Indiana Jones et la lance du destin
Ils marchèrent vivement dans les rues, presque en courant.
- Apparemment Stratner n’est pas décidé à nous lâcher, dit Indy.
- Comment a t’il pu savoir que nous étions ici ?
- Nous sommes suivis, nous ne voyons rien mais le moindre de nos gestes est répété.
- Nous avons vite intérêt à trouver le fragment alors.
- Exactement. Bon, reprenons ce qu’a dit Trottier.
- Il a dit que le fragment se trouvait au Louvre, ou à Versailles.
- Je serais pour le Louvre, c’est le premier véritable palais des rois de France.
- Bien, mais nous ne savons pas où il se trouve précisément.
- Ce n’est pas un problème.
- Pas un problème ?
- Fiez-vous à moi c’est tout ce que je demande.
Henry secoua la tête et continua d’avancer.
Quelques instants plus tard ils arrivèrent sur le site du palais du Louvre, ce dernier était en travaux.
- Ca alors ! C’est loin d’être ce que je pensais, dit Henry.
- Des travaux de rénovation.
- Comment allons nous entrer ?
- Par ma méthode.
L’un des ouvriers s’éloigna pour fumer une cigarette contre un camion-benne. Il fut brusquement arraché du sol jusque dans la benne. Quelques instants plus tard, Indy ressortit habillé en ouvrier.
- Et moi ? Demanda Henry.
- Ne vous en faites pas, j’ai un plan.
Ils approchèrent de l’une des entrées du palais, un homme les arrêta.
- C’est qui lui ? Demanda l’ouvrier en pointant Henry du doigt.
Indy dit alors dans un français parfait :
- Géomètre.
- On ne m’a pas prévenu.
Indy se contenta de hausser les épaules.
- Ils sont chiants à ne jamais me prévenir ! Dit l’ouvrier en s’éloignant.
Indy et Henry entrèrent dans le palais, passant du bruit des travaux à un calme quasi-absolu.
- Vous voyez père, mes méthodes sont efficaces parfois.
- Parfois…
- Il n’y a plus qu’à trouver le fragment. Ce ne sera pas facile, cet endroit a dû bien changer en trois siècles. Que savez-vous sur cet endroit père ?
- Eh bien, pour commencer, le mot « Louvre » vient du vieux mot « Lower » qui signifie « Camp retranché », cela évoquerait le siège des Normands en 886. Philippe Auguste édifia un château fort ici en 1202. Le donjon au centre devint un symbole de puissance royale, c’est là qu’était gardé les archives et le trésor. Mais au quinzième siècle, François Ier rase le donjon et commence à transformer le château fort en palais royal. Les travaux dureront jusqu’en 1682, date à laquelle le palais fut abandonné au profit de Versailles. Mais en 1801, napoléon voulut en faire sa résidence impériale. Les travaux reprirent, Le Louvre et les Tuileries furent réunies. Le Louvre fut enfin achevé en 1857. Mais quatorze années plus tard, un incendie ravagea les tuileries, brisant à jamais l’unité de ce palais du monde.
- Comment pouvez-vous savoir tout cela ?
- J’adore l’histoire de France.
- Heureusement. Il faut trouver les salles qui n’ont pas été transformées.
- Elles l’ont toutes été.
- Vous avez parlé d’un donjon, une salle des archives et des trésors.
- Oui mais il a été détruit ! Essaye de comprendre Junior ! Le Louvre n’est plus un palais, mais un musée. Toutes les archives, plans et documents ont été détruits pour laisser place à des sculptures antiques et à des tableaux majestueux venant du monde entier.
- Du monde entier ?
- Des tas d’objets venant de la Grèce et de l’Égypte ont été amenés au siècle dernier. Par contre, tous les tableaux de Napoléon ont été retirés en 1815, quant à…oh mon Dieu.
- Quoi ? Dit Indy en tournant la tête.
Il comprit aussitôt.
Devant eux se trouvait l’œuvre la plus grandiose de tous les temps : la Joconde de Léonard de Vinci.
- Je n’aurai jamais cru la rencontrer un jour.
- Père, ce n’est qu’un tableau.
- Tu es fou ! C’est bien plus que cela !
- On fait tant de mystères autour d’elle, je me demande bien pourquoi.
- Regarde ce sourire énigmatique, ces yeux qui te suivent partout, ce tableau semble vivant.
- Père, nous ne sommes pas chez nous ici et…
- Je sais, je sais.
Ils « visitèrent » chaque pièce, Henry s’attardait beaucoup, regardant de près chaque objet.
- Père, nous ne sommes pas venus pour visiter !
- Laisse moi juste une minute.
- Père !
- très bien ,très bien. Tu a vu où nous sommes ? C’est l’ancienne chambre du roi, le seul vestige qu’il en reste est cette cheminée là-bas au fond.
- Intéressant.
Indy s’approcha de la cheminée.
- Joli travail de sculpture, dit Henry. Quelques motifs royaux.
- Il y a une croix.
- Une croix ?
- Oui, une croix Catholique, en plein centre, très petite.
- Elle n’a rien à faire ici !
Ils se regardèrent. Henry poussa alors la croix.
Rien ne se passa.
- Vous aurez essayé.
Indy étudia attentivement la cheminée, il regarda l’âtre et vit une autre croix, il la poussa. Celle-ci s’enfonça.
Un grondement et le panneau pivota sur le côté, révélant un passage ténébreux.
- Bingo ! Venez père, c’est par ici !
Ils progressèrent lentement dans le passage, Indy était devant Henry, son briquet allumé à la main. Un courant d’air froid s’échappait vers eux.
- Tu sais, dit Henry. Ce qu’il y a de bien avec toi, c’est qu’on ne s’ennuie pas une seconde.
- On a pas le temps de s’ennuyer !
- Nous sommes pareils mon fils.
- Que voulez-vous dire ?
- Tu me reprochais autrefois de t’avoir négligé pour m’occuper de mon travail, mais c’est parce que je n’avais pas le temps !
- Vous travailliez jour et nuit.
- Ce qui m’a valu de nombreuses migraines d’ailleurs.
- Mais vous aviez le choix père. Vous aviez le temps, vous l’avez toujours eu et vous l’aurez toujours. Le seul problème est que vous n’êtes pas capable de vous organiser.
- Parce que tu l’es toi ?
- Oui.
- Ah bon ? Tu sais toujours précisément où tu dois te trouver et à quelle heure précise tu dois y être ?
- Non, ce ne serait pas une vie sinon, et puis, les imprévus sont toujours là quand on ne les attend pas, malheureusement.
- Qu’est ce que je dois comprendre ?
- Que j’ai pu découvrir, partager, rire et aimer. Pas vous.
Le tunnel se transforma en une énorme salle où se trouvait plusieurs dizaines de cages en tous genre avec des squelettes humains à l’intérieur.
- Ça alors, une prison secrète ! Dit Henry. Ceux qui étaient enfermés là-dedans ne devaient pas rigoler. Je n’ai jamais entendu parler d’un tel endroit.
- Au vu des styles de cages je dirais que cet endroit a subi autant de transformations que le Louvre lui-même.
Ils continuèrent d’avancer et s’arrêtèrent quelques mètres plus loin, ébahis.
Devant eux se trouvait une tour de pierre, une tour de château fort.
- Junior, c’est la tour de Philippe Auguste !
- Mais vous aviez dit qu’elle avait été détruite !
- Apparemment non ! Junior tu te rends compte de ce que cela signifie ? Le trésor et les archives du Louvre sont encore intacts !
- Alors le fragment aussi.
- Oui !
- Alors, à l’assaut !
La grille de la tour était fermée.
- Attendez ici père.
Indy lança son fouet sur l’un des flambeaux éteints accroché en hauteur. Il se hissa ensuite pour disparaître à l’intérieur de la tour. Il réapparut bientôt derrière la grille qu’il ouvrit grâce à une manivelle.
Ils montèrent au sommet. Indy alluma les torches en présence. La lumière se refléta sur les milliers de pièces d’or empilées en tas devant eux.
- Le trésor ! S’exclama Henry.
Sur le côté de la salle était entreposé les archives. Indy regarda la salle pendant que Henry plongeait dans les pièces.
- Regarde ça !
- Père arrêtez, nous ne sommes pas là pour ça.
- Oui…c’est vrai.
- Le fragment n’est pas ici.
- Mais alors où est il ?
Indy regarda les archives.
- Ce n’est pas très lisible, mais il y a toujours le blason de Louis XIII.
- Si Louis XIII connaissait l’existence de ce lieu, pourquoi n’a t’il pas emporté le trésor ?
- Le fragment avait sans doute plus d’importance. Il l ‘a emmené avec lui, à Versailles.
- Pourquoi se serait il encombré d’un simple fragment ?
- Symbole de royauté et de puissance père, aviez-vous oublié ?
- Donc nous devons aller à Versailles.
- Exactement, venez, ne perdons pas de temps.
- Attends…
- Que faites-vous ?
- Je prends quelques pièces pour le musée.
- Ne touchez à rien.
Henry n’écouta pas et prit une poignée de pièces. Il y eut un grondement.
- Oups, fit Henry.
Le plafond s’écroula, libérant des tonnes d’eau. La salle fut rapidement inondée du sol au plafond. Ils prirent leur respiration. Indy fit signe d’aller vers le haut, vers la source de l’eau. Ils nagèrent dans une sorte de conduit et débouchèrent dans un nouvel espace où ils furent immédiatement emportés par un autre courant qui cessa quelques mètres plus loin. Ils reprirent leur respiration et s’agrippèrent à l’un des deux rebord sur le côté. Ils se hissèrent ensuite sur le rebord, Indy aida son père à remonter.
- Bravo, je suis tout trempé, fit Henry.
- Estimez-vous d’être encore en vie, vous et votre maudite curiosité !
- Eh bien sois rassuré, le trésor du Louvre est perdu à jamais maintenant, et puis, quelle est cette odeur infecte ?
- C’est nous, c’est cet endroit.
- Où sommes nous tombés encore ?
- Dans les égouts de Paris.
- Formidable.
Indy vit une échelle, il y monta et poussa une bouche d’égout.
- Par ici père.
Ils sortirent derrière le Louvre.
- Eh bien au moins je n’ai pas été déçu de la visite ! Dit Henry.
- Ça c’est sûr, on en a pour son argent.