Indiana Jones et la lance du destin
Elle était placée au centre d’une salle circulaire, une salle déjà très différente de par son aspect : au lieu d’être creusée dans la roche, les parois étaient des cristaux noirs hérissés.
- Ces cristaux sont ceux qui ont constitué le fer de lance et le sceptre. C’est ici que Phinée l’a crée, voilà donc pourquoi Longinus s’y est retiré, la légende de la lance devait prendre fin là où elle avait commencée, dit Indiana.
Ils approchèrent de la tombe de pierre, une tombe toute simple, rectangulaire, sur laquelle étaient gravées des runes.
« Saint Longin repose ici en paix loin de tout champ de ténèbres. Puisse ta vision devenir la nôtre et nous rendre tout-puissants à jamais ».
- Ce n’est pas Longinus qui a demandé cet épitaphe à mon avis, dit Kurt.
- Bon et maintenant ? Demanda Indy.
Derrière la tombe se trouvait un piédestal en tous points identique à celui de Nouvelle-Zélande, avec les quatre emplacements pour les quatre fragments.
- Vas-y, Indiana, dit Henry.
Indy disposa soigneusement chacun des fragments. Tous s’illuminèrent à nouveau d’un doux éclat bleuté qui ne dura que trop brièvement hélas. La terre trembla alors et les fragments fusionnèrent entre eux pour n’en former qu’un : le fer de lance originel.
Indy ramassa délicatement le fer de lance, il était froid. Il le disposa sur le sceptre bourdon trouvé en Turquie. Aussitôt placé, le fer s’éclaira de nouveau.
- Regardez père, comme c’est magnifique.
Henry prit la lance et l’éleva, il portait à son égard un regard de contemplation et de peur. Mais lui et son fils étaient obnubilés par cette éclat irréel qu’ils avaient tant cherchés.
Leurs regards se détachèrent pourtant vers la salle d’où venait d’apparaître une boule de feu. Stratner se matérialisa.
- Ce moment là aussi je l’attendais depuis longtemps. Donnez-la moi.
- Va au diable ! Lança Henry.
Il se reçut une nouvelle décharge d’énergie qui le renversa en arrière.
- Père !
Henry ne parvint pas à articuler un mot, il était comme paralysé.
Stratner ramassa la lance, l’éclat bleu miroitait dans ses yeux fous d’obsession.
- Enfin, tu es à moi !
- Laissez-là ! Dit Kurt en brandissant son arme.
- Toi ! Tu mourras le premier, traître !!
Il leva la main pour lui lancer un trait d’énergie mais cette énergie fut déviée par une autre arrivant perpendiculairement et de couleur blanche. Sophia se matérialisa.
- Toi. Je croyais t’avoir calmée !
- Je ne suis pas ce genre de femme.
Il lui lança une boule de feu, elle s’immola mais parvint à se débarrasser des flammes, les faisant disparaître dans le néant d’où elles étaient apparues.
- Je ne vais pas m’incliner face aux misérables insectes que vous êtes ! Aujourd’hui est le jour de mon sacre sur le trône des cieux, les esprits de l’au-delà m’en sont témoins !
Des centaines de sphères de feu apparurent et volèrent autour de la salle pour se stabiliser.
- Renoncez ma chère, et accomplissez votre destin !
- Vous vous croyez puissant ? Vous serez anéanti par vous-même dès que vous aurez invoqué les esprits !
- Les esprits m’appartiennent déjà !
- Ils appartiennent à Dieu ! Le manuscrit les appelle mais ne les contrôle pas !
- C’est moi le manuscrit désormais !
- Vous n’êtes rien, Stratner. Juste un vieil imbécile corrompu par un bout de papier magique ! Triste fin pour vous.
- Assez !!
Les esprits fondirent sur elle pour la posséder, elle se débattit, se convulsa, mais céda et s’immobilisa, tête baissée.
- Miss Hapgood sera sage désormais, dit Stratner avec un sourire.
Il lui releva la tête, son regard était noir, ce n’était pas le sien.
- Le monde de l’au-delà est à moi, le possesseur de la lance est à moi, les reliques sont à moi, alors pourquoi attendre davantage ? Que mon règne commence !
Kurt bondit sur lui, il le repoussa d’un trait enflammé qui l’investit. Il se convulsa et, tout comme Sophia, devint immobile.
- Toi aussi, tu es à moi, de nouveau.
- Klaus, ne fais pas cela ! Supplia Henry, tu ne détruiras pas seulement l’humanité, mais tout ce qui existe ! Tout ce que Dieu a mis tant de temps à créer !
- Ah ! C’est l’heure de ma leçon ! Mais un professeur a aussi besoin d’apprendre parfois. Dis-moi, est-ce que tu pleure toujours autant dès que l’on souffle à ton oreille le doux prénom d’Anna, ta chère femme disparue ? Ou, devrais-je dire, assassinée.
- C’était toi.
- Oui, c’était moi. Pour me venger. Pour que tu sois blessé à en mourir. Tu ne pensais quand même pas que j’allais fuir loin de toi sans une vengeance équitable ? Pendant des années, je n’ai pensé qu’à te tuer. Tu ne peux pas savoir l’immense joie que j’ai ressenti en appuyant sur la détente, et le bien être éprouvé en voyant la balle se figer dans sa poitrine. Si tu veux savoir, elle n’a même pas crié. Je crois même qu’elle était déjà morte avant que je ne l’achève. C’était une femme délicieuse, Henry, vraiment délicieuse. Mais maintenant, bye bye madame Jones !
Il éclata de rire.
- Espèce de salaud !!
Henry bondit sur lui, les deux hommes se débattirent, Indy tenta d’intervenir mais Kurt l’attrapa et le projeta par terre.
- Kurt ?
Valonius se contenta d’un regard noir sans expression. Stratner donna un violent coup de poing au visage d’Henry, ce qui l’acheva.
- Père !!
- Tue-le ! Ordonna Stratner en se retournant.
Kurt décrocha une droite à la tempe d’Indy, surpris, celui-ci tomba. Kurt le souleva et le jeta contre les cristaux noirs. Par miracle, il évita de peu d’être embroché. Valonius ramassa l’un des cristaux et s’en servit contre son ennemi pour le transpercer. Indy roula sur les côtés pour éviter les multiples attaques, enfin il lança ses deux jambes contre celles de Kurt, ce qui eut pour effet de le mettre à genoux et de lui faire lâcher son arme provisoire. Il alla ramasser le cristal. Quand il se retourna, Valonius était déjà sur lui en train de l’égorger. Indy ne pouvait rien faire. Il concentra alors toutes ses forces et poussa Kurt en arrière avec ses jambes. Le jeune homme percuta de plein fouet les cristaux acérés, se retrouvant transpercé en de multiples endroits.
Stratner était en rage. Indy était aux limites de l’évanouissement.
- C‘est bien, vous êtes déjà inclinés devant votre nouveau roi, dit Stratner en brandissant la lance.
Il alla remettre la lance à Sophia.
- Mon enfant, fais de moi le nouveau Dieu.
La salle se couvrit de ténèbres.
- L’heure est venue !
Le fer de lance était toujours bleu, Sophia parla alors dans un langage inconnu, le langage du manuscrit, elle invoquait les esprits de l’au-delà.
Le bleu du fer de lance devint doré et envoya un rayon sur la tombe. De ce rayon jaillit des centaines de sphères argentées qui se réunirent tout autour de la salle.
- Les esprits seront témoins, dit Sophia.
Elle leva la lance quelques instants puis l’abaissa avant de fixer Stratner.
- Approchez, roi des cieux.
Stratner avança lentement vers Sophia, les esprits étaient autour de lui. Arrivé à l’objet de pouvoir, son sceptre, il resta fixe et le contempla quelques secondes avant de refermer sa main droite sur le bourdon.
- Je vous transmet le pouvoir de la lance du destin, dit Sophia.
La lance était sienne désormais.
Le regard du vieil homme était celui d’un enfant émerveillé devant la lueur bleutée irréelle. Mais son sourire radieux s’estompa vite en voyant cette lueur devenir de plus en plus intense, jusqu’à faire exploser le fer de lance.
Les minuscules fragments partirent dans toutes les directions, frappant chacun des esprits. A ce contact, ils s’enflammèrent tous et brisèrent leur cercle d’honneur pour former un tourbillon de terreur autour de la salle et des cinq mortels en présence.
Stratner était à la fois inquiet et effrayé.
Il se tourna vers Sophia.
- Que se passe t’il ?
- La lance du destin n’appartient à personne.
Le cercle de feu fondit autour de lui, il fut soulevé du sol par les émanations spectrales, il se laissa porter avec un sourire qui le décrispa.
- J’ai…J’ai réussi ! Ça y est ! Je suis le maître ! Je suis Dieu !!
Une rafale de flammes passa au ras de sa joue gauche. Il y porta sa main et vit son sang s’y répandre. Une autre rafale lui lacéra le torse, il hurla de douleur. Puis ce fut deux rafales qui passèrent sur lui, puis trois, puis quatre. Son visage fut consumé en dernier, de lui il ne resta rien du tout.
Les esprits se tournèrent alors sur Indy et Henry toujours allongés et paralysés par la douleur et l’épuisement.
- Sophia… Aide-nous !
- La lance du destin n’appartient à personne.
- Sophia… Je t’aime.
Elle cligna des yeux, secoua la tête, comme si elle sortait d’un mauvais rêve. Elle se convulsa.
Indy vit les blessures de son père se refermer, les siennes également. Il fut soulevé du sol et amené jusqu’à elle.
- La vie mérite d’être vécue pour l’amour qui y réside.
- Qui êtes vous ?
- Tu ne comprendrais pas, tu n’est pas prêt, tu a encore beaucoup de temps à vivre. Reste toujours auprès de ceux qui t’aiment. Mon fils.
- Mère ?
Elle l’embrassa et le projeta là d’où il venait. Les esprits de feu se rapprochèrent de lui et de son père, leur souffle infernal était comme celui de la mort, lent mais inévitable.
Mais ils reculèrent tous brusquement.
Kurt était là, brandissant les ossements.
- Kurt ?
- Repartez dans votre monde et fichez-nous la paix !
Les esprits souffrirent visiblement devant les ossements, ils virevoltèrent dans toutes les directions avant de s’évaporer dans les airs, rendant à la salle sa lumière et son silence.
- Comment est-ce possible ? Demanda Indy.
- Je n’en sais rien, j’étais en train de faire un rêve dont je ne pouvais me réveiller, et puis tout à coup, je me suis réveillé sur le sol, avec les ossements devant moi. Une voix dans ma tête m’a dit de les prendre comme solution. J’ai alors agi, apparemment ça a fonctionné.
- Dieu soit loué, oui.
Kurt aida Indy à se relever.
- La prochaine fois, je prendrais les cours théoriques, professeur.
- Il n’y aura pas de prochaine fois, pas pour toi en tous cas, tu m’a posé beaucoup trop d’ennuis.
Il alla auprès d’Henry.
- Père ? Comment vous sentez-vous ?
- Bien… Merveilleusement bien… Junior, la lance…
- C’est terminé, elle a rejoint son destin.
Sophia les rejoignit. A sa vue, Indy courut dans ses bras pour l’embrasser.
- Que s’est-il passé ? Je me sens toute étourdie.
- Tu étais ailleurs, comme d’habitude.
Il l’embrassa longuement.
La terre trembla alors, les cristaux commencèrent à s’écrouler.
- Désolé de mettre fin à vos retrouvailles, dit Henry, mais il va falloir penser à sortir d‘ici.
- Je partage votre opinion, père !
Ils coururent à l’autre extrémité de la salle, une coulée de lave jaillit devant la grande porte noire, le bassin était agité à l’extrême.
- Génial ! Comment va t’on sortir d’ici ? Demanda Indy.
Il vit que les cristaux montaient lentement vers le haut plafond de la salle.
- Vous avez vu là-haut, il y a des stalactites, ce qui veut dire qu’il y a de la glace derrière cette paroi.
- Et si il n’y en a pas ?
- C’est notre seule chance !
Il lança son fouet sur l’un des cristaux encore stable, chacun se hissa sur la structure noire. La masse ne cessait de monter tandis qu’en contrebas, le sanctuaire était détruit par les lourds cristaux tombant en fracassant tout, y compris la tombe de Longinus.
Le plafond de stalactites fut crevé, laissant échapper un fort mais agréable courant d’air gelé suivi de neige.
Ils émergèrent au milieu de manchots, la masse de cristaux ne dépassa pas trois mètres de surface, formant un petit monticule noir. Indy, Henry, Sophia et Kurt en descendirent.
- Je n’ai jamais autant aimé le froid ! S’exclama Kurt.
Indy alla vers lui.
- Je te remercie, nous te devons tout, sans toi…
- Allons professeur, tout ce que je vous demande c’est de rehausser ma moyenne d’histoire.
Indy éclata de rire et lui tapota l’épaule.
Henry contempla les cristaux.
- La lance est détruite, encore un trésor qui disparaît à jamais, encore une preuve divine qui ne sera jamais révélée.
- Avait-elle vraiment besoin de l’être ?
- Le monde a besoin de croire.
- Laissez lui le temps de croire en ce qu’il aime le plus père. Vous savez j’ai gagné quelque chose dans cette aventure.
- Et qu’est ce que c’est ?
- L’amour. L’amour d’un père, d’une famille.
- C’est vrai, nous avons tous gagné cela, dit-il en posant sa main sur l’épaule de son fils. Mais il n’empêche que la lance est détruite !
- Père… Il reste au moins les copies.
- Les copies ne valent rien !
- Il suffira de les faire passer pour la véritable lance.
- Junior, l’archéologie n’est pas un commerce !
- Mais si, j’y ai toujours trouvé mon bonheur, dit-il en saisissant Sophia par la taille pour l’embrasser.
- Junior, tu es impossible !
- Mmmm…père…c’est…Indiana, parvint-il à dire en continuant son baiser passionné.
Au ciel le soleil se levait, une nouvelle journée commençait, insoucieuse de son destin et prête à apporter son lot de joie, de chagrin et d’amour. La vie. Voila bien la plus grande aventure d’Indiana Jones.