SNK : La Guerre des Fantômes

Chapitre 12 : L’équipement

3472 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 16/04/2026 16:39

Ils ne couraient plus comme au premier réveil.


Ils ne tombaient plus au moindre appui.


Ils ne ressemblaient plus non plus aux corps tirés trop tôt d’une salle de Greffe.


Quelque chose tenait mieux.


Pas proprement.

Pas totalement.


Mais mieux.


Leurs pas avaient encore des défauts.

Leur souffle aussi.

Leurs gestes restaient parfois trop brusques, trop lents ou trop chargés.


Mais la phase où tout paraissait étranger avait commencé à reculer.


Le plus dur n’était plus de bouger.


C’était de comprendre à quoi ces corps allaient servir.


La salle d’exercice était la même que la veille.


Même sol marqué.

Même cibles.

Même lumière sans chaleur.


Ivar Keln les regardait comme on regarde une pièce d’arme qu’on a presque fini d’assembler.


Marek Varlan était là, légèrement en retrait.


Serah Tolen aussi.


Toujours debout.

Toujours lucide.

Toujours en train de mesurer ce que les autres ne voyaient pas encore.


— Reprise courte, dit Ivar. Contrôle. Appui. Réponse.


Pas de discours.

Pas de détour.


Ils s’y mirent.


Cette fois, la progression se voyait moins dans l’exploit que dans l’économie.


Lior n’enfonçait plus chaque mouvement comme s’il voulait casser le sol avec.


Tomas partait encore trop vite, mais revenait mieux.


Mira tenait sans se rigidifier immédiatement.


Nerla semblait déjà comprendre comment garder de la réserve avant l’impact.


Ilia n’avait plus besoin de réfléchir longtemps avant de trouver sa distance.


Et Kairo, lui, voyait venir les erreurs plus vite qu’avant.


Pas toutes.

Pas toujours.


Mais assez pour commencer à corriger au lieu de seulement survivre.


Quand Ivar lança le premier module de réaction, Kairo le lut avant qu’il parte vraiment.


Pas l’objet.


La manière dont il allait manquer.


Son corps bougea sans panique.


Un demi-pas.

Un appui propre.

Une déviation nette.


Cette fois, la douleur derrière ses yeux vint plus tard.


Moins brutale.


Assez pour lui laisser le temps d’enchaîner une seconde lecture.


Puis la pression remonta.


Fine.

Pénétrante.

Comme une lame qu’on glisse lentement entre les tempes.


Il serra les dents.


Marek le vit.

Serah aussi.


Kairo redressa la tête avant qu’on lui dise de le faire.


Il détestait déjà qu’on l’ait vu ralentir.


À côté, Ilia travaillait à la lame.


Pas pour frapper plus fort.


Pour frapper plus juste.


Le changement, chez elle, se lisait dans la manière dont son bras acceptait désormais la violence sans se trahir tout de suite.


Quand elle engageait un geste court, les tendons de son avant-bras ressortaient sous la peau avec une netteté presque inquiétante.


Sa main se fermait plus dur.


Son poignet tenait mieux.


La lame entrait plus loin qu’elle n’aurait dû.


Puis revenait.


C’était moins une question de force qu’une question de densité.


Comme si, pendant un instant, quelque chose dans son membre d’attaque se reformait pour mieux couper.


Ivar la laissa répéter trois fois.


À la quatrième, il leva la main.


— Ça suffit.


Ilia recula.


Son bras tremblait à peine.


Puis Ivar lui tendit l’arme de poing d’exercice.


Elle la prit.

L’ajusta.

Tira.


Le premier coup fut propre.


Le deuxième un peu bas.


Elle plissa les yeux, agacée moins par l’échec que par la logique même de l’objet.


Ivar le vit.


— Tu n’aimes pas ça.


— Non.


— Apprends quand même.


Elle ne répondit pas.


Mais reprit l’arme correctement.


Lior, lui, restait le plus lisible.


Le plus frontal.


Le plus simple à comprendre.


Quand la poussée montait, tout son haut du corps le disait avant même que le choc parte.


Thorax plus large.

Épaules pleines.

Cou presque épais.


Pas une transformation monstrueuse.


Juste un corps humain qui prenait, pendant quelques secondes, trop de place pour rester normal.


Il envoya une charge lestée contre la butée.


La structure grinça.

Recula encore.

Tint.


Lior aussi.


Il ne tomba pas cette fois.


Il resta debout, souffle court, main ouverte sur la barre, comme s’il testait lui-même la limite avant de la laisser redescendre.


Ivar hocha une fois la tête.


Pas un compliment.

Pas besoin.


Lior comprit.


Et Tomas eut, juste derrière lui, ce demi-sourire sec qui lui servait parfois de mépris.


Lior le vit.

Ne dit rien.


Mais ses épaules se refermèrent d’un cran.


Tomas fut le seul à provoquer un arrêt.


Son corps répondait mieux, oui.


Mais cela ne le rendait pas plus patient.


Au signal, il partit encore trop vite.


Pas assez pour perdre immédiatement l’équilibre.


Juste assez pour donner l’impression que la salle reculait devant lui.


Son premier angle fut bon.

Le deuxième meilleur.

Le troisième presque trop ambitieux.


Il voulut couper plus court qu’autorisé.


Ivar coupa le test.


— Stop.


Tomas s’arrêta net.


Trop net, presque.


Sa jambe droite trembla une seconde avant de reprendre.


Il tourna la tête.


— Pourquoi ?


— Parce que tu n’as pas reçu l’ordre de tester ce virage.


— Je le tenais.


— Non. Tu voulais le tenir.


Tomas serra la mâchoire.


Ses yeux allèrent vers Marek.

Puis vers Serah.

Puis revinrent sur Ivar.


Il ne dit rien.


Mais Kairo vit très bien ce qui passait en lui à cet instant :

pas la honte,

pas la peur,

autre chose.


Le refus d’accepter qu’on limite encore un corps qui commençait enfin à lui donner raison.


Mira et Nerla furent les plus sobres.


Mira parce qu’elle avait compris avant les autres que la vraie épreuve n’était pas d’impressionner, mais de durer.


Nerla parce qu’elle ne dépensait presque rien pour rien.


Chez Mira, la progression se lisait dans les détails :

meilleure reprise d’appui,

meilleure économie,

respiration mieux tenue.


Quand la contrainte montait, son corps ne cassait pas.

Il se verrouillait.


Pas comme une statue.

Comme une structure qu’on accepte de charger.


Chez Nerla, c’était l’inverse.


Tout semblait contenu jusqu’au moment précis où elle décidait de partir.


Et là, son corps se ramassait d’un coup.


Hanches.

Jambes.

Centre.


Puis elle frappait.


Court.

Sec.

Net.


Pas une furie.


Pas une masse.


Une violence brève.


Le genre de violence qui ne dure pas assez pour être vraiment lue avant d’avoir touché.


Au bout d’un moment, Ivar coupa la séance.


Pas brutalement.


Comme quelqu’un qui sait reconnaître la frontière entre progrès et perte inutile.


— Ça suffit.


Personne ne protesta.


Pas même Tomas.


Le silence qui suivit n’était plus celui du chapitre précédent.


Moins cassé.


Plus lourd.


Comme si chacun commençait à comprendre que le corps qu’il habitait désormais n’était pas seulement survivant.


Il allait servir à quelque chose.


Marek les observa quelques secondes encore.


Puis il parla.


— Couloir nord. Dotation dans cinq minutes.


Le mot tomba différemment des autres ordres.


Pas parce qu’il était plus impressionnant.


Parce qu’il signifiait autre chose.


Lior fut le premier à répondre.


— Dotation pour quoi ?


Marek le regarda.


— Pour ce qui vient.


Pas un mot de plus.


Mais cette fois, ça suffit.


La salle de dotation n’avait rien de spectaculaire.


C’était presque décevant.


Pas de murs noirs.

Pas de mise en scène.

Pas de présentoir glorieux.


Seulement des râteliers.

Des caisses.

Des tables métalliques.

Des pièces démontées.

Des numéros peints.

Des registres.

Des housses ouvertes à moitié.

L’odeur de l’huile, du tissu technique et du métal entretenu.


Tout y donnait l’impression qu’on ne distribuait pas des armes à des héros.


On affectait du matériel à des fonctions.


Un adjudant armurier les attendait déjà.


Grand.

Sec.

Front dégarni.

Visage neutre.


Marek le désigna à peine.


— Adjudant Oren Vaast. Vous prenez ce qu’il vous donne. Vous écoutez. Vous testez. Vous rendez ce qui ne tient pas. Vous gardez ce qui vous convient. Vous ne discutez pas pour jouer aux experts.


Vaast ne salua pas.


Il ouvrit seulement son registre.


— Par ordre.


Le mot traversa le groupe d’une manière différente des autres.


Pas celui des noms publics.

Pas celui du quatuor tel qu’ils l’avaient connu.


L’ordre de maintenant.


De ceux qui restaient.


Tomas souffla du nez.


Lior lui lança un regard.


Rien de plus.


Mais ce fut assez pour rappeler qu’ils n’étaient pas encore une unité.

Seulement six survivants rangés dans le même couloir.


Kairo passa en premier.


Vaast le fit avancer d’un geste.


Sur la table, il y avait :

une arme longue sobre,

plus courte qu’un véritable fusil de précision lourd,

plus stable qu’un simple fusil de ligne,

un pistolet de service,

une lame utilitaire,

un harnais compact,

et un dispositif d’ancrage plié, fermé, sans élégance visible.


Vaast posa la main sur l’arme longue.


— Plateforme de précision intermédiaire. Pas un fusil de parade. Pas un jouet de tireur d’élite. Tu lis vite. On veut voir si ton corps suit encore quand la distance augmente.


Kairo prit l’arme.


Le poids lui allait.


Pas parfaitement.


Mais assez pour qu’il comprenne tout de suite ce que le programme attendait de lui.


Il leva les yeux vers Marek.


— Donc je bouge encore.


Marek répondit sans détour :


— Tant que c’est utile.


Kairo ne sut pas si cela l’irritait ou le soulageait.


Derrière lui, Lior déplaça légèrement son appui.

Un bruit bref de semelle sur le sol.

Assez pour rappeler que personne, ici, n’attendait tranquillement son tour.


Ilia reçut sa dotation juste après.


Une lame principale de service.

Pas belle.

Pas noble.

Pensée pour durer, pas pour séduire.


Une arme de poing compacte.

Un harnais simple.

Une ceinture de maintien discrète.

Le même type de dispositif d’ancrage, adapté différemment.


Ilia prit la lame avant le reste.


Pas par fascination.


Comme quelqu’un qui vérifie une continuité.


Le poids lui convint immédiatement.


Elle testa la garde.

La longueur.

L’équilibre.


Puis seulement après, elle prit l’arme de poing.


Vaast la regardait faire sans commentaire.


— Celle-là tiendra, dit-il.


Ilia releva les yeux.


— Et le reste ?


— Le reste n’a pas besoin de te plaire. Il doit seulement ne pas te gêner.


Elle baissa les yeux vers l’arme de poing une seconde de trop.


Puis hocha à peine la tête.


Réponse acceptée.

Pas sans réserve.


Tomas observa la scène avec ce regard sec qu’il avait quand il jaugeait la part de vérité laissée aux autres.


Lior, lui, reçut d’abord trop.


Ou plutôt : il voulut trop.


Quand Vaast posa devant lui son fusil d’assaut, une lame robuste, un harnais de traction et un système d’ancrage offensif compact, Lior regarda aussitôt le râtelier derrière.


— Et les plaques en plus ?


Vaast ne tourna même pas la tête.


— Refusé.


— Pourquoi ?


— Parce que tu alourdis déjà ton entrée tout seul.


Lior souffla du nez.


— Vous voulez que je passe au contact léger ?


— Je veux que tu arrives au contact vivant, répondit Vaast.


Marek ne bougea pas.


Lior fixa encore une seconde le matériel.


Puis prit ce qu’on lui donnait.


Sans aimer.

Sans contester davantage.

Mais avec cette raideur qui disait très bien qu’il n’avait rien accepté sur le fond.


En revenant d’un pas, son coude heurta presque Tomas.


Ni l’un ni l’autre ne s’excusa.


Tomas fut le seul à sourire, très légèrement, avant même de recevoir quoi que ce soit.


Pas un vrai sourire.


Quelque chose de plus sec.


Comme s’il attendait déjà le moment de juger ce qu’on oserait lui confier.


Vaast posa devant lui une arme compacte, une lame courte, un harnais léger, un système d’ancrage nerveux, réduit, taillé pour le franchissement rapide.


Puis il referma la caisse d’à côté sans l’ouvrir.


Tomas le vit aussitôt.


— Celle-là, c’était quoi ?


— Pas pour toi.


— J’ai même pas demandé.


— T’as regardé.


Tomas posa sa main sur la table.


— Et si c’était ce qu’il me fallait ?


— Alors je te le donnerais pas quand même.


Le silence se resserra un peu.


Tomas leva les yeux vers Marek.


— Vous vous méfiez de quoi ? De moi ou de ce que je peux faire avec ?


Marek répondit avant Vaast.


— Des deux.


Cette fois, Tomas ne dit rien.


Mais sa mâchoire se serra si fort que le muscle battit une seconde sous la peau.


Il prit son matériel d’un geste sec.


Pas humilié.

Pas soumis.


Contrarié d’être déjà lu si tôt.


Kairo n’eut pas besoin de regarder Serah pour savoir qu’elle notait aussi cela.


Mira reçut sa dotation sans surprise visible.


Une arme longue fiable.

Pas trop lourde.

Pas trop fine.

Quelque chose qui promettait moins une performance qu’une constance.


Une lame secondaire polyvalente.

Du matériel utilitaire plus complet que celui des autres.

Un harnais précis.

Un système d’ancrage sûr.


Elle prit tout cela avec cette sobriété presque sévère qu’elle avait dans les moments les plus importants.


Puis elle demanda :


— Charge réelle prévue ?


Vaast répondit :


— Variable selon mission.


Mira baissa les yeux vers le matériel.


Pas pour l’admirer.


Pour en accepter le poids exact.


Elle releva la tête un peu plus tard que prévu.


C’était tout.


Mais Kairo le vit.


Et cela suffisait à comprendre que, chez elle aussi, quelque chose venait d’être fixé.


Nerla s’avança après elle.


Son équipement était plus léger à l’œil.


Arme courte.

Lame rapide.

Harnais mobile.

Dispositif d’ancrage compact, plus nerveux, moins chargé.


Lior jeta un coup d’œil.


— T’as moins.


Nerla répondit sans le regarder :


— Non. J’ai plus court.


Vaast hocha presque la tête.


— Toi, tu prends court. Tu frappes. Tu dégages. Si ça dure, c’est mauvais.


Nerla prit l’arme.

Puis le harnais.

Puis le dispositif.


Ses doigts testèrent les attaches avec une vitesse presque sèche.


Pas d’excitation.

Pas de doute.


Juste une forme de cohérence immédiate.


Tomas la regardait du coin de l’œil.


Pas parce qu’elle l’intéressait.


Parce qu’il comprenait très bien ce que cela voulait dire :

le programme avait vu chez elle une vitesse qu’il prenait désormais au sérieux.


Quand tout fut distribué, Ivar les mena dans l’aile d’essai.


Pas un stand glorieux.


Pas un parcours complet.


Seulement un espace assez large pour vérifier ce qui, déjà, jurait avec le corps.


Les premiers tirs furent mauvais.


Pas tous.


Mais assez pour rappeler à chacun qu’avoir une capacité et tenir une arme étaient deux choses différentes.


Kairo ajusta d’abord trop finement.


Il corrigeait avant même de laisser son corps finir la première lecture.


Le second tir fut meilleur.

Le troisième propre.


Ilia accepta vite la lame.

Moins vite l’arme de poing.

Pas parce qu’elle était mauvaise.

Parce qu’elle détestait sa logique.

Trop courte.

Trop sèche.

Trop détachée du corps.


Lior força une première entrée avec trop de masse dans les épaules, puis comprit qu’avec cette dotation-là, il devait casser plus net, pas plus lourd.


Tomas voulut aller trop vite dès le premier essai de déplacement équipé.

Son harnais suivit.

Pas son centre.

Ivar le stoppa d’un ordre sec avant la chute.


Mira s’adapta presque tout de suite.


Et cela mit Kairo plus mal à l’aise qu’un échec.


Parce qu’elle avait l’air de comprendre que cet équipement n’était pas un progrès.


C’était déjà une forme d’engagement vers quelque chose dont personne ne reviendrait vraiment intact.


Nerla, elle, ne donna pas une démonstration.

Seulement un aperçu.


Un angle.

Un départ.

Une accroche.

Un retour.


Assez pour que le groupe voie ce qui se dessinait :

si elle apprenait à combiner sa frappe brève et son déplacement équipé, elle deviendrait très difficile à lire à courte distance.


Ce fut seulement après cela qu’Ivar leur présenta le système d’ancrage.


Il posa l’un des dispositifs sur la table métallique.


Compact.

Dense.

Sobre.

Rien de théâtral.


Un corps de lancement.

Un câble.

Une accroche.

Un harnais.


— Ce n’est pas fait pour voler, dit-il.


Personne ne sourit.


Le ton ne le permettait pas.


Ivar reprit :


— Ce système sert à accrocher, monter, franchir, sortir, casser une hauteur, changer d’angle, repartir. Pas à jouer aux fantômes.


Le dernier mot resta là.


Pas nostalgique.


Presque sec.


— Ceux qui essaient d’en faire plus que ce pour quoi il a été conçu finiront ouverts sur un mur ou écrasés au sol.


Il montra les points d’attache.

Les déclenchements.

Les verrous.

La traction courte.

Le rappel.

Le temps de réponse.


Kairo comprit immédiatement la logique :

ce n’était pas un outil de danse.

C’était un outil de prédation verticale limitée.


Utile.

Rapide.

Tactique.


Mais fermé.


Fait pour la fonction.

Pas pour la liberté.


Et cela rendit le dispositif encore plus parlant.


Comme si tout, dans ce monde, portait déjà la marque de ce qu’il avait perdu en renaissant autrement.


Les essais commencèrent par binômes.


Accroche.

Montée courte.

Franchissement.

Reprise d’appui.


Pas d’acrobatie.

Pas de spectacle.


Seulement des erreurs très possibles.


Kairo s’adapta vite.

Pas à l’instinct.

À la lecture.


Il comprit où accrocher.

Où ne pas accrocher.

Quand ne pas faire confiance à une ligne de fuite.


Ilia utilisa le système comme elle utilisait le reste :

sans élégance, mais sans déchet.


Lior voulut tirer trop fort sur la première traction.

Le mur lui rappela qu’un angle mal pris casse d’abord celui qui s’y jette.


Tomas, cette fois, fut observé de près.

Trop près pour aimer ça.

Au second essai, il voulut déjà raccourcir un passage interdit.

Marek le stoppa d’un seul mot.


— Non.


Tomas lâcha la ligne.

Pas calmé.

Contraint.


Mira fut la plus propre.

Pas la plus rapide.

La plus propre.

Chaque geste à sa place.

Chaque verrou pris.

Chaque sortie correcte.


Nerla fut la plus inquiétante.


Pas parce qu’elle faisait plus que les autres.


Parce qu’elle faisait exactement ce qu’il fallait, puis frappait le sol au retour comme si son corps cherchait déjà une cible à la place du point d’arrivée.


Ivar la vit aussi.


— Garde ça pour quand on te le demandera, dit-il.


Nerla répondit simplement :


— Oui.


Quand tout fut terminé, ils restèrent quelques instants dans la salle, chacun avec son matériel.


Le poids du groupe avait changé.


Pas moralement.


Physiquement.


Les sangles.

Les armes.

Les attaches.

Les lames.


Tout cela les rendait plus proches du départ que n’importe quel discours.


Lior brisa le silence le premier.


— Donc c’est ça.


Personne ne demanda ce que voulait dire ce ça.


Tout le monde l’avait compris.


Pas l’équipement.

Pas seulement.


La suite.


Marek s’avança juste assez pour les regarder tous à la fois.


— Non, dit-il. C’est seulement ce que vous emporterez avec vous.


Puis il ajouta, après une seconde :


— Le reste, vous le découvrirez là-bas.


Et cette fois, personne ne posa de question.


Parce qu’aucun d’eux n’avait encore assez de place en lui pour une réponse de plus.


Ils quittèrent la salle par petits décalages.


Pas vraiment ensemble.

Pas encore.


Mais plus totalement séparés non plus.


Dans le couloir, Kairo sentit le poids de son arme longue contre son épaule, celui du système d’ancrage à sa hanche, la présence de la lame contre sa jambe.


Ce n’était pas confortable.


Ce n’était pas glorieux.


C’était juste réel.


Il leva les yeux.


Devant lui, les autres avançaient déjà.


Moins comme des survivants.


Plus comme quelque chose que le programme avait presque fini de préparer.


L’entraînement n’était pas terminé.


Mais il avait cessé d’être l’essentiel.


Le départ n’était plus une idée.

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