Le dernier chaos
Le festin familier de l'école réchauffa les esprits et les estomacs, et les conversations animées reprirent peu à peu. Hermione constata avec beaucoup d'émotions que les elfes de maison de Poudlard, autrefois invisibilisés et cantonnés aux cuisines du château, déambulaient maintenant librement dans la grande salle pour débarrasser et resservir d'un claquement de doigts des élèves parfois surpris de leur présence. La jeune sorcière remercia chaleureusement celui venu remplir son verre de jus de citrouille, et celui-ci lui rendit malicieusement son sourire avant de disparaître.
- Vous avez choisi vos modules ? Demanda Harry, la bouche pleine.
- J'ai demandé Arithmancie renforcée, répondit Hermione. J'ai évidemment gardé sortilèges, métamorphose, histoire de la magie, astronomie, et même botanique et potions. Dans les nouvelles matières j'ai pris techniques de combat, occlumancie et magie ancienne.
Ron pouffa dans ses mains.
- McGonagall t'a redonné un retourneur de temps ?
- Non, je n'ai plus le droit d'en utiliser, tu le sais bien. Mais j'ai fait mes prévisions et tout rentre parfaitement dans mon emploi du temps. J'ai même une heure de libre le mardi en milieu d'après-midi pour travailler à la bibliothèque.
- Nous n'avons pas la même définition d'une heure de libre...
- J'essaye de maximiser mes possibilités, répliqua la jeune femme en haussant les épaules. Et vous ? Qu'est-ce que vous avez choisi ?
- Harry et moi, on a pris les mêmes options : Soins aux créatures magiques, Divination, vol, sortilèges, étude des moldus, techniques de combat et occlumancie.
Neville se pencha vers eux :
- C'est bizarre ces nouveaux cours, on dirait qu'ils veulent nous préparer à la guerre. Mais ce n'est pas près d'arriver à nouveau, pas vrai ?
Il y avait dans sa question une supplication muette, et tous se regardèrent.
- Non... le rassura Harry, je pense qu'ils essaient juste d'être mieux préparés au cas où... Si tous les sorciers sont habitués à fermer leur esprit aux forces du mal et formés au combat, ça sera plus facile pour les mobiliser si un jour nous traversons à nouveau des heures sombres.
- Par contre je ne comprends pas l'intérêt des cours de magie ancienne, s'interrogea Ron tout en se resservant d'une part de tarte aux pommes.
- Harry voit l'intérêt, n'est-ce pas ? Lança Hermione en se tournant vers son ami. C'est de la vieille sorcellerie qui lui a sauvé la vie, je te rappelle. Il ne serait pas ici sinon. D'ailleurs, je suis étonnée que tu n'aies pas jugé bon de l'étudier...
Harry rougit légèrement en cessant instantanément de mastiquer et bafouilla face au reproche, à peine déguisé, de son amie. Il ne s'attendait pas à subir un procès pour le choix de ses unités d'enseignement, pourtant il aurait dû le prévoir venant d'elle. Avec Ron, ils s'étaient mis d'accord pour les choisir ensemble et leurs seuls critères étaient la facilité des apprentissages, et la maximisation de leur temps libre. Ils avaient bien sûr évincé les matières les plus lourdes en charge de devoirs et celles qui nécessitaient de trop grandes capacités de réflexion. Malgré tout, il pensait avoir fait sa sélection avec un minimum de conscience pour son avenir. Du moins jusqu'à présent...
Il s'apprêtait à se défendre avec maladresse, mais ce fut Luna qui le sauva de sa mauvaise posture.
- Vous avez vu Drago ? Il est étrange.
Tous se tournèrent alors dans la direction de la table des Serpentards. Le jeune homme s'était isolé des autres membres de sa maison et semblait soucieux et abattu. Hermione songea alors à la tristesse qu'elle avait observée dans son regard lorsqu'ils s'étaient croisés dans le train. Elle n'en avait pas parlé à ses amis car le sujet Drago était encore sensible pour Ron, même si Harry avait l'air d'avoir enterré la hache de guerre avec son vieil ennemi.
- Il déprime peut-être d'être de retour ici ? Suggéra Ginny qui avait rejoint la conversation. Il paraît qu'il ne voulait pas revenir, mais que c'est son père qui l'a forcé.
- La famille Malefoy a pas mal d'ennuis avec la justice, continua Harry, et ils pensent peut-être qu'ils arriveront à se racheter en laissant leur fils repartir dans l'école où Voldemort a été vaincu. Comme un geste symbolique de rédemption.
Hermione soupira :
- Toute sa famille a essayé de se servir de lui pour plaire au seigneur des ténèbres, et maintenant ils se servent encore de lui pour se blanchir. C'est tellement triste...
- Vous croyez qu'il a encore la marque ? Demanda Ron pour rappeler à tout le monde qu'il avait quand même été un mangemort avant de faire marche arrière.
Il n'obtint pas de réponse car, pendant qu'ils parlaient, Milicent Bulstrode et Grégory Goyle, s'étaient approchés du sorcier et semblaient en grande conversation avec lui. Tout à coup, Drago se leva brusquement, faisant bruyamment tomber le banc en bois, sur lequel il était assis, sur le sol en pierre, et s'exclama, la voix vibrante de colère :
- DE QUEL DROIT OSES-TU PARLER EN MON NOM ?
Toute la salle était à présent silencieuse et tournée vers la scène qu'offraient les trois Serpentards. Goyle semblait vexé et furieux du spectacle qu'ils exposaient, et Milicent tentait de l'éloigner en lui parlant à voix basse. Drago, après plusieurs secondes où il resta immobile, sortit alors par la lourde porte à grandes enjambées, avec ce qui ressemblait à un masque de douleur sur le visage. Le professeur Slughorn se précipita alors sur ses talons, essayant de le rattraper. Hermione s'aperçut qu'elle avait cessé de respirer durant l'étrange incident et expira bruyamment.
- Ça y est, les problèmes recommencent, maugréa Ron en attaquant sa part de tarte. Enfin tant que ça reste dans leur maison...
Luna semblait anormalement surexcitée par l'évènement :
- Qu'est-ce que vous pensez qu'il s'est passé ? Pourquoi est-ce que Drago a dit ça ?
- Luna aimerait créer "Le chicaneur scolaire", expliqua Ginny face aux regards sceptiques du groupe.
- D'ailleurs, je cherche des volontaires pour écrire les articles si vous voulez. Le recrutement aura lieu demain matin, ici même.
Les préfets des quatre maisons rassemblèrent les premières années pour leur faire une visite succincte de l'immense demeure, tandis que les autres étudiants se dirigeaient vers les dortoirs où les attendaient leurs bagages.
- Les huitièmes années, je vous laisse me suivre, s'époumona Sir Nicholas, le fantôme de la maison Gryffondor.
- Salut Nick, l'apostropha Ron et Harry.
- Bonjour les enfants. Bien que vous n'ayez plus rien d'enfants, je dois l'avouer. Mais je préfère toujours que vous m'appeliez Sir Nicholas, si vous le voulez bien.
Ils marchèrent en direction d'une aile nouvellement construite et constatèrent que la dame grise, le moine gras et même le baron sanglant les suivaient avec leur groupe respectif. Face à l'étonnement du trio, Nick-quasi-sans-tête se sentit obligé de se justifier :
- Vous, les dernières années, avez dorénavant le droit à des chambres individuelles. Elles sont toutes situées au même endroit, sans distinction de maison. Les professeurs ont pensé que c'était mieux comme ça, de dissiper un peu les frontières entre les maisons pour renforcer l'unité de l'école. Si vous voulez mon avis, c'est une erreur de vouloir mêler des sorciers aussi différents dans un même lieu de vie. Mais allez savoir pourquoi, ils n'ont pas pris en compte nos avis. A l'époque de Dumbledore, les fantômes étaient mieux considérés...
Sir Nicholas continua son verbiage nostalgique alors qu'ils pénétraient dans un long couloir étroit recouvert d'un tapis beige. Aux murs, les blasons des quatre maisons étaient accrochés alternativement entre les portes.
- Voilà vos quartiers : il vous suffit de passer devant votre porte de chambre pour que la poignée s'illumine : c'est ainsi que vous saurez laquelle est la vôtre. Elle est conçue pour ne s'ouvrir qu'à son occupant et à lui seul. Au bout du couloir se trouve votre salle commune où vous pouvez vous reposer, jouer ou faire ce que bon vous semble.
Il se retourna pour partir, mais se rappela soudain de quelque chose :
- Ah oui, autre chose ! Les chambres changent d'emplacement pendant la nuit. Cela ne devrait pas vous réveiller, n'ayez crainte. Vous vous y habituerez vite.
Ron écarquilla les yeux :
- Elles changent d'emplacement ? Pourquoi ?
Nick-quasi-sans-tête eut un sourire entendu :
- Il semblerait que cela soit une stratégie pour éviter les visites nocturnes polissonnes. A vos âges, nous savons comment cela se passe, mais sachez que le règlement autorise seulement les visites diurnes, et avec la porte ouverte ! Nous sommes chargés, nous les spectres, de veiller au strict respect de cette clause !
Et Sir Nicholas s'en alla en traversant le mur d'en face, comme pour leur rappeler qu'il était en mesure de faire appliquer les nouvelles règles à la lettre à tout moment.
Hermione resta interdite et scandalisée durant plusieurs secondes après les insinuations du fantôme. Sans oser croiser le regard de ses amis, elle s'avança alors dans le couloir jusqu'à voir enfin une poignée s'illuminer et s'introduisit dans sa nouvelle chambre. Elle était petite mais curieusement très haute de plafond. Un imposant lit en bois massif trônait en plein milieu de la pièce, ainsi qu'une immense armoire dans le même style. Dans un coin de la pièce se trouvait la salle d'eau, séparée du reste par un paravent. Elle retrouva ses valises disposées au pied du lit, mais elle décida de les vider plus tard. Elle s'approcha de la fenêtre démesurée qui occupait la moitié du mur, et observa quelques minutes l'immense parc face à elle, qui s'achevait avec le début de la forêt interdite, à côté de laquelle elle distingua la cabane d'Hagrid.
La jeune femme posa son front contre la paroi froide de la vitre et souffla lentement. La journée avait été rude mais elle songea qu'ici, entourée de ses amis, elle se sentait à la maison. Quelle meilleure thérapie alors pour enfin avancer vers un avenir prometteur et serein ?