose de plus profond, de plus brûlant, de plus dangereux. Une envie de le toucher. De sentir sa peau sous mes doigts. De poser mes lèvres sur son corps, doucement, lentement. Une envie qui monte, qui s’impose, qui me fait peur autant qu’elle m’attire. Je souffle, longuement, comme si ça pouvait calmer quoi que ce soit.

  • Thomas, tout va bien ? demande Minho en marchant vers moi, sa lampe à la main.

Je relève la tête, tente de paraître normal.

  • Ouais… ouais, je… je resserre mes chaussures.

Minho me dévisage une seconde, une seule, mais bien trop longue. Comme s’il voyait tout ce que je m’efforce d’enfouir derrière un masque de calme. Puis il soupire doucement, comme s’il avait pris une décision.

  • Sur le plan, quand on est entrés, j’ai vu qu’un peu plus loin y avait une cafétéria. Toi et moi, on devrait y aller pendant que les autres continuent de fouiller ici, propose-t-il.
  • Ah, oui, pas bête ! dis-je en me redressant d’un bond, trop vite peut-être.

Je chasse l’image de Newt de ma tête… mais elle reste accrochée en moi, obstinée, comme une brûlure douce. Je la repousse encore, avec plus de force. Pas maintenant. Pas ici. Pas alors qu’on a un monde entier qui veut notre peau.

  • On… on ne devrait peut-être pas se séparer…? intervient Chuck, la voix tremblante, ses doigts serrés autour des bretelles de son nouveau sac à dos.

Je m’accroupis un peu pour être à sa hauteur.

  • C’est mieux si vous restez ici. Minho et moi, on va voir à la cafétéria si on trouve quelque chose à manger. Vous, vous êtes plus proches de la sortie. En cas de problème, vous pourrez fuir plus facilement.
  • Oui mais… c’est peut-être dangereux ! insiste Chuck, les yeux grands ouverts.

Avant que je puisse répondre, Newt pose sa main sur son épaule. Une main douce, légère, mais qui suffit à apaiser presque tout.

  • Ne t’en fais pas, Chuck, murmure-t-il avec un sourire tendre, ça va bien se passer. On reste avec toi.

Je sens ma poitrine se serrer. Pas de stress, pas de peur. Juste… lui. Sa voix douce. Son sourire qui fait fondre quelque chose en moi. Je détourne le regard aussitôt, comme si je pouvais échapper à ce qu’il provoque.

  • Donc si ça se passe mal… on fuit sans vous…? déglutit Clint, blême.
  • Oui, confirme-je. On vous retrouvera à l’extérieur.

Minho acquiesce. Il avance d’un pas et tend le bras, frôlant celui de Newt du bout des doigts comme s’il avait besoin de sentir qu’il est bien là, vivant, solide. Newt lui rend un signe de tête, presque imperceptible.

  • Faites vite… souffle-t-il.
  • Et ramenez-moi un steak frites ! lance Frypan en rigolant, tentant de fissurer l’atmosphère lourde.
  • Et pourquoi pas un dessert tant qu’on y est ? réplique Minho avec un sourire.

Je m’apprête à partir. Je jette un dernier regard au groupe, Chuck collé à Newt, Frypan qui range nerveusement une gourde dans son sac, Clint qui joue nerveusement avec ses doigts, puis mes yeux se posent une seconde, juste une, sur Newt. Sur sa silhouette fine, sur ce maudit t-shirt bleu, trop long, mais qui lui va trop bien. Je détourne aussitôt le regard.

  • Allez, on y va, murmure Minho.

On s’éclipse tous les deux, aussi silencieusement que possible, glissant entre les rayons dévastés. La cafétéria nous attend quelque part dans l’ombre, peut-être pleine de ressources… peut-être pleine de dangers… 

L’air devient plus froid à mesure qu’on approche de la cafétéria. Chaque pas soulève un peu de poussière, et l’odeur de renfermé s’intensifie, piquante, presque acide dans ma gorge. Tout est silencieux. Pas un souffle, pas un craquement, rien. Comme si le lieu retenait sa respiration. Comme si quelque chose l’avait vidé de toute vie.

Minho marche devant moi, lampe en main, son halo oscille sur les murs ternis par le temps. On approche des grandes portes battantes, deux panneaux épais, couverts de traces de doigts anciennes, figés dans la poussière. Je déglutis, prêt à proposer une tactique d’entrée, quand sa voix tombe. Faible. Hésitante. Presque étranglée.

  • Tu le regardes beaucoup…

Je me fige net… Et mon cœur manque un battement.

  • … Pardon…?

Ma voix sort plus sèche que prévu. Mes doigts se crispent contre la sangle de mon sac. Je sens la chaleur me monter au visage… Minho ne se retourne pas tout de suite. Son dos reste tendu, comme si ses mots l’avaient surpris lui-même. Sa lampe tremble un peu dans sa main.

  • Newt… tu le fixes souvent… dit-il finalement, plus doucement.

Je sens ma gorge se serrer. Pourquoi il dit ça…? Comment il a vu ça…? Est-ce que quelqu’un d’autre l’a remarqué…? Et surtout… Si lui l’a vu, alors… est-ce que lui aussi regarde Newt autant que moi…? Cette pensée me traverse et me brûle aussitôt. C’est trop gênant. Trop intime. Trop… pas le moment. On est devant une cafétéria plongée dans le noir et on parle de ça… de lui. De ce qu’il réveille en moi. Je ravale ma panique et je souffle, le plus naturellement possible :

  • Je… je m’inquiète juste pour lui, voilà tout. Entre sa jambe amochée par le Labyrinthe… et sa plaie sur la cuisse… je me dis qu’il est peut-être en difficulté sans vouloir le dire.

Minho se retourne enfin. Ses yeux s’écarquillent un peu.

  • Ah… donc il t’a parlé de sa jambe, alors.
  • Ouais. Il m’en a parlé. Hoche-je la tête.

Minho souffle par le nez, un soupir étrange, presque troublé. Il baisse un peu la tête, comme si quelque chose lui pesait.

  • Donc… Vous êtes vraiment proches… dit-il dans un murmure.

Je m’avance d’un pas, hésite… puis je pose ma main sur son épaule, le visage adouci.

  • Comme toi et moi, non ? dis-je avec un petit sourire.

Il tente de sourire aussi. Mais ça ne monte pas jusqu’à ses yeux. Il tapote mon épaule du bout des doigts, un geste amical… mais qui résonne bizarrement.

  • Si on veut… souffle-t-il.

Je reste là une seconde, interdit. Je l’adore. Minho compte pour moi plus que je ne saurais le dire. Et je sais qu’il tient à moi pareil. Mais… pas comme “ça”. Pas comme lui. Je le sens au fond de moi, comme un murmure que je n’ai plus la force d’étouffer : Je désire Newt. Pas comme un ami. Pas comme un frère. Mais avec l’intensité qu’un homme pourrait désirer une femme. Avec cette fièvre qui me prend aux tripes, qui me fait perdre mes mots, qui rend l’air plus chaud chaque fois que ses yeux croisent les miens. Une envie forte. Intense. Qui me fait presque honte… et qui pourtant prend toute la place.

La main de Minho quitte mon épaule, et un silence plus lourd encore s’installe entre nous. Je reste planté là, incapable de bouger, tandis que mes pensées se délitent dans un chaos que je ne contrôle plus. Est-ce que Minho… ressent la même chose que moi pour Newt…? Est-ce que c’est pour ça qu’il me scrute comme ça…? Une sensation étrange me serre la poitrine. Je repense, malgré moi, à eux deux… là-bas, enfermés dans le Bloc pendant des mois. Cette proximité presque naturelle, ces sourires discrets qu’ils partageaient comme des secrets… ces gestes doux, rapides, trop rapides pour être des hasards. Des caresses furtives sur l’épaule, sur la nuque, sur la main. Une façon de se parler en silence. Et dans les ombres…? Est-ce qu’il y a eu… plus…? Peut-être. Peut-être même sûrement… Peut-être qu’ils se sont touchés. Qu’ils ont cherché du réconfort l’un dans l’autre, dans ce monde fermé, oppressant, sans issue. Peut-être qu’ils ont partagé une chaleur que je ne pourrai jamais rattraper. Après tout, qui tiendrait cinq ans sans chaleur…?

Une bouffée de jalousie violente me traverse. Ridicule. Hors de propos. Mais elle est là… Trop de questions sans réponse… Trop de choses que je ne comprends pas. Trop de zones d’ombre dans leur histoire… que personne n’ose aborder. Et pourtant… depuis qu’on est sortis du Labyrinthe… ils sont différents. Moins proches… Comme s’ils avaient rangé quelque chose quelque part entre deux silences. Et Newt… Newt, c’est moi qu’il regarde désormais. Moi qu’il suit du regard dès que je bouge. Moi à qui il sourit en coin. Moi qu’il appelle Tommy d’une voix qui me retourne entièrement. Je sens mes jambes se raidir, un frisson glacé me parcourir l’échine. Je ne devrais pas penser à ça… Pas maintenant… Pas alors qu’on est dans un centre commercial en ruine, que des choses pourraient surgir de n’importe où. Mais je n’arrive pas à m’en empêcher. C’est comme un poids brûlant sous ma peau, une présence. Une envie qui refuse de mourir.

Et c’est justement quand je suis complètement perdu dans ces pensées-là que la voix de Minho me heurte de plein fouet :

  • Bon. J’ouvre la porte de la cafétéria. T’es prêt…?

Sa voix est ferme. Précise. Elle tranche net dans la confusion. Je sursaute légèrement, brutalement ramené à la réalité, à la poussière, au danger, au silence effrayant du couloir. Je serre la poignée de mon sac plus fort, force mon souffle à se calmer.

  • Ouais… souffle-je. Ouais, je suis prêt.

Même si je suis tout sauf prêt à affronter ce qui se passe dans ma tête…

Minho pousse la porte très lentement… trop lentement… et pourtant le grincement qui s’échappe semble hurler dans tout le bâtiment. Un long crissement métallique qui me tend l’échine d’un coup. On bloque nos respirations au même instant. La lampe de Minho tremble dans sa main. La porte finit par s’ouvrir… juste assez pour voir l’intérieur. Et là… Je me fige. Mon sang se glace…!

Une centaine de Fendus… Tous debout. Immobiles. Certains tournés vers nous, mais sans réaction, comme figés dans une pause étrange. D’autres avec la tête relevée, reniflant l’air d’une lenteur écœurante, comme des bêtes cherchant une odeur… puis s’arrêtant soudain, comme endormi debout… Certains vibrent très légèrement, un spasme lent, presque imperceptible, qui fait trembler leur peau. Et… mon Dieu… Leurs corps… L’horreur que sont leurs corps… Le premier que je vois n’a plus de lèvres, les dents à nu, tremblantes dans une respiration irrégulière. Sa peau est fissurée comme de la terre sèche, laissant apparaître des plaques sombres, pourries. Un autre… tellement maigre qu’on voit ses côtes transpercer presque sa peau. Sa mâchoire pend légèrement de travers, retenue par un lambeau de chair. Plus loin, il y en a un avec une énorme masse de champignons blanchâtres qui déforment tout le côté droit de son visage et gonflent jusqu’à son œil, désormais invisible sous une boursouflure immonde… Des pustules… Des morceaux de chair noircie… Des veines gonflées, parcourues d’une lueur jaunâtre. Ils sont debout. Mais… comme éteints… En pause… En attente.

Minho a un soubresaut silencieux, et je vois son bras se crisper. Moi, mes jambes deviennent du coton. Je n’arrive même plus à cligner des yeux. On n’a pas été repérés. Pas encore. Minho referme aussitôt la porte, aussi lentement qu’il l’a ouverte, ses doigts tremblant mais précis. Le grincement repart, insupportable, comme si le métal voulait nous trahir… puis le bruit s’éteint lorsque la porte se referme complètement. On recule tous les deux. Un pas… Puis un second. Puis encore…! Nos yeux accrochés l’un à l’autre, incapables de parler. Puis Minho souffle, à peine audible :

  • C’est… un putain de nid…

Je sens mon estomac se retourner et je me mets à reculer plus vite, presque à courir à l’envers, sans quitter la porte du regard.

  • Faut partir, tout de suite.

On fait demi-tour et on fonce, le plus silencieusement possible, mais nos pas résonnent malgré nous. Mon cœur martèle. Mon souffle brûle. Mes pensées s’emmêlent toutes en un seul cri intérieur : Newt. Chuck. Fry. Winston. Ben. Clint. Jeff. Harrys. Ils sont restés près de l’entrée… Si un seul Fendu sort… Si le bruit les réveille… Si quelque chose les attire… Mon sang devient glacé… Je cours aux côtés de Minho, sans même sentir mes propres jambes. Juste une seule certitude : Ce bâtiment est un nid…! Un enfer en sommeil…! Et mes amis sont juste à côté de l’entrée. Il faut les prévenir. Il faut les sortir de là. Avant que la mort ne se réveille…! 



Pov Newt.



Je m’équipe en silence, comme si chacun de mes gestes se faisait dans du coton. Le magasin de sport est plongé dans une pénombre poussiéreuse… et pourtant c’est presque apaisant comparé à ce qu’on a traversé dehors. J’ai choisi un pantalon large, assez pour courir, assez pour ne pas qu'il me gêne. T-shirt bleu ciel, manches longues… beaucoup trop grand pour moi, mais je m’en fiche. Il sent la poussière, mais il est doux. Et j’ai besoin de douceur en ce moment. Je passe la veste chaude par-dessus, enroule mon écharpe rouge autour de mon cou. Un geste familier, rassurant. Mes bottines crissent un peu sur le sol, elles sont couvertes de poussière sèche. Mais elles tiendront. J’essaie de respirer calmement. Dignement. Mais mon cœur… il bat trop vite, trop lourd… Je me sens vidé. Cassé…

L’enfer du Labyrinthe me colle encore à la peau, comme une ombre qui refuse de disparaître. On pensait être enfin libres. Enfin sauvés. On a couru vers la lumière comme des idiots… et tout ça pour découvrir qu’ici aussi, dehors, le monde s’est effondré. Ici aussi, tout pue la mort, le sang séché, la peur. Ici aussi, il y a des monstres. Je ne sais même plus ce qui est le pire… Le Labyrinthe qui nous traquait… Ou cet extérieur qui ressemble à un tombeau…

Je serre les sangles de mon nouveau sac. Ce geste me maintient debout. Thomas et Minho viennent de partir vers la cafétéria, et dès qu’ils franchissent la porte, c’est comme si on m’arrachait un morceau du cœur. Je fais semblant d’être calme. Je fais semblant d’avoir confiance. Mais… la vérité, c’est que j’ai la gorge serrée d’inquiétude.

Thomas… Il devient tellement important. Trop important. C’est stupide… dangereux… mais je n’arrive plus à l’ignorer. Il marche devant nous tous comme s’il voyait la route, comme s’il savait comment survivre. Comme si rien ne l’effrayait vraiment. Comme si… il nous sauverait tous, quoi qu’il en coûte. Et cette idée me tient debout… Elle m’obsède même…

Je devrais penser à Minho. Minho qui, depuis toujours, reste ancré dans mon cœur comme une seconde respiration. Minho avec sa force, sa fidélité, son feu. Je l’aime, je le sais. C’est une vérité aussi simple que douloureuse. Mais… Thomas… Thomas prend de la place. Trop de place… Depuis qu’on est sortis, depuis que tout s’écroule autour de nous, c’est lui que je regarde. C’est lui que je veux suivre. C’est lui qui porte quelque chose en lui… quelque chose que je n’arrive pas à nommer. Un sentiment étrange serre ma poitrine, si fort que j’ai l’impression d’étouffer. Je me surprends à penser à lui plus qu’à Minho. À le chercher du regard… À attendre le son de sa voix. À vouloir… être près de lui. Toujours… Mais je ferme les yeux, secoue la tête. Je n’ai pas le droit de penser comme ça. Pas maintenant. Pas ici. Et pourtant… 

Je décide de bouger un peu, de faire le tour du magasin pour me changer les idées. Ces pensées qui tournent dans ma tête… elles ne m’aident pas. Elles me serrent la gorge, m’empêchent de respirer. Alors je marche, lentement, entre les rayons sombres où pendent encore quelques vêtements de sport abandonnés, des sacs éventrés, des chaussures solitaires. Je cherche quelque chose d’utile. Peu importe quoi. Une lampe, une corde, une gourde… n’importe quoi pour me sentir un peu moins inutile, un peu moins perdu. Mes doigts glissent sur les étagères froides. Je chasse mes pensées d’un geste brusque de la main, comme si je pouvais les balayer de l’air.

C’est là que Chuck surgit, tout proche, presque collé à moi. Il sursaute légèrement en me voyant et aussitôt, il s’accroche à mon bras, comme s’il avait peur que je disparaisse.

  • Ah t’es là…! Newt…! 
  • Oui, pourquoi ? Le regarde-je avec un sourire tendre.
  • Regarde ce que j’ai trouvé ! 

Il tend ses mains devant lui, paumes ouvertes… et là, je vois plusieurs bracelets en cuir. Marron, noir… Certains tressés, d’autres plus simples. Sur chacun, une petite plaque de métal, gravée d’un petit symbole. Un animal différent pour chaque bracelet. Chuck sourit comme si c’était un trésor.

  • Un pour chacun de nous ! Comme ça, on restera tous unis pour toujours !

Son enthousiasme me réchauffe un peu le cœur. J’esquisse un sourire sincère.

  • Bonne idée… ils sont beaux, souffle-je.

On n’a pas vraiment besoin de ça. On n’a rien, et tout ce qu’on emporte doit compter. Pourtant… ce geste-là, ce symbole-là… c’est important. Plus important que tout le reste. Dans un monde qui s’écroule, dans un monde où tout nous échappe, un signe d’unité comme celui-là… ça vaut de l’or. Chuck choisit un bracelet et me le tend, tout fier :

  • J’ai choisi pour toi !

Je baisse les yeux… et je découvre un petit lynx gravé sur le métal. Les oreilles pointues, la silhouette fine, féline. Un félin… oui. Ça me correspond peut-être. Sauvage, discret, un peu cabossé aussi. Un sourire m’échappe malgré moi.

  • Merci… murmure-je en posant ma main sur son épaule large, solide.  Ce gamin est un soleil dans la nuit. Je lève les yeux vers lui. Et toi, qu’est-ce que tu as pris ?

Il bombe le torse et me montre son propre bracelet, déjà attaché autour de son poignet.

  • Moi j’ai pris ça !

Un petit écureuil y est dessiné. Les oreilles rondes, la queue en panache. Je ris doucement amusé par se choix. 

  • C’est mignon… et ça te va bien.

Chuck rougit un peu, mais son sourire s’étire encore plus. Et l’espace d’un instant… dans ce magasin sombre, au milieu du chaos, quelque chose ressemble presque à de l’espoir.

  • Et… qu’est-ce que tu vas donner à Thomas et Minho ? demande-je, curieux malgré moi, presque impatient de savoir comment Chuck les voit.

Et Chuck ne réfléchit même pas une seconde.

  • Pour Thomas, ça sera le Cerf ! annonce-t-il avec fierté.

Je hoche la tête, un léger sourire au coin des lèvres. Oui… ça lui va si bien. Majestueux. Droit. Sûr de lui même quand il tremble au fond. Un leader naturel, même sans le vouloir. Un animal qui avance, qui brave la forêt sombre comme Thomas brave ce monde détruit. Un cerf… évidemment. Chuck attrape ensuite un autre bracelet entre ses doigts, plus sombre, plus brut.

  • Et pour Minho, ça sera le loup !

Je sens mon sourire s’élargir, se réchauffer. Le loup… oui, ça lui colle à la peau. Silencieux dans la nuit. Rapide, vif, imprévisible. Un regard qui voit tout. Sauvage, mais tendre quand il le décide. Et surtout… loyal. Solidaire. Toujours prêt à défendre sa meute, même au péril de sa vie.

  • Ça leur va parfaitement, souffle-je, serrant mon propre bracelet entre mes doigts comme un rappel discret que malgré ce chaos, malgré la peur… on est encore une meute, nous aussi.

Chuck se balance un peu d’un pied à l’autre, puis continue, visiblement ravi de son idée.

  • Et pour les autres, j’ai déjà tout choisi ! dit-il avec l’entrain d’un enfant qui partage un trésor.

Je l’écoute, curieux, presque apaisé par sa joie simple dans ce monde qui n’a plus rien de simple.

  • Pour Frypan, ça sera l’ours !

Je souris aussitôt. Oui… l’ours. Solide, rassurant, un peu grognon parfois mais le cœur énorme. Frypan protège les siens comme il protège ses casseroles : avec acharnement.

  • Pour Winston, j’ai pris le renard !

Je hoche la tête. Rusé, rapide, toujours à flairer les ennuis avant qu’ils n’arrivent… Winston a ce même instinct-là, cette façon de survivre en silence.

  • Pour Ben, l’aigle ! continue Chuck, fier.

Je respire doucement. Ben… l’aigle. Fier, distant peut-être, mais téméraire, le regard perçant. Un garçon qui observe tout d’un peu plus haut, comme s’il guettait le monde pour comprendre comment s’en sortir.

  • Et pour Harrys… le lapin ! ajoute Chuck en riant légèrement.

Je laisse échapper un rire aussi, discret mais réel.

  • Pourquoi le lapin ?
  • Bah… je le connais pas trop, avoue-t-il, mais il a l’air doux et gentil.

Et… c’est vrai. Harrys à cette douceur timide d’un animal qui ne ferait de mal à personne. Puis Chuck sort deux bracelets identiques.

  • Et pour Clint et Jeff : le furet ! Je hausse un sourcil amusé.
  • Le furet, hein ?
  • Ben oui ! Ils sont toujours fourrés ensemble, rapides, malins et… un peu voleurs, souffle-t-il en rigolant. Je ris moi aussi.
  • Ça leur va parfaitement. Tu as bien choisi. 
  • Hé hé, oui ! Sourit-il avant de poursuivre ses explications. 

Il dit qu’il les a trouvés au rayon chasseur. Je hoche la tête, intéressé, mais je sens déjà l’agitation derrière moi. Frypan et Winston arrivent, et tout de suite, Chuck leur tend leurs bracelets respectifs, leur expliquant la même chose qu'à moi. Winston attrape le bracelet du renard, tandis que Frypan enfile celui de l’ours. Il le regarde, un petit sourire satisfait aux lèvres, presque fier de lui.

  • Et toi, Newt, tu as eu quoi ? demande Frypan, les yeux qui brillent d’une malice que je connais trop bien.

Je relève les yeux vers lui, enfilant mon bracelet, et murmure :

  • Le lynx.

Avant que je puisse réagir, Frypan glisse sa main sur ma taille, me tirant légèrement vers lui. Sa voix devient douce, presque provocante :

  • Ah ouiiii… ça te va bien. Tu as un petit côté félin…! 

Un frisson me parcourt malgré moi. Je me sens un peu gêné, mais je ne me débats pas. J’ai appris depuis longtemps que Frypan aime toujours me taquiner… ou draguer, selon les jours. Lentement, je dégage sa main de ma taille, ferme mais sans agressivité. Mon regard croise le sien, et je ne peux m’empêcher d’esquisser un petit sourire gêné.

  • Ne t’attend pas à ce que je ronronne non plus… dis-je, amusé. 

Et je sens bien qu’il est fier de sa remarque. Comme d’habitude. Mais il fait mine de bouder, avec un sourire malin qui fend son visage :

  • Bien dommage…!

Je sens mes joues s’échauffer légèrement. Je me tourne presque instinctivement vers Winston, qui s’amuse ouvertement de la scène.

  • Franchement Fry, lui lance-t-il en riant, arrête de te faire du mal ! Newt est la proie de Thomas. Suffit de voir comment il le regarde ! 

Fry ricane mais moi je me fige, surpris, rouge comme une tomate.

  • Qu… qu’est-ce que tu racontes…? balbutie-je, un peu choqué.

Winston rigole et pose sa main sur mon épaule, complice :

  • Roh, arrête de faire genre ! Il te bouffe du regard. Il te kiffe !

Je détourne le regard, incapable de nier, sentant mes joues brûler davantage. Mais Chuck intervient, plus enthousiaste que jamais :

  • Ça c’est trop vrai ! Et vous seriez trop mignons ensemble, Thomas et toi !

Je me sens à la fois gêné et amusé, incapable de répondre correctement, tandis que Frypan ricane et que Winston secoue la tête en s’étouffant de rire…

  • Vous dites vraiment n’importe quoi, ceoise-je les bras.

 Je croise les bras, comme pour me protéger, mais ça ne sert à rien. Je suis beaucoup trop gêné.

Est-ce que Thomas me regarde vraiment autant que les autres le prétendent… ? Pourquoi cette idée me trouble à ce point ? Mon cœur s’emballe sans que je le contrôle, cogne contre ma poitrine comme s’il voulait s’échapper. Thomas… Il me plaît. C’est indéniable. La pensée s’impose à moi avec une clarté presque douloureuse. Et pourtant… il y a Minho. Minho et moi. Ce lien discret, fragile, que personne ne doit voir. Je n’ai même pas le temps d’aller plus loin dans mes réflexions.

Des pas précipités résonnent soudain, trop rapides, trop désordonnés. Ben, Harrys, Clint et Jeff déboulent dans l’allée, pâles, essoufflés, paniqués.

  • Les gars… s’étouffe Jeff, le souffle court. Il faut fuir. Vite… !
  • Pourquoi ?! demande-je aussitôt, une boule d’angoisse se formant dans ma gorge.
  • Des hommes…! Des hommes armés ! Ils arrivent !

Le mot claque comme une détonation… WICKED… Immédiatement, la panique se propage. Chuck pousse un petit cri et s’agrippe à mon bras avec force, tremblant de tout son corps. Frypan pâlit à vue d’œil, ses mains secouées de spasmes nerveux. Tout le monde recule d’un pas, puis d’un autre, sans savoir où aller, sans savoir quoi faire.

  • Calmez-vous, murmure-je fermement. Calmez-vous tous. Ma voix tremble à peine, mais je force le contrôle. Suivez-moi. Vite. Et en silence…

Aussitôt, le groupe m’obéit. On sort du magasin de sport à la hâte et on se met à courir dans les couloirs du centre commercial, en direction de la cafétéria. Là où Minho et Thomas sont partis.

  • Ils sont encore à l’entrée, souffle Clint entre deux respirations. Comme s’ils hésitaient à rentrer…

Peu importe. On ne peut pas rester là. On débouche dans le couloir qui mène à la cafétéria,

Et je manque de percuter quelqu’un de plein fouet… Thomas. Il arrive en sens inverse, visiblement en courant, Minho juste derrière lui. Son visage est blême, ses yeux grands ouverts de terreur. Avant même que je puisse parler, il attrape mes bras dans les siens, ses doigts s’enfonçant dans mes manches. Il plonge son regard dans le mien.

  • Il faut partir… !

Son souffle est court, brûlant, et cette proximité me coupe presque la respiration. Comme une fusée, Thomas tente aussitôt de repartir, m’entraînant avec lui, mais je le retiens brusquement.

  • Tommy, attends ! Il y a des hommes armés devant l’entrée !
  • Quoi…?! Blême-t-il un peu plus. 
  • Ouais ! confirme Jeff. On les a vus !
  • On peut plus fuir par là, panique Frypan. Faut trouver un plan de secours !

Thomas serre les dents, passe une main nerveuse dans ses cheveux.

  • Putain… pas possible d’aller vers la cafétéria. C’est un nid de Fendus. Il marque une pause. On revenait justement pour vous prévenir…

Chuck laisse échapper un sanglot étouffé.

  • Ils sont à vos trousses ?! panique Ben.
  • Non, non, le rassure Minho. Ils nous ont pas vus. Mais faut pas traîner ici.

Comme pour lui donner tort, des faisceaux de lumière apparaissent au loin. Des lampes torches balaient lentement le couloir, se rapprochant. Mon sang se glace.

  • Ils arrivent… murmure quelqu’un.

Thomas se tend aussitôt. Il saisit mon poignet avec fermeté, ses doigts chauds, pressants.

  • Chut…! Suivez-moi. Ne traînons pas.

Sans attendre de réponse, il entraîne le groupe dans la galerie, en direction de la cafétéria malgré le danger. Personne ne discute. On avance dans un silence lourd, étouffant, seulement brisé par le bruit précipité de nos pas paniqués, résonnant trop fort dans le centre commercial désert… Et chaque seconde qui passe me donne l’impression que tout peut s’effondrer…

On progresse encore, le souffle court, jusqu’à atteindre l’autre extrémité de la galerie. Mais l’espoir s’écrase aussitôt. Les portes automatiques sont là… à moitié ensevelies dans le sable. Les battants sont bloqués, figés, avalés par les dunes qui ont envahi le centre commercial. Impossible de sortir par là. Un frisson glacé me parcourt l’échine.

  • Merde…! peste Thomas en serrant les poings.
  • Va falloir trouver autre chose… ajoute Minho en se postant à mes côtés.

Je serre un peu plus la main de Chuck. Il s’accroche à moi comme à une bouée, ses doigts tremblants enfoncés dans les miens. Sa peur me traverse de part en part.

  • Ouais, mais où ?! panique Thomas un instant, le regard affolé, cherchant une idée qui ne vient pas.

La panique nous gagne tous. Elle monte, brutale, étouffante. Mon esprit se brouille complètement, incapable d’aligner une seule pensée cohérente. Je ne réfléchis plus. Je m’en remets entièrement à l’instinct de Thomas, à sa capacité presque désespérée à nous sortir de là. Autour de moi, les souffles sont courts, saccadés. Tous… sauf un. Harrys. Lui ne panique pas. Ses yeux fouillent l’espace avec une attention presque maladive. Comme s’il avait appris, à force de vivre sous la menace de Wicked, à toujours chercher une issue cachée. Soudain, il tend le bras.

  • Là…!

Je suis son doigt du regard. Une ouverture béante dans le mur, plus haute, sombre, étroite. Une bouche métallique qui donne sur les galeries de ventilation.

  • Passons par ici… murmure-t-il.
  • Bonne idée ! bondit Thomas sans hésiter.

Frypan déglutit bruyamment, levant les yeux vers l’ouverture.

  • T’es sûr que je passe… ? demande-t-il, inquiet. Je suis pas vraiment… fin.

Thomas lui lance un regard sérieux.

  • Va bien falloir.

Avec Minho, ils s’approchent de la grille. À deux, ils l’arrachent dans un grincement sourd qui me donne l’impression que tout le centre commercial va nous entendre. Mon cœur manque un battement.

  • Minho, murmure Thomas, vas-y. Guide-les. Je ferme la marche.
  • Ok, approuve Minho sans discuter.

Il s’élance le premier dans le conduit, disparaissant dans l’obscurité. Le métal résonne doucement sous son poids. Chuck le suit de près, un peu maladroit mais déterminé. Puis Ben, Winston. Quand vient le tour de Frypan, il doit se contorsionner, coincé un instant. Tout le monde retient son souffle.

  • Ça passe… grogne-t-il enfin.

Clint et Jeff s’engouffrent à leur tour. Puis c’est à moi. Je m’approche de l’ouverture, le cœur battant à tout rompre. Avant que je ne me glisse à l’intérieur, je sens une main se poser sur mon dos. Douce. Rassurante. Thomas… Un simple contact, mais il m’ancre. Il me pousse légèrement vers l’avant, comme pour me dire vas-y, je suis là. Je rampe dans le conduit, la poussière m’envahit aussitôt les poumons. L’air est lourd, sec, étouffant. Derrière moi, j’entends Thomas entrer à son tour, refermant la marche comme promis. On avance en silence, à quatre pattes, le métal froid sous nos mains, la peur collée à la peau.  Certaines tôles grincent, d’autres vibrent dangereusement. Tout tremble. Tout paraît instable. Bancal. Pas rassurant du tout… Chaque bruit me donne l’impression que le métal va céder sous nous.

  • Ne vous arrêtez pas, continuez… chuchote Thomas, assez fort pour que tout le monde l’entende.

Sa voix, étonnamment ferme, me donne un peu de baume au cœur. Thomas ne semble jamais perdre pied. Jamais. Moi, à l’inverse, j’ai le cœur qui bat à tout rompre, si fort que j’ai peur qu’il résonne dans le conduit. Devant, Minho dit quelque chose à voix basse. Trop bas.

  • Il a dit quoi ?! souffle Thomas, aussitôt inquiet.

Clint et Jeff, juste devant nous, plus près de la voix de Minho, se retournent légèrement pour faire passer le message :

  • On passe au-dessus de la cafétéria… chut…!

Mon estomac se noue instantanément. La cafétéria. Je comprends aussitôt. Le moindre bruit peut nous condamner. Un seul faux pas, un seul choc trop fort… et tout est fini. On continue d’avancer, rampant avec une lenteur presque insupportable, retenant notre souffle, essayant de rendre nos mouvements aussi silencieux que possible. 

Je passe au-dessus d’une large grille métallique. Je jette un regard en dessous… Et… Une centaine de Fendus s’y entassent. Ils bougent de façon désordonnée, convulsive. Certains se tordent, d’autres se balancent d’avant en arrière, comme pris de spasmes incessants. Ils semblent souffrir. Pourrir de l’intérieur. Rongés par la Braise. Le spectacle me donne la nausée… Ma gorge se serre, mon ventre se tord douloureusement. La peur devient presque physique, poisseuse, écœurante. Je détourne le regard et avance encore, tremblant. C’est au tour de Thomas de passer au-dessus de la grille… Mais au moment où je pose le genou sur une nouvelle tôle… CRAAASH… Tout s’effondre…!

Un tuyau cède brutalement sous mon poids. Le métal se déchire dans un vacarme infernal. Je n’ai même pas le temps de crier… Je chute…! Je tombe dans la cafétéria, entraîné par les débris. Mon corps s’écrase violemment au sol, sous une pluie de métal et de poussière. Une douleur fulgurante explose dans mon bras.

  • Hnn…!

Un souffle arraché par la douleur m’échappe malgré moi… Autour de moi, les débris finissent de retomber dans un fracas assourdissant. Au-dessus, les autres conduits tiennent bon. Je suis le seul à être tombé. Et non loin de moi… les Fendus…! Évidemment, le fracas les a réveillés. Les Fendus, secoués par le bruit, s’agitent brutalement dans tous les sens. Des gémissements rauques montent, des corps se heurtent, se bousculent. Mais aucun regard ne se pose sur moi. Je suis invisible… 

Les débris m’ont enseveli juste assez pour me dissimuler. Je tremble de tout mon corps, tétanisé, retenant même ma respiration. Au-dessus de moi, je lève les yeux. Thomas… Il me regarde depuis le conduit, le visage déformé par la panique. Nos regards se verrouillent une seconde interminable. Puis… Les portes de la cafétéria s’ouvrent brusquement…!

Des hommes armés déboulent, armes levées. En voyant la masse grouillante de Fendus, ils se figent une fraction de seconde… puis reculent aussitôt et claquent la porte. Trop tard… Les Fendus les ont vus. Un hurlement collectif déchire l’air. Sortis de leur torpeur, ils se ruent vers la sortie. La porte cède sous la pression, explose presque, et ils jaillissent dans le couloir à la poursuite des hommes armés. Des tirs éclatent de toutes parts. Les détonations résonnent, sèches, violentes, couvrant tout. C’est à ce moment-là que Thomas descend. Il se laisse tomber du conduit derrière moi, amortit sa chute et se précipite aussitôt à mes côtés. Ses mains me dégagent des débris avec une urgence fébrile.

  • Ça va aller… ça va aller… je suis là… murmure-t-il à voix basse, encore et encore.

Sa voix tremble à peine, mais elle me maintient en vie.

  • Merci… Tommy… souffle-je, à bout de souffle. La peur me serre le ventre au point de m’en donner la nausée.

Nos mouvements sont couverts par les coups de feu, par les cris lointains. Tous les sons attirent les Fendus ailleurs, loin de nous. La cafétéria se vide peu à peu. Thomas m’attrape par le bras et me tire vers lui.

  • Ne restons pas là. Vite…!

On se relève en titubant. On longe les murs, le plus discrètement possible, puis on se met à courir vers l’autre bout de la cafétéria. On traverse la cuisine. Tout est sombre, oppressant. Les formes se dessinent à peine sous l’éclat tremblant de nos lampes, révélant des plans de travail renversés, des ustensiles jonchant le sol. Dans la réserve, enfin, on retrouve les autres. Minho bondit aussitôt vers moi. Son inquiétude est brute, sans filtre. Il attrape mon bras dans sa large main.

  • Ça va ?!

Je hoche la tête.

  • Oui… murmure-je encore fébrile.

Mais il n’y a pas le temps de s’émouvoir…

  • Il faut partir. Maintenant….! 

Thomas reprend la tête du groupe sans hésiter. Il nous entraîne jusqu’à un escalier menant vers les niveaux inférieurs.

  • Par là !

On dévale les marches en courant et on débouche dans le parking souterrain. L’air est plus frais, chargé de poussière. Au loin, une lueur. Le soleil couchant… Sans réfléchir, on se met tous à courir vers cette lumière, comme si elle seule pouvait encore nous sauver.

Mais le bruit de notre course résonne trop fort. Entre deux voitures abandonnées, des Fendus se réveillent. Des corps se redressent brusquement, attirés par nos pas, par nos souffles affolés. Des râles montent, puis des cris. On est repérés…! On est pris en chasse, on court à perdre haleine. Les poumons en feu, les jambes qui brûlent. Le sol défile sous mes pieds tandis que la panique me pousse en avant. Et comme si la malchance s’acharnait sur moi… Un Fendu me tombe dessus…! 

Il chute du plafond par un trou béant et s’écrase devant moi dans un bruit mou. Il n’a plus de bras. Juste des moignons informes. Son visage est déformé, méconnaissable. Un champignon noir, visqueux, envahit sa langue qu’il tend vers moi. Il n’a plus rien d’humain. Il se jette sur moi, la bouche grande ouverte, cherchant à me dévorer. Je crie et le repousse de toutes mes forces, les bras tremblants, le maintenant à distance alors que sa mâchoire claque à quelques centimètres de mon visage.

  •  Tommy…!! hurle-je, paniqué.

Aussitôt, Thomas surgit. Il frappe le Fendu d’un coup de pied violent, sans hésiter, avec une rage presque sauvage. Le corps est projeté sur le côté dans un râle étouffé. Mais on n’a pas le temps de souffler. Derrière nous, la horde arrive. On est les derniers à courir…

Minho a ralenti, refusant de nous laisser derrière. Il jette des regards rapides par-dessus son épaule, guettant chacun de nos pas. Thomas m’attrape, m’entraîne, et ensemble on rejoint Minho. On court tous les trois, côte à côte, vers la lueur orangée du soleil couchant. L’extérieur est là… 

Le parking est à moitié effondré. La lumière filtre à travers un amas chaotique de béton brisé et de métal tordu. Pour sortir, il faut grimper. Une montagne de débris…! 

On escalade comme on peut, les mains écorchées, les muscles hurlants. Les Fendus peinent à nous suivre. Ils sont moins agiles. Moins doués pour la traque en hauteur. Ça nous sauve… On atteint enfin le sommet, mais le danger est partout. Des Fendus surgissent de tous les côtés, hurlant, criant, cherchant à tuer, à dévorer. La traque dure une éternité…

Des minutes qui s’étirent, peut-être quarante, peut-être plus. On se cache, on change de direction, on rampe, on se faufile. Peu à peu, on parvient à les semer… Mais rien n’est vraiment sûr. Alors Thomas prend une décision. On se cache. On trouve une crevasse étroite entre deux blocs de béton effondrés. Un abri précaire, mais hors de vue. À l’abri des Fendus… pour l’instant. On s’y entasse.

Minho au fond, m’entourant de ses bras protecteurs. Moi, plaqué contre Thomas, mes mains accrochées à lui comme à une ancre. Thomas tient Chuck, et Chuck s’accroche à son tour aux autres. Une chaîne humaine, serrée, silencieuse. On est tous collés les uns aux autres. Épuisés… Nos cœurs battent à toute allure, trop forts, trop vite, résonnant dans ce silence fragile. Et pour la première fois depuis longtemps… on attend…



Plus tard.



La nuit est longue. Horrible. On ne dort pas vraiment. On attend. En silence… Personne ne parle. Personne n’ose. La peur flotte entre nous comme une brume épaisse, prête à nous étouffer au moindre bruit. Ce qui me rassure, c’est la respiration de Minho contre ma nuque. Régulière. Vivante. Par moments, il dépose sa joue contre la mienne, un geste simple, presque inconscient, mais qui m’ancre au réel. Et puis il y a Thomas… Son odeur. Sa chaleur. Il est blotti contre moi, niché dans mes bras comme s’il cherchait refuge. Je le serre fort, instinctivement. Ma joue repose contre sa tête, et je m’accroche à cette présence comme à une promesse. Minho… Thomas… Je les vois comme mes piliers. Mes repères. Je sais, au fond de moi, que je ne peux plus vivre sans eux. Pas après ça. Je les aime tellement que la pensée me brûle la poitrine.

Toutes ces réflexions me traversent parce que la mort n’est jamais loin. Elle rôde, tapie dans l’ombre, patiente. Puis l’aube arrive… Plus aucun cri de Fendu. Plus aucun râle… Alors, enfin, on sort des décombres. On s’enfuit. On s’éloigne. Le plus loin possible.

Le soleil se lève lentement. Sa lumière a quelque chose de rassurant, presque doux. Mais nos corps, eux, sont brisés. On est épuisés. Affamés. Assoiffés. Je ralentis le pas. Je marche presque en dernier, aux côtés de Chuck. Il peine à avancer, traînant son propre poids, le souffle court. Devant, Minho marche le regard perdu, mécanique au côtés de Ben. 

Sans que je m’en rende compte, une présence familière me rejoint. Thomas… Il pose une main sur mon dos. Un petit sourire rassurant éclaire brièvement son visage.

  • Ça va… ? Ta jambe te fait mal ?

Je me sens aussitôt soulagé. Presque heureux. Thomas est si fort. Toujours là. Toujours un guide, même quand tout va mal. Même après cette nuit éprouvante.

  • Ça va… merci, Tommy. Je marque une pause, puis ajoute doucement : Et toi ? Ça va ?

Je caresse discrètement sa main du bout des doigts.

  • Oui… mais… je m’inquiète pour vous, avoue-t-il.

Je hoche la tête.

  • Il faut qu’on trouve un endroit pour se reposer.

Derrière moi, Chuck gémit, à bout.

  • Oh oui… j’en peux plus…

Thomas s’arrête aussitôt et attend qu’il arrive à sa hauteur. Il pose une main dans ses cheveux avec douceur.

  • Courage, Chuck.

Minho nous rejoint alors en trottinant et pointe l’horizon du doigt.

  • Regardez. Les maisons là-bas. Elles ont l’air barricadées. Il hésite une seconde. Si on entre dans l’une d’elles et qu’on la sécurise pour la nuit… on pourrait être en sécurité, non ?

Thomas plisse les yeux, analyse la situation.

  • Pas bête. Mais faudra d’abord s’assurer qu’il n’y a rien à l’intérieur.
  • Ouais… ajoute Frypan. Pas de Fendus.
  • Faut tester, tranche Minho.

Thomas approuve d’un signe de tête. On se remet en marche et on se dirige vers une rangée de maisons. Une ancienne résidence, désormais réduite à un village en ruine. Les façades sont éventrées, les vitres brisées, les portes de travers. Thomas vise l’une des maisons du milieu. Celle à la peinture rouge écaillée. Et sans le savoir encore… on s’en approche avec un espoir fragile, presque dangereux…

Une fois face à la porte, Minho et Thomas, accompagnés de Ben, décident de fouiller la maison en premier. Thomas brise une planche clouée sur la porte. Le bois craque, tombe lourdement. Ils s’engouffrent à l’intérieur, armés de bouts de bois et de métal récupérés en chemin, prêts à se défendre au cas où. Je reste dehors avec les autres. Chuck s’accroche à mon bras, tremblant encore légèrement. Je le serre doucement, essayant de lui transmettre un peu de calme.

Le temps s’étire. Long. Trop long. Chaque seconde est interminable. Mon esprit tourne, imaginant mille dangers possibles à l’intérieur. Puis enfin, ils reviennent. Thomas et Minho, Ben à leurs côtés.

  • La maison est complètement vide, annonce Thomas d’une voix rassurante.
  • Mais… il y a un squelette dans le sous-sol, précise Minho, grave. N’y mettez pas les pieds.

Thomas hausse les épaules, tentant de détendre l’atmosphère.

  • Le reste est clean…! dit-il avec un petit sourire. On va la barricader et se reposer ici aujourd’hui et cette nuit. On décidera demain matin pour la suite.

Ben s’avance, le visage illuminé.

  • Et bonne nouvelle ! ajoute-t-il. Dans la cuisine… j’ai trouvé des vivres !
  • Vraiment ?! s’époumonne le groupe en chœur.

Un souffle de soulagement traverse chacun d’entre nous. Les épaules se détendent un peu. On entre dans la maison en un mouvement collectif presque euphorique, oubliant la fatigue, oubliant presque la peur. Enfin, la chance nous sourit. Enfin, un peu de répit. Mais dans un coin de mon esprit, je me demande combien de temps cela durera. La nuit sera-t-elle vraiment reposante… ou n’est-ce qu’un bref instant de répit avant que tout ne reprenne… ?


A suivre !

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