Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I

Chapitre 17 : CHAPITRE 16 — CE QU'ON CROIT MÉRITER

5359 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 21/10/2026 17:27

Hermione revint le dimanche trois janvier avec une valise trop pleine et plusieurs questions qu'elle posa avant même d'enlever son écharpe.

Ron prit son sac. Harry lui ouvrit le passage du portrait. Elle s'arrêta au milieu de la salle commune, regarda leurs visages et fronça les sourcils.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— On a joué aux échecs, dit Ron.

— Ce n'est pas ça.

Harry se demanda si elle avait appris un sortilège pendant les vacances ou si elle les connaissait déjà assez pour reconnaître les réponses préparées.

Il attendit qu'ils soient assis près de la fenêtre.

Puis il lui parla de la cape et du miroir.

Hermione l'écouta jusqu'au bout, les mains serrées autour d'une tasse. Elle posa quelques questions sur le livre qui avait crié, davantage sur le miroir et aucune sur les visages que Harry avait vus. Il lui en fut reconnaissant.

— Tu l'as dit à McGonagall ? demanda-t-elle.

— Pour la cape, oui. Dumbledore lui avait déjà écrit.

— Et elle t'a dit quoi ?

Ron leva un doigt.

— Que le couvre-feu concernait aussi les élèves qu'on ne voyait pas.

Harry sourit faiblement.

Hermione regarda sa tasse.

— C'est un cadeau extraordinaire.

— Oui.

— Ça ne veut pas dire que tu es obligé de t'en servir tout de suite.

Harry songea au tissu plié au fond de sa malle.

— Je sais.

Il le savait mieux maintenant que le soir de Noël.

Hermione sortit alors de son sac une enveloppe contenant une seconde impression des recherches de son père sur Flamel. Elle avait entouré plusieurs phrases, puis ajouté des points d'interrogation dans la marge.

— J'ai cherché d'autres noms proches. Il n'y a rien qui corresponde mieux. Je crois qu'on devrait reprendre l'idée de l'alchimiste.

Ron se pencha.

— Celui qui est mort il y a des centaines d'années ?

— Celui que les livres moldus disent mort. Après ce que tu viens de raconter sur le miroir, je ne suis plus certaine qu'on puisse éliminer une piste uniquement à cause de son âge.

Harry regarda la feuille.

Il n'avait presque pas pensé à Flamel pendant les vacances.

Hermione posa l'enveloppe entre eux, sans lui reprocher ce silence.

— On reprend demain, dit-elle.

Ron approuva avec une énergie qui s'expliquait peut-être par le mot demain.

Dans le dortoir de Serpentard, Dracena trouva son lit exactement comme elle l'avait laissé.

Cette fois, le silence ne dura pas.

Pansy racontait déjà les cadeaux de ses cousines. Millicent avait rapporté un oreiller qu'elle déclarait supérieur à ceux de l'école. Tracey essayait d'expliquer à Daphne qu'on ne pouvait pas mesurer la qualité d'un miroir à son poids.

Dracena posa sa malle.

— Le mien fonctionne enfin, dit-elle.

Tracey leva les yeux.

— J'ai reçu ta lettre.

— J'ai reçu la tienne.

— Je sais. Tu m'as répondu.

Dracena se sentit ridicule pendant une seconde. Tracey souriait sans cruauté.

— Maman a regardé ton dessin. Elle dit que la marque de cuivre sert aussi à empêcher l'appel de continuer si tu quittes le relais.

Dracena sortit son miroir.

— Je pensais que c'était uniquement une autorisation.

— Elle peut faire plusieurs choses.

Pansy cessa de parler assez longtemps pour regarder l'objet.

— Mon père aurait demandé qu'on remplace le miroir.

— Le mien a demandé qu'on le répare, répondit Dracena.

Pansy sembla chercher si cette décision devait être considérée comme supérieure à celle de son propre père.

Dracena rangea l'étui avant qu'elle ait tranché.

Le soir, lorsqu'elle s'allongea, elle entendit Millicent essayer son nouvel oreiller en changeant trois fois de position. Une vitre frémit sous une poussée d'eau. Quelqu'un rit derrière un rideau.

Le manoir lui manqua brusquement.

Puis Tracey demanda si elle avait vraiment joué au Quidditch dans la neige pendant les vacances, et Dracena répondit que son frère appelait entraînement tout ce qui lui permettait de voler sans qu'on lui demande de faire ses devoirs.

Elle se surprit à parler plus longtemps que prévu.

La reprise des cours emporta les premiers jours.

Il fallait retrouver les horaires, les plumes qui n'étaient plus dans les bonnes poches et le rythme des repas. Harry découvrit qu'il avait oublié le nom d'une plante qu'il savait parfaitement identifier en décembre. Ron soutint que son cerveau avait profité des vacances pour faire de la place. Hermione lui demanda pour quoi.

En potions, Rogue ne mentionna ni le match ni le feu allumé sous sa robe.

Harry s'y était préparé. L'absence de remarque lui parut presque plus pénible.

Le professeur corrigea sa façon de tenir une pince, retira deux points à Seamus pour avoir ajouté un ingrédient trop tôt et passa devant la table des Malfoy sans s'arrêter davantage qu'aux autres.

Sa jambe ne paraissait plus le gêner.

Harry la regarda trop longtemps.

— Le chaudron, Potter, dit Rogue. Il est encore devant vous.

Quelques élèves rirent.

Harry reporta les yeux sur la préparation.

De l'autre côté de l'allée, Dracena écrasait des graines avec le dos d'une cuillère. Elle avait entendu la remarque. Elle ne rit pas, occupée à empêcher Draco de confondre deux coupelles.

Le professeur s'approcha pour vérifier leur mélange.

Le malaise était toujours là.

Rogue le constata sans changer d'expression, comme on constate une douleur qui revient à une heure imprévisible. Il ne trouva aucun indice dans le visage levé vers lui. Une élève attentive, fière, trop prompte à vouloir une explication supplémentaire. Rien qui pût justifier cette réaction.

— Attendez que la surface s'éclaircisse, dit-il.

— Elle l'est déjà sur les bords, répondit Dracena.

— Les bords ne sont pas l'ensemble, miss Malfoy.

Elle baissa les yeux vers le chaudron.

Rogue poursuivit son inspection.

Harry avait vu la conversation, sans en entendre toutes les paroles. Il se demanda ce que le professeur disait aux Malfoy lorsqu'il ne cherchait pas à les humilier.

Il ne pouvait pas savoir que Dracena venait de se poser la même question à propos de lui.

Le vendredi, un devoir d'histoire provoqua une dispute qui dura plus longtemps que le cours.

Binns leur avait demandé de commenter les désaccords des fondateurs sur l'admission des élèves. Il avait donné la consigne d'une voix si uniforme que Ron avait d'abord cru qu'il citait encore un ancien règlement de cantine.

Hermione avait pris trois pages de notes.

Dracena avait retrouvé dans son manuel une formule qu'elle jugeait imprécise : préserver la qualité de l'enseignement en limitant l'entrée aux enfants des familles capables de le recevoir.

— Capables selon qui ? demanda Hermione lorsqu'elles se retrouvèrent devant le même rayon.

Dracena posa un doigt sur la phrase.

— C'est justement le problème. L'auteur mélange les conditions d'étude et les critères de naissance.

Hermione parut surprise.

— Tu ne défends pas cette idée ?

— Tu pourrais lire avant de décider ce que je défends.

Ron, derrière Hermione, souffla assez fort pour être entendu.

Harry tenait deux livres sur les fondateurs. Il n'avait aucune envie d'assister à une nouvelle compétition, mais la bibliothèque était étroite à cet endroit et Draco occupait l'autre extrémité du passage.

Hermione reprit :

— L'auteur laisse entendre que certaines familles avaient naturellement plus de capacités.

— Certaines familles donnaient davantage de préparation. Ce n'est pas la même chose.

— Et tu trouves juste de sélectionner les enfants sur cette préparation ?

— Je trouve normal de ne pas prétendre que toutes les éducations sont identiques.

Harry vit Ron se redresser.

— Personne n'a dit qu'elles étaient identiques.

Dracena lui adressa à peine un regard.

— Alors nous progressons.

Hermione ferma son livre à moitié.

— Si un enfant n'a pas eu de précepteur, ce n'est pas lui qui l'a décidé. Pourquoi devrait-il prouver davantage qu'un autre pour obtenir le droit d'apprendre ?

— Je n'ai pas parlé de droit d'apprendre. Je parle du niveau auquel on commence.

— Tu passes de l'un à l'autre chaque fois que ça t'arrange.

Dracena sentit la colère lui monter au visage.

— Et toi, tu fais comme si le travail des familles ne comptait pas parce que tu as réussi sans.

Hermione resta immobile.

— Mes parents ont travaillé pour moi.

Il y eut un silence.

Harry reconnut sur son visage quelque chose qu'il avait déjà vu avant Halloween, mais cette fois elle ne baissa pas les yeux.

— Ils ne connaissaient pas la magie. Ils m'ont quand même donné des livres, du temps, des réponses. Tu ne peux pas effacer tout cela parce que leurs livres ne parlent pas de potions.

Dracena pensa à monsieur Vale, à la lampe fixée à son col, aux explications de Tracey.

Elle aurait pu reconnaître qu'elle avait mal formulé sa pensée.

Harry attendait.

Draco aussi.

La présence des deux garçons rendit l'aveu plus difficile qu'il n'aurait dû l'être.

— Je n'ai jamais dit que tes parents n'avaient rien fait, répondit-elle.

— Tu as dit que j'avais réussi sans le travail d'une famille.

Dracena regarda la tranche du livre.

— Ce n'est pas ce que je voulais dire.

— Alors dis ce que tu voulais dire.

La voix de Harry avait coupé l'échange.

Dracena se tourna vers lui.

— Je ne t'avais pas demandé d'intervenir.

— Tu ne demandes jamais avant de parler des autres.

Draco fit un pas.

— Tu pourrais lui parler autrement, Potter.

Ron avança à son tour.

Hermione leva une main entre eux.

— On est dans une bibliothèque.

Madame Pince apparut au bout du rayon comme si elle avait été invoquée par le mot.

— C'est une découverte que je vous invite à mettre immédiatement en pratique.

Ils se séparèrent.

Harry emporta les livres. Dracena resta devant l'étagère, furieuse contre Potter, contre Granger, contre son frère qui l'avait défendue au moment précis où elle n'avait pas besoin d'avoir l'air protégée.

Elle prit le volume qu'elle cherchait.

La phrase imprimée n'avait pas changé.

C'était désormais la sienne qui lui paraissait mal écrite.

Dans la salle commune, Draco lui demanda ce qu'elle mettrait dans son devoir.

— Ce que je pense.

— Ça peut prendre beaucoup de parchemin.

Elle ne sourit pas.

Il s'assit en face d'elle.

— Granger t'a tendu un piège.

— Non.

Le mot lui échappa avant qu'elle ait décidé de le dire.

Draco la regarda.

— Elle a pris ta phrase de la pire manière possible.

— Ma phrase lui permettait de le faire.

Il se renversa contre le dossier.

Dracena ouvrit son carnet sans armoiries. Elle ne le montrait à personne, mais elle l'utilisait davantage que les belles feuilles résistantes à l'encre.

Elle écrivit une proposition sur les avantages transmis par les familles. Puis elle ajouta que ces avantages donnaient une responsabilité, pas un certificat de valeur personnelle.

Elle relut.

Cela ne signifiait pas qu'elle cessait de trouver certains usages vulgaires, certaines manières fatigantes ou certaines conversations pauvres. Elle aimait les livres qu'on possédait, les mots choisis, les gestes appris dès l'enfance. Elle refusait simplement de croire qu'un enfant incapable de les connaître aurait, pour toujours, quelque chose de moins qu'elle.

Son père n'aurait peut-être pas désapprouvé le début.

Il aurait certainement contesté la conclusion.

Draco se pencha sur son propre devoir.

— Tu vas écrire que Serpentard avait tort ?

— Sur ce point, oui.

— Binns ne lit peut-être même pas les copies.

— Alors personne ne sera blessé.

Il eut un petit rire.

Dracena continua d'écrire.

Le lundi suivant, Harry fut convoqué au bureau de Flitwick.

Il s'y rendit avec McGonagall, persuadé qu'on allait lui retirer définitivement le Nimbus. Le balai reposait sur deux supports de feutre. Près de lui, une pierre translucide projetait dans l'air des lignes qu'Harry ne comprenait pas.

Flitwick lui indiqua une chaise.

— Votre balai n'avait pas de défaut mécanique.

Harry regarda McGonagall.

Elle resta debout près de la porte.

— Il a subi une action magique extérieure, poursuivit Flitwick. Elle s'est interrompue. Nous avons vérifié qu'aucun effet ne demeure dans le bois ni dans les attaches.

Harry sentit son cœur accélérer.

— Vous savez qui…

— Non.

La réponse fut immédiate, sans détour.

Flitwick désigna les lignes dans l'air.

— Ces traces nous renseignent sur ce qui s'est produit. Elles ne constituent pas la signature d'une personne. Plusieurs sorts ont été lancés au même moment, notamment pour vous secourir.

Harry pensa à Rogue, assis dans la tribune.

— Et celui qui regardait sans sortir sa baguette ?

— Un sorcier expérimenté peut agir sans geste visible. Il peut également essayer d'arrêter ce qu'un autre a commencé.

Harry baissa les yeux.

Il entendit l'explication possible. Il ne parvint pas à y croire.

McGonagall s'approcha.

— Les mesures autour du terrain ont été renforcées. Le matériel sera contrôlé avant et après chaque entraînement. Si vous souhaitez interrompre votre participation à l'équipe, vous pouvez le faire.

— Non, dit Harry.

Il avait répondu trop vite.

Il reprit, plus calmement :

— Je veux continuer.

Flitwick hocha la tête.

Il lui demanda de reprendre le balai, de le tenir, de vérifier sa prise au sol. Harry obéit. Le manche était familier, lisse aux endroits où ses mains l'avaient déjà usé.

Il n'eut pas immédiatement confiance.

Mais lorsque Flitwick lui fit accomplir un tour très bas dans la salle dégagée, le balai suivit son mouvement sans résister.

Harry atterrit.

Ses mains tremblaient un peu.

— Un second tour ? demanda le professeur.

Il regarda la porte, puis l'espace devant lui.

— Oui.

La découverte arriva un jeudi soir, dans un emballage de chocolat.

Neville venait de rentrer avec sa robe pleine de terre. Il avait glissé près des serres, et Malfoy avait trouvé la scène suffisamment drôle pour la raconter à deux groupes différents avant le dîner.

Harry l'avait entendu dans le hall.

Il n'avait pas frappé Malfoy. Il avait pris le sac de Neville, ramassé les feuilles tombées et répondu quelque chose d'assez sec pour que Draco le traite de garde-malade.

Dracena se tenait près de son frère. Elle avait cessé de sourire lorsqu'elle avait vu la main de Neville, écorchée sur le gravier.

— Il saigne, avait-elle dit à Draco.

— Il n'est pas en sucre.

Elle n'avait rien ajouté. Harry l'avait vue baisser les yeux vers son livre, et cette façon de s'absenter lui avait donné plus de colère qu'une insulte.

À présent, Neville était assis près du feu, un pansement sur la paume.

Harry lui tendit la boîte envoyée par Hermione à Noël.

— Prends-en une.

— Tu es sûr ?

— Oui.

Ron lui expliqua qu'il fallait tenir la Chocogrenouille avant qu'elle saute. Neville réussit à la rattraper du bout des doigts et eut un sourire surpris, comme si cette petite victoire suffisait à redresser un peu sa journée.

La carte tomba sur le tapis.

Harry la ramassa.

Dumbledore le regardait depuis un cadre doré, l'air distrait.

Harry retourna le carton.

Il avait déjà eu cette carte en septembre. Il se rappela soudain la même photographie, le même texte serré, lu au milieu des emballages avant de penser à autre chose.

Cette fois, un nom arrêta ses yeux.

Nicolas Flamel.

— Ron.

Son ami parlait encore à Neville.

— Ron.

Hermione releva la tête avant lui.

Harry posa la carte sur la table et désigna une ligne.

Le texte mentionnait les recherches alchimiques menées par Dumbledore avec Nicolas Flamel.

Hermione lut à voix basse.

Puis elle se leva si vite que sa chaise grinça.

— L'alchimiste.

Ron regarda la carte.

— Celui d'Internet ?

— Peut-être. Mais cette fois on a le lien avec Dumbledore.

Harry sentit la même excitation que lorsqu'il avait vu briller le Vif d'or. Quelque chose de minuscule venait de sortir du décor.

Neville les regardait, perplexe.

Hermione s'arrêta devant l'escalier.

— Je reviens.

Elle remonta dans son dortoir.

Ron prit la carte à son tour.

— On a cherché dans des livres énormes.

Harry regarda la boîte de chocolat.

Il se mit à rire, incrédule.

Neville sourit sans comprendre.

Hermione revint avec un ouvrage qu'elle avait emprunté au début du trimestre.

Elle posa le livre sur la table, sortit l'impression envoyée par son père et chercha dans les dernières pages. Harry suivait son doigt, incapable de lire aussi vite.

— Là.

Le titre de l'article était court.

La Pierre philosophale.

Ron se pencha davantage.

Hermione résuma d'abord, puis revint sur les phrases importantes. Une substance capable de transformer certains métaux en or. Un élixir préparé grâce à elle, qui permettait de prolonger la vie tant qu'on continuait à en prendre. Un exemple contemporain cité par l'auteur : Nicolas Flamel et son épouse, vivant depuis plus de six siècles.

Harry relut ce dernier passage.

Le Flamel de l'impression moldue avait une maison, une époque, une fin.

Celui du livre de magie avait continué après cette fin.

— C'est le même, murmura Hermione.

— Tu es sûre ? demanda Ron.

Elle rapprocha les deux textes. Le nom de l'épouse correspondait. Les lieux aussi. L'un racontait l'histoire visible ; l'autre ajoutait ce qui était resté caché.

Harry pensa au paquet brun dans la poche de Hagrid.

Petit. Assez petit pour tenir dans une main.

Assez précieux pour justifier un coffre.

Assez dangereux pour attirer quelqu'un jusqu'au château.

— C'est ce que Touffu garde, dit-il.

Ron regarda autour d'eux avant de répondre.

— De l'or autant qu'on veut. Et ne jamais mourir.

— Prolonger sa vie, rectifia Hermione. Ce n'est pas exactement la même chose. Il faut l'élixir. Le livre dit que l'effet dépend de prises répétées.

Harry fixa les mots.

Il revit le miroir.

Une image lui vint sans qu'il l'ait appelée : son père, sa mère, une petite pierre entre leurs mains. Puis il comprit que cela ne changeait rien. L'objet ne ramenait pas les morts. Il ne rendait pas ce qu'on avait déjà perdu.

— Harry ? demanda Hermione.

Il cligna des yeux.

— Ça ne ressuscite personne.

Elle suivit son regard vers la page.

— Non.

Ron resta silencieux.

Harry referma doucement le livre, puis le rouvrit, parce qu'ils n'avaient pas fini de lire.

— Alors pourquoi Rogue la voudrait ?

Ron le fixa.

— Tu viens de répondre. Pour l'or. Pour vivre autant qu'il veut.

Hermione ne dit pas que ce mobile pouvait convenir à beaucoup de gens. Elle avait l'air d'y penser.

Harry regarda la carte de Dumbledore.

Le directeur avait parlé des usages multiples d'un objet.

Il commença à comprendre qu'une chose pouvait promettre exactement ce qu'on désirait et devenir dangereuse pour cette raison.

Dracena trouva Neville devant l'infirmerie le lendemain.

Il attendait que madame Pomfresh termine avec un élève plus âgé. Le pansement de sa main s'était décollé sur un bord.

Elle ralentit.

Il la vit et se redressa avec une méfiance qui l'irrita immédiatement, avant qu'elle se rappelle la veille.

— La crème devrait empêcher le tissu de coller, dit-elle.

Neville regarda sa main.

— Elle l'a déjà fait.

— Alors évite de tirer dessus.

Il retira ses doigts du bord du pansement.

Elle aurait dû continuer son chemin.

Au lieu de cela, elle resta devant lui.

— Draco n'aurait pas dû raconter ta chute comme ça.

Neville la regarda, surpris.

— Tu riais aussi.

Dracena sentit la chaleur lui monter au visage.

— Je n'avais pas vu ta main.

— J'étais quand même tombé.

La phrase était simple, sans colère spectaculaire. C'était ce qui la rendait difficile à contourner.

Elle aurait voulu lui expliquer qu'elle avait ri de la boue, du sac ouvert, de la remarque de son frère ; qu'elle n'avait pas souhaité qu'il ait mal. Elle entendit ce que ces précisions auraient eu de commode.

— Oui, dit-elle.

Neville attendit.

— Je n'aurais pas dû.

Il regarda la porte de l'infirmerie, puis revint à elle.

— D'accord.

Elle resta encore une seconde, ne sachant que faire d'une excuse qui n'avait provoqué ni soulagement visible ni gratitude.

Puis elle repartit.

Au coin du couloir, elle croisa Potter.

Il avait probablement entendu la fin.

— Tu vérifiais s'il avait assez mal pour que ça compte ? demanda-t-il.

Dracena se figea.

L'humiliation de l'instant précédent se transforma en colère.

— Je lui parlais. À lui.

— Tu aurais pu le faire hier.

— Et toi, tu pourrais essayer de ne pas transformer chaque conversation en procès.

— C'est drôle, venant de toi.

Ils se regardèrent avec une hostilité si nette que Neville recula vers le mur.

Dracena le remarqua.

Elle recula d'un pas, non pour Potter, mais parce qu'elle refusait de faire de nouveau de Londubat le décor d'une dispute qui ne le concernait plus.

— Passe une journée épuisante, Potter.

— Avec plaisir, si tu n'en fais pas partie.

Elle s'éloigna.

Ses mains tremblaient de colère. Elle les serra sous sa cape.

Avoir présenté des excuses n'avait rien réparé de facile. Elle se promit de ne plus jamais essayer devant lui.

Le reste de janvier passa entre le froid, les devoirs et les entraînements.

Harry retrouva peu à peu la sensation de voler sans surveiller chaque vibration du manche. Dubois n'en parla presque pas. Il lui donna des exercices courts, puis augmenta la vitesse, et un soir Harry s'aperçut qu'il avait passé vingt minutes à chercher le Vif d'entraînement sans penser une seule fois au match de novembre.

Il descendit en souriant.

Dubois lui demanda s'il comptait sourire aussi lorsqu'il annoncerait le nom de l'arbitre du prochain match.

— Pourquoi ?

Le capitaine fit une grimace.

— Le professeur Rogue remplace madame Bibine. Elle accompagne une évaluation de vol à l'extérieur ce samedi-là.

Harry lâcha presque la sangle qu'il était en train d'attacher.

Dubois vit son visage.

— McGonagall sera là. Flitwick aussi. Et le directeur doit assister à la rencontre.

Harry regarda le terrain vide.

Il pensa à ce qu'il faudrait dire pour renoncer.

Il pensa à la manière dont Malfoy le raconterait.

Cette seconde pensée lui déplut. Elle ne devait pas décider de tout.

— Je jouerai, dit-il.

— Bien. Mais tu me dis si quelque chose ne va pas. Même si tu crois que c'est seulement toi.

Harry hocha la tête.

Il apprécia que Dubois ait ajouté cela.

Ron reçut la nouvelle avec indignation.

Hermione se rendit d'abord au tableau d'affichage pour vérifier qu'il ne s'agissait pas d'une rumeur. Lorsqu'elle revint, elle posa son sac assez fort pour faire trembler l'encrier.

— C'est confirmé.

Harry resta assis.

— Ils savent ce qu'on a dit.

— Peut-être qu'ils surveillent, proposa Hermione.

Ron la regarda comme si elle venait de défendre la météo.

— Alors pourquoi le mettre au milieu du terrain ?

Elle ne répondit pas.

Ils avaient trouvé une explication à la présence du paquet sous le chien. Ils n'avaient pas trouvé de moyen simple de faire croire aux adultes ce qu'ils en avaient déduit.

Le soir, Harry reprit leur feuille de notes.

Il ajouta la Pierre philosophale sous le nom de Flamel. Puis il écrivit Rogue, et s'arrêta.

Hermione, assise près de lui, regarda la plume immobile.

— Mets ce qu'on a vu, dit-elle doucement.

Il écrivit : blessure, troisième étage, formule pendant le match.

Après un moment, il ajouta : le professeur Flitwick dit qu'une formule pouvait aussi arrêter le sort.

Ron fit une grimace en lisant.

Harry lui tendit la plume.

— C'est ce qu'il a dit.

Ron ne raya pas la phrase.

Le samedi six février, le ciel était bas mais sec.

Harry entra dans le vestiaire avec un poids dans l'estomac et les mains étonnamment calmes. Il avait vérifié son balai avec Bibine la veille, puis avec Flitwick le matin même. McGonagall était passée lui parler avant le petit déjeuner, sans promettre que rien ne pourrait jamais arriver.

Elle lui avait dit qu'elle le regarderait.

Pour cette fois, cela avait suffi à lui faire finir sa tartine.

Dans les tribunes, Ron s'assit entre Hermione et Neville. Il avait gardé sa baguette dans sa manche. Hermione lui demanda de la ranger correctement avant de blesser quelqu'un avec le coude.

Malfoy arriva quelques minutes plus tard dans le bloc voisin, avec sa sœur et deux camarades.

— Potter a l'air décidé à rester sur son balai aujourd'hui, dit Draco.

Ron se retourna.

— Tu pourrais essayer de regarder le match sans parler.

— Ce serait dommage. Tu ne comprendrais pas tout.

Hermione posa une main sur le bras de Ron.

Dracena s'assit, contrariée de découvrir qu'ils étaient si près des Gryffondor. Les premières rangées de sa tribune habituelle avaient été fermées pour vérifier une rambarde ; elle aurait préféré rester debout ailleurs.

— Laisse-le, dit-elle à Draco.

— Pourquoi ?

— Parce que le match n'a même pas commencé et que tu répètes déjà tes phrases.

Ron eut un rire bref.

Dracena lui lança un regard froid.

— Ce n'était pas pour toi.

Le sifflet retentit.

Les joueurs s'élevèrent.

Harry vit Dumbledore presque aussitôt.

Le directeur était assis près de McGonagall, bien visible sous un chapeau sombre. Il parlait à Flitwick, puis leva les yeux vers le terrain.

Harry sentit ses épaules se détendre.

Rogue vola jusqu'au centre. Il donna les consignes d'une voix que le vent portait mal, libéra le jeu et s'écarta.

Le premier échange fut rapide. Poufsouffle prit le Souafle, Gryffondor le récupéra, et Harry monta pour dégager son champ de vision.

Il n'eut pas le temps de chercher longtemps.

Un éclat d'or passa sous la tribune orientale.

Il crut d'abord l'avoir imaginé.

Puis il le revit, près d'un montant.

Il plongea.

Dans les gradins, Draco venait de remarquer la robe de Neville.

— Elle a séché, finalement. On ne devrait pas te laisser sortir quand il y a de la terre.

Neville fixa le terrain.

Ron se leva à moitié.

Hermione voulut le retenir, mais Draco poursuivait déjà :

— Enfin, tu pourrais tomber sur Potter. Ça ferait deux…

Dracena attrapa sa manche.

— Arrête.

Il se tourna vers elle, surpris par le ton.

Ron repoussa la main d'Hermione.

— Tu recommences avec lui et…

— Et quoi ? demanda Draco.

Neville se leva à son tour.

— Je suis là, dit-il.

Les deux garçons le regardèrent.

Il avait rougi, mais sa voix ne tremblait pas autant qu'il l'avait craint.

— Vous pouvez me parler directement.

Draco ouvrit la bouche.

Un cri immense partit des rangées supérieures.

Tout le monde se retourna.

Harry remontait vers le centre du terrain, le bras levé, le Vif d'or serré dans sa main.

Le match était terminé.

Ron resta une seconde stupéfait.

— Je l'ai raté.

Hermione lâcha son bras.

— Oui.

Dracena regarda son frère.

— Moi aussi.

Draco ne trouva rien à répondre.

Neville, lui, avait vu la capture.

Il se mit à applaudir.

La victoire fut si rapide qu'Harry eut l'impression d'avoir commencé à respirer seulement après la fin.

Dubois lui passa les bras autour des épaules, le souleva presque et lui demanda s'il savait ce que cela signifiait pour le classement. Harry ne le savait pas exactement. Il avait surtout vu le Vif, choisi sa trajectoire et réussi à garder son balai dans l'angle du vent.

Rogue avait validé la capture sans discuter.

Cela aurait dû rassurer Harry.

À la place, il pensa au directeur dans la tribune.

Ron le rejoignit près des vestiaires, partagé entre la joie et la honte d'avoir manqué le moment décisif. Hermione lui raconta ce qu'elle avait vu, Neville compléta avec beaucoup de précision, et Harry éprouva plus de plaisir à les écouter qu'à recevoir les tapes sur le dos des élèves qu'il connaissait à peine.

— Tu l'as vraiment pris aussi vite ? demanda Ron.

— Apparemment.

— J'étais en train de…

— On sait, dit Hermione.

Ron baissa les yeux.

Harry sourit.

Ils remontèrent ensemble jusqu'au château, puis Harry se rappela qu'il avait laissé sa housse de balai dans le local de l'équipe. Il confia ses affaires à Ron et redescendit seul.

Le terrain s'était vidé.

Il aimait ce moment après le bruit, quand les traces de pas restaient dans l'herbe et que les tribunes semblaient encore retenir les cris.

Il récupéra la housse, referma la porte et s'apprêtait à repartir lorsqu'il entendit une voix près de l'allée des arbres.

Rogue.

Harry s'arrêta derrière le mur du local.

Le professeur parlait avec Quirrell, qui tenait ses gants roulés entre les mains.

— Vous savez très bien de quelle protection je parle.

Quirrell répondit trop bas pour que Harry distingue les mots.

Rogue se rapprocha d'un pas.

— Alors cessez de prétendre le contraire.

Harry sentit le froid lui entrer dans le dos.

Il ne voyait qu'une partie des deux silhouettes, entre le mur et un poteau. Quirrell recula légèrement. Sa voix remonta.

— Je ne… vous n'avez aucune raison de…

— J'en ai suffisamment pour vous surveiller.

Un silence suivit.

Puis Rogue tourna la tête.

Harry se plaqua contre le mur.

Il attendit, les doigts serrés sur la housse, jusqu'à entendre deux séries de pas s'éloigner dans des directions différentes.

Il ne savait pas de quelle protection ils parlaient.

Il ne savait pas non plus ce qui avait précédé la conversation.

Mais lorsqu'il rejoignit Ron et Hermione, les derniers mots de Rogue avaient déjà pris, dans son esprit, la forme d'une menace adressée à quelqu'un qui l'empêchait d'atteindre la Pierre.

Dracena passa une partie de l'après-midi seule à la bibliothèque.

Elle n'avait pas envie d'entendre Draco expliquer qu'une rencontre aussi courte ne prouvait rien. Elle n'avait pas davantage envie de croiser Potter entouré de gens qui parlaient de lui comme si le château avait été construit pour lui offrir des occasions de briller.

Elle chercha les ouvrages consacrés aux anciennes salles de cours.

Madame Pince lui avait refusé un dossier actuel. Elle n'avait pas interdit les descriptions publiées du château.

Sur une planche ancienne, la galerie orientale portait un autre nom. Deux pièces y servaient autrefois aux exercices de métamorphose ; une troisième avait été réservée à la préparation de matériel pédagogique. Les numéros ne correspondaient plus exactement à ceux qu'elle connaissait.

Dracena posa son carnet à côté du livre.

Elle copia les trois désignations, puis nota la date de l'édition.

C'était peu.

C'était tout de même une manière de poser sa prochaine question autrement.

Tracey la trouva au moment où elle refermait le volume.

— Tu viens dîner ?

— Dans une minute.

— Tu as dit ça il y a une heure à Daphne.

Dracena regarda l'horloge.

Elle n'avait pas senti le temps passer.

— Tu enquêtes sur quoi, exactement ? demanda Tracey.

Dracena hésita.

Elle pouvait répondre qu'elle étudiait l'histoire du château. Ce serait vrai, comme ses lettres à Narcissa étaient vraies.

Elle rangea sa plume.

— Sur une salle qui a changé d'usage avant la rentrée. Je ne comprends pas pourquoi tout ce qui la concerne est fermé.

Tracey considéra le carnet.

— Peut-être parce que ce qui est dedans doit rester secret.

— Merci. Je n'y avais pas pensé.

— Tu sais ce qu'il y a dedans ?

— Non.

— Alors tu ne sais pas non plus si c'est une bonne idée d'aller voir.

Dracena la regarda.

— Je n'ai pas dit que j'irais.

Tracey hocha la tête, sans paraître entièrement convaincue.

Elles quittèrent la bibliothèque ensemble.

Dans l'escalier, Dracena sentit le carnet contre sa hanche. Elle avait désormais plusieurs dates, trois anciens noms de salles et une liste de questions qui grandissait plus vite que ses réponses.

À l'autre bout du château, Harry ajoutait les paroles de Rogue à leur feuille de notes.

Ni l'un ni l'autre ne savait encore combien il est facile de construire une histoire avec les seuls morceaux qui acceptent de s'assembler.


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