Independence Day : Payback

Chapitre 3 : L'arrivée

4230 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 30/10/2026 20:01

— Il nous atteindra dans six heures.

Samantha avait donné à David toutes les informations dont elle disposait, quand il était descendu la voir à son poste.

Le directeur de la Défense Spatiale Terrienne eut un instant de flottement.

Bien sûr, il avait su que ce jour viendrait. Bien sûr, le plan prenait en compte cette éventualité. Mais le choc du réel est toujours violent quand il se produit.

Le vaisseau-mère extraterrestre s’était trouvé une nouvelle reine et revenait terminer le travail.

Il fallait réagir, vite, mais bien. Pas seulement lui. Tout le monde. Six heures…

— Au moins, cette fois, ils ne nous auront plus par surprise. Nous avons l’avantage, grâce aux balises de surveillance. Profitons-en. Très bien, Sam, tu peux suivre leur vaisseau-mère à la trace ?

— Il suit précisément l'itinéraire où sont placées les balises, donc je n'ai aucun mal à le repérer en temps réel. Même s'il passe en mode furtif, sa signature gravitationnelle reste captée.

— La Sphère a vraiment bien fait son boulot. Ils passent pile là où elle l'avait prédit. Ce qui veut dire qu'ils ne peuvent émerger que depuis Saturne et pas ailleurs. Heureusement pour nous, sinon nous n'aurions même pas cette conversation. Ok. Sam, tiens-moi informé de leur avancée, autant que possible.

— Bien sûr.

— Et euh... bien joué.

Sam lui adressa un léger sourire de reconnaissance et se remit au travail.

David prit son téléphone en main et composa un numéro connu d’un cercle très restreint de personnes sur la planète. Quand son interlocuteur décrocha, il lui dit simplement :

— Monsieur le Président, il est temps.


Le président Joshua Adams pénétra dans la cellule de crise aménagée en urgence au cœur de la zone 51.

David se leva de son siège, en même temps que le nombreux chefs d'état-major et hauts dignitaires réunis autour de la grande table.

— Asseyez-vous, asseyez-vous, dit le Président, visiblement accaparé par bien d'autres choses que les règles élémentaires de politesse et le protocole. Messieurs, je vous ai réunis en urgence car le moment que nous redoutions est arrivé. Le directeur Levinson m'a informé que le vaisseau Récolteur qui nous a attaqué, il y a deux ans, est de retour. Il a émergé depuis Saturne et avance dans notre direction. Nous avons un peu plus de cinq heures devant nous, à présent.

— Cinq heures ? Mais c'est impossible, Monsieur ! S'exclama un général.

— Je vous avais dit de vous préparer à l'impossible. Qu’en est-il des arches ?

— 29 sont disponibles et embarquent actuellement la population dans les diverses régions du monde, répondit un autre gradé. 6 sont déjà en partance et 3 se trouvent sur le monde refuge. Ce qui nous laisse donc 29 millions de places... pour 228 millions de personnes restantes à évacuer.

Il y eut un silence pesant dans la salle. Chacun réalisant le sens de cette dernière phrase. Adams se décida finalement à briser ce silence.

— Rappelez les 3 arches manquantes sur Terre et dites aux 6 en partance de faire un dernier passage ensuite, il faut évacuer le maximum de monde. Déclenchez l'état d'alerte générale. Je veux que chaque pilote disponible décolle pour protéger chaque arche jusqu'au point de passage.

— Monsieur le Président, nous n'avons que 342 chasseurs !

— Nous n'avons pas le choix ! Insista Adams avec une autorité qui calma tout le monde. David, vous pouvez déterminer un itinéraire qui contournerait leur vaisseau-mère ?

— Bien sûr, Monsieur le Président.

— Alors allez-y. Tous. Vous savez ce que vous avez à faire. Puisse Dieu être avec nous.


Jake et Patricia furent brusquement réveillés par la sonnette de l’entrée.

— J’hallucine... On peut jamais être tranquille... Grommela Jake dans la couverture.

La sonnette ne s’arrêtait pas.

— C’est bon, j’y vais.

Il se leva, péniblement et alla ouvrir la porte d’entrée, vêtu d’un simple caleçon.

Dylan se tenait devant lui, en uniforme.

— Dylan ? Qu'est-ce que tu fais là ? T'es pas censé être à Washing...

— Enfile ton uniforme, on quitte la Terre, répondit simplement Dylan, en passant ensuite devant Jake pour entrer dans la maison.

— Quoi ? Réagit Jake, confus, toujours sur le seuil.

— Ils reviennent, continua Dylan à l’intérieur.

Patricia avait descendu l’étage et saisit immédiatement la conversation.

— Le président a ordonné la mobilisation générale. On va défendre les arches jusqu'à leur évacuation complète.

— On n'est pas assez nombreux pour ça, Dylan, dit Patricia. Même la dernière fois, on ne l'était pas. — C'est vrai. On ne gagnera peut-être pas, mais on devrait au moins pouvoir les retenir assez longtemps pour que les nôtres s'échappent de l'autre côté. Votre seule priorité sera de protéger l'arche présidentielle jusqu'au point de passage. Ensuite, vous irez en appui aux chasseurs qui escortent les autres arches et, une fois que tout le monde aura dégagé, vous passerez à votre tour.

— Attends, comment ça « Vous » ? Fit remarquer Jake.

— Je te confie le commandement de cette escadrille, Jake. C’est pour te dire ça que je suis là. Je voulais te l’annoncer en face. Ça te pose un problème ?

Jake mesura la responsabilité que lui confiait son ami.

— Non. J’en suis honoré.

— Bon alors, c’est cool.

—Mais et toi alors ? S’interrogea Jake.

— Je mène la force de diversion, pour vous donner le plus de temps possible et éviter qu’ils approchent du trou de ver.

— Et il y aura combien de pilotes dans cette force de diversion ? Demanda Patricia.

— Le tiers qui ne sera pas occupé à escorter les arches. C’est-à-dire, 114.

— C’est de la folie, Dylan ! S’exclama Patricia.

— C’est ça ou on y reste tous dès leur arrivée ! Tu le sais très bien !

Elle ne répondit rien. Il avait, malheureusement, entièrement raison.

— Vous savez ce que vous avez à faire. Votre escadrille vous attend à la base, vous n’aurez ensuite qu’à rejoindre les coordonnées qu’on vous transmettra. C'est bon pour vous ?

— Oui, répondit Jake. Merci Dylan.

— Me le fais pas regretter, OK ? Bonne chance, à tous les deux, conclut Dylan en jetant un regard bienveillant de côté à Patricia.

— Bonne chance à toi aussi, mon vieux, conclut Jake en échangeant une poignée de main sincère avec son ami.

Dylan leur adressa ensuite un salut militaire et sortit.

Jake alla enfiler son uniforme de pilote, tout comme Patricia de son côté.

— J'arrive pas à croire qu'ils se repointent, encore une fois juste avant le 4 juillet. Ils doivent vraiment détester cette fête !

Patricia ne répondait pas. Intrigué, il alla la voir.

Elle était à la fenêtre et regardait les oiseaux sautiller sur l’allée en pierre qui l’avait tant séduite sur l’annonce immobilière, il y a deux ans. Juste à côté, sur Harrison Street, les gens allaient et venaient, discutaient, riaient, sans se douter un instant qu’ils vivaient leurs dernières heures sur Terre. La maison et le quartier étaient miraculeusement demeurés quasi-intacts après le passage du vaisseau-mère de 2016, ce qui avait définitivement convaincu Patricia de s’y installer avec Jake. Ils n’y avaient vécu que des moments de bonheur, même si ils n’avaient pas pu y vivre autant qu’ils l’auraient voulu, à cause de leurs missions diverses aux quatre coins du monde. Et, désormais, ils allaient devoir tout abandonner, pour l’inconnu.

— Ça va aller ? Demanda Jake, soucieux.

Elle hocha la tête positivement.

— Tant que tu es avec moi, répondit-elle, d'une voix anxieuse.

Il s'approcha d'elle et essuya la larme qui coulait sur sa joue.

— Je suis avec toi, dit-il d’un ton apaisant.

Il l'embrassa, pour la rassurer. Ils se regardèrent ensuite, pendant quelques secondes, s’en disant beaucoup sans prononcer un mot.


Ils entrèrent dans leur voiture, garée devant la maison. Jake démarra, tandis que Patricia porta son regard, une dernière fois, sur leur demeure.

— Hey, chuchota Jake.

Elle tourna la tête vers lui et vit qu’il lui tendait la main, en lui adressant un regard bienveillant. Elle la saisit, en lui renvoyant le même regard, mêlé de reconnaissance et d’amour sincère.

Le véhicule s’engagea dans Harrison Street, puis s’éloigna, vers les autres rues de Philadelphie et la base aérienne de Biddle, où attendait leur escadrille.


Sam pianotait sur son clavier à toute allure. La trajectoire du vaisseau-mère, calculée par la Sphère, lui permettait de déterminer l'itinéraire de sécurité que les arches emprunteraient pour atteindre le trou de ver menant à la planète des réfugiés.

Cet itinéraire éviterait ainsi toute confrontation directe et limiterait, au maximum, les pertes.

Ils fuiraient d'un côté, tandis que l'ennemi arriverait d'un autre.

Elle transmit les coordonnées à suivre à Margaret, sa supérieure, qui se chargerait ensuite de les diffuser plus largement à tous ceux qui les attendaient, avec impatience.

David fit irruption au milieu de la salle.

— Votre attention à tous ! Vous avez fait tout votre possible ici. Terminez ce que vous faites et partez rejoindre l'Arche avec vos proches.

Dans le brouhaha qui s'ensuivit et la foule qui se dispersait dans toutes les directions, Sam approcha David.

— Je t'emmène ? Demanda-t-elle.

— Euh... oui.

Elle remarqua que Margaret était toujours à son poste. Elle alla la voir.

— Vous ne partez pas ? Lui demanda-t-elle.

— Il faut bien que quelqu’un reste pour assurer en temps réel le suivi de ces salopards. Allez-y, je vous donne votre après-midi !

— Bonne chance, Margaret.

— A vous aussi, Samantha. Allez, partez vite. Il ne reste plus beaucoup de temps. Ils viennent de passer Jupiter. Ça ne laisse plus que quatre heures.

Les deux femmes échangèrent un dernier regard, puis Sam la salua de la tête et partit rejoindre David, qui salua également Margaret de loin. L’officier lui adressa un sourire de reconnaissance et d’empathie, puis replongea le nez dans son écran.


Une fois sortis du bâtiment, David contacta Catherine.

— Est-ce que ça va ? Demanda-t-elle en premier. Où es-tu ?

— Je suis avec Sam, on va chercher ses frères et sœurs et on se rend à l'arche. Tu es toujours à Las Vegas ?

— J'ai quitté la conférence dès que l’info est tombée, comme tout le monde. Je suis en route pour aller récupérer ton père. On se rejoint sur le site de l'Arche.

— Parfait.


La sirène hurlait à travers toute la base, tandis que Jake et Patricia prenaient place dans leurs chasseurs, en même temps que les sept autres pilotes autour d’eux.

Les neuf aéronefs quittèrent le sol pour rejoindre le ciel en quelques secondes.

— Écoutez-moi, dit Jake. La mission, c’est l’escorte de l'arche du Président. Je veux trois chasseurs de chaque côté, deux devant et un derrière. Soyez mobiles, mais ne les laissez pas vous disperser. Ils vont compter là-dessus pour dégommer les arches. Restez dans le périmètre et amenez-les à votre ailier qui terminera le boulot, au besoin.

— Mon Lieutenant, on a largement de quoi les renvoyer chez leur mère, dit Rockwell, l'un des pilotes, qui venait du Texas. Personnellement, maintenant que ces engins ont un bouclier, et aussi des armes améliorées par votre boule de l'espace, je les attends de pied ferme !

— On n'est pas assez nombreux, donc inutile de jouer à Rambo, répondit Jake. Bon, vous savez ce que vous avez à faire. C'est clair pour tout le monde ?

— Oui, Lieutenant ! Répondirent-ils tous à l’unisson.

—Alors, en route !

Les neuf chasseurs accélérèrent pour franchir le mur du son, vers leur destination.


Au même moment, aux commandes de son propre engin, Dylan survolait Stuttgart, pour rejoindre la flotte de diversion.

Il vit, au sol, des véhicules partir dans tous les sens et l'armée se déployer pour réunir la population, l'orienter vers le site de l'arche locale et emmener les personnes les plus fragiles et isolées. Dylan était conscient que la majorité de ces gens ne pourrait pas embarquer, ne serait-ce qu’à cause du manque de places disponibles.

Il eut alors en tête la vision de sa mère, tombant dans le vide, après avoir secouru une jeune femme et son bébé, en les faisant embarquer, de justesse, dans un hélicoptère de secours.

Combien de personnes tomberaient dans le vide aujourd’hui ?

A cette pensée, son cœur se serra.


Samantha freina bruyamment en arrivant devant la maison. Elle avait battu tous les records de vitesse du secteur. Personne ne l'arrêterait de toute façon, les flics avaient bien mieux à faire ailleurs.

— Reste là, j’en ai pour deux minutes, dit-elle en s'adressant à David.

— J'ai de quoi m'occuper, répondit-il, l'oreille vissée à son téléphone.

Sam sortit de la voiture et entra dans la maison. Daisy et Félix l’attendaient. Daisy tenait Ginger dans ses bras et, Félix, un gros sac de sport rempli à ras bord de vêtements et d'autres choses beaucoup plus dispensables. Il y avait un tas de valises de différentes tailles derrière eux.

— C'est quoi tout ça ? Demanda Sam, interloquée, en désignant les valises.

— Nos affaires, à tous les trois, répondit Félix.

— On ne part pas en croisière pendant une semaine, Félix, c'est une évacuation ! On part en laissant tout derrière nous. Il y aura tout ce qu'il faut là-bas.

— Même un PC gamer ?

Ignorant cette remarque stupide et étant surtout pressée par le temps, Sam les fit déguerpir vers l’extérieur.


Alors qu’elle descendait les marches et se dirigeait vers le siège conducteur, son téléphone sonna. C'était son autre petit frère.

— Bobby ?

— Sam ! Comment tu t’en sors ?

— On est en route vers l'Arche. Et toi, où es-tu ?

— Sur place. On gère le flux de l'embarquement comme on peut. Dépêchez-vous, ça devient vraiment chaud !

— On arrive !

Elle raccrocha. Au-dessus d'elle, une escadrille de chasseurs H-8 passa à toute vitesse.

Elle s'installa au volant et démarra en trombe.


Malgré toute sa détermination et sa vitesse, Sam dut arrêter la voiture, à deux kilomètres de sa destination. Une file de véhicules bloquait complètement la route devant eux.

— A partir d’ici, on continue à pied, dit-elle.

Ils quittèrent la voiture et se précipitèrent vers la zone militaire. Autour d’eux, les gens s’agitaient dans tous les sens. Beaucoup tentèrent, en vain, d’avancer avec des valises plein les bras, dont la plupart finissaient par tomber et s’ouvrir en laissant tomber tout leur contenu, faisant perdre un temps précieux à leur propriétaire. Voyant cela, Sam croisa le regard de Félix qui haussa les épaules. Sa manière à lui d’admettre qu’elle avait eu raison de leur faire laisser toutes leurs affaires à la maison.


Plus loin, les militaires filtraient l'accès à la zone d'embarquement afin de comptabiliser le nombre de personnes entrantes, une par une. Il restait environ 250 000 places à bord de l’arche, mais il y avait beaucoup plus de gens que cela qui arrivaient, sans cesse, de tous les côtés pour se masser devant le vaste barrage filtrant.

L'ambiance était électrique. Chacun hurlait pour qu'on le laisse passer, usant des prétextes les plus tragiques aux plus immondes. D’autres tentaient de passer de force et se faisaient immédiatement rejeter.

Bobby Blackwell, et la centaine d’autres soldats présents, avaient de plus en plus de mal à gérer la situation qui s’alourdissait à chaque minute et place en moins.

Le regard du jeune homme se perdit dans la foule immense, devant lui.

Il en vit brusquement émerger son frère et ses sœurs.

Quand Sam l’eut repéré, à son tour, elle entraîna les autres avec elle et ils se précipitèrent vers lui pour l'enlacer. Il fut rassuré de les revoir tous, mais dût vite repousser, à nouveau, tous ceux qui en avaient profité pour tenter de se faufiler. Dans les bras de Daisy, Ginger remuait la queue, heureuse de revoir aussi Bobby.

— Allez-y vite, c'est de la folie ! Dit Bobby. Je vous rejoins dès que l'ordre de retrait sera donné !

— On part pas sans toi, Bobby ! S’exclama Sam.

— T’inquiète, j’ai pas l’intention de rester non plus ! Mais j’ai des ordres. Allez !

Ils les laissa passer rapidement et ils coururent droit devant eux, mais David s'arrêta quelques mètres plus loin, ayant entendu une voix familière hurler son prénom derrière lui. Il se retourna et vit Julius et Catherine qui venaient d'arriver au barrage filtrant par un autre côté.

Bobby les vit à son tour et demanda à les laisser passer. Julius le remercia, tandis que Catherine courut dans les bras de David. Derrière eux, la foule s'agitait toujours.

— Une vraie ambiance de fin du monde ! Commenta Julius.

— Viens papa, il faut y aller ! Lui lança David en venant vers lui.

— Moi aussi je suis content de te revoir !

— L’arche est encore loin d’ici ? Demanda David à Bobby.

— A peu près un kilomètre.

— Tu peux le faire, papa ?

— Je dois reconnaître que je n’ai plus mes jambes de jeune athlète…

— Je peux vous emmener, dit Bobby.

— Et qui va te remplacer ici ? Fit remarquer Félix. Tu peux pas te barrer comme ça ? Si ?

Bobby regarda autour de lui. Son regard s’arrêta sur un autre soldat à lunettes en train de réparer un moteur de Jeep.

— Devlin ! Appela-t-il.

L’homme leva la tête.

— Amène-toi vite ! 

Le soldat obéit et approcha.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Faut que tu me remplace, j’ai une mission prioritaire.

— Une mission plus importante que de retaper la jeep du Caporal Marek dans le quart d’heure ?

— Je dois escorter le Directeur Levinson de la Défense Spatiale Terrienne jusqu’au Président qui l’attend en personne devant l’arche.

Le soldat regarda David, derrière Bobby, qui se forçait à adopter un air bien trop sérieux pour lui. Il reconnut immédiatement celui qu’il avait vu à la télé, à peu près tous les jours, ces deux dernières années. Il se raidit pour le saluer respectueusement sur le champ.

— Oh, pardon Monsieur !

— On peut y aller alors ? Demanda Bobby.

— Bien sûr ! Je prends la relève tout de suite !

— Merci, Devlin, dit David, amusé par la situation.

— C’est un honneur, Monsieur !

— Suivez-moi, lança Bobby aux siens.


Il les mena jusqu’à une jeep garée plus loin, près de celle sur laquelle s’était affairée Devlin. Au moment de prendre place, ils entendirent un grondement sourd puissant.

Tout le monde, sur place, tourna le regard en direction de l'ouest.

Une arche s'élevait à l'horizon, près du soleil couchant. Un autre million de survivants à son bord.

Chacun de ceux qui la regardaient, depuis le sol, pria intérieurement pour être à bord de la suivante.

Bobby tourna la clé de contact et appuya sur l’accélérateur, sans attendre plus longtemps, pour foncer en direction de la zone d’embarquement.


L'hélicoptère présidentiel survolait les montagnes du Nevada. A son bord, Joshua Adams et son épouse regardaient, eux aussi, l'arche s’élever lentement à l'horizon, avec espoir.

— Nous arrivons, Monsieur, annonça le pilote.

Devant eux, le paysage montagneux laissa place à un vaste désert sur lequel était posé un immense vaisseau spatial.

L'arche s'étendait de toute sa longueur. Impossible d'en voir le bout à vue d'œil. Au sol, les militaires faisaient entrer la population, répartie en plusieurs files indiennes, en flux continu.

L'hélicoptère se posa près de la monumentale rampe d'accès du vaisseau. Le président et sa femme en descendirent, suivis par leur équipe de protection rapprochée et l'équipage. Pas de militaires en rang pour les saluer. Il avait expressément ordonné qu'ils se consacrent tous entièrement à la mission d'évacuation. Joshua Adams était un simple citoyen du monde ce soir.

Le général Ritter vint à sa rencontre et le salua avec un air grave.

— Monsieur le Président, le dernier rapport de la zone 51 indique que le vaisseau ennemi vient de dépasser Mars... Il sera là, dans 28 minutes.

Joshua Adams eut un instant de flottement après le chaos intérieur infligé par cette sombre nouvelle. Il tourna son regard vers la file de civils, hommes, femmes et enfants. Il entendit aussi les cris désespérés de tous les autres qui attendaient plus loin, au barrage filtrant.

Le cœur lourd, il se tourna vers le général, pour lui donner l'ordre le plus difficile de toute sa vie :

— Arrêtez l'embarquement immédiatement et initiez la phase de décollage.


Une alerte se déclencha sur l'ensemble du site.

Les files ordonnées de civils se brisèrent immédiatement, chacun se ruant au seuil de l'arche, à présent sévèrement gardée par une ligne de soldats brandissant leurs armes.

Au milieu du chaos, la jeep, conduite par Bobby, entra dans la zone. Il l’amena au plus près de l’entrée de l’arche et tout le monde en descendit en se hâtant.

Comme tout le monde autour d’eux, ils tentèrent de passer, mais les soldats les repoussèrent. Derrière ce cordon militaire impitoyable, David vit le Président passer pour rentrer dans l'arche avec sa femme. Il l'interpella, sans succès, son cri se perdant au milieu du brouhaha désespéré alentour. Il sortit alors son téléphone et l'appela. Joshua Adams remarqua l'appel et répondit.

— David ? Où êtes-vous ?

— Regardez en bas !

Le Président tourna la tête et le vit lui faire signe. Il ordonna instantanément de le laisser passer avec les siens.

— Qu'est-ce que ça signifie, Joshua ? Nous devons embarquer ces personnes !

— Ils arrivent, David ! Vous savez ce que ça signifie. Nous n'avons plus le temps. Je suis désolé.

David comprit alors, sans vouloir accepter l’horrible réalité. Qu'aurait-il fait à sa place ? Embarquer ces gens jusqu’au dernier être humain possible, au risque, plus que probable, que l’arche soit ensuite anéantie en étant partie trop tard, voire pas du tout ? Les abandonner pour partir à temps et maximiser ainsi les chances du plus grand nombre ? Il n'aurait pas pu décider. C'était précisément pour ce genre de situation que des hommes comme Joshua Adams existaient.

— On va les laisser ici ? Demanda Sam, les yeux larmoyants.

Ils furent interrompus par un bruit de foule, encore plus important, au loin.

Les gens avaient forcé le barrage filtrant à l’entrée du complexe et fonçaient droit vers eux, avec toute la force du désespoir.

— Allez vite à l'intérieur ! Ordonna le général Ritter.

Le groupe obéit. Quelques secondes plus tard, l'immense rampe de l’arche se relevait.

Les soldats se replièrent, à leur tour. Ouvrant le feu, d’abord en l'air, pour repousser ceux qui cherchèrent à entrer, puis sur ceux qui leur sautèrent dessus en n’ayant désormais plus rien à perdre. Quand la rampe fut entièrement relevée, on n'entendait plus que les cris et les pleurs dehors.

Joshua et David écoutaient. Chaque cri était, pour eux, comme une balle en plein cœur. Sam et ses frères et sœurs pleuraient, tandis que Julius avait fermé les yeux pour prier.


Quelques instants plus tard, qui parurent être une éternité, les moteurs de l'Arche déployèrent toute leur puissance et le vaisseau imposant décolla dans les airs.

Tandis qu'il s'élevait, une escadrille de neuf chasseurs le rejoignit.

— Arche Exodus 1, ici le Lieutenant Jake Morrison, nous vous escortons jusqu'au point de passage.

— Bien reçu, Lieutenant Morrison, répondit la voix humaine de l'officier en charge des communications à bord.

Chacun adressa, ensuite, un ultime regard à la planète Terre et fut envahi d'une émotion indescriptible.

Certains pensèrent à tous ceux qui n’avaient pas pu embarquer, d'autres se remémorèrent des épisodes de leur existence en divers endroits du globe, ou tentèrent d’imaginer ce qu'ils allaient bien pouvoir vivre, ensuite.

Ils contemplèrent ainsi le ciel bleu, si familier et proche, jusqu’à ce qu’il cède place à l’infinité étoilée de l’espace.

— Arrivée au point d'entrée prévue dans 12 minutes, annonça Jake. Préparez-vous à…

Un signal d’alerte l’interrompit.

Un autre se déclencha à bord de l'arche. Tout le monde tourna son regard vers les écrans et se tut.

— Ils sont là, comprit David.


Le vaisseau-mère extraterrestre géant venait de désactiver son écran d'invisibilité pour se révéler au monde, de nouveau.


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