Qu'est-ce qu'on est serré au fond de cette boîte...

Chapitre 1 : La boîte de conserve

Chapitre final

5169 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 07/03/2026 19:06

Assis au bord de l’eau, le Ranger affiche son air dépressif habituel.


Le Ranger [désespéré] : Bon, eh bah voilà, encore une semaine bien pourrie. Et je vous raconte pas l’engueulade de mardi qui n’a mené à rien. Tout ça pour réparer un machin pour ouvrir une boîte de sardines. Au final, l’elfe s’est mise à pleurer, la magotte a encore foiré avec sa magie et le nain a failli m’amputer. Déjà que j’ai un bras d’orc, j’aurais eu l’air con avec une jambe en moins. Enfin bref, tout ça pour vous dire qu’en plus d’être encore perdus au milieu de nulle part, on n’avait pas pu bouffer. Alors, c’est déjà pas facile de gérer un groupe d’abrutis, mais si en plus on rajoute de la tension parce que tout le monde a faim… Non. Non, je comprends toujours pas pourquoi le monde s’acharne sur moi. J’ai dû contrarier les Dieux dans une autre vie… Parfois, je me dis que j’aurais mieux fait de rester chez moi à faire des chaises en bois. Au moins…


La Magicienne : Ah, te voilà ! Ça fait vingt minutes que je te cherche partout.


Le Ranger : Mais t’as vraiment un souci d’orientation, je t’ai dit que j’allais à l’est de la rivière.


La Magicienne : Oui, bah je regardais pas du bon côté. À qui tu parlais ?


Le Ranger [soupirant] : Personne, personne…


Le Magicienne : Encore cette histoire de t’adresser à un public invisible ?


Le Ranger [excédé] : Mais non, rah ! Tu veux bien laisser tomber, oui ?


La Magicienne : Quel caractère… Bon, si tu veux bien nous rejoindre, il y a ton oncle qui est arrivé et qui aimerait bien savoir ce qui s’est passé. Alors faudrait tout lui raconter…


Le Ranger [s’en allant prestement en bougonnant] : Mais c’est pas croyable ça, on va quand même pas en faire toute une histoire ! C’était juste une boîte de sardines !


La Magicienne [sans avoir le temps de l’arrêter] : Mais non, attends !




Sur le quai où le reste de la bande est regroupé, le Ranger salue à peine son oncle sans lui laisser le temps de répondre.


Le Ranger : Bon, tonton Tutul, comme faut toujours tout faire soi-même, je vais t’expliquer comment ça s’est passé.


Le Nain : Oh non, pas encore cette histoire…


Le Barbare : Tain, t’es chiant.


L’Ogre : Akala miam miam.


La Magicienne [essoufflée d’avoir couru] : Mais non, c’est pas l’heure de manger !


L’Elfe : Si vous recommencez, je vais encore me mettre à pleurer !


Le Ranger [élevant la voix] : Mais taisez-vous, enfin !


Tulgard : Euh, tu sais que…


Le Ranger : Ce sera rapide. Tout a commencé quand…




Retour en arrière, en début de semaine. Les Fiers De Hache ont trouvé refuge dans une vieille cabane abandonnée et comptent y passer la nuit. Assis autour d’un feu dans le carré de jardin qui devait certainement faire office de potager, chacun tente de ne pas penser à la faim qui lui tord l’estomac.


Le Nain : J’ai faim.


Le Ranger [blasé] : Ça fait vingt-sept fois que tu le dis, on a compris.


Le Nain : Ouais, mais j’ai faim quand même.


Le Ranger : Moi aussi ! Et je fais pas chier le monde.


Le Nain : Mais toi, on s’en fout, t’es qu’un humain, moi je suis un nain et…


Le Ranger : Mais c’est quoi le rapport ? On doit tous manger pour survivre.


Le Nain : Ouais, bah en attendant, si t’avais été un bon chef de groupe, on n’en serait pas là.


Le Ranger : Je vous signale que si vous aviez pas laissé vos affaires sans surveillance, l’ogre aurait pas tout bouffé.


L’Ogre [fier de lui] : Huhuhu.


La Magicienne : T’es quand même gonflé, c’est toi qui a insisté pour qu’on monte la garde à tour de rôle pour qu’on puisse dormir plus tranquilles.


Le Nain : Alors qu’on avait dit que c’était une décision de con.


L’Elfe : Encore cette histoire de tour ? Mais on est en forêt, où vous voyez une tour ?


Le Ranger : Rah, mais je t’ai déjà expliqué !


La Magicienne : Tu sais bien que l’Elfe a du mal à suivre certaines logiques, il faut parler simplement.


Le Ranger : Mais c’est toi qui parle de tour ! Puis je ferais remarquer que si vous m’aviez écouté, on aurait rangé nos victuailles dans les petites boîtes imperméables que nous vendait la jolie fille du marché et…


Le Nain : J’allais pas donner mon argent à une poufiasse qui sentait la fleur !


L’Elfe : La dame était très gentille !


Le Barbare : Elle était presque à poil.


La Magicienne : C’est vrai que ses vêtements… m’enfin, quand je vois l’Elfe, je me dis que plus rien ne m’étonne.


L’Elfe : Qu’est-ce que tu dis ?


Le Nain : Elle dit que toi aussi, tu devrais te foutre à poil, ça nous permettrait de vendre n’importe quoi au premier abruti venu et de nous rapporter de l’argent.


Le Ranger : Rah, mais ça suffit !


L’Elfe : Bon d’accord, j’essaierai la prochaine fois.


Le Barbare : Cool !



Un petit silence s’installe.


Le Ranger : N’empêche qu’elles auraient pu être utiles, ces boîtes. Mais non, vous avez pas voulu.


La Magicienne : Et je suppose que si ça avait été un vieil ermite qui les vendait, tu nous aurais tenu le même discours ?


Le Ranger : Mais ça n’a rien à voir ! C’était utile !


La Magicienne : Ben voyons…


Le Nain : Tu voulais tenter de te faire la vendeuse, avoue !


Le Ranger : Mais non, enfin !


L’Elfe : Ça veut dire quoi « se faire quelqu’un » ?


Le Nain [en riant] : Mais quelle gourde.


L’Elfe [agacée] : On en a déjà parlé, tu sais très bien que je ne connais que la culture elfique !


Le Nain : Ouais, mais à ce stade, c’est à se demander comment vous avez pu faire perdurer votre espèce.


Le Ranger : Rah, mais arrêtez ! Vous me donnez mal à la tête.


La Magicienne : Vous êtes chiants à toujours parler de ça.


L’Elfe : Mais je comprends rien.


La Magicienne : Ça vaut mieux pour toi, crois-moi.


Le Barbare : Dans ma tribu, quand une femme veut séduire un homme, elle…


Le Ranger : Alors, oui, mais non. Je suis désolé, j’ai vraiment aucune envie de savoir la suite.


La Magicienne : Moi non plus.


Le Barbare : Oh, les lourdingues.



Un nouveau silence prend place.


L’Ogre : Akala glou-glou.


La magicienne lui tend une gourde.


L’Ogre [en s’éloignant] : Akala volo.


La Magicienne : Il dit qu’…


Le Ranger [dépité] : Ouais, il a envie de chier, on a compris.



Nouveau silence.


Le Ranger : Pour en revenir au sujet des boîtes…


La Magicienne : Mais tu vas nous lâcher avec ça ?


Le Nain : Et dites-vous qu’il n’a même pas bouffé de chiantos !


Le Ranger : Je dis juste que si vous m’aviez écouté, l’odeur de la bouffe n’aurait pas été aussi forte !


Le Barbare : J’ai rien compris.


Le Ranger : C’est pourtant simple, l’odeur a attiré l'ogre et il a fouillé nos affaires ! Donc faut pas s’étonner qu’il ait tout mangé.


La Magicienne : Tu reportes souvent la faute sur les autres, quand même.


Le Ranger : Je dis juste que c’est pas ma faute si on n’a plus rien à manger.


Le Nain : Puis évidemment, comme des gros débiles, on s’en rend compte qu’à la nuit tombée. Tout ça parce que le Barbare voulait qu’on mange le chevreuil qu’il avait chassé ce midi.

L’Elfe [les larmes aux yeux] : C’était pas un chevreuil, mais une biche ! Et je vous signale que si vous l’aviez pas tuée, elle aurait pu aller fonder une famille et élever des petits pour…


Le Nain : Mais écrase !


Le Barbare : On s’en fout.


L’Elfe : Vous êtes méchants !


Le Nain : On s’en fout quand même.


La Magicienne : Faut dire qu’on n’a pas été malins de pas voir que nos sacs étaient plus légers.


Le Nain : L’ogre a tout rangé pour qu’on se rende compte de rien.


La Magicienne : J’ai toujours dit que les ogres étaient intelligents.


L’Elfe : Mais moi, j’avais remarqué.


Le Ranger, le Nain, le Barbare et la Magicienne [indignés] : QUOI !?


Le Ranger : Mais pourquoi t’as rien dit !?


L’Elfe : Parce que personne m’a demandé.


Le Nain : Mais quelle conne, c’est pas vrai !


La Magicienne : T’as vraiment rien dans le crâne, ma pauvre.


L’Elfe : Je vous signale que j’ai proposé de faire une salade aux orties, mais que vous avez pas voulu !


Le Nain : Plutôt mourir que d’être empoisonné par une elfe !


L’Elfe : C’est ce que j’ai mangé à midi et c’était très bon !


Le Nain : Je suis sûr que tu as un antidote sur toi !


Le Barbare : C’est faux, elle n’a que du shampoing.


Hilarité générale, sauf pour l’elfe, n’ayant pas compris ce que sous-entendait le Barbare.


L’Elfe : Mais pourquoi vous voulez pas que j’aille chercher à manger dans la forêt ?


Le Barbare : Parce qu’on voit rien.


L’Elfe : Mais si, je suis nyctalope.


Le Nain [ricanant] : Ah ça, le Ranger aimerait bien…


L’Elfe : Quoi ?


Le Ranger [rougissant] : Rah, mais vraiment !


La Magicienne [roulant des yeux] : Nyctalope, c’est qu’elle voit dans la nuit.


Le Nain : Ouais, bah on attend toujours de voir cet exploit.


Le Ranger [s’adressant à l’elfe] : On t’a déjà dit qu’on voulait pas que tu partes toute seule, sinon tu vas encore tomber dans un piège et te mettre à pleurer.


L’Elfe : Mais je connais tout ce qui concerne les forêts. Je sais très bien ce que je fais et puis, j’ai mon arc.


La Magicienne : Justement, c’est bien ce qui nous inquiète. Tu restes là, un point c’est tout.


L’Elfe : Ohlala…



De nouveau, un silence se fait entendre.


Le Nain : Il y a tout de même un truc que je voudrais savoir : pourquoi faire un feu si on n’a rien à y cuire ?


L’Elfe [fière d’elle] : Le feu est source de bonheur et rapproche les gens. Chez moi, on organise souvent des…


Le Barbare : Ta gueule.


Le Ranger [parlant de manière évidente] : On l’a fait pour se réchauffer avant d’aller dormir.


Le Nain : Je vois pas l’intérêt d’avoir chaud dans le jardin si c’est pour ensuite aller pioncer dans le froid de la cabane dégueulasse.


La Magicienne : Sur ce point, il n’a pas tort.


Le Ranger : Ah, mais merde à la fin ! Si vous êtes pas contents, dormez près du feu, personne vous en empêche !


Le Barbare : Moi je m’en fous, le froid est pour les faibles.


L’Elfe : Mais ça arrangerait tout le monde que t’aies froid, au moins tu garderais tes bottes.


Le Barbare : Dans mon peuple, c’est normal de sentir des pieds.


Le Ranger [regardant autour de lui] : Dites, il est où l’ogre ? Il est quand même pas encore en train de chier ?


La Magicienne : Il a dû aller chasser, il peut pas rester sans manger.


Le Ranger [fatigué de la situation] : Je suppose qu’il nous ramènera rien ?


Le Nain : T’aurais pu lui demander.


La Magicienne : Parce que vous avez envie de manger un truc en décomposition ?


L’Elfe : Beeeurk, mais c’est dégoûtant !


La Magicienne : Pour son espèce, c’est normal.


Le Barbare : Quand on chasse quelque chose qui est déjà mort, c’est pas de la chasse.


Le Ranger : Je suis vraiment content que de savoir que t’as gagné des niveaux.


Le Barbare : Hein ?


La Magicienne : Il fait allusion à ton intelligence.


Le Nain : Sinon, on aurait pu lui filer l’anneau du ranger.


Le Ranger : Tais-toi ou je t’en colle une !


Le Barbare : Quand j’ai faim, ça m’énerve. Faut que je tape quelqu’un.


Le Ranger : Alors non, merci. J’ai encore mal au nez de la fois où t’avais été piqué par un frelon.


Le Barbare : Chochotte.



Oui, encore un silence.


Le Nain : Pourquoi on va pas se coucher ?


Le Ranger : Mais personne te retient.


L’Elfe : Moi j’aimerais d’abord faire quelque chose.


La Magicienne [sarcastique] : Je suppose que tu dois te coiffer ?


L’Elfe : Mais non ! J’aimerais comprendre comment fonctionne ce truc que j’ai trouvé dans la cabane.


Elle sort une sorte de boîte métallique de son sac accompagné d’une espèce de bâton fait de la même matière.


La Magicienne [récupérant ce que l’elfe tient en main] : Fais voir… Mais… PUTAIN !


Le Ranger : Quoi ? C’est dangereux ?


Le Nain : Ça vaut cher ?


Le Barbare : Baston !


La Magicienne : Cette idiote a trouvé une boîte de conserve ! Elle avait à manger pendant tout ce temps !


Le Ranger, le Nain, le Barbare [indignés] : QUOI !?


Le Ranger : C’est quoi une boîte de conserve ?


L’Elfe : Mais non, ça se mange pas, c’est une boîte avec de jolis dessins dessus. C’est peut-être une boîte à musique ? Si on plante la tige quelque part et qu’on tourne pour…


La Magicienne : Ce sont des sardines, espèce de gourde !


Le Ranger [répétant plus fort] : Mais c’est quoi une…


Le Nain : À mooooooort !


Le Barbare : Faut que je tape quelqu’un !


Le Ranger [criant cette fois] : Mais est-ce que quelqu’un peut m’expliquer ce qu’est une boîte de conserve !?


La Magicienne : C’est un procédé qui n’a pas encore été inventé.


Le Ranger : Hein ?


Le Nain : Évidemment, tu sais mieux que tout le monde.


Le Barbare : J’aime pas les inventions.


La Magicienne [s’efforçant de rester calme] : Je l’ai appris durant mes cours de futur théorique anticipatif inévitable, il s’agit de…


Le Nain : Du futur ?


Le Ranger : Mais laisse-la parler !


Le Barbare : Encore de la sorcellerie, c’est chiant.


Le Magicienne : Il s’agit d’une manière de conserver les aliments sur une très longue période déterminée.


Le Nain : Déterminée par quoi ?


La Magicienne [fouillant dans son sac] : Euh… Je sais plus, mais c’est plusieurs mois et parfois même des années !


Le Ranger : Mais comment ce truc est arrivé là ? Je croyais que le futur n’était pas le jour présent parce qu’on l’avait pas encore vécu et que par conséquent, c’était pas possible.


Le Barbare : Tu parles comme un sorcier, je comprends rien.


La Magicienne [tout en lisant le passage d’un livre à toute vitesse] : Quelqu’un l’a certainement ramené d’un pays inconnu ou bien d’un voyage spatio-temporel lié à l’énergie sismique qui est elle-même reliée à l’entité cosmique au-dessus de nos têtes ; ce qui aurait un rapport avec celle quantique et…


Le Ranger : Mais stop, on comprend pas un mot de ce que tu racontes !


Le Nain [observant la magicienne] : Elle est possédée ?


L’Elfe [ne comprenant rien] : Bon alors, on l’écoute cette musique ?


Le Nain : Toi la connasse, tu peux aller te faire foutre !


L’Elfe : Je t’ai déjà dit que je savais pas comment je devais faire !


Le Nain : T’avais à bouffer tout ce temps et t’as rien dit !


Le Ranger : Mais raaaah, mais fermez-la !


La Magicienne [posant son livre] : On pourrait peut-être essayer de l’ouvrir ? D’après mes recherches, le truc métallique sert à ça.


Le Ranger : Bonne idée.


L’Elfe : Essayez tant que vous voulez, elle est cassée.


Le Nain : On t’a pas sonnée.


L’Elfe [tirant la langue] : Cassée quand même, na.


Le ranger et la magicienne observent l’objet en métal.


Le Ranger : Comment ça s’appelle, ce truc ?


La Magicienne : J’en sais rien, moi.


Le Ranger : C’est pas écrit dans ton bouquin ?


La Magicienne : Non, il n’y a que la description et son usage, c’est pour ouvrir les boîtes.


Le Nain : Mais c’est débile.


Le Ranger [levant fièrement l’index] : Je propose qu’on appelle ça : un ouvre-boîte.


Le Barbare : C’est nul.


Le nain [faussement admiratif] : T’as fait des études poussées, toi aussi ?


L’Elfe : Et pourquoi pas une clé de sol ? C’est une clé de boîte et elle était par terre.


Le Ranger, le Nain, le Barbare et la Magicienne : TA GUEULE !


Le Ranger : Il faut le réparer. Même si on s’en tire avec une sardine chacun, ce sera mieux que rien.


Le Nain : Ça dépend, parfois, rien, c’est moins dangereux que du poisson.


Le Ranger : Tais-toi, tu m’énerves.


Le Barbare : Faut demander à la magicienne.


La Magicienne : Moi ?


Le Ranger : Curieux, tu fais appelles à sa magie ?


Le Barbare : C’est un truc bizarre aussi, elle devrait savoir comment le réparer.


La Magicienne : Merci, ça fait plaisir.


Le Nain : T’as un sort de réparation ?


La Magicienne [fouillant son sac] : Faut que je consulte mes livres.


Le Nain : Oh, la barbe.


Le Barbare : C’est long.


La Magicienne [vexée] : Oui, bah ça va ! Vous êtes bien contents quand je vous soigne !


Le Nain : Encore heureux, tu nous fais payer.


L’Elfe : Si vous voulez, je peux essayer, j’ai des compétences en chirurgie !


Le Nain : On les a pas beaucoup vu tes compétences.


Le Barbare : Ouais, comme quand le voleur a été brûlé, elle a pas pu le réparer.


Les trois garçons rient, sous le regard courroucé de la magicienne et, celui, incompris, de l’elfe.


Le Ranger : Nan, mais vas-y, l'elfe, fais des points de suture sur un objet en métal, ça peut être marrant.


Le Nain : Puis comme ça, on pourra mieux te le faire bouffer en entier pour avoir caché de la nourriture.


L’Elfe : Je comprends rien à ce que vous dites et si vous continuez, je vais pleurer.


Le Nain : Ça nous changera de d’habitude.


Le Barbare : Pleurer, c’est pour les nuls.


L’Elfe : Toi, t’es qu’un rustre.


Le Barbare : Tu sais même pas ce que ça veut dire.


Le Nain : Ouais, fais gaffe, c’est pas bon pour la cervelle d’elfe d’utiliser des mots compliqués.


L’Elfe [se met à pleurer] : Mais heuuuuu, vous êtes méchannnnnnts…


La Magicienne : Voilà, j’ai ! L’incantation, c’est : A’zdaaa ven bahadhoou.


Le Ranger : Ohla, du calme. Je connais ce sort et pourtant, t’as jamais rien réparé, t’es sûre de toi ?


Le Nain : Moi aussi, je le connais !


La Barbare : T’avais allumé nos torches avec dans le donjon de l’autre abruti.


Le Ranger : Mais oui, je me souviens, c’était chez Zangdar.


L’Elfe : Vous croyez qu’il est toujours en colère contre nous ? On pourrait lui rejouer de la musique pour le rendre heureux.


Le Nain : T’avais pas des larmes à verser, toi ?


Le Ranger : Parfois, je me demande vraiment comment tu fais pour avoir des idées aussi brillantes.


La Barbare : Je connais cette pratique, c’est de l’ironie.


La Magicienne : Ah, mais je comprends, vous confondez avec A’zdaaa ven bahadhooo, le sort de boule de feu mineur.


Le Ranger : Je vois pas en quoi on confond, puisque c’est le même.


La Magicienne : Le même ? Mais pas du tout, vous n’entendez pas la différence ?


Le Ranger : Je suis désolé, mais entre A’zdaaa ven bahadhoou et A’zdaaa ven bahadhooo, non, je vois aucune putain de différence.


L’Elfe : Tout est dans la prononciation.


Le Nain : Mais comment elle sait ça, elle !?


Le Barbare : C’est parce qu’elle a les oreilles pointues.


Le Ranger : Je vois pas le rapport.


Le Barbare : Elle entend mieux.


La Magicienne : Si ça ne vous ennuie pas, j’aimerais bien lancer mon sort.


Le Nain : D’accord, mais fais ça loin. J’ai pas envie de me retrouver avec neuf jambes qui me sortent du cul.


Le Ranger : T’es vachement pessimiste quand même, c’était un accident.


Le Nain : Je t’en foutrai des accidents.



Quelques instants plus tard, tous se trouvent à plusieurs mètres de la tige métallique, parant à toute éventualité et préférant se mettre à bonne distance pour leur propre sécurité.


La Magicienne : C’est parti, je me concentre.


Le Nain : Elle se concentre.


Le Barbare : C’est long.


Le Ranger : Mais taisez-vous !


L’Elfe : Mais j’ai rien dit !


La Magicienne : A’zdaaa ven bahadhooo !


Sans surprise, une boule de feu surgit de l’extrémité du bâton et file enflammer la tige métallique qui fond à cause de la chaleur.


Le Nain [applaudissant] : Sans surprise, une boule de feu a surgit de l’extrémité du bâton et a filé enflammer la tige métallique qui a fondu à cause de la chaleur, bravo ! Nan mais vraiment, bel exploit, c’est pas du tout ce qui nous inquiétait.


La Magicienne [se cachant sous son chapeau] : Je suis désolée, c’est parce que vous m’avez embrouillée…


Le Ranger : C’est marrant, mais je suis pas du tout étonné.


L’Elfe : Faut dire qu’on commence à avoir l’habitude des incompétences de ce groupe.


Le Nain : Tu peux parler, avec ton arc.


Le Barbare [s’adressant à la Magicienne] : Tu peux réparer ?


Le Ranger : Si elle prononce bien, c’est possible. Peu probable, mais possible.


La Magicienne : Eh bien, je pourrais, mais… L’ennui, c’est que j’ai usé mon énergie astrale de la journée et que…


Le Nain : Avec une boule de feu !?


Le Ranger : Alors quoi ? Si on se fait attaquer, tu pourras rien faire ?


La Magicienne : Bien sûr que si ! Ce n’est pas la même énergie. Je m’explique : selon la différence de la croissance lunaire par rapport à la phase de…


Le Barbare : On s’en branle.


Le Ranger : Je dois dire que pour une fois, je suis d’accord avec le Barbare.


Le Nain : Je peux avoir la boîte ?


Le Ranger : Oui, la voilà. Tu comptes faire quoi ?


Le Nain : Je peux déjà dire que ce que je compte pas faire, c’est passer la nuit sur une putain de boîte de converse.


La Magicienne : Conserve.


Le Nain : M’en fous, les nains ont toujours raison.


Le nain place la boîte à même le sol et, étant toujours devant le Ranger, la place donc devant ses pieds.


Le Nain [levant sa hache] : Attention les yeux.


Le Ranger : Eh, mais… EH !


VIOUSH ! La hache rebondit sur la boîte et se plante dans le sol après avoir déchiré le pantalon du ranger. Au même moment, celui-ci fait un bond de plusieurs mètres avant de tourner sur lui-même, en état de choc.


Le Ranger [la main posée sur son cœur pour tenter de se calmer] : MAIS IL EST COMPLÈTEMENT CON, C’EST PAS POSSIBLE !


L’Elfe : Faut avouer que c’était con.


Le Nain : Va bouffer des endives.


L’Elfe : J’aimes les endives !


La Magicienne [observant de près la jambe du ranger] : La vache, il t’a salement manqué.


Le Ranger : Comment ça, salement !? Je pisse le sang, hein ? Je vais mourir, pas vrai ? Pourquoi je sens rien ? Ma jambe est toujours là ?


La Magicienne : Oh, mais doucement ! T’as rien. Je t’ai dit : il t’a salement manqué.


Le Ranger : Mais qui utilise le mot salement pour rassurer !?


La Magicienne : Parce qu’il t’a raté ! À cette distance, c’est quand même un exploit de ne pas réussir à couper une jambe.


Le Nain : T’es en train de m’insulter ?


Le Barbare : Tu manques d’entraînement.


L’Elfe : Quel naze, ce mec.


Le Nain : Je peux très bien la lui couper, si je veux ! File-moi ta jambe, le nul.


Le Ranger [s’éloignant de quelque pas] : Personne va couper personne. Approche-moi et je te jure que je te fais bouffer ton casque, et pas par la bouche !


Le Nain [rangeant sa hache] : Quel caractère.


L’Elfe : Mais, par où alors ?


Le Barbare : Faut lui faire un dessin, elle comprend pas.


Le Nain : File-moi ton arc, l’elfe, je vais t’expliquer.


La Magicienne : Mais non, laisse tomber.


L’ogre revient à ce moment-là vers eux, la bouche couverte de sang et l’air rassasié.


L’Ogre : Golo !


Sans attendre, il entre dans la cabane délabrée et part se coucher.


La Magicienne : Je propose de rejoindre l’ogre et d’aller nous coucher.


Le Nain : Sans manger !? Mais tu veux notre mort ?


L’Elfe : Entre l’odeur de l’ogre et celle des pieds du barbare, c’est pas la faim qui va nous tuer.


La Magicienne : Le prochain village se trouve à environ une heure de marche d’ici, on n’aura qu’à aller un prendre un bon petit-déjeuner demain matin et refaire le plein de provisions.


Le Ranger : Attends une seconde… T’es quand même pas en train de nous dire que tu savais tout ça depuis le début ?


La Magicienne : Bah si, vu que je m’occupe des cartes.


Le Nain : Si je comprends bien, on aurait marché un peu plus, on aurait passé la nuit dans une auberge avec de la bouffe et de la bière ?


La Magicienne : C’est tout à fait ça.


Le Ranger : Mais bordel, je peux savoir pourquoi on se casse le cul à dormir dans ce truc pourri si un village nous attend à quelques kilomètres de là !?


La Magicienne : Bah, c’était soi-disant plus prudent que de traverser le reste de la forêt alors que la nuit tombait.


Le Ranger [croisant les bras] : Mais c’est pas comme si on savait pas se défendre ! Je peux savoir quel est le crétin en puissance qui a eu cette idée de génie ?


L’Elfe, le Nain, le Barbare et la Magicienne : C’est toi.


Le Ranger [se dirigeant vers la cabane, sans se laisser démonter] : Encore une preuve que je suis un bon chef de groupe, vous n’imaginez pas toutes les bestioles qu’on peut trouver en pleine nuit. Maintenant, allons nous coucher et le premier qui l’ouvre, il reste dehors !




Retour au présent, Tulgard est assis sur le rebord du quai, les jambes dans le vide. La tête enfoncée dans une main, il regarde pensivement les nuages passer.


Le Ranger : Et c’est comme ça que tous ensemble, nous avons percé à jour le mystère de la boîte magique ! Même si à ce jour, elle est perdue dans la forêt parce que le nain a donné un coup de pied dedans et que… Tu m’écoutes, Tonton Tutul ?


Tulgard [émergeant de sa somnolence] : Hein ? Ah oui, très bien, très bien… Mais sinon qu’en est-il de votre quête ?


Le Ranger : Notre quête ? Quelle quête ?


La Magicienne : Eh bien, oui, la nouvelle quête. C’était ça qu’il fallait lui raconter, espèce de crétin.


Le Ranger : Mais tu pouvais pas me le dire plus tôt !?


La Magicienne : J’ai essayé, mais tu m’écoutes jamais, comme d’habitude.


Le Ranger : Pour ça, il faut que je raconte le reste de la semaine. Je recommence.

Malgré les cris de protestations et d’indignation de toutes les personnes présentes, le Ranger se lance dans un nouveau monologue.

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