L'Ode à la liberté [Livre I]

Chapitre 41 : Pensée abstraite - Part II

2690 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 13/08/2021 21:19

Arpentant les couloirs Eren inspectait furtivement chaque pièce du manoir, dans l’espoir de déclencher un quelconque souvenir appartenant à son défunt père. Sans parler de son cerveau à l’état de vacuité le desservant grandement - surtout incapable et inapte à travailler ses matières grises au même titre que le commandant Erwin, le chef Hanji ou encore Armin. Peut-être que son impression de déjà vu était totalement erronée ? Non, Jane Traum a confirmé de vive voix qu'il ressemblait trait pour trait à son père et qu’ils s’étaient déjà croisés à plusieurs occasions… Comment provoquer ses souvenirs surgissant habituellement lors d’événements fortuits ?

Inutile de cramer ses neurones plus longtemps, le jeune Titan finit par se contenter d’observer d’un œil morne la décoration fastueuse de l’énième corridor semblable aux autres.

Contrairement à l’extérieur, il nota que peu de gens vivait à l’intérieur. Jetant un coup d’œil en direction à sa camarade, il se demanda comment elle avait pu épanouir dans cette maison vide.

Abruti, s’injuria-t-il silencieusement, se remémorant la veille. Comme Historia, après avoir vécu une expérience traumatisante, sa vie avait forcément et drastiquement changée…

Contemplant son amie - empruntant pour la seconde fois des escaliers pour accéder à l’étage supérieur - il remarqua que la belle blonde ne se coupait plus les cheveux, sa crinière arrivant maintenant au niveau des omoplates, dévoilant une crinière soyeuse et moins ondulée que son ainé. Il lorgna sur la région lombaire jusqu’à la courbe de ses hanches, dirigeant son regard légèrement plus bas.

Le sommet atteint, Æsma se retourna, découvrant son camarade posté en pleins milieu des escaliers, ses deux émeraudes posés sur elle - et pourtant déconnecté de ce monde. Pensant que la mémoire de son père faisait surface, elle s’approcha doucement vers lui, intriguée - les yeux du brun suivant le mouvement.

— Eren ? L’appela-t-elle - une voix emplit de bienveillance, malgré une inquiétude naissante. Le garçon avait la fâcheuse tendance à passer d'une humeur à l’autre, peut-être valait-il mieux ne pas le « réveiller » et attendre patiemment…

Pupilles rétrécis, bouche entrouverte, un teint halé virant au rouge, Eren reprenant subitement conscience, pensait avoir été pris la main dans le sac.

— Ce n'est pas ce que tu crois ! J’essayais de mettre en marche ma cervelle, espérant retrouver la mémoire ! Tenta-t-il de se justifier, complètement affolé.

Le brasier qui s’emparait du brun - au visage cramoisi - ne s’éteignait pas, ne passant pas inaperçu auprès de la blondinette prise aussi d’une soudaine nervosité aiguë. S’efforçant de reprendre le contrôle de ses émotions, il essaya de se débarrasser des mucosités à l’intérieur de sa gorge - et ce à plusieurs reprises.

— Je croyais que la bibliothèque se trouvait au rez-de-chaussée, mentit-il.

— Celle où nous allons est loin des regards curieux…

Æsma tourna aussitôt les talons, grimpant à nouveau les marches, Eren lui emboîtant le pas.

Après avoir bifurqué dans les allées, pour escalader une échelle menant au grenier, les adolescents arrivèrent devant la porte en question.

L’exploratrice alla récupérer une lampe à huile, rangée sur une vielle étagère en bois - à côté de ses consœurs - vérifiant que celle-ci soit toujours intacte. Devant changer la mèche, elle humidifia cette dernière dans le pétrole mise à disposition dans le tonneau entre le meuble et un tabouret, puis la posa délicatement sur une étagère pour retirer le couvercle de la lanterne et dévisser le brûleur pour y installer la mèche. Remplissant aux trois-quarts le contenant, elle prit soin de le revisser délicatement et remettre le verre, sous les yeux fascinés de son collègue.


Après avoir contourné les multiples obstacles, la petite fille jeta un coup d’œil aux alentours, veillant à ce que personne ne l’ait suivi. C’était le moment ou jamais de découvrir par ses propres yeux la pièce interdite.

Une fois en haut, la peur s’empara d’elle, terrifiée par l’obscurité habitant de l’autre côté de la porte. Fort heureusement, un objet servant à illuminer les endroits sombres se trouvait à proximité. Sa joie fut de courte durée. Incapable d’allumer la lanterne, elle abandonna l’idée de poursuivre sa quête. 

Rebroussant chemin, elle s’arrêta devant la trappe. Non. Elle ne pouvait pas baisser les bras aussi facilement. La gorge nouée, avalant difficilement sa salive, elle refit marche arrière pour faire face à la porte. Poings serrés, toute grelottante, elle devait prouver sa valeur coûte que coûte, se demandant se qu’elle allait découvrir derrière. Un fantôme ? Une sorcière ? Pire, un Titan ? S’imaginant des histoires aussi folles les unes que les autres.

Trop petite pour atteindre la poignée, elle se dépêcha de chercher le tabouret. 

La porte déjà déverrouillée, elle pénétra dans les ténèbres.


Æsma sursauta lorsque la main d’Eren agrippa son épaule.

— On peut toujours faire marche arrière, si tu ne veux pas y retourner. Voyant sa camarade circonspecte, il se justifia. C’est encore trop tôt. Déjà que de revoir ta mère…

— Cette porte emmène à la bibliothèque, pas en enfer, coupa la blondinette - préférant éviter tout sujet sensible.

Hésitante, elle gonfla sa poitrine pour se donner du courage et avança de quelques pas. La nostalgie s’empara à nouveau d’elle.


Combien de temps allait-elle errer dans l’ombre ? Si seulement Raphaël pouvait être à ses côtés… Avançant à l’aveugle dans ce gouffre sans fin, elle se demandait ce que ses parents pouvaient bien cacher dans cette pièce ?

C’est en se heurtant à quelque chose de dur, qu’elle aperçut une lueur - assez faible - au loin. Elle n’était pas seule. Déglutissant difficilement, elle marcha à reculer, effrayer à l’idée de se faire surprendre par son père ou sa mère - pire, un monstre qui pourrait la dévorer !

L'atmosphère de la pièce devenait de plus en plus pesante…

La gamine ne ressentait pas la présence de l’individu - l’ayant aperçu plus tôt. Il marchait à pas de loup derrière elle, attendant le moment propice pour l’attaquer. Il plaqua instantanément sa main sur la bouche, lui faisant signe de se taire.

— Chut, tu vas nous faire repérer, chuchota le garçon.

Il fallut un simple sourire pour faire disparaître l’humidité dans les yeux de la petite sœur.

— Ra… Raphaël…Qu… qu.. qu’est-ce que tu fais là ? Balbutia la gamine.

Le frère cadet s’empara de sa petite main, la rassurant irrémédiablement tellement elle appréciait son contact et vouait une admiration sans faille auprès de celui qu’elle chérissait plus que tout au monde - enfin, cela était dû au fait que Gabriel se montrait moins démonstratif envers elle, sinon il se hisserait à la même place dans son petit cœur. 

— Tu tombes bien, j’aimerais partager quelque chose avec toi.


Le souvenir s’estompa aussitôt quand elle se trouva au centre de la pièce - disposant d’une table ronde et de trois chaises, quelque peu délabrées. Rien n’avait bougé, encore moins changé depuis la dernière fois qu’elle s’était terrée ici, à l’exception de la poussière qui pullulait.

— Et on cherche quoi exactement ?

— Tu te souviens du conte que je lisais avant qu’on intègre officiellement le Bataillon ? Répondit la blonde - déposant la lanterne sur la surface en bois.

— Celui où le géant se fait dévorer par les trois frères ?

— Oui. C’est dans cette bibliothèque que j’ai trouvé le livre. Eren gardant le silence, peu sûr de comprendre - remarquant cela, Æsma ajouta, mes frères et moi avions interdictions de nous promener au dernier étage, dont le grenier. Comme la plupart des domestiques… Petite, je ne comprenais pas pourquoi. Trois ans de cela non plus. Aujourd’hui, je crois savoir pourquoi. Puis seule ma mère se promenait ici, même si ses allées et venues étaient plutôt rare. Je ne crois même pas que mon père a déjà mis les pieds ici.

Le jeune Titan hocha légèrement la tête, absorbant les informations donnés. Au lieu de se concentrer sur l’essentiel, sa cervelle de moineau se stoppa sur un détail fugace, mais plus important à ses yeux.

— C’est tellement sombre qu’on va mettre des plombs à dresser une liste de tous les bouquins coincés ici. On ne peut pas se permettre de piocher un livre au hasard non plus. continua Æsma - se grattant l’arrière du crâne. Je me demande quand même s’il n’y a pas une fenêtre par ici…

En même temps, la jeune fille ne s’est jamais vraiment baladée dans toute la pièce - même avant son départ, toujours effrayé par l’ambiance sordide de cet endroit. Bordel, souffla-t-elle, contrariée de ne pas avoir eu l’intelligence d’emprunter une deuxième lampe à huile ou des bougies au passage.

Le père Traum. Depuis qu’ils étaient ici, Eren ne l’avait toujours pas rencontré. Où était-il ? À quoi ressemblait-il ? Correspondait-il à la personne que sa camarade lui avait dépeinte - ou bien totalement l’inverse ? Que penserait ce monsieur s’il venait à le croiser ? Apprécierait-il qu’un homme de son envergure tourne autour de sa fille ? Ou comme Gabriel - voir pire, il serait prêt à le pendre en place publique, s’il osait toucher ne serait-ce qu’un seul de ses cheveux ? Prise d’une bouffée de chaleur, Eren se sentait nauséeux, appréhendant la suite des évènements et priant pour ne pas tomber nez à nez avec le patriarche de la famille.

— Je me demande si on va trouver quelque chose de similaire dans la cave de ton père. Maintenant, que j’y repense, tu n’as jamais eu accès au sous-sol... Même pas une fois ?!

S’apercevant que son ami ne l’écoutait pas, noyée dans ses propres pensées, la blondinette se planta devant cet ingénu, claquant ses doigts sous ses yeux. L’idiot bondit en arrière, surpris.

— C’est pas ce que tu crois !

Peu certaine de ce qui se tramait dans sa caboche, la blondinette fronça les sourcils.

— Concentre toi un peu s’il te plaît. Je vais aller chercher de quoi éclairer davantage cette bibliothèque, dit-elle - repartant pour l’extérieur.

Se massant la nuque, le jeune Titan s’excusa.

Pour canaliser son esprit à ne pas s’égarer ailleurs, il opta pour une petite visite. Se saisissant de la lanterne, il se dirigea sur la première allée à gauche. 

Des livres poussiéreux parsemaient le sol. Cette bibliothèque jonchait d’immenses étagères où des ouvrages - rangés semblait-il méthodiquement - recélaient d’innombrable secret à coup sûr. Errant depuis quelques minutes, il se retrouva coincé, le mur lui indiquant la fin de son parcours. Cependant, il décida de le longer, observant divers tableaux et objets insolites accroché aux murs - tombant ensuite nez à nez face à une grande table en pierre où étaient disposés quelques gros cailloux. Examinant l’un d’entre eux, il remarqua une image des plus étrange gravé dessus - les autres quasiment identiques.

Remarquant le livre posé au bord de la table, il déposa la pierre et attrapa le vieux grimoire. « L’histoire d’Eldia : entre mythe et réalité » lisait-t-il sur la couverture en peau tannée et corroyée, relié par des écrous. Étrange…

Une voix paniquée l’appela au loin.

— Je suis au fond de la salle, répondit-il.

En deux temps, trois mouvements et quelques fracas, Æsma était de retour, soulagée de le revoir - sa propre lampe à la main. Elle s’approcha de lui, curieuse de savoir ce qui avait attiré son attention. Apercevant le livre dans ses mains, la blondinette s’exprima perplexe

— Oh je m’en rappelle…


Raphaël entraîna sa petite sœur au fin fond de la pièce, où se trouvait une énorme pierre servant de table, occupé par des pierres, bougies et d’autres babioles. Il alluma d’autres bougies pour une meilleure visibilité. Pendant son inspection, il était tombé sur un livre des plus mystérieux. Æsma escalada le banc, s’agenouilla, se penchant par-dessus le bouquin ouvert pour mieux voir. Sur la page, écrit à la main « L’histoire d’Eldia : entre mythe et réalité ».


Vague souvenir, mais une chose dont elle était certaine, est que ce bouquin faisait partie des manuels interdits. Si le gouvernement apprenait son existence, il n’hésiterait pas à sanctionner - ou pire, exécuter ses possesseurs. Mais ça, c’était avant.

Dorénavant, une horde de questions la tourmentait. Quels autres mystères se dissimulaient dans cette salle obscure ? Pourquoi sa famille possédait autant d’objets interdit ? Quel était leur lien avec les Fritz ? Surtout, dans quel camp était-elle ?

Wätcher… Elle ne savait absolument rien de sa lignée maternelle, grands parents, parents, oncles et tantes ne s’étaient jamais vanter d’une quelconque façon. Ils étaient plus que futés pour être resté dans les bonnes grâces contrairement aux Ackerman. 

De son côté, Eren cogitait sur les réelles intentions de son père, ne comprenant toujours l’intérêt d’avoir dévoré l’originel et lui avoir laissé la succession de ce dernier - étant incapable d’utiliser ses pouvoirs. Pourquoi avoir eu des entrevues avec cette sorcière, avare en tout point ? Tout ce que la belladone avait dévoilé jusqu’à là était purement spéculation, aimant probablement manipuler les autres. Il y a aurait plus de Titans Intelligent qu’on ne le pensait. Six des huit familles constituant le cercle restreint, proche de la famille royale, seraient encore en vie et bien caché. Un des district du mur Maria aurait également survécu à l’attaque. N’importe quoi…

Le plus faramineux dans cette histoire, c’est que le docteur Jäger et Jane Traum se sont rencontrés peu après leur naissance. Que se serait-il passé, s’ils avaient décidé de travailler sérieusement main dans la main ? Aurait-il connu Æsma plus tôt, devenir de très bons amis et plus intime par la suite ? Encore des questions sans réponses et pourtant….

Inconsciemment, le soupirant se rapprocha de la demoiselle qui scrutait de plus près le gros caillou - un fossile d’après elle. Pas attentif pour un sou, il ne l’écoutait pas vraiment, se concentrant uniquement sur le timbre mélodieux de sa voix, humant discrètement son parfum floral. Les lèvres de sa dulcinée se mouvaient sobrement, révélant qu’elle était en pleine réflexion.

Instinctivement, le corps de la prétendante s’électrisait lorsque qu’elle sentit que de la chaleur émaner de son camarade, presque collé à elle, capable de sentir son souffle se déposer autour de son cou. Le creux de ventre éprouvant la nuée de papillons proliférant à l’intérieur, elle déposa - toute tremblante - l’emprunte de la mystérieuse plante ensevelis dans la couche rocheuse, prenant une grande inspiration et se pivota timidement sur sa gauche pour faire face à Eren.


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