Independence Day : Payback
Le petit groupe descendit du véhicule, une sorte de plateforme ovale transparente qui les avait conduits dans une partie plus reculée de la planète.
Il était là, devant eux : le destructeur de villes.
L'immense engin de terreur, de 25 kilomètres de diamètre, qui avait causé tant de morts et de destruction, 22 ans auparavant.
— Nous l'avons amené avec les premières arches, expliqua Dikembe Umbutu. Le professeur Okun et moi-même avions pensé utile que les ingénieurs d’ici y jettent un œil pour aider à améliorer l’armement et les systèmes de défense.
— Et vous ne m'en avez jamais informé ? S'étonna Joshua Adams.
— De notre point de vue, il ne s'agissait que de... matériel scientifique, se défendit Okun.
— Je vois. Et il est opérationnel ?
— A 100 % ! Il était tombé de nouveau inerte après la mort de la dernière reine, mais Gaïa a pu le réactiver. Il peut se rendre absolument n'importe où, sans problème !
Adams sourit devant cette bonne nouvelle. La première depuis longtemps.
— Voilà notre ticket d'entrée pour leur planète. Combien d'hommes sont nécessaires pour le manœuvrer ?
— À vrai dire... aucun ! Répondit le professeur. Gaïa le contrôle entièrement ! Elle pourra sans problème ouvrir un passage vers leur planète et vous y amener !
— Je devrais, toutefois, me déconnecter des systèmes du vaisseau à l’approche de leur planète, afin de ne pas être détectée à bord et qu’ils ne puissent remonter jusqu’ici, informa Gaïa.
— Alors comment ferons-nous ensuite pour atteindre la surface ? Demanda Adams.
— Ils prendront le contrôle direct du vaisseau, dès votre arrivée dans leur système.
— Comme lorsque notre attaqueur a été piloté à l’intérieur de leur vaisseau-mère, se rappela David.
— Ça en fait le cheval de Troie idéal ! Dit Catherine.
— Avec ça, dit David, nous pourrons atteindre leur surface incognito et rejoindre ensuite l'impératrice, cachés à bord de leurs attaqueurs.
— Ils ne vont pas trouver étrange qu'un destructeur, sans vaisseau-mère, débarque avec ses chasseurs vieux de plus de 20 ans ? S'inquiéta Catherine.
— Gaïa peut nous couvrir pour ça, n'est-ce pas ?
— Je peux transmettre à leur base, avant votre arrivée, un signal de détresse, via le protocole d'urgence du vaisseau, pour indiquer un état de quarantaine qui dissipera les soupçons et justifiera le non-ralliement direct à un vaisseau mère. Quant aux attaqueurs, leur société évolue avec un mélange de technologies diverses. Les anciens et les nouveaux modèles de vaisseaux-mères et de chasseurs coexistent. Ils passeront donc inaperçus.
— C’est parfait, dit David. Comme ça, nous pourrons atteindre et neutraliser l'impératrice discrètement. Une fois que ce sera fait, on enverra notre ordre de retour immédiat aux vaisseaux-mères dispersés, on contiendra les reines à leur arrivée, grâce à un champ de force et on les anéantira toutes, en même temps que l'impératrice, grâce au canon du destructeur de villes. Il ne restera plus qu'à nettoyer le reste de leurs forces qui seront en déroute et sans coordination, avec une armée que nous aurons embarquée. Après ça, on pourra baisser le rideau.
— Combien d'hommes pour mener cette opération à bien, selon vous ? Demanda Adams.
— Quatre pour le commando d'infiltration, moi compris. Puis tout ce que vous pourrez ensuite, lorsque nous aurons éliminé tout leur gouvernement.
— Combien d’unités peuvent embarquer là-dedans ?
— Il y a 676 attaqueurs, pleinement fonctionnels, à bord, répondit Gaïa.
— Ça reste peu, face à eux.
— C’est plus que suffisant pour ce que nous avons à faire, défendit David.
Adams réfléchit.
— Un plan simple, sans risque de pertes massives, grâce à une infiltration furtive. Très bien. J'approuve.
Quelques heures plus tard, 676 hommes et femmes, humains et extraterrestres, revêtaient leurs uniformes de combat et leurs armes, avant d'embarquer dans le destructeur de villes.
Devant le vaisseau, plus loin, Patricia observait la scène, tandis que Rain était assise aux commandes de son chasseur H8 et en vérifiait les systèmes.
— Je n'aurais jamais pensé assister un jour à un truc pareil, dit Patricia.
— Il s'en est passé des choses depuis l'arrivée de ces vaisseaux sur Terre.
Patricia sourit en repensant au passé.
— À cette époque-là, je ne croyais même pas aux extraterrestres, juste aux barres chocolatées et… à ce que racontaient les célébrités invitées chez David Letterman.
Elles rirent toutes les deux.
Les 65 chasseurs H8 restants furent également embarqués à bord et leurs pilotes se tinrent prêts.
Pendant ce temps, dans une salle d'entraînement au tir, Jake et Charlie s'amusaient à tester les armes conçues par les réfugiés, Okun et Gaïa. Des armes inimaginables sur Terre. Certaines trop grosses, d'autres, nécessitant plusieurs bras. Jake avait trouvé son bonheur dans un fusil d'assaut, dont les tirs suivaient automatiquement la cible atteinte par le premier qui la touchait. Charlie tenait un fusil à lunettes et visait le centre de sa propre cible, au loin.
— Tu vois, dit Jake, jusqu'ici, je nous donnais pas une chance face à eux. Mais là, on revient dans la course !
— On va leur montrer ce que valent deux orphelins de Californie !
Charlie tira et sa balle vint se loger à l'extrémité de la cible, y laissant un demi-trou.
— Je suis pas sûr de valoir ça ! Se moqua Jake.
Charlie pressa un bouton et son arme se modifia. Le canon se raccourcit et s’épaissit.
Il visa de nouveau et tira. La puissante décharge d'énergie libérée vint pulvériser la cible qui retomba en débris. Charlie sourit à Jake.
— T’a toujours été un frimeur ! Lui lança son ami, en lui tapant l'épaule, avant de quitter la salle.
A l'intérieur du destructeur, Dylan observait, d'un air pensif, l'un des nombreux attaqueurs qui étaient stationnés en rangée, sur des centaines de mètres, dans le hangar.
A quelques pas de lui, Okun s'affairait à vérifier la bonne intégrité logicielle du terminal de contrôle local. Grâce à Gaïa, il parvenait désormais à comprendre enfin, parfaitement, le langage des Récolteurs et à manipuler leurs interfaces en conséquence.
— Excusez-moi, l'interpella Dylan. Vous êtes sûr qu'ils sont toujours en état de voler ?
— Autant que je suis toujours en état de me lever chaque matin.
— OK. Ça veut dire quoi ?
— Tu te fiches de moi ou quoi ?
— C’est bon, je plaisante. Je vous fais confiance. Vous ne laisseriez pas l'ultime armée de l’univers les piloter, sinon.
— Je te rappelle que l’aéronef qui a détruit le premier vaisseau-mère venait de la zone 51 et que c’est moi qui était chargé de le maintenir en état de voler. Alors, dans un sens, j’ai sauvé le monde et je compte bien le refaire, bénévolement en plus !
— Vous êtes au courant que les reines peuvent les contrôler directement ? Ça nous a joué un sacré mauvais tour, il y a deux ans.
— Je sais, oui. Gaïa leur a appliqué une mise à jour qui les affranchit de tout contrôle extérieur.
— Sérieux ?
— Sérieux !
— Et à ce vaisseau-là aussi ?
— Absolument, oui, mais, elle devra l’effacer des systèmes du destructeur avant son arrivée sur leur planète ; sans quoi, ils détecteront ses modifications logicielles et tout sera fini avant même d'avoir commencé !
— OK. Pas de stress ! Reste à espérer qu'ils ne se décident pas à trop le contrôler non plus...
— Si chacun fait bien son boulot, ils ne sauront même pas que vous êtes à bord. Sinon, vous serez tous détruits sur place et nous juste après !
— Me voilà rassuré !
— Tiens, rends-toi donc au poste de pilotage, pour dire au président que j’ai fini de vérifier les systèmes et que ce vaisseau est prêt à partir.
— Pourquoi ne pas le faire vous-même ?
— Parce que mes compétences sont requises ailleurs et que le temps presse ! Voilà pourquoi !
— Je vois, vous avez la flemme.
— Je…
— Ça va, je m’en charge. Comment je me rends au poste de pilotage ? C’est pas la porte à côté.
— Viens avec moi.
Okun le mena jusqu’à un tunnel, non loin, et pressa l’un des trois boutons verts contre le mur. Quelque chose approcha dans leur direction, quelques secondes plus tard. Une longue et large barge de transport, taillée dans le style artistique des Récolteurs.
— Un monorail ? S’étonna Dylan.
— Tu ne pensais tout de même pas qu’ils se déplaçaient dans cet énorme vaisseau spatial à pied ? Allez, grimpe là-dedans !
Dylan monta à bord. A l’avant se trouvait une console sur laquelle étaient disposée toute une liste de destinations avec des inscriptions incompréhensibles à côté.
— Sélectionne la cinquième en partant du bas, lui dit Okun.
Ce qu’il fit. Le véhicule s’élança.
— Garde bien les pieds et les mains à l’intérieur et ne prends pas de photo ! Lui hurla le professeur, tandis qu’il s’éloignait dans le tunnel. Comme s’il avait déjà vécu une expérience fâcheuse du même genre.
N’ayant aucun siège pour s’asseoir, Dylan s’agrippa au rebord et profita du voyage, souhaitant juste en ressortir vivant.
Au poste du pilotage du vaisseau, Gaïa expliquait, à Adams et à David, le fonctionnement du destructeur et la manière d'activer le canon.
— Il faudra faire attention en déployant cet engin, dit David. Ce serait bête de finir comme eux la première fois.
— Tout le monde n'est pas Russell Case, David, répondit Adams. Heureusement pour nous.
Dylan entra dans la salle.
— Monsieur le président, le professeur Okun vous fait dire qu'il a fini la vérification des systèmes. Tout est paré au décollage.
— Merci, Commandant Hiller. Je dois me préparer aussi. À dans une heure, messieurs !
Dylan salua militairement Adams, tandis que David inclina la tête.
Une fois le président sorti, Dylan resta avec David.
— Un message pour moi aussi ?
— Non. Enfin... oui. Je voulais vous donner ça.
Dylan sortit de sa poche un cigare qu'il tendit à David.
— Vous saurez quoi en faire le moment venu.
David prit le cigare, le regarda quelques instants et sourit en repensant à sa folle virée avec Steven.
— Vous savez, dit Dylan, mon père disait toujours de vous que vous étiez un bel emmerdeur.
David rit légèrement.
— Eh bien, c’est vrai, je suis plutôt beau gosse.
Dylan rit à son tour.
— Il disait aussi que vous étiez un putain de génie. Sans qui on ne serait plus là depuis un bail.
— En fait, c'était mon père le génie. Vous n'avez pas lu son livre ? Il doit sûrement coûter 5 dollars seulement à présent.
Ils rirent ensemble.
— Ton père... Ton père était l'homme le plus courageux que j'ai jamais rencontré, dit David, en lui tendant la main.
Dylan fut gagné par l’émotion. Il lui serra la main.
— Merci, répondit-il, simplement.
David inclina respectueusement la tête avant de quitter le poste de pilotage, laissant Dylan seul face aux consoles de commandes actives, qui n’attendaient plus que le décollage.
Tandis que David quittait le vaisseau, il fut interpellé par Okun.
— David ! Attendez un instant, j'ai quelque chose pour vous.
Il lui tendit un petit objet rectangulaire, aux bords arrondis, avec une sorte d'écran au milieu. David pensa immédiatement à l'une de ces consoles de jeux-vidéos portables utilisées par les jeunes.
— Et qu'est-ce que c'est ?
— Votre nouveau meilleur ami ! Un outil formidable ! Capable de traduire à la volée n'importe quel langage, et, surtout, d'analyser et pirater toute technologie existante !
— Effectivement, ça pourrait être utile.
— Il vous permettra aussi de vous orienter sur leur planète, pour atteindre l’impératrice plus facilement, grâce à sa reconnaissance de terrain avancée.
— Il y a encore plus de fonctions là-dedans que dans le smartphone que j’utilisais juste pour téléphoner.
— Mais là, elles vous seront vraiment utiles ! Oh, d’ailleurs, vous pourrez vous en servir pour communiquer directement avec Gaïa et lui transmettre toute donnée utile. Une fois que vous aurez neutralisé l’impératrice et son armée, bien sûr. Avec sa capacité de traitement hors normes, vous ne devrez pas attendre très longtemps pour avoir une réponse.
— Elle ne traite pas directement tout ce qui passe par ce truc ?
— Non, il fonctionne en circuit fermé, avec son propre logiciel, pour éviter aux Récolteurs de remonter jusqu’ici, au cas où ils vous le prendraient.
— Oh, je vois, c’est un assistant personnel intelligent, comme Cortana.
— Cortaquoi ?
— Vous savez, sur Windows 10.
— Windows 10 ?
Okun fut pris d’un fou rire.
— Il faut vous mettre à jour, David. Windows 95 est sorti depuis 23 ans ! Votre Windows 10 doit dater du début des années 80 au moins !
David réalisa la méprise du scientifique, mais préféra le laisser croire en son raisonnement fallacieux. Il pouvait bien lui concéder cette victoire, après tout.
— Laissez tomber, lui répondit-il simplement, pour rendre les armes.
Il abandonna Okun à son fou rire pour aller retrouver Catherine, tant qu’il en était encore temps.
L'heure du départ était arrivée.
Devant chacun des huit immenses pieds d'ancrage en forme de pétale du vaisseau qui menaient à l’intérieur, chacun disait au revoir aux siens.
Adams se dirigeait vers l’une de ces entrées, talonné par sa femme.
— Je viens avec toi, Joshua !
— On en a déjà parlé, Janine. C'est beaucoup trop dangereux cette fois.
— Plus dangereux que l'Afghanistan où je t’ai sauvé la peau alors qu’on était encerclés ? Ou plus dangereux que la Corée du Sud où j’ai renvoyé cette grenade à l’envoyeur, juste avant qu’elle ne t’atteigne ?
Joshua resta muet. Elle avait marqué un point. Même deux.
— On combat ensemble, Joshua. Un point, c'est tout.
Il s’arrêta, se tourna vers elle et se raidit.
— À vos ordres, Madame, fit Joshua en la saluant militairement, avec un air faussement solennel.
Leur sérieux se dissipa aussitôt et ils échangèrent un sourire complice avant d’entrer, ensemble, dans le vaisseau.
Samantha serrait Bobby dans ses bras. Elle pleurait.
— Ça va, je vais revenir, t'en fais pas.
— Dans les films, ceux qui disent ça sont toujours les premiers à y passer.
— Ouais... bah on n'est pas dans un film, Sam.
Ginger courut bondir sur la jambe du jeune soldat. Il relâcha sa sœur pour s’emparer du petit chien qui lui lécha aussitôt le visage. Ce qui amusa tout le monde.
— Tu vas lui manquer, lui dit Daisy. Tu va tous nous manquer.
— Vous aussi. Vous serez avec moi à chaque seconde, dans mon cœur.
Il consola Daisy dans ses bras, tandis que Félix levait les yeux au ciel.
— Pitié, c’est tellement cliché !
Bobby se tourna vers lui et reposa sa petite sœur au sol.
— T’as réussi à lâcher ton écran pour venir me voir partir ? Je crois que c’est un exploit encore plus dingue que de gagner la guerre contre les aliens !
— Va te faire voir !
Félix s’approcha de lui et tendit le poing.
— Tu reviens entier, OK ?
— Je vais essayer, promis.
Bobby tendit le poing aussi et ils se les cognèrent mutuellement pour se saluer, à leur manière.
David tenait Catherine dans ses bras. Ils ne s'embrassèrent pas, ni ne se dirent qu'ils s'aimaient. Ils n'en avaient pas besoin. Ils le ressentaient tellement l'un pour l'autre. Julius arriva près d'eux. David se tourna vers lui.
— Alors ça y est ? Tu pars encore les faire exploser ? C’est à croire que c'est devenu une véritable tradition dans la famille !
— « Les incroyables Julius et David Levinson, sauveurs du monde de père en fils » ! S’exclama David.
Ils rirent tous un bon coup, puis Julius posa sa main sur l’épaule de son fils.
— Que Dieu te protège, David.
David posa à son tour sa main sur l’épaule de son père.
— Au revoir, papa.
Puis David s'éloigna vers le vaisseau, en leur adressant un ultime salut de la main.
Lorsque tout le monde fut embarqué, les immenses portes, tout autour du vaisseau, descendirent et se verrouillèrent. Au poste de pilotage, Gaïa, infiltrée dans les systèmes, initia les moteurs.
L'imposant destructeur des villes commença à se soulever du sol, sous le regard de Daisy, Félix, Sam, Ginger, Julius, Catherine, Okun et tout le reste de la population.
Les longs pieds d'ancrage en pétales se replièrent vers l'intérieur du vaisseau, ne laissant plus que le vaste disque noir menaçant s'élever vers le ciel, jusqu'à en disparaître totalement.
Une fois l'espace atteint, les passagers virent s'éloigner lentement la planète blanche, jusqu'à ce que son champ d'énergie ne se réactive pour la faire disparaître aux yeux de tous.
Un peu plus loin, le vaisseau s'arrêta au milieu de nulle part.
Du néant, apparut une distorsion. C’était comme un pincement dans l'espace, qui semblait aspirer l'énergie noire autour de lui. L'anomalie grossit, progressivement, jusqu'à devenir une immense sphère, flottant dans le vide spatial, sur 30 kilomètres. Un portail, créé par Gaïa, exactement le même que celui qui avait été disposé près de la Terre.
Le destructeur de villes s'avança vers la sphère noire, la pénétra et disparut.
— Le pont interstellaire s'effondrera dès votre arrivée, par sécurité et pour dissiper tout soupçon, expliqua Gaïa. Je le rouvrirai lorsque votre mission aura été accomplie, ou je ne le rouvrirai pas.
Ces derniers mots en rendirent plus d’un nerveux à bord.
— Combien de temps avant l'arrivée ? demanda Adams, accoudé à la console de communication.
— Deux minutes.
Adams compara ce délai à celui de quelques secondes qu’il avait fallu depuis la Terre.
— Ils doivent se trouver sacrément loin.
— J'envoie le signal de détresse à leur planète, avec le protocole d'urgence, et je me déconnecte du système. Vous êtes seuls à présent. Bonne chance.
Aussitôt, les systèmes à bord du vaisseau s’éteignirent, ne laissant que le ronronnement des moteurs qui transportaient le destructeur de villes bien au-delà de la vitesse de la lumière.
Dans le reste du vaisseau, chacun se préparait mentalement à l'arrivée.
Dikembe avait ses doutes sur le plan, rien ne se passant jamais comme prévu, d’après son expérience. Mais il se battrait jusqu'au bout, quoi qu'il arrive.
David repensait à son vol avec Steven, vers le vaisseau-mère, et se félicitait intérieurement de ne plus avoir le mal de l'air. Il pensait aussi à Catherine, bien sûr. S'il s'en sortait, il la demanderait en mariage. C'était la seule certitude qu'il avait en cet instant.
Adams, lui, repensait à son assaut à bord d’un destructeur de villes englouti, au lendemain de la victoire de 96. Il espérait que ce qu’il l’attendait serait plus simple à affronter. Même s'il n’y avait aucun espoir que ce soit le cas. Au moins, Janine était avec lui, cette fois. Elle leur en ferait baver. Il avait eu raison de l'écouter, comme toujours.
Dylan regardait une photo de Steven et Jasmine. Il était prêt à honorer leur mémoire et à les venger, eux et tous les humains tombés depuis 22 ans, à cause des Récolteurs. Tout ce que la Terre avait connu, ils allaient enfin le connaître à leur tour.
Patricia s'apaisait l'esprit en repensant à l'allée en pierre d'Harrison Street, au calme de la rue et des familles qui y passaient paisiblement. Elle aurait la sienne bientôt, avec Jake. Elle le savait. Elle tourna le regard vers lui et lui tendit la main, qu'il accueillit dans la sienne.
Charlie s'agitait, plus que d'ordinaire.
— Tu as peur ? Lui demanda Rain.
— Bien sûr que non. Il fait froid ici, c'est tout.
— C'est normal d'avoir peur, dit une autre voix près d'eux. Celle du président Adams.
Ils se redressèrent aussitôt pour le saluer.
— Monsieur le président !
Ignorant leur signe de respect, Adams poursuivit :
— J'avais peur, moi aussi, quand je me suis retrouvé seul dans le désert, en 96, après que mon unité ait été décimée par l’un de ces vaisseaux. Jusqu'à ce que j'entende ça sur ma radio.
Il tendit à Charlie un petit objet rond qu'il prit et activa.
L'hologramme grandeur nature du président Thomas Whitmore apparut devant tout le monde pour réciter le message qu'ils avaient tous entendu autrefois :
« L'Humanité, un mot qui devrait prendre un sens nouveau pour nous aujourd'hui. Ne passons plus notre temps à ne penser qu'à nos petites querelles sans importance. Nous allons être unis dans notre intérêt commun. Peut-être le sort a-t-il voulu qu'aujourd'hui soit le 4 juillet ? Vous allez, une fois de plus, devoir défendre notre liberté. Non pas de la tyrannie, de l'oppression, de la persécution... Mais de l'anéantissement. Nous combattons pour notre droit de vivre, d'exister. Et si nous remportons la victoire, le 4 juillet ne sera plus connu comme la fête nationale américaine, mais comme le jour où le monde a déclaré d'une seule voix : "Nous n'entrerons pas dans la nuit sans combattre ! Nous ne voulons pas disparaître sans nous battre ! Nous allons vivre, nous allons survivre !" Aujourd'hui, nous célébrons le jour de notre indépendance ! »
L’hologramme disparut. Il avait accompli son œuvre. Il avait donné, à tous, le courage nécessaire et dissipé leurs doutes. Patricia essuya la larme qui courait le long de sa joue, émue d’avoir revue son père qui lui manquait tant.
Charlie rendit le petit appareil à Adams, qui repoussa sa main d’un geste.
— Garde-le.
— Merci, Monsieur.
Rain et lui adressèrent au président un salut militaire, qu'il leur retourna aussitôt cette fois, avec un sourire confiant, tandis que les étoiles reprirent leur place, tout autour d'eux.
Ils étaient arrivés à destination.