Kate-astrophe à Londres
Chapitre 4 : Duel au Corps à Corset
1225 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 19/01/2026 15:20
Le rideau était tombé sous un tonnerre d'applaudissements. Walter exultait, mais Duncan n'avait qu'une idée en tête : s'extraire de cette robe avant d'étouffer. Il s'était réfugié dans une petite loge isolée, luttant avec ses lacets, quand la porte s'ouvrit sur Fitzcairn.
Le silence qui s'installa fut plus pesant qu'un duel à mort. L'immortel ne riait pas. Il ne tenait pas de roses, et sa flasque était restée dans la salle. Il regarda Duncan — toujours poudré, les cheveux bouclés, mais l'expression farouche — et déglutit péniblement.
— Sacré spectacle, MacLeod, finit-il par lâcher d'une voix un peu trop rauque. Tu as... tu as vraiment le sens du détail.
— Aide-moi avec ce maudit nœud au lieu de rester là à me dévorer des yeux, grogna Duncan en tournant le dos, révélant une rangée de lacets complexes.
Fitzcairn s'approcha, mais ses mains semblaient soudain gourdes. Duncan sentit le contact des doigts de l'immortel contre son dos, là où la soie s'ouvrait sur sa peau. C'était un contact étrange, presque trop précautionneux. En temps normal, il n'aurait jamais laissé personne se tenir ainsi derrière lui, hors de son champ de vision, surtout dans une position aussi entravée. Pourtant, sous la pression des mains de Fitz qui dénouaient lentement l'armature de baleines, Duncan sentit une tension inhabituelle l'envahir, une vulnérabilité qu'il n'avait pas prévue. Chaque lacet qui se relâchait semblait briser une barrière de sa propre défense. Il se surprit à apprécier cette sensation de défaite, cette manière dont son ami, malgré ses insultes, prenait possession de son espace. Le souffle court n'était plus seulement dû au corset trop serré.
Pour masquer le tremblement imperceptible de ses doigts et ce trouble qui lui nouait l'estomac, Fitzcairn quant à lui se raccrocha à sa meilleure arme : la mauvaise foi.
— J’essaie, MacLeod, j’essaie ! Mais avoue que ce n'est pas simple. D'habitude, mes conquêtes n'ont pas des épaules qui menacent de faire craquer la charpente du théâtre à chaque inspiration.
— Moque-toi, Fitz. C'est tout ce que tu sais faire.
— Non, mais sérieusement, continua ce dernier d'un ton brusque, presque agressif. Regarde-toi. On dirait une de ces paysannes des Highlands que tu affectionnes tant : trop musclée, probablement plus de poils au menton qu'une chèvre après l'hiver, et ce parfum de poudre qui masque à peine une odeur de guerrier en sueur... C’est atroce. Franchement, tu es la femme la plus repoussante que j'aie jamais approchée.
Duncan se raidit sous l’insulte, mais il percevait bien la note discordante dans la voix de son ami. C’était trop fort, trop appuyé.
— On dirait que tu n'as jamais défait un corset de ta vie, railla Duncan, tentant de masquer son propre trouble par une pique.
— C'est juste que d'habitude, il n'y a pas un Highlander de deux cents livres à l'intérieur ! répliqua Fitz avec une rudesse défensive.
Le basculement se produisit sur une maladresse. En tirant un peu trop fort sur un lacet rebelle pour ponctuer sa dernière phrase, Fitz fit perdre l'équilibre à Duncan. Ce dernier se retourna brusquement pour ne pas tomber, ses mains saisissant d'instinct les revers de la veste de son compagnon. Ils se retrouvèrent face à face, si proches que la poudre de riz de Duncan vint tacher le velours sombre de son ami.
Ils restèrent ainsi, les mains agrippées l'un à l'autre, leurs respirations se confondant. Fitzcairn fixa les lèvres rouges de Duncan, puis ses yeux, où l'amusement avait laissé place à une attente brûlante.
— Tu es insupportable, MacLeod, murmura-t-il, sa voix perdant toute son arrogance pour devenir étrangement basse, presque vulnérable. Je maintiens que tu es la femme la plus repoussante qu'il m'ait été donné de courtiser, ajouta-t-il dans un souffle. Mais il se trouve que tu es l'homme le plus attirant que j'aie jamais eu entre mes mains... et je crois que j'ai une envie absolument déraisonnable de t'embrasser.
Le Highlander soutint son regard, ses doigts se resserrant sur le velours de la veste de Fitzcairn. Il laissa échapper un petit rire étouffé, un mélange de soulagement et d'excitation.
— L'homme le plus attirant, vraiment ? répondit-il en resserrant sa prise. On aura tout entendu. Mais je suppose qu'après une telle déclaration, tu ne vas pas me laisser en plan dans ce maudit corset. Alors... prouve-moi que tu es meilleur amant que critique de théâtre.
L'ironie de la situation ne leur échappa pas : ils étaient deux hommes de guerre, habitués à la franchise du fer et à la rudesse des camps. Et c'était avec cette même approche directe qu'ils franchirent le pas. Pas de grandes déclarations poétiques, pas de manières de salon. Ce fut un défi, un dernier "chiche" entre deux compagnons qui avaient tout partagé, sauf cela.
Le baiser qui suivit fut un choc de volontés, un mélange de surprise et d'une curiosité trop longtemps réprimée, aussi intense qu'une charge de cavalerie. Et la nuit qui suivit le fut tout autant. Ils s'abordèrent avec la même fougue désordonnée qu’ils mettaient dans leurs duels, transformant cette découverte en une ultime joute où personne ne cherchait vraiment à gagner, mais où chacun savourait l'abandon de l'autre.
Le lendemain matin, la lumière blafarde de Londres s'insinuait à travers les fentes des volets de la loge, transformée en chambre de fortune. Duncan, débarrassé de son maquillage, mais les cheveux encore emmêlés, cherchait ses bottes au milieu d'un chaos de dentelles et de soies froissées. Allongé derrière lui, Fitzcairn contemplait le plafond bas, un petit sourire incrédule et satisfait aux lèvres.
Il n'y avait pas de malaise, pas de regrets dramatiques. Ils restaient les mêmes : deux vieux guerriers capables de se battre dos à dos contre une armée. Cette nuit n'avait rien changé à leur amitié ; elle y avait simplement ajouté une nuance inattendue, un secret partagé au milieu de leurs siècles d'errance.
Fitz s'étira avec une paresse de chat, ses yeux pétillants de malice alors qu'il observait la silhouette massive de Duncan.
— Tu sais, MacLeod... Je devrais toucher deux mots à cette dévote du marché. Ton « broyeur à grains » a une façon de monter dans les aigus qui ferait pâlir d'envie les castrats de la chapelle royale.
Duncan se retourna, une botte à la main, fusillant son ami du regard malgré le sourire qui étirait ses lèvres.
— Si tu répètes ça à qui que ce soit, Fitzcairn, je te jure que je te fais avaler ta propre perruque. Tais-toi et rends-moi ma chemise.
À quelques pas de là, de l'autre côté de la mince cloison de la loge, on entendait déjà le plumeau de Walter Graham courir sur ses registres de comptes. Le bruit des pièces d'or que l'on empile résonnait dans le théâtre vide. Walter ne se souciait guère de savoir qui avait fini dans les bras de qui derrière ce rideau de scène. Pour lui, la pièce était un triomphe, le duc de Buckingham était ravi, et pour un artiste de sa trempe, c'était la seule chose qui comptait vraiment.