L'ogre et la fillette
L’hélicoptère de son ami des Navy SEALs se pose dans un vrombissement de pales. Tout le monde monte à bord. L'appareil les dépose directement sur l'héliport de l’hôpital pour un bilan de santé complet.
Une fois la fillette auscultée par les médecins, Steve entre doucement dans sa chambre.
« Cathie, il faut que tu me parles d’Hervé, tu comprends ? Est-ce que tu l’as déjà vu avant qu'on t'amène dans les planques ?
- Oui, après chaque attaque, avoue la petite. Tu sais, Hervé, c’est mon papa. Mon vrai papa.
- Paul ne le savait pas ?
- Non. Je n’avais pas le droit de lui dire. Je me serais fait gronder, et Paul... il se serait fait tuer.
- Dis-moi, tu peux me raconter le soir où ta maman t’a injecté la puce ?
- Je ne m'en souviens pas très bien... mais Paul me l’a raconté plein de fois, dit-elle, la voix brisée par les sanglots. Il a dit qu’il fallait que je m’en souvienne au cas où il ne pourrait pas le faire lui-même...
- Ce n’est rien, chut... murmure Steve en la prenant tendrement dans ses bras.
- Il a dit que maman m’a abandonnée pour protéger la biopuce dans mon corps. Il était certain que la voiture qui a explosé ce soir-là était un leurre. Il était sûr d’avoir vu une autre voiture quitter les lieux, tous feux éteints, et donc qu'elle n'était pas seule, mais avec un complice... C’était papa, hein ? »
Cathie se blottit contre le thorax du commandant.
« Je ne veux pas que tu meures... »
Steve serre fort la petite contre lui. Malgré son jeune âge, Paul lui a inculqué l'essentiel pour la protéger. Steve ne peut s'empêcher de songer aux parents biologiques de Cathie : de véritables monstres qui ont utilisé leur propre enfant comme un coffre-fort ambulant.
Il est tiré de ses réflexions par l’arrivée soudaine de Lou Grover dans le couloir.
« Steve, j’ai le dossier ! annonce Lou en lui tendant une pochette.
- Tu as envoyé sa photo au reste de l’équipe ?
- C'est fait.
- Tu la gardes, ordonne Steve en désignant la chambre.
- C’est qui, lui ? demande Cathie à travers la porte entrebâillée.
- C’est l’homme qui surveille l’ogre, répond Steve avec un clin d'œil en attrapant le dossier d’Hervé. »
Debout dans le couloir, Steve feuillette rapidement les documents tout en gardant un œil sur la fillette. Il découvre qu'Hervé possédait un accès total aux bases de données de la CIA et, surtout, qu'il était devenu le coéquipier de Paul une semaine à peine après l’adoption de Cathie. Aucun doute possible : la taupe qui livrait chaque planque, c'était lui.
Soudain, Chin arrive à toute vitesse au fond du couloir, essoufflé et escortant les parents adoptifs.
« Steve ! Il est là ! Hervé est dans l'hôpital !
- Merde... râle Steve en bondissant dans la chambre pour récupérer la gamine. »
L’équipe s'élance à travers les couloirs de service et s’échappe par la sortie arrière du bâtiment. Sans véhicule à disposition, ils se tapissent dans une ruelle sombre. Steve saisit son téléphone et rappelle aussitôt Mac. Après lui avoir transmis leur position exacte, ils conviennent d'un point de rendez-vous sur le toit d'un immeuble voisin.
Quelques minutes plus tard, de nouveau en sécurité à bord du Black Hawk, les membres du 5-0 se dévisagent en silence. Une question les hante : comment Hervé a-t-il pu les localiser aussi rapidement à l'hôpital ?
« On va où, Steve ? demande Mac dans l'intercom.
- Chez moi. »
L'hélicoptère les dépose directement sur la pelouse de la maison de Steve, au bord de la plage. Épuisée par tant d'émotions, Cathie s’endort très vite dans les bras de Kono. Steve esquisse un sourire chaleureux en voyant la petite enfin apaisée, mais l'inconnue demeure : comment Hervé savait-il qu’ils se trouvaient à l’hôpital ?
Dans la cuisine, Steve est rejoint par Danny et Chin.
« Ce n’est pas normal, murmure Steve à voix basse, la fureur au bord des lèvres. Sur l’île, je veux bien admettre qu’on ait été une cible facile, Hervé a dû fouiller les dossiers. Mais à l’hôpital, c'est impossible ! Il faut absolument qu’on trouve qui renseigne Hervé.
- Steve... glisse Danny d'un ton lourd. Qui ici, parmi nous, à part la gamine, a désespérément envie de se débarrasser d’un poids gênant ? »
Les trois hommes tournent simultanément leur regard vers le salon, fixant les parents adoptifs... les fameux « baby-sitters ».
« L’instinct de Paul était le bon, finalement, conclut Steve, le regard sombre. »