Le dernier chaos
Une semaine passa durant laquelle Hermione s'efforça de rattraper son retard scolaire - si tant est qu'elle ait du retard, même après plusieurs jours d'absences - depuis l'infirmerie. Elle recouvrit ses forces peu à peu, à mesure que ses cicatrices disparaissaient grâce aux soins de Madame Pomfresh. Seule une marque subsistait sur l'intérieur de son avant-bras. Celle-ci avait curieusement une forme de flamme et elle se surprit à s'y attacher : cette altération témoignait de son calvaire et des épreuves qui, elle l'espérait, étaient maintenant derrière elle.
À son grand soulagement, Drago ne se montra plus : elle craignait de perdre encore une fois le contrôle, que ce soit du côté de la colère ou pire, du côté de l'attraction. Néanmoins, elle ressentait le manque. Au-delà du charme qui les reliait, elle regrettait leur relation amicale naissante avant que tout devienne compliqué. Elle avait senti le potentiel derrière leurs discussions et leurs joutes verbales. Et elle avait vraiment cru qu'il s'était adouci, dévoilant une personnalité espiègle, spirituelle et incisive qui lui avait plu. Sans compter son charisme magnétique ajouté à un physique peu repoussant.
Mais elle devait se faire à l'idée qu'il lui fallait l'oublier pour de bon. Bien que Harry et même Ron lui avaient assuré de son extrême inquiétude, puis de son profond chagrin après son départ qui avait mené à son agression, elle était persuadée qu'il n'était pas sincère et que seule la force du sortilège l'accablait. Et la convalescence de la jeune femme lui donnait tout le loisir de ruminer en permanence les dernières paroles de Malefoy qui l'avait blessée jusqu'à l'âme. Car ses parents lui manquaient terriblement malgré leurs échanges de lettres réguliers, et elle craignait réellement que son absence n'affecte les efforts qu'elle avait fournis pour leur restituer leur mémoire.
Le premier jour de décembre, elle fut enfin autorisée à sortir. Elle était encore pâle et plus aussi vive et alerte qu'avant, mais elle avait suffisamment récupéré de forces pour pouvoir réintégrer son quotidien. D'autant que les festivités de Noël débutaient et malgré les visites régulières de ses amis, elle commençait à se morfondre seule dans son lit à l'infirmerie.
Son premier réflexe fut de se rendre à la bibliothèque pour chercher à nouveau des informations sur l'alignement qui auraient pu lui échapper. Elle savait déjà que les garçons avaient également commencé à fouiller de leur côté, et ils s'étaient même introduits dans la section interdite grâce à la cape d'invisibilité de Harry, sans succès. Elle passa d'abord dans sa chambre pour enfiler une tenue confortable et coiffer ses cheveux qui avaient pris un peu trop de liberté pendant son repos. Lorsqu'elle arriva enfin dans sa salle favorite de l'école, elle fit le tour des livres culturels, d'histoires, de géographie, et évidemment de sortilèges oubliés, mais sans jamais trouver le moindre indice qui aurait pu l'aider.
Ginny apparut soudain dans les rayonnages et son visage s'illumina lorsqu'elle aperçut Hermione.
- Ah, tu es là ! On te cherche partout ! Tu sors à peine de convalescence et ton premier réflexe est de te rendre à la bibliothèque ?
Après leur nuit agitée dans les galeries et jardins de Poudlard, le trio s'était mis d'accord pour ne parler à personne de l'incantation qui reliait Hermione à Malefoy. Elle se sentait déjà suffisamment honteuse face à eux, elle ne tenait pas à devoir gérer en plus le malaise que cette nouvelle provoquerait aux autres membres de la maison Gryffondor. Bien sûr, sa prodigieuse crise d'angoisse et son attaque envers Drago par la suite avaient fait du bruit à Poudlard, mais personne ne s'était étonné au vu du passif conflictuel qui les liait depuis des années.
- Oui, j'ai beaucoup de retard à rattraper.
- Arrête un peu, railla la jeune femme aux longs cheveux roux en la saisissant sous son bras pour l'entraîner vers la sortie, tu prends toujours de l'avance sur tes leçons et je t'ai vu travailler comme une acharnée tout le temps où tu étais à l'infirmerie ! Avec Luna, on t'emmène de force à Pré-au-Lard boire une Bièraubeurre et ensuite, vous allez toutes les deux m'admirer sur mon balai flambant neuf : je vais mettre la raclée de leur vie à l'équipe de l'institut Durmstrang.
Hermione avait oublié ce championnat inter-école de Quidditch. Il avait débuté le jour du bal de l'automne, mais elle n'avait pas encore assisté au moindre match à cause de la succession malheureuse des évènements. Finalement, un peu de normalité et de légèreté ne pouvait que lui faire du bien : elle se laissa convaincre par son ami et l'accompagna vers le chemin qui menait au village. Devant l'auberge des trois balais, elle retrouva Luna, mais également Neville, Ron et Harry. Tous furent heureux de la revoir enfin sur pied, et les embrassades qui suivirent attirèrent le regard curieux des passants.
- Stop, ça suffit, vous l'étouffez enfin, protesta Ginny en riant et en tentant d'extirper son ami des bras amicaux.
- Tu es éblouissante Hermione, chantonna Luna en lui caressant ses cheveux qui avaient laborieusement retrouvé leur soyeux un peu plus tôt. Tu es un vrai modèle de résilience et l'étendard du courage pour bon nombre d'élèves, tu en es consciente ?
- Je... J'ai juste perdu la mémoire. Ça aide à se remettre plus facilement.
- Le corps, lui, n'oublie pas, chuchota la sorcière aux boucles d'oreilles fantaisies qui émettaient un tintement à chaque mouvement.
Hermione songea, en caressant sa cicatrice sur le bras, que rien n'était plus vrai, malheureusement. Mais elle retrouva vite sa bonne humeur grâce à la compagnie enjouée de ses amis et aux pitreries de Ron qui se faisait une joie de lancer des pronostics farfelus sur l'issue de la compétition. Et au milieu des rires, des protestations hilares et des boutades, elle ressentit soudain le signe qu'elle redoutait tant. Elle passa la main sur sa nuque alors que résonnait le carillon de l'entrée derrière elle. Harry, qui était assis en face, se figea simultanément et lui saisit la main discrètement sous la table.
- Il est entré Hermione, murmura-t-il si bas qu'elle dut lire sur ses lèvres.
- Je sais, lui répondit-elle, le corps tétanisé.
Et tandis que s'esclaffaient tous leurs amis, inconscients de la scène tendue qui se jouait devant eux, la sorcière puisait dans toutes les forces de son esprit pour garder son calme et ne pas se laisser submerger par l'émotion.
- Regarde-moi Hermione, tout va bien, je suis là. Nous l'avons prévenu avec Ron, il ne doit pas t'approcher, sauf s'il tient à réellement mourir cette fois.
Le carillon tinta de nouveau et la chaleur familière disparut.
- Il est parti.
La jeune femme lâcha la main de son ami et s'autorisa à respirer. Elle lui offrit un sourire reconnaissant.
- Pas l'ombre d'une liane lumineuse qui me sort des mains ! Tu devrais te réorienter en professeur d'annihilation Harry !
- Je pense que les cours intensifs d'occlumancie m'ont aidé à lutter contre les magies non sollicitées. Je t'aiderai si tu veux.
- Merci.
La joyeuse bande termina ses consommations et retourna vers l'école. Ginny, Harry et Ron partirent se préparer pour le match tandis qu'Hermione, Luna et Neville s'installaient dans les tribunes.
L'affrontement fut difficile, Hermione était au summum de son anxiété de voir ses trois amis face à de tels adversaires, aussi coriaces et agressifs. L'héritage de Viktor Krum était assuré avec de tels joueurs et pourtant l'équipe de Gryffondor n'avait jamais aussi bien joué. Harry était au coude à coude avec l'attrapeur adversaire, tous deux à la poursuite du vif d'or, tandis que Ron attrapait puis renvoyait le souafle qu'un élève de Durmstrang avait lancé vers les anneaux avec une force prodigieuse. Ginny applaudit son frère et, dans le même temps, frappa violemment avec sa batte un cognard qui se dirigeait vers elle.
- Où en est-on des points des quatre maisons ? Demanda Hermione à Neville pour calmer son angoisse.
- Avec la victoire de Serpentard la semaine dernière au concours de potions, nous sommes bons derniers. Serdaigle est premier et Poufsouffle deuxième. Mais nous sommes qu'au tiers de l'année et plusieurs autres compétitions vont avoir lieu, donc nous aurons l'opportunité de rattraper notre retard. D'ailleurs, il y a un concours qui a débuté en botanique où je suis bien placé, j'ai bon espoir de l'emporter. Il faut produire le plus gros bettenvers, une sorte de légumes sous-marin qui normalement vit dans les eaux profondes. Crois-moi, ça n'a pas été facile d'obtenir ne serait-ce que la première feuille.
- Formidable Neville ! Je sais qu'avec ton don pour les plantes magiques, tu nous feras gagner !
Le match s'acheva sur un nul décevant mais néanmoins sécurisant pour le reste du championnat pour la maison Gryffondor. Ils se mirent ensuite tous d'accord pour se retrouver dans le salon des huitièmes années pour fêter malgré tout cette absence de défaite face à l'équipe favorite de la compétition. Mais Hermione, victime des premiers froids mordants qui annonçaient l'hiver, ressentit le besoin de prendre une douche avant pour se réchauffer après plusieurs heures à encourager ses amis.
Lorsqu'elle sortit de sa salle de bain, elle observa son corps encore mouillé dans le miroir de son immense armoire. Madame Pomfresh avait vraiment fait un travail fabuleux : excepté son bras, plus aucune marque visible n'apparaissait sur sa peau, quel que soit l'angle et quelle que soit la luminosité. En se regardant ainsi, elle avait de la difficulté à croire le long supplice qu'elle avait traversé.
Elle se retourna pour se sécher, lorsque la porte s'ouvrit à toute volée face à elle et Drago Malefoy en personne fit brusquement irruption dans sa chambre. La serviette qu'elle avait saisie tomba alors sur le sol et le choc de cette infraction invraisemblable lui ôta le bon sens qui aurait voulu qu'elle couvre son corps nu. Drago stoppa net son intrusion et ouvrit de grands yeux médusés. Une foule de sentiments sembla soudain passer sur son visage, tandis que les deux jeunes gens s'étaient brusquement figés, incapables de bouger, ni même de respirer.