Trafic de drogue
Danny, Steve et Arielle se posent à l’étage, toutes lumières éteintes, accroupis contre un mur à l’abri des regards extérieurs. Steve lui prend doucement la main pour la rassurer :
« Ils sont où mes parents, Steve ?
- Ils sont morts... Apparemment, ils étaient dans le milieu de la drogue eux aussi. C’est pour ça qu’ils n’ont rien fait pour te protéger.
- D’accord...
- Tu as un frère, Patrick. Il vit sur le continent. Il a eu la chance d’être placé à ses neuf ans, avant que tes parents n'emménagent dans ce quartier.
- Il connaît mon existence ?
- On ne sait pas. Pour le protéger, on a préféré ne pas le contacter tout de suite, tu comprends ? »
Elle n’a pas le temps de répondre : des rafales d'armes automatiques fusent simultanément des deux côtés de la rue. Les tireurs mitraillent la maison de Steve et le taudis d'en face en même temps. Steve et Danny se plaquent immédiatement au sol, faisant écran de leur corps au-dessus de la gamine.
Après de longues minutes d'enfer, les tirs cessent enfin. Du rez-de-chaussée, Chin leur signale que le champ est libre et qu'ils peuvent descendre. En traversant le salon, Arielle aperçoit quelques corps étendus sur le carrelage qu'elle reconnaît aussitôt. Steve l'éloigne doucement pour lui éviter le spectacle.
« Alors... Toujours aussi ancienne, ma déco ? lance Steve d'une voix fatiguée.
- Tu plaisantes, là ?! répond-elle en soufflant. »
Les renforts déboulent sur les lieux. Le sergent Duke Lukela est présent et, lorsqu'il apprend l’identité de la gamine, il se rappelle immédiatement à quel point John McGarrett s’était battu pour elle.
« Toujours aussi têtue et malpolie, la gamine ? lui demande Duke en esquissant un sourire nostalgique.
- Tu la connais ? s’étonne Steve.
- Tout le poste la connaît, du moins nous, les anciens. Intenable, et avec un vocabulaire à faire saigner les oreilles ! Il n'y a que ton père qui arrivait à la canaliser.
- Peut-être... murmure-t-elle faiblement, les yeux baissés.
- Arielle, il est temps de faire tomber toute cette bande, intervient Steve d'un ton sérieux. Ils ne te lâcheront jamais, tu comprends ça ? »
Elle hoche la tête, les larmes coulant lentement sur ses joues. Elle se met alors à tout déballer : les adresses, les noms de toute l’équipe, l'emplacement des planques, les lieux de fabrication de la drogue, et même l'identité des clients chez qui elle effectuait les livraisons.
L’équipe est parée pour lancer l'assaut, mais tous essaient de dissuader Steve d’y participer au vu de son état.
« Si tu y vas, je viens ! tranche Arielle en croisant les bras. »
Tous la regardent, puis tournent les yeux vers Steve. Ils savent pertinemment qu'il ne prendra pas le risque de la mettre en danger. Steve capitule : il l'accompagne, mais restera tant bien que mal en retrait dans la voiture de patrouille.
Plusieurs unités d'intervention se déploient. Steve, animé par un puissant instinct protecteur et vengeur, veut choper le chef de la bande. Arielle lui donne les dernières précisions et l’équipe fonce sur le site.
Tous les trois restent en retrait dans le véhicule. Après un assaut rapide, Chin, Kono et Lou font sortir les survivants menottés. Steve reconnaît immédiatement le chef du gang, même sans avoir vu sa photo. Faisant fi de sa douleur, il sort brusquement du véhicule.
« Arielle, non ! crie Danny en la retenant gentiment par le bras alors qu'elle tente de le suivre. »
À côté de la voiture, elle regarde Steve s'avancer d'un pas lourd vers le chef du réseau et lui coller une monstrueuse droite en plein visage. Le boss est embarqué dans le fourgon, le nez en sang. En passant à sa hauteur, il fixe Arielle, mais la gamine ne baisse pas les yeux d'un millimètre.
Steve la rejoint et, pour la seconde fois, l'attire contre lui pour la serrer fort :
« Ça y est. C’est fini.
- Où est Bryan ? demande-t-elle dans un souffle.
- Il est déjà en taule.
- Je veux le voir.
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée...
- J’ai besoin de savoir, Steve. J'ai besoin de comprendre.
- D’accord, d’accord... répond-il doucement en essuyant ses larmes du bout des doigts. »
Steve et Arielle se rendent d'abord aux urgences pour faire soigner les blessures de la gamine. Dans la chambre, Arielle se confie enfin. Elle lui raconte sa vie de l'époque avec son père, John. À ses yeux de petite fille, John était un homme indestructible. Il n’avait jamais eu peur des menaces du gang ; il se contentait de la prendre dans ses bras et de la ramener chez elle. Mais un soir, ses parents étaient tellement défoncés que John avait préféré la garder sous son toit. Il lui répétait sans cesse qu’il allait la sortir de cette merde, mais elle n'y croyait plus.
« Papa et maman sont venus me chercher au milieu de la nuit... juste avant sa mort, commence-t-elle, le regard dans le vide. Ils étaient complètement déchirés. Ton père ne pouvait rien faire de plus. Il m’a promis qu’il viendrait me récupérer le lendemain... mais il n’a pas pu, mes parents n’ont pas voulu. Ils m’ont empêchée de sortir pendant deux ou trois jours. Il a été tué par deux mecs, c’est ça, hein ?
- Ouais.
- Ce sont ces deux mecs qui ont demandé à mes parents de venir me chercher chez John... tu penses ?
- Qu’est-ce que tu viens de dire ?! réagit Steve, redressant la tête d'un bond.
- Quand on est rentrés à la maison, il y avait deux types qui nous attendaient. L’un d’eux m'a prise dans ses bras parce que maman m'avait posée par terre, et il m’a bordée dans mon lit. Tout le temps qu’ils ont squatté à la maison, je n’ai pas pu sortir. Le dernier soir, il m’a chuchoté que ce n’était qu’un rêve, qu’il n’existait pas... et puis ils sont partis. »
Steve comprend instantanément la terrifiante vérité : son père était sous surveillance constante. Si la gamine n'a pas été éliminée ce soir-là, c'est uniquement grâce à ses parents, totalement inconscients et sous emprise. Le témoignage de camés et d'une petite fille de huit ans n'aurait jamais été retenu par la police. Pourquoi auraient-ils fait d'une gamine innocente un dommage collatéral inutile ?
« Mon frère... Est-ce qu’il va venir ? Est-ce qu’il sait seulement que j'existe ? demande-t-elle après un silence.
- Ton frère a été placé en foyer quand ta mère était enceinte de toi, lui explique Steve doucement. Il t'a cherchée dès ses dix-huit ans, en vain. Il est dans l’avion en ce moment même pour venir te voir.
- Et... est-ce qu’il a une famille ?
- Il travaille pour les services sociaux. Il est marié et il a un petit garçon.
- D’accord... murmure-t-elle avec un faible sourire. »
Il la laisse enfin se reposer. Une fois la gamine profondément endormie sous les sédatifs, Steve quitte la chambre à pas de loup pour appeler immédiatement son équipe et leur rapporter les révélations explosives d'Arielle sur John.