L'ogre et la fillette
Steve rejoint la petite. Elle s’est réfugiée dans le garage, à l'abri des tentatives de réconfort totalement ratées de ses collègues.
« Laisse-moi...
- Cathie, je ne voulais pas te blesser, mais je ne fais que mon travail, c’est tout.
- Je ne veux pas retourner vivre avec eux ! Paul, il avait dit qu’il me reprendrait une fois que tout ça serait fini ! Pourquoi tu ne peux pas ?
- C’est compliqué... dit-il en s’asseyant par terre à côté d’elle. Je ne peux pas te garder, mais trouver où tu vas vivre, c'est mon travail. Et pour ça, je peux faire quelque chose.
- Tu peux me ramener chez tatie Françoise ?
- Je ne peux rien te promettre, Cathie. Pour que je puisse te retirer à eux, il me faut un motif très lourd.
- Comme quoi ?
- Je ne sais pas... Comment ça se passe chez toi ? Comment tu vis avec eux ?
- Steve ! le coupe Danny en passant la tête par la porte. On a de la visite ! »
Steve attrape immédiatement la petite. Il ouvre la portière de la voiture de son père et la pose sur la banquette arrière du véhicule.
« Regarde-moi, Cathie. Tu restes ici. Tu n’en sors sous aucun prétexte, seulement quand mes collègues ou moi viendrons te chercher. »
Il la recouvre d'une couverture dès qu’elle se couche, puis verrouille le garage. Steve s'arme et se planque un peu plus loin dans l'ombre.
Seule dans le véhicule, en larmes, Cathie entend des tirs assourdissants résonner dans la maison. Des voix brutales s'élèvent autour du garage, suivies soudainement de détonations juste à côté de la carrosserie.
La portière s’ouvre quelques instants plus tard : c’est Steve. Il la prend dans ses bras pour la rassurer.
« C’est fini, trésor... C’est fini. »
Ils rentrent dans la maison ravagée. Discrètement, à l’abri du regard des parents adoptifs, Danny ramasse le téléphone de Lou et le glisse dans un sac de congélation pour préserver les empreintes. De son côté, Chin fouille le corps sans vie d’Hervé et récupère le scanner de la biopuce.
Le lendemain matin, Steve et Danny emmènent la petite famille au laboratoire médical, sous les regards hagards et inquiets des parents adoptifs.
Steve prend la main de la fillette.
« Prenez leurs empreintes et comparez-les à celles relevées sur le téléphone portable que Danny vous a transmis hier, ordonne Steve au technicien. Danny, tu les amèneras ensuite au poste avec Chin et Lou dès que ce sera fait. »
Il quitte la pièce avec la petite. Kono les rejoint dans le couloir, et ils pénètrent tous les trois dans une salle d'examen sécurisée.
« Cathie, dit Steve en se baissant à sa hauteur. Voici une agente de la CIA. Elle veut simplement passer un scanner pour localiser la biopuce. Si c’est possible, le chirurgien que voilà pourra te la retirer.
- Et s’il ne peut pas ? demande l'enfant.
- Si c’est trop dangereux pour toi, intervient l’agente de la CIA, on se contentera de la désactiver et tu vivras avec. On devra juste repasser à l’agence ensuite.
- Il y aura encore des coups de feu ?
- Non, la rassure Steve. Mais Danny et moi, on sera toujours là.
- Il faut lui retirer son haut, indique l’agente. »
Kono s’occupe d’elle avec douceur, la tenant serrée dans ses bras pendant que la femme passe le scanner dans son dos. D’un geste de la tête, le médecin fait signe à Steve de sortir sur le pas de la porte : la puce est inopérable.
« Pourquoi ? demande Steve en s’approchant du médecin.
- La puce est logée contre un faisceau nerveux vertébral. Une mauvaise manipulation et elle sera paralysée à vie.
- Et pour la capsule toxique ?
- Le boîtier est extrêmement solide, le risque de fuite est minime.
- Minime ?
- Si la biopuce venait à se briser, ce ne serait que la conséquence d’une très mauvaise chute ou d'un accident particulièrement violent...
- Opérez-la ! ordonne Steve, les yeux noirs de rage.
- Patron ! tente d'intervenir Kono.
- Quoi ? C’est une gamine ! Elle peut chuter n’importe quand et se la briser dans le dos ! Trouvez un bon chirurgien et ôtez-lui cette merde ! Maintenant !
- Steve ! Tu lui fais peur ! souffle Kono en désignant la fillette qui tremble. »
Pris de remords devant la terreur de la petite, Steve la prend dans ses bras et quitte précipitamment le laboratoire pour se rendre au QG.
Une fois sur place, il tente de reprendre son calme et enchaîne les appels téléphoniques auprès de ses contacts militaires pour trouver le meilleur spécialiste du pays. Dans le bureau, Danny s’occupe de distraire la fillette.
« Je vais devoir repartir vivre avec mes baby-sitters ? demande doucement Cathie.
- Peut-être, oui...
- Mais moi, je ne veux pas !
- Je sais que tu leur en veux énormément pour ce qui s'est passé au parc, mais...
- Et pour la salle de bain ! Et de toute façon, ils n’aiment pas les enfants.
- Attends... Je reviens. »
Intrigué par cette mention de la salle de bains, Danny va immédiatement chercher Steve. Une fois réunis dans le bureau, Danny demande à Cathie de répéter ce qu'elle vient de dire. Sans hésiter, la fillette répond à leurs questions avec une précision déconcertante. Steve et Danny comprennent enfin tout le rôle joué par Franck lors de l'assaut du chalet : la trahison dans la salle de bains pour sacrifier la gamine et sauver leur propre peau, couplé à la complicité de Martine.
« Cathie... Pourquoi tu dis qu’ils n’aiment pas les enfants ? lui demande Steve en la regardant droit dans les yeux.
- On est là que pour l’argent.
- "On" ?
- Bastien... Il a eu dix-huit ans peu de temps après mon arrivée, et ils l’ont jeté dans un foyer pour jeunes dès le lendemain. Il me manque beaucoup... »
Au même moment, le téléphone de Steve vibre : c'est Lou au bout du fil. Les analyses du laboratoire sont tombées. Les empreintes relevées sur le téléphone ayant servi à contacter Hervé appartiennent bel et bien à Franck.
Cathie regarde le commandant, les larmes aux yeux :
« Paul a menti, hein... Jamais il ne devait me récupérer.
- Je ne pense pas qu’il t’ait menti, ma puce, dit Steve en la prenant doucement dans ses bras. Mais disons que sa vie aurait été une fuite permanente... »