Indiana Jones et la lance du destin
Antakya était une ville aussi animée que Trézibonde, c’est à dire très calme. Indy et Henry étaient arrivés dans la matinée. Contrairement à Trézibonde, il n’y avait ici aucune église ou monument, juste une mosquée et quelques statues aux visages effacés.
- Vous connaissiez cette ville père ?
- Non, j’ai beau être fort en histoire, je suis totalement incompétent en matière de géographie.
- Vos élèves devaient être contents.
- Ils ne comprenaient rien à ce que je leur enseignais.
- Il fallait peut être leur expliquer.
- Ce n’est pas dans mes habitudes.
- Alors ne vous demandez plus pourquoi vous avez été renvoyé.
Ils traversèrent la ville et virent les femmes se promener pour aller puiser de l’eau, les hommes construire des maisons et les enfants jouer à s’attraper dans les ruelles étroites. La vie semblait agréable ici malgré le niveau de pauvreté apparent.
- Le fragment ne peut être que dans cette mosquée.
- Je le pense aussi.
Indy percuta alors un homme d’une cinquantaine d’années. Il s’excusa, l’homme dit alors dans sa langue :
- Qui es-tu ?
- Un étranger venant de l’ouest, nous arrivons d’Istanbul.
- Mahomet me damne ! Que venez-vous faire dans ce coin perdu ?
- Nous cherchons un objet antique caché par ici.
- Alors je ne peux que vous souhaiter bonne chance.
- Merci.
- Avez-vous faim ?
- Eh bien, à vrai dire, nous sommes plutôt affamés mais…
- Eh bien venez ! Venez chez moi !
- Nous ne voudrions pas vous déranger.
- Bien au contraire, c’est moi qui vous invite, allez venez !
- Merci, merci beaucoup.
L’homme habitait une maison modeste comportant trois pièces, une maison plutôt petite.
- Asseyez-vous, dit l’homme, asseyez-vous. Je m’appelle Brahim.
- Vous êtes sûr que nous ne vous dérangions pas ?
- Mais non ! Cessez votre modestie ! Votre venue est comme une bénédiction pour moi.
- Vous vivez seul ici ?
- Ma femme est morte il y a de cela trois années, et ma petite fille a été emmenée il y a trois semaines pour aller travailler dans les mines d’Antakya, elle n’a que sept ans.
- Mon Dieu, dit Henry.
- Je ne peux rien faire hélas, mais vous…
- Voilà donc la raison de votre invitation.
- C’est le grand prophète qui vous envoie !
- Je dirais plutôt une coïncidence mais je pense que cela n’aurait aucun sens pour vous.
- Bien sûr que non.
- Racontez-moi tout.
Ils se trouvèrent à table un instant plus tard, Brahim servit en guise de seul et unique plat du couscous. Sauf que celui-ci avait un peu déteint. Indy n’avait pas trop envie d’y goûter. Henry se força à avaler quelques grains, ils craquèrent sous ses dents. Heureusement la conversation permit de faire passer rapidement cet incident.
- Nalvina a été enlevée un matin alors que je dormais, elle a été emmenée avec 82 autres enfants du village dans le mines d’Antakya pour y travailler de force.
- Qui dirige ces mines ?
- Des nazis, ils sont arrivés il y a trois semaines, leur chef est un homme aussi vieux que votre père.
- Stratner. Que fait-il à Antakya ?
- Il a dû découvrir quelque chose d’intéressant, quelque chose que nous n’avons pas vu.
- Nous l’aurons eu dans les pattes jusqu’au bout.
- Il ne sait pas encore que nous sommes ici.
- Tant mieux, j’ai eu assez d’ennuis.
- Et moi donc.
- Qu’êtes-vous venu chercher ?
- Un fragment d’un fer de lance byzantin en forme de pointe. L’histoire de cette ville a un lien avec lui.
- Cette ville n’a pas d’histoire, les seules traces de son passé sont les statues des empereurs en face de la mosquée.
- Les empereurs ?
- Oui, ceux de Constantinople.
- C’est intéressant.
- Il y a aussi quelques vestiges romains datant de cette période, à l’extrémité de la ville.
- Qui a fondé cette ville ?
- Ça je suis trop jeune pour le savoir.
- Les Attalides, répondit Henry en turc.
- Quoi ?
- Attale II régnait sur cette partie de la Turquie, il était allié aux romains.
- Je croyais que vous ne parliez pas la langue.
- J’apprends vite.
- Cherchez près des statues, votre objet y est peut-être.
- Les statues…
Ils allèrent auprès de la rangée de statues face à la mosquée.
- Difficile de savoir qui est qui, dit Indy.
- Les inscriptions sur le socles sont effacées, cela n’arrange rien.
- Théoriquement, si Justinien a été le premier empereur de…
- Constantin.
- …sa statue devrait être la première.
Ils allèrent vérifier, cette statue était différente, elle était plus dorée.
- C’est de l’or ! S’exclama Henry.
- C’est surtout étonnant qu’elle n’ai pas été volée.
Indy regarda la plaque.
- Les inscriptions ne sont pas mieux conservées.
En éloignant sa main de la plaque, il entendit un son creux. Il tapa contre la plaque, ça résonnait.
- C’est creux.
Il regarda autour de lui avant de donner un grand coup de pied, défonçant la plaque.
- Intéressant.
Il regarda à l’intérieur.
Rien.
Un homme barbu arriva en hurlant, d’autres firent de même, ils saisirent Indy et Henry, Brahim avait pris la fuite.
- Bravo fils, je pensais pourtant que tu connaissais l’existence du mot « profanation ».
Ils furent traînés à l’intérieur de la mosquée. Indy fut violemment jeté contre le sol tandis que Henry fut mis à genoux. L’un des hommes semblable à un prêtre s’avança pour donner un violent coup de pied dans l’estomac d’Indy. La violence se poursuivit de longues minutes avant que les turcs ne se retirent pour parler entre eux. Indy en profita pour jeter son revolver à Henry. Le prêtre se retourna et dégaina un sabre. Indy fut forcé par les autres hommes à incliner la tête, le prêtre leva son sabre.
Un coup de feu éclata. Il ne venait pas d’Henry mais de l’homme derrière lui, Brahim. Les trois hommes dégainèrent leurs sabres et se jetèrent sur lui. Indy lança son fouet sur l’un des hommes lui arrachant son sabre. Il prit l’arme et se retourna pour parer l’attaque du prêtre. Ils échangèrent de multiples attaques, Indy se débrouillait bien à l’escrime, mais pas cette fois, son sabre ne tarda pas à voler en l’air et il fut encerclé par les autres hommes avec Brahim et son père.
Le prêtre rit en faisant tournoyer son sabre, puis il le leva en hurlant pour l‘abattre sur la tête d‘Indy. Il s‘écroula, une balle en plein front. Henry avait tiré. Les autres fuirent par peur.
- Oh père !
- Je ne toucherais plus jamais à cela, dit Henry en lâchant l’arme.
- Merci de ton aide Brahim.
- Je vous en prie.
- Nous devons quitter cette ville au plus vite.
- Il y a un train dans une demi-heure, il vous mènera jusqu’à Antakya.
- Je ne sais pas si nous devons vraiment aller là-bas.
- Indiana, si Stratner est là-bas c’est qu’il y a quelque chose d’important à trouver.
- Mais si nous y allons pour rien nous risquons de perdre les fragments, Stratner ne doit absolument pas les avoir.
- S’il vous plait, pourriez-vous aller retrouver ma fille et me la ramener ?
Indy regarda le pauvre homme.
- D’accord Brahim.
- Mon sixième sens n’indique rien de bon.
- Le mien aussi, mais il lui est arrivé de se tromper.
- Bien trop souvent à mon avis.
Ils atteignirent la gare, Brahim les accompagna sur le quai.
- J’ai une dette envers vous, dit-il.
- Pas de ça entre nous Brahim. Nous ne nous reverrons sans doute jamais.
- Seul le ciel en décidera mon ami.
- Au revoir Brahim, et merci.
Ils se serrèrent la main, Henry fit de même. Le train arriva. Henry monta dans le wagon devant eux. Indy s’apprêta à monter à son tour lorsque Brahim le retint par le bord de sa veste de cuir.
- Promettez-moi de retrouve ma fille.
- Je vous le promets.
Ils échangèrent un dernier regard et Indy disparut. Le train s’apprêta à repartir, Indy alla s’asseoir près de son père.
- Je n’aurai jamais autant voyagé, dit-il.
Henry regardait par la fenêtre.
- Père ?
- Sais-tu dans quoi tu nous a embarqués ?
- Bien sûr, ne croyez-pas que je n’ai pas réfléchi.
- Ce n’est pas mon impression.
- Faites moi confiance.
- Je te fais confiance, mais peut être que Stratner aussi.
Le train démarra, les rouages s’enclenchèrent, le véhicule avança lentement et sortit de la gare. Il accéléra en arrivant aux portes du désert.