La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 28 : De trop

1253 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 20/04/2026 19:38

Mayoiga avançait sans presser le pas, suivant la ligne incertaine des diguettes qui séparaient les rizières. L'eau sombre reflétait à peine les premières lueurs du jour, troublée par endroits par le vent qui pliait les jeunes pousses.


Derrière elle, Sesshōmaru maintenait la même distance. Il ne cherchait ni à la rejoindre ni à s'en écarter. Sa présence persistait, constante, sans jamais s'imposer.


Mayoiga finit par ralentir légèrement.


Elle ne se retourna pas.


- Tu comptes continuer de me suivre longtemps ?


Sesshōmaru ne répondit pas immédiatement. Son pas resta égal.


Puis, d'une voix calme :


- Où comptes-tu aller ?


Mayoiga garda les yeux devant elle. Le paysage s'ouvrait sans rien offrir de précis, seulement l'étendue sombre des champs, et la ligne plus dense des bambous qui se rapprochait peu à peu.


- Je ne sais pas.


Elle poursuivit encore sur quelques pas, mais perçut derrière elle que le silence ne s'était pas refermé.


- Qu'attend Naraku de toi ?


Cette fois, elle tourna légèrement la tête, sans lui faire face entièrement.


Un instant passa.


- Il m'a dit qu'il voulait faire de moi son arme.


Le froissement des bambous, désormais plus proche, se fit plus distinct.


Sesshōmaru ne répondit pas tout de suite. Son regard demeurait posé sur elle, sans qu'aucune émotion ne s'y lise.


- Est-ce lui qui t'a demandé de me rapporter Tōkijin ?


Mayoiga détourna de nouveau les yeux.


- Non.


Le mot tomba simplement.


- Et il t'a laissée faire.


Ils avancèrent encore. Le sol humide céda peu à peu sous leurs pas, laissant place à une terre plus ferme à mesure que les rizières s'effaçaient derrière eux.


L'eau entre les rangs captait encore par endroits une lueur pâle, vite brisée par le vent.


- Pourquoi Naraku garderait-il une arme qui ne lui obéit pas ?


Mayoiga ne répondit pas immédiatement.


- Je ne sais pas.


Ils pénétrèrent alors sous les bambous. La lumière, déjà faible, s'y trouvait encore réduite. Le sol couvert de feuilles sèches étouffait presque entièrement le bruit de leurs pas.


Elle ralentit imperceptiblement, comme si quelque chose en elle hésitait encore à franchir une limite, puis reprit, d'une voix plus basse :


-Tu m'avais vue avec un brigand... avant ma mort.


Un court silence suivit.


- C'était lui. Onigumo... avant qu'il ne devienne Naraku.


Ses doigts se resserrèrent légèrement sur le fourreau de son épée.


- Je crois que l'humain en lui ne m'a pas oubliée.


Le silence s'étira.

Le regard de Sesshōmaru ne la quitta pas.


- Tu cherchais la Perle pour lui...


Les mots tombèrent avec une précision froide. Il venait de faire le lien.


- J'ai cru... qu'il la méritait.


Sesshōmaru resta un instant sans répondre, le regard posé sur elle, immobile, mesurant enfin la portée de tout ce qu'elle venait de lui dire.


Un souffle bref à peine perceptible passa entre ses lèvres.


- C'est donc cela.


Le silence retomba aussitôt.


Puis il se détourna.


Le mouvement fut simple, net, sans hésitation. Comme si cela suffisait. Comme si ce qu'il venait de comprendre ne méritait pas davantage d'attention.


Il s'éloignait, sa silhouette déjà reprise par les lignes pâles des bambous.


Mayoiga fit demi-tour pour le suivre.


- J'ai cru pouvoir comprendre ton père en me rapprochant de lui.


Le froissement des bambous se resserra autour d'eux, plus dense, plus sec.


Alors seulement, Sesshōmaru se retourna.


Son regard tomba sur elle, dur, sans la moindre indulgence.


- N'utilise pas mon père pour justifier ta faute.


Sa voix resta basse, tranchante.


Un temps passa.


- Tu salis son nom.


Le silence revint.


Plus lourd.


Mayoiga se rapprocha encore.


Cette fois, elle ne parvint pas tout à fait à masquer ce que ses mots avaient touché. Son visage resta droit, mais son regard se troubla d'une atteinte trop vive pour être aussitôt reprise.


- Je ne voulais pas... Je...


Les mots moururent avant d'aller plus loin.

Sesshōmaru ne bougea pas.


- Tu n'aurais pas dû.


Sa réponse fut presque sans voix :


- Je sais.


Elle fit encore un pas.


Trop près, cette fois, pour que la distance entre eux reste neutre.


Elle le fixa une seconde.


De si près, il n'avait plus rien d'une présence intouchable. Son visage, d'une pâleur intacte, conservait une netteté presque irréelle. Ses yeux clairs demeuraient fixés sur elle, immobiles, avec cette intensité silencieuse qui n'appartenait qu'à lui.

Il amorça un mouvement pour se détourner.


La main de Mayoiga se leva alors et se referma sur sa manche pour l'arrêter. L'autre remonta jusqu'au col de son vêtement, où ses doigts se crispèrent un instant avant qu'elle ne l'attire à elle.


Puis elle l'embrassa.


Le geste fut brusque, comme s'il survenait à l'endroit même où les mots venaient à manquer. Sa bouche trouva la sienne sans détour, avec une intensité trop vive pour relever d'un abandon paisible.


Sesshōmaru resta immobile.


La surprise traversa son visage sans réellement le défaire, mais elle fut là, nette, visible dans la suspension de son regard.


Sa bouche demeura close sous la sienne, sans retour véritable.


Il ne la repoussa pas.


Mais ne répondit pas non plus.


Sa main esquissa un mouvement vers elle, puis s'immobilisa, suspendue dans le vide entre eux. Ses doigts se crispèrent. Comme si, l'espace d'un instant, il ne choisissait pas encore.


Cela ne dura pas.

Sa main ne vint pas à elle.


Mayoiga le sentit aussitôt.


Le décalage. L'absence de retour véritable.


Elle se figea, puis se retira brusquement. Ses doigts lâchèrent sa manche et son col. Elle recula d'un pas.


Son souffle s'était raccourci, mais elle n'essaya pas de parler. Son regard glissa hors du sien, incapable de s'y tenir.


Le silence retomba entre eux, plus nu qu'avant.


Sesshōmaru ne bougea pas immédiatement. Son regard resta posé sur elle, mais plus tout à fait comme auparavant. Rien ne s'y était adouci. Quelque chose s'y était seulement déplacé, comme s'il réévaluait, dans ce bref intervalle, ce qu'il n'avait pas prévu.


Puis, très légèrement, sa posture se redressa. La tension s'effaça de ses épaules. Sa main retomba à son côté.


Le contrôle revenait.


Entier.


Mayoiga demeura immobile un instant de trop.


Pas assez longtemps pour reprendre contenance.


Seulement assez pour comprendre qu'elle ne pouvait pas rester.


L'air entre eux était devenu trop étroit, trop nu, chargé de ce qu'elle venait de faire et de ce qu'il n'avait pas rendu.


Alors elle détourna la tête.


Sans un mot, elle se retourna et reprit sa marche entre les bambous.


Ses premiers pas furent trop rapides, presque heurtés, avant qu'elle ne les contraigne à retrouver une cadence plus tenue.


Elle ne se retourna pas.


Sesshōmaru ne la suivit pas du regard immédiatement.


Il resta immobile.


Le froissement des bambous s'éloigna peu à peu, jusqu'à se perdre dans l'épaisseur du bois.


Alors seulement, son regard se porta dans la direction qu'elle avait prise.


Un instant passa.


Puis il détourna les yeux.


Rien ne varia dans son expression.


Il se détourna à son tour.


Et reprit sa marche dans l'autre direction.



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