Marie et son livre

Chapitre 2 : la lettre de Hanse

770 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 26/08/2026 00:08

Au foyer, à peine une heure après son arrivée, un employé pénètre dans sa chambre.

« Tu es bien Marie Hanse ?

- Oui.

- C’est pour toi, dit-il en lui tendant une enveloppe. »

Marie prend la lettre. Elle reconnaît immédiatement l’écriture de son père. Le cachet de la poste indique une date : 13 janvier 2005, deux semaines avant son arrivée ici. Elle comprend qu’il se savait en danger imminente... Mais alors, pourquoi n’a-t-il pas fui ?

Elle ouvre  l’enveloppe :

Ma petite Marie,

Si tu lis ceci, c'est que je ne suis plus là... Je sais que tu ne veux pas entendre parler de la police, mais fais au moins l’école et tu comprendras tout. « Le Vilain Petit Canard »

Je t’aime.


Elle referme le papier, déboussolée. Elle ne comprend rien et refuse d'entendre parler de ce métier qu’elle a toujours détesté. Marie attrape le sac de son père, l’ouvre et y découvre tous les livres de son enfance. Elle en prend un, le feuillette et y découvre une multitude d'annotations : les noms qu’elle donnait à ces animaux, des séries de codes et des pastilles de couleur.

Submergée, elle le referme aussitôt. Elle ne veut pas entrer dans le délire de son père.

Les années passent. Marie étudie pour devenir vétérinaire. En repensant aux livres, un doux sourire lui vient parfois aux lèvres. Elle aime imaginer que son père avait peut-être toujours deviné sa passion pour les animaux ; même si, au fond d'elle, elle sait bien que la vérité est tout autre.

À la faculté de médecine vétérinaire, elle rencontre Benjamin. Ils s’aiment profondément et projettent déjà leur avenir ensemble. Mais ces livres la hantent toujours. Elle passe ses examens et obtient brillamment son diplôme, tout comme Benjamin.

Lors de la cérémonie de remise des diplômes, une silhouette familière s'avance vers elle : Franck.

« Qu’est-ce que vous faites ici, Franck ? demande-t-elle, surprise.

- J’ai promis à ton père de prendre soin de toi.

- Au bout de trois ans ?! s'indigne-t-elle. Est-ce que vous avez au moins trouvé l’assassin de mon père ?

- Non... L’enquête a été classée sans suite. Je suis désolé, Marie.

- Vous classez le meurtre d’un policier sans suite ?!

- Oui... Celle-ci, oui. Encore félicitations pour ton diplôme. »

Elle le regarde s’éloigner, particulièrement sceptique. Pourquoi réapparaître maintenant ? Il n’est jamais venu la voir, n’a jamais passé un coup de téléphone, ni même envoyé une carte postale. Rien, ni de sa part, ni de celle des anciens collègues de Victor.

Le soir même, portée par ce sentiment d'injustice, elle appelle Benjamin pour lui annoncer sa décision : elle s’inscrit à l'école de police.


Trois ans, plus tard.



Marie obtient son diplôme d'officier de police à l'âge de 21 ans. Elle prépare son mariage avec Benjamin, évoluant dans un bonheur parfait alors que sa carrière commence dans le New Jersey.

Un jour, alors qu'elle marche dans les couloirs avec son coéquipier Marc, elle s'arrête près du distributeur de café. Deux inspecteurs discutent à côté. Elle ne saisit pas toute leur conversation, mais certains mots résonnent en elle comme une alarme.

« Excusez-moi... Pourquoi vous parlez en utilisant des noms bizarres ? demande-t-elle en les interrompant.

- Tu viens d’arriver, toi, non ? lui répond l’un d’eux.

- Oui.

- C’est pour éviter que quiconque ne comprenne nos enquêtes. Si un ripou traîne dans le coin ou si un civil joue les victimes pour écouter discrètement, il ne pige rien.

- D’accord... Je peux avoir un exemple ?

- Regarde : en ce moment, on bosse sur un type qui pose des bombes.

- J’en ai entendu parler.

- Eh bien, on parle de lui en disant « connard », et la bombe devient « le Paquet ».

- Et « connard » désigne toujours un poseur de bombe ?

- Non, ça dépend des groupes ! Pour eux, par exemple, dit-il en désignant un autre duo de flics, un « connard », c'est un mari violent. Je te conseille vivement de faire pareil avec ton coéquipier. »

Marie s'éloigne, les mots du policier tournant en boucle dans sa tête.

Soudain, le voile se lève. Tout devient d'une clarté limpide.

Il faut qu’elle trouve « Le Vilain Petit Canard ».

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