Kaʻohana koko a me kaʻohana o ka naʻau
Le commandant McGarrett s’avança dans l’épaisse fumée. Ses yeux le piquaient et il peinait à respirer, tant l’incendie à l’intérieur du bateau prenait de la force. Une chaleur intense semblait venir des escaliers, et Steve tâtonna pour aller jusqu’à Kelley.
Retenant son souffle, pour la fumée, mais surtout par angoisse, il aperçut son corps au sol, dans le nuage sombre. S’approchant, l’inquiétude lui vrillant le ventre, il s’accroupit vers elle.
Un immense soulagement l’envahit quand elle se mit à tousser.
_ Kelley ! Je suis là. Je suis là. lui dit‑il en commençant à inspecter ses blessures.
Elle lui sourit, avant de grimacer à nouveau et de tousser. Elle avait l’air d’avoir des difficultés à respirer, mais Steve ne pouvait pas savoir si cela n’était lié qu’à la fumée ou à des blessures plus importantes.
_ Il faut que je te déplace. lui dit‑il alors que la chaleur continuait d’augmenter.
Ils voyaient les flammes sortir par les escaliers, là où le corps sans vie du chef était tombé. Et les craquements sinistres venant d’en dessous étaient assez inquiétants.
_ Ça va aller. lui répondit Kelley en se redressant un peu.
Steve sourit devant la force de Kelley. Il passa ses bras sous ses jambes et sa taille pour la soulever. Elena était à leurs côtés, surveillant autour d’eux. Elle s’éloigna pour aller faire signe à l’hélicoptère, qui s’était bien rapproché, un endroit pour se poser.
Une fois sortis du nuage créé par l’incendie qui se propageait dans le bateau, Steve remarqua à quel point Kelley faisait bonne figure, alors qu’elle semblait malgré tout souffrir beaucoup.
Kono aida Steve à installer Kelley, puis resta sur le bateau avec Elena, laissant sa place.
Elena regarda l’hélicoptère reprendre de l’altitude et se tourna vers Kono, posant les yeux sur son fusil de tir de précision.
_ Bien joué. lui dit‑elle, ayant compris que c’était Kono qui avait tué le chef du groupe depuis l’hélicoptère.
Kono hocha la tête. Aucune des deux ne savait quoi dire de plus, leurs pensées tournées vers Steve et Kelley en route pour l’hôpital.
_ Le bateau risque d’exploser ! leur dit Danny, qui venait de monter à bord pour finir de maîtriser les terroristes. On va avec les garde‑côtes ! Kono, Elena !
Les deux femmes sortirent de leurs pensées et suivirent le lieutenant.
_ Tu avais commandé un taxi ? demanda Steve à Kelley avec humour, surtout pour la garder éveillée.
_ Oui ! Mais j’ai failli attendre ! répondit‑elle avec un sourire, mais une voix extrêmement fatiguée. Comment va Keynan ?
L’inquiétude avait voilé ses yeux émeraude et elle fixa Steve. Ce dernier sourit : après tout ce qu’elle venait de vivre, elle ne se souciait que de Keynan.
_ Il va bien. la rassura‑t‑il immédiatement. Il est en sûreté avec Abby et Sarah !
Le visage de Kelley devint paisible, et elle sourit malgré les moments où la douleur la lançait davantage, devenant plus intense.
_ Hé ! l’appela doucement Steve. Reste éveillée ! Reste avec moi jusqu’à l’hôpital !
Elle hocha la tête, ses yeux se fermant presque, mais elle luttait contre la fatigue. Steve passa en douceur sa main sur son visage.
_ En fait t’avais pas besoin de nous ! Tu gérais !
Kelley fit une moue.
_ Je n’aurais pas voulu que tu sois venu pour rien… Je vous ai laissé un peu de travail !
_ C’est toi qui nous as invités ! C’était vraiment fort le coup du morse !
_ Je savais que tu comprendrais !
Steve lui avait pris la main et la serrait délicatement, comme pour ne plus jamais risquer de la perdre.
_ Ils ne savaient pas à qui ils s’en prenaient ! lui fit remarquer Steve.
Steve faisait les cent pas, tandis que les médecins s’occupaient de Kelley. Elle semblait avoir perdu beaucoup de sang et être très fatiguée ; il avait eu du mal à la garder éveillée jusqu’à l’hôpital.
Le commandant leva la tête en voyant Jo White apparaître dans le couloir. Ses coéquipiers l’avaient appelé dès qu’ils avaient été de retour sur le bateau des garde‑côtes et Steve ne l’avait pas encore eu en ligne. Quand son mentor fut devant lui, Steve remarqua combien son visage trahissait son inquiétude.
_ Elle était réveillée en arrivant ! tenta de le rassurer Steve.
Jo le regarda et souffla en hochant la tête.
_ Elle est sacrément costaud ! Elle va s’en remettre ! dit‑il presque plus pour se convaincre lui‑même que pour Steve. Et ceux qui ont fait ça ?
Steve eut un sourire en coin et lui adressa un regard entendu.
_ Elle avait déjà fait une partie du ménage elle‑même ! observa‑t‑il, en repensant à ce qu’il s’était passé : il se doutait bien que l’explosion n’était pas simplement une heureuse coïncidence. C’était vraiment le bordel sur le bateau ! Et à mon avis elle n’y était pas étrangère !
Jo hocha la tête, pas du tout étonné.
_ C’est une dure à cuire ! Ils ne savaient pas à qui ils s’attaquaient !
Jo marqua un temps d’arrêt. La phrase fit sourire Steve, repensant qu’il avait presque dit la même chose quelques minutes avant à Kelley.
_ Tu sais Steve. reprit Jo d’une voix grave. Je ne les ai pas lâchés, j’ai vraiment tout fait ce qui était en mon pouvoir ! Et je comptais continuer, jusqu’au bout ! Mais tu sais comment fonctionne la CIA, avec les secrets… Ils ne dévoileraient pour rien au monde le contenu des dossiers classés !
Steve hocha la tête en s’asseyant sur une chaise. Il savait très bien que Jo avait fait tout ce qu’il pouvait, comme toujours pour les gens à qui il tenait. C’était juste la colère et l’inquiétude qui avaient parlé quand Steve lui avait crié dessus.
Jo se posa également, malgré les fourmillements d’impatience et de stress qui lui envahissaient les jambes.
De longues minutes s’écoulèrent. Un silence s’installa entre les deux hommes, chacun pris par ses propres pensées, tous deux dirigés vers la même personne. Le va‑et‑vient des patients, des infirmiers et des médecins dans les couloirs semblait interminable. Et à plusieurs reprises, Jo ou Steve sautèrent sur leurs pieds, croyant que des soigneurs venaient à leur rencontre pour donner des nouvelles.
Steve s’éloigna pour répondre à Danny.
_ On n’a toujours pas de nouvelles. lui dit‑il.
_ Hé ! C’est une White, c’est aussi solide qu’un McGarrett ! lui répondit Danny, avec force.
Steve sourit devant l’optimisme de son meilleur ami.
_ Vous avez pu arrêter certains de ces enfoirés ? demanda Steve, essayant de penser à autre chose.
_ Oui. On a réussi à maîtriser l’incendie avec les garde‑côtes. Apparemment, ils ont trouvé un explosif bricolé dans la salle des machines ! Un truc digne de McGyver ! Et il y avait pas mal de corps en dessous, des mecs bien amochés ! Kelley ne s’est pas laissé faire !
_ Ils n’auraient pas dû tirer sur la voiture ! souleva Steve avec humour.
_ Elena est en train de voir avec l’anti‑terrorisme, la CIA et le FBI ! Chacun veut récupérer l’affaire ! Le NCIS vient de nous envoyer deux agents, vu que cela concerne aussi la NAVY…
_ Personne ne voulait s’en mêler et maintenant tout le monde rapplique… marmonna Steve.
_ Ne t’inquiète pas, Elena gère !
Steve vit un médecin arriver vers lui et mit fin à la conversation, en promettant de le tenir au courant. Jo le rejoignit en voyant le médecin se tenir devant lui.
_ Vous êtes de la famille du commandant White ? demanda‑t‑il, son regard passant sur Steve puis sur Jo.
_ Je suis son père. répondit Jo.
Le médecin hocha la tête et baissa les yeux vers son bloc‑notes, comme pour vérifier ce qu’il allait dire, ou se donner du courage. Steve déglutit, ces moments‑là semblaient toujours s’égrener lentement, alors qu’il était partagé entre le fait de vouloir savoir et craindre ce que le docteur allait dire.
_ Elle a perdu beaucoup de sang, et était vraiment très déshydratée. Elle a plusieurs côtes cassées et d’autres fêlées, ainsi que pas mal d’hématomes ! Nous allons devoir rester très vigilants pour éviter toute complication pulmonaire ! expliqua le médecin d’une voix claire. Il marqua une pause avant de conclure. Mais elle a eu beaucoup de chance, ils vont bien tous les deux.
Jo et Steve lâchèrent un soupir de soulagement. Steve se passa une main sur le visage, tandis que Jo secoua la tête vers l’avant. Quelques secondes passèrent, le temps d’assimiler ce que le médecin venait de dire exactement. Ils froncèrent les sourcils. Ce fut Jo qui réagit en premier.
_ Tous les deux ? répéta‑t‑il en fixant le médecin.
Le médecin parut troublé et consulta rapidement son bloc‑notes avant de regarder à nouveau Jo.
_ Oh, vous n’étiez peut‑être pas au courant, désolé. fit le médecin, gêné. Elle est enceinte… de 3 mois environ, elle devait peut‑être attendre de passer la période critique ! En tout cas, c’est pour cela que nous avons pris du temps, nous avons fait des examens pour vérifier l’état du fœtus. Bien sûr, cela fait tout de même partie des choses que nous devons continuer à surveiller !
Le souffle coupé, Steve regarda le médecin avec de grands yeux, il sentait le sol se dérober sous ses pieds. Il n’avait d’ailleurs rien compris de la fin de l’explication du docteur, tant tout lui avait semblé se brouiller.
Il croisa le regard surpris et tout aussi perdu de Jo. Essayant d’assembler et d’assimiler ce qu’il venait d’entendre. Il finit par sortir du brouillard dans lequel son esprit semblait s’être perdu, et soudain la question qui le traversa fut la raison du silence de Kelley.
_ Peut‑être pouvez‑vous prévenir le futur père, pour le rassurer. dit le médecin à Jo.
Jo reporta son attention sur le médecin, avec une moue indéchiffrable.
_ Je crois qu’il est au courant. observa Jo, en tournant avec lenteur la tête vers Steve.
Le médecin les observa quelques secondes, en fronçant les sourcils, avant de comprendre.
_ Heu… fit‑il en se raclant la gorge, de plus en plus gêné. Si vous voulez aller la voir, vous pouvez. Mais elle a besoin de se reposer, alors si elle dort, essayez de ne pas la réveiller, et encore moins d’amener de… l’agitation dans la chambre. Je repasserai rapidement.
Sur ces mots, le médecin tourna les talons et s’éloigna comme pour fuir ce qui risquait de suivre.
Steve se recula et s’adossa au mur. Il se passa les mains sur le visage. Il ne réalisait pas tout à fait ce que tout cela signifiait, et des milliers de questions semblaient virevolter dans sa tête. La voix de Jo, grave et sèche, le ramena à la réalité.
_ Va la voir.
Steve leva les yeux vers son mentor. Était‑ce ses propres émotions qui lui rendaient la lecture du visage et du regard de Jo impénétrable ? Ou ce dernier n’avait‑il pas non plus réalisé ce qu’il se passait exactement ? En tout cas, Steve ne décelait ni colère, ni bonheur. Un détachement assez étonnant au vu de la situation.
_ Steve ! l’interpela Jo, avant de répéter sur le même ton. Va la voir.
La voix était neutre, posée et ferme. Steve hocha la tête, en déglutissant. Il se redressa et inspira profondément, avant de prendre le couloir en direction de la chambre, comme un automate.
Il voulait plus que tout la rejoindre, la voir, la prendre dans ses bras, il en mourait d’envie, et cela lui coupait presque le souffle. Mais une angoisse lui tenaillait les entrailles.
Alors qu’il parcourait les derniers pas vers la porte, il se demandait pourquoi elle ne lui avait rien dit. Avait‑elle eu peur ? Pensait‑elle qu’il ne serait pas heureux de cette nouvelle ? Que c’était une mauvaise chose ? Il lui traversa même l’esprit qu’il pouvait ne pas être concerné directement, si pendant son absence il s’était passé quelque chose… Même s’il connaissait trop Kelley pour croire sérieusement à cette possibilité.