Ceux qui survivent
La silhouette de la chapelle se dessinait dans la nuit. Rosa restait concentrée sur le bâtiment qui s’approchait à mesure que les galops des chevaux faisaient trembler le voile nocturne. Elle repensait à ce qu’Hansi leur avait dit. Sur le fait qu’il était probable que Rhodes Reiss cherche à faire dévorer Eren pour acquérir son pouvoir de titan. Elle trouvait ça à la fois incroyable et horrible que ces capacités hors du commun se transmettent en bouffant l’un des détenteurs. Et en même temps, ça pouvait expliquer le comportement étrange des titans qui mangeaient les humains alors même qu’ils pouvaient a priori survivre sans et qu’ils n’avaient pas de système digestif. Tout en chevauchant, elle se demandait si cela signifiait qu’Eren avait lui-même dévoré quelqu’un par le passé. Il n’en avait jamais parlé. Mais après tout, il n’avait même pas semblé savoir qu’il détenait un tel pouvoir avant la bataille de Trost.
Imitant ses camarades, Rosa arrêta son cheval à quelques mètres de la chapelle. Son corps était tendu. Elle sentait ses muscles contractés, la sueur froide le long de son dos. Les événements des derniers jours lui avaient montré à quel point leurs ennemis étaient à la fois féroces et décidés.
-N’oubliez pas, rappela Livaï. On a à faire à Kenny Ackerman et ses soldats. Celui-là même qu’on a surnommé Kenny l’égorgeur.
-Charmant surnom, ironisa Rosa.
Livaï lui lança un regard indéchiffrable avant de continuer :
-Il doit ce surnom au nombre de membres de la Brigade Spéciale qu’il a copieusement massacrés.
-Tout ça pour finir par bosser pour eux ? railla Jean, la mine tendue, mâchoire serrée.
-L’histoire de Kenny est assez floue, commenta Hansi. Même Livaï, qui a pourtant grandi avec lui, n’en sait pas beaucoup plus.
-A… attendez, interrompit Rosa. Il me manque des infos là. Vous avez grandi avec le type qui dirige les soldats qui nous ont attaqués la dernière fois à Stohess ? Celui qui a manqué de vous descendre ? Et ce type était autrefois un fervent ennemi des Brigades Spéciales avant de finir par rejoindre leurs rangs ? C’est aberrant tout…
-T’as bien résumé. Mais s’arrêter sur les choses aberrantes de ce monde n’aidera pas à nous faire avancer. On doit sauver Eren et Historia et, dans la mesure du possible, éviter de se faire descendre. Des idées ?
-Vous avez vu comment ils sont équipés ? commença Sasha en déglutissant. Ils ont bien failli tous nous tuer la dernière fois à Stohess.
-Exact, approuva Jean. Leur équipement n’a rien à voir avec le nôtre. Il n’est pas fait pour abattre des titans mais des humains.
-Oui, murmura Hansi. Ils ont été préparés depuis un moment à l’idée de devoir abattre d’autres congénères. Je parie que le Bataillon est dans leur ligne de mire depuis un moment.
-Certes, mais leur équipement a un gros point faible, lança Armin en les dévisageant un par un.
Rosa pencha la tête sur le côté, intriguée. Son ami était vif d’esprit et avait un don pour repérer les failles là où on pensait qu’il n’y en avait pas.
-Leur pistolet et leur grappin pointent dans la même direction. Ce qui veut dire qu’ils ne peuvent pas se déplacer et tirer dans deux directions différents. Donc…
-Si on les attaque de dos, ils ne pourront pas nous tirer dessus ! interrompit Rosa en écarquillant les yeux. Mais oui, t’as raison !
-De plus, continua Armin en hochant la tête en direction de la jeune fille, ils peuvent tirer deux coups avant de devoir recharger. Ce qui laisse quelques secondes de vulnérabilité qu’on peut exploiter.
-Très bien, dit Livaï. On exploite ce point faible.
***
Suivant la stratégie proposée par Armin, l’assaut fut lancé, rapide, brutal.
Lames sorties, Rosa attendit que Sasha ait enflammé, à l’aide de ses flèches, les tonneaux de poudre qu’ils venaient de lancer en direction de l’escouade de Kenny. Les soldats, perchés sur des plateforme disséminées le long des différentes colonnes, ne comprirent pas de suite ce qu’il se passait. Au moment où les flèches enflammées atteignirent les tonneaux autour desquels étaient enroulés des sacs de poudre et de graisse, de fortes explosions se produisirent, créant une fumée aveuglante.
Sans attendre, Rosa s’élança à l’assaut.
Elle savait que ses autres camarades faisaient de même. Elle ne les voyait pas dans cette fumée mais elle avait confiance en eux. Chacun savait pertinemment quel rôle ils devaient jouer.
Jean s’était jurer de ne pas hésiter. De ne plus hésiter. Cette fois-ci, il défendrait sa vie, celle de ses amis, quitte à prendre celle de l’ennemi, tout aussi humain qu’il soit.
La confrontation des derniers jours, des dernières semaines avec un système politique vicié, qui les avait pris pour cible, avait changé leur rapport à la mort et au fait de prendre des vies. Tous s’étaient résolu, plus ou moins rapidement, avec plus ou moins de difficulté, à l’idée qu’il leur faudrait peut-être tuer d’autres humains. Que les titans n’étaient plus leur seule menace mais que, tout comme lors des expéditions en dehors des murs, il s’agissait de tuer ou être tué.
Traversant la fumée à l’aide de son équipement tridimensionnel, Rosa tomba sur une femme qui lui tournait le dos, visiblement décontenancée par l’attaque et le semi-aveuglement qu’ils leur imposaient. Elle ne sentit la présence de la jeune Ackerman qu’au dernier moment. Elle se retourna en poussant un cri. Rosa ne lui laissa pas le temps de braquer son pistolet dans sa direction. Sans hésitation, sa lame partit et la chair de la gorge fut entaillée sans difficulté. Quelques gouttes de sang giclèrent sur son visage tandis que le corps de la femme s’écroulait quelques mètres plus bas.
Enhardie par les expériences accumulées au cours de ces derniers jours, Rosa ne laissa pas de place aux questionnements moraux et aux tergiversations sentimentales. Suivant la stratégie d’Armin, elle disparut à nouveau dans la fumée dense, se dissimulant aux yeux de ses ennemis pour mieux les attaquer par surprise.
Elle ne comptait plus le nombre de vies qu’elle avait ôtées.
Le nombre de gens qu’elle avait tués.
Des soldats, comme elle. Qui se battait pour un idéal différent. Qui avaient des objectifs différents. Mais qui demeuraient humains.
Pour ne pas flancher, elle se forçait à faire taire toutes les pensées de ce qu’ils avaient pu être : fils ou fille de, parents, frère ou soeur, amis, amant ou amante… ils représentaient forcément quelque chose pour quelqu’un. Pour plusieurs. Et, d’un coup de lame bien placé, elle tranchait les fils de vie qui les maintenaient. Ils n’étaient plus que des pantins désarticulés qui gisaient au sol. Mais elle se convainquait qu’elle n’avait pas le choix. Elle n’avait plus le choix.
Autour d’elle, c’était le chaos.
Les coups de feu résonnaient sous la haute voûte de la chappelle. L’étrange matériau dans lequel elle était faite s’effritait lorsque les balles traversaient les colonnes, quelques éclats venant parfois frôler sa joue. Elle entendait des cris, des exclamations. Le bruit caractéristique de la lame qui tranchait la chair et de l’équipement tridimensionnel qu’on active et rembobine.
Elle n’était pas parvenue à voir Eren ni Historia. Mais avait clairement perçu que la salle dans laquelle ils se trouvaient n’était pas la seule. Il y avait, au loin, une autre salle, faite du même matériau. Jamais elle n’aurait pu soupçonner qu’une telle structure puisse se cacher sous terre. A la surface, l’église n’était qu’un petit bâtiment tout ce qu’il y avait de plus banal pour un aristocrate souhaitant prier sur ses terres.
Tout à coup, un cri différent des autres lui fit tourner la tête.
Une soldate des Brigades Spéciales était parvenue à esquiver l’attaque d’Hansi et à la blesser cruellement à l’épaule. La capitaine perdit l’équilibre lorsque son grappin se décrocha de la colonne où il était arrimé et elle chuta lourdement au sol.
-Hansi ! cria Rosa en se précipitant vers sa supérieure.
Du coin de l’oeil, elle constata que les autres en profitaient pour battre en retraite.
-Merde, jura Livaï entre ses dents, son regard alternant entre son amie au sol et l’ombre de Kenny Ackerman, au loin, qui lui avait déjà donné du fil à retordre.
-Je m’occupe d’elle, affirma Rosa.
Sans attendre de réponse du caporal, elle se posa à côté du corps affalé d’Hansi. Délicatement, elle dégagea quelques mèches de cheveux qui tombaient sur son visage et vérifia son pouls. Elle était vivante. Sans doute sonnée, sans doute douloureuse vu le sang qui tâchait sa chemise. Mais vivante. Elle ne put s’empêcher de pousser un petit soupir.
Elle n’avait pas eu l’occasion de vraiment bien connaître Hansi Zoe. Mais sa curiosité et son enthousiasme à toute épreuve étaient rafraîchissants pour elle. Et puis elle était une vétérante du Bataillon. Elle avait dû en voir des vertes et des pas mûres depuis qu’elle s’était engagée. Rosa n’avait pas envie de la voir perdre la vie dans une chapelle sous terre sous les balles d’autres soldats.
Elle entendit des pas arriver en courant dans sa direction.
En levant la tête, elle constata que c’était Armin et Moblit, le second d’Hansi. Ils s’accroupirent à côté d’elle.
-La plaie a l’air moche, commenta Rosa. Mais ça va aller. Par contre, elle est hors jeu. Faut qu’on la fasse sortir d’ici.
-On va la porter, décida Moblit en passant un bras autour de sa camarade.
Armin s’empressa de la soutenir de l’autre côté et Rosa veilla à ce que sa supérieure soit stable entre les deux hommes.
Un peu plus loin, Livaï et le reste de l’escouade se dirigeaient à pas pressés derrière Kenny et ses hommes qui s’étaient repliés vers la salle suivante après avoir déroulé un filet visant à les empêcher de passer.
-Vous devriez repartir par l’escalier d’où on est venus, proposa Rosa en désignant l’entrée dans leur dos.
Armin hocha la tête mais au même moment, les murs se mirent à trembler.
Rosa se figea, cherchant des yeux ce qui pouvait provoquer ces vibrations.
Elle ne voyait rien mais autour d’eux, tout tremblait et manquait de s’effondrer.
-Attention ! hurla-t-elle alors en poussant le trio de quelques pas en avant, juste à temps avant qu’un bloc ne s’effondre là où ils se trouvaient.
-Merde, jura Moblit, on dirait que la caverne s’effondre.
-Et ça nous bloque notre chemin d’accès vers la sortie ! ajouta Armin.
-On n’a pas l’choix, grogna Rosa, on doit avancer. On improvisera pour Hansi. On peut pas rester, on risque de se faire aplatir par les gravats !
Ils avancèrent prudemment vers Livaï et les autres soldats.
Soudainement, le plafond s’effondra partiellement. Heureusement, leurs réflexes vifs leur permirent d’esquiver les gravats tout en protégeant le corps encore inerte d’Hansi.
-Regardez ! s’exclama Armin. Ça nous a ouvert une voie de retrait par le haut !
-Allez-y, leur dit Rosa avec un hochement de tête. Mettez Hansi en sécurité. Je vais rejoindre Livaï et les autres. On doit aussi sortir Eren et Historia de là avant que tout ne s’effondre.
-Fais attention à toi, recommanda Moblit en resserrant sa prise autour du corps inerte d’Hansi.
Armin se contenta d’un hochement de tête et d’un regard assuré.
Sans plus attendre, Rosa se précipita en direction de Livaï et de ses autres camarades.
-Putain ça craint ! cria Sasha en se collant contre le mur pour éviter de justesse les débris d’une nouvelle colonne qui s’effondrait.
-Mais qu’est-ce qui se passe ici ? s’exclama Conny.
-Peu importe ce qu’il se passe, on doit avancer, ordonna Livaï. Si Eren et Historia sont toujours là, on doit les récupérer avant qu’ils ne se fassent enterrer sous les gravats !
Son ton ne laissait pas de place à la discussion. Les jeunes soldats approuvèrent d’un même mouvement, se souvenant de leur mission première : sauver leurs amis.
Lorsqu’ils parvinrent enfin à pénétrer dans la salle suivante, le souffle de Rosa se coupa. L’espace était gigantesque, surmonté d’une sorte de promontoire fabriqué dans le même matériau que les colonnes et l’ensemble de la chapelle. En un clin d’oeil, elle comprit ce qui provoquait les incessants tremblements menaçant de faire s’écrouler la caverne. Une sorte de gigantesque titan était en train de se former, son corps trop grand pour être contenu sous terre. La vapeur et le souffle qu’il dégageait menaçaient de les balayer sans trop de difficulté.
-Là-haut ! cria Sasha en désignant le promontoire.
D’un même mouvement, les soldats se précipitèrent. Ils avaient repéré Eren, à genoux, enchaîné, et Historia qui se débattait pour le libérer tout en tentant de maintenir son équilibre face au souffle monstrueux qui se dégageait du titan en formation.
Rosa escalada les marches deux par deux, suivant de près Jean qui jurait à voix basse.
Ils arrivèrent juste à temps pour que Mikasa puisse rattraper Historia, dont le corps avait fini par être balayé par le souffle.
-V… vous ? lâcha la jeune fille, surprise.
-Qu… qu’est-ce que vous faites ? demanda Eren d’une voix implorante, cherchant à regarder par-dessus son épaule.
-On t’sauve les miches, répondit Jean en saisissant des mains d’Historia les clés des menottes qui enchaînaient encore le jeune homme.
-Non, laissez-moi, je… je ne mérite pas de vivre, mon père… mon père a arraché à la famille royale un pouvoir énorme qu’il m’a transmis mais je n’aurais jamais dû… si ce pouvoir était resté entre les mains de la famille royale, tout aurait peut-être pu prendre fin… ce titan, Rhodes Reiss, il va me dévorer et tout rentrera dans l’ordre.
-Raconte pas n’importe quoi, répliqua Conny en cherchant à libérer la cheville d’Eren.
-Je vous promets, gémit le jeune homme, dont le front était en sang et les joues maculées de larmes. C’est mieux comme ça, laissez-moi, je… ce n’est pas moi qui sauverai l’humanité, j’en suis incapable…
-Oh ta gueule ! s’exclama Rosa en lui assénant un coup de poing sur la tête. On va te tirer d’là et tu vas bien sagement nous suivre ! On n’a pas fait tous ces efforts pour rien ! Allez, Jean, Conny, activez-vous sur les menottes bon sang, ce putain de titan en bas a presque fini de se générer et la caverne est en train de s’écrouler !
-On fait c’qu’on peut, grommela Jean.
Ils parvinrent in-extremis à retirer les chaînes qui emprisonnaient Eren et à le tirer en arrière tandis que de gros blocs tombaient du plafond et vinrent détruire la pointe du promontoire.
Le petit groupe se retrouva coincé contre la paroi, face à un titan plus grand que tout ce qu’ils n’avaient jamais vu et à une caverne qui s’écroulait sur eux.
-Bon, j’avoue, là, on est mal, marmonna Rosa. Quelqu’un a un plan ?
-Je suis désolée, renifla Eren. Vous avez fait tout ça… pour moi… et je suis incapable de vous protéger. Même mon titan ne résistera pas et se fera ensevelir… Je suis un incapable…
-Oh arrête de te lamenter ! s’exclama Historia.
-Ouais, renchérit Jean, j’te rappelle que t’as jamais rien accompli tout seul.
-J’avoue, confirma Rosa en hochant la tête. On a toujours fait du travail d’équipe et c’est encore ensemble qu’on va s’en sortir.
-Même si… quand même, c’est chaud là, reconnut Sasha d’une voix qui s’étrangla dans sa gorge.
La chaleur commençait à devenir suffocante et Rosa ne voyait pas comment ils pouvaient s’en sortir, malgré ses belles paroles. Les débris de la caverne qui tombaient les uns après les autres étaient autant d’obstacles mortels. Il n’était clairement pas question d’approcher le gigantesque titan qu’était devenu Rhodes Reiss. Et ils n’avaient aucune sortie visible à proximité.
Les lèvres sèches, la gorge nouée, elle commença à se dire qu’ils allaient peut-être vraiment y rester. Elle ne voulait pas y croire mais n’arrivait plus à envisager l’option autre, celle où tous survivaient.
Elle ferma brièvement les yeux, comme pour se couper de cette réalité.
Elle déglutit.
Elle n’avait jamais envisagé sa fin.
Même lorsqu’elle était entourée de titans, elle n’y pensait pas. Parce qu’elle pouvait encore agir, s’élancer, se battre. Lutter jusqu’au bout en espérant que la roue tourne.
Mais là
Là, elle n’avait d’autre choix que de rester collée à la paroi, contemplant son destin sans rien pouvoir faire. L’inaction l’angoissait. Laisser les choses se dérouler sans pouvoir agir la rendait folle. Avec une pointe d’ironie, elle repensait à Livaï qui lui avait dit de canaliser son hyperactivité.
Ses pensées divaguèrent tandis qu’autour d’elle, ses amis s’agitaient, entre peur, nervosité et espoir pas encore totalement refoulé.
Sans qu’elle ne le contrôle, son esprit s’accrocha sur la dernière image qu’elle avait de Reiner. L’humain, pas le titan. La dernière fois qu’elle l’avait vu, lorsqu’ils s’étaient éparpillés par petits groupes pour faire évacuer les villages, des semaines auparavant. Tout s’était enchaîné si vite ensuite. La révélation, le Cuirassé, le sauvetage in-extremis d’Eren, la menace que faisait planer le pouvoir central du le Bataillon, le coup d’Etat et les voilà… menacés d’être enterrés sous des gravats.
Avec amertume, elle pensa que si elle mourait ici, elle n’aurait jamais les réponses qu’elle cherchait. Ni concernant le monde extérieur ni concernant les motivations qui avaient pu pousser Reiner à agir comme il l’avait fait. Elle sentit une émotion remonter de son cœur, prendre forme dans le fond de sa gorge et lui picoter le nez. Elle ne voulait pas mourir ici. Et elle voulait le revoir. Même si elle n’avait pas plus de réponse. Même s’ils devaient être dans des camps différents. Elle n’avait pas fait son deuil. Elle avait besoin d’une dernière rencontre pour espérer avancer.
Tout à coup, un mouvement à ses côtés la sortit de ses pensées.
Eren s’était précipité.
Elle vit à peine ce qu’il faisait mais il avait l’air décidé. Il se saisit d’un flacon en verre qu’il croqua et se précipita vers le bord du promontoire. Elle voulut lui crier de ne pas faire n’importe quoi mais ses mots se perdirent dans le vacarme. Et, en une lueur jaune, Eren se transforma. Son titan se déploya mais, contrairement aux autres fois, son corps se durcit, devenant semblable à l’étrange matériau de la caverne. Il érigea quelques colonnes de fortunes qui soutinrent la voûte sous laquelle étaient nichés ses amis et qui les protégea lorsque ce qui restait de la chapelle s’effondra.
Bientôt, le calme revint.
Le gigantesque titan qui était autrefois Rhodes Reiss s’était mis en marche, n’accordant aucune attention aux quelques soldats présents.
Au-dessus d’eux, le ciel nocturne leur offrait un regard paisible, peu dérangé par l’activité humaine en contrebas. Le plafond s’était totalement écroulé et Eren était parvenu à maîtriser le durcissement pour lequel il s’était si longtemps entraîné. Juste à temps. C’était ça qui leur avait sauvé la vie.
-Eh, vous allez bien ? demanda la voix d’Armin au-dessus d’eux.
En levant la tête, Rosa le vit qui les regardait avec un mélange d’inquiétude et de soulagement dans ses grands yeux bleus.
Un à un, les jeunes soldats sortirent de la caverne à l’aide de leur équipement tridimensionnel. Rosa s’approcha d’Historia et lui proposa de la faire sortir de là, étant donné qu’elle n’avait aucun équipement. Agrippant fermement sa taille, les deux jeunes filles remontèrent.
Enfin à l’air libre, Rosa soupira.
-J’ai… j’ai quand même vraiment cru qu’on était perdus, souffla-t-elle en essuyant son front.
-Moi aussi, clama Sasha en tombant à genoux dans l’herbe. Quelle frousse j’ai eue !
-Mais c’est pas fini, grogna Jean. Qu’est-ce qu’on doit faire de ce gros titan là-bas ?
-Il est gigantesque, murmura Conny. Encore plus que le Colossal. Il n’aura aucun mal à enjamber les murs.
-On le suit de loin, ordonna Livaï en revenant vers eux. Récupérez vos chevaux, on ne le perd pas de vue. Ordre d’Erwin !
-Comment va Hansi ? s’enquit Rosa tout en se saisissant de la bride de sa monture.
-Elle va s’en sortir, répondit le caporal-chef.
Rosa eut un imperceptible hochement de tête. Ce n’était pas le moment de s’attarder sur des détails médicaux. Ils n’étaient pas encore en sécurité et leur mission n’était pas terminée.
Grimpant sur son cheval, elle suivit ses camarades qui rejoignirent les équipes du major et le chariot qui transportait Hansi, Eren et Historia. Il était temps de mettre un terme à tout ça.