Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I

Chapitre 5 : CHAPITRE 4 — LE POUDLARD EXPRESS

2852 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 21/10/2026 12:03

Le 1er septembre 2026, la gare de King's Cross avait l'air d'avoir décidé de recevoir toute l'humanité en même temps.

Des voyageurs couraient avec des valises dont les roulettes résonnaient sur le sol. Des voix sortaient des haut-parleurs. Les écrans annonçaient des changements de quai, des retards, des correspondances. Un homme filmait une publicité pour sa chaîne de voyage au milieu du passage, sans paraître remarquer qu'il empêchait une famille entière d'accéder à l'escalator.

Harry s'arrêta devant l'horloge centrale et consulta une dernière fois son billet.

« Voie 9 ¾. Départ : 11 h 00. »

Le panneau au-dessus de lui indiquait les voies neuf et dix. Entre les deux, rien qu'une cloison de briques et une file de voyageurs pressés.

— Une plaisanterie, murmura-t-il.

Il avait passé la fin du mois d'août à réfléchir au chemin qu'il allait suivre. Hagrid lui avait donné des indications précises, mais elles ressemblaient à une devinette inventée par quelqu'un qui n'avait jamais emprunté les transports en commun.

Les Dursley l'avaient déposé à l'entrée de la gare. Vernon s'était contenté d'un « débrouille-toi », puis avait redémarré presque avant que la portière soit refermée. Harry avait pris soin de ne pas se retourner.

Il poussa son chariot jusqu'au mur, s'arrêta, recula et examina les alentours. Une femme pressée lui demanda de se déplacer. Il s'excusa, les joues chaudes.

— C'est la première fois que tu prends le train ? demanda soudain une voix derrière lui.

Harry pivota.

Une femme rousse, entourée de plusieurs enfants, venait de s'arrêter à côté d'une pile de bagages. Un garçon aux cheveux roux, presque aussi grand qu'elle, tirait laborieusement une valise. Deux autres garçons, manifestement jumeaux, échangeaient des sourires beaucoup trop innocents pour être sincères.

— Le train, non, répondit Harry. Celui-là, oui.

La femme remarqua son billet.

— Ah. Tu cherches le quai ?

Harry hésita, puis acquiesça.

— Je ne comprends pas où il est.

Son visage s'adoucit.

— C'est normal. Les premières fois, on croit toujours qu'il manque quelque chose. Regarde bien.

Un des garçons passa devant les autres en poussant son chariot vers la cloison. Harry ouvrit la bouche pour le prévenir. Le garçon disparut à travers les briques sans ralentir.

Harry resta parfaitement immobile.

Les jumeaux éclatèrent de rire.

— Il fait toujours cet effet-là, dit l'un.

— Même quand on le connaît, ajouta l'autre.

La femme leur lança un regard qui les fit soudain se souvenir qu'ils avaient des bagages à porter.

— À ton tour, dit-elle à Harry. Marche normalement. Ne t'arrête pas au dernier moment.

Harry prit une inspiration. Il vérifia que personne ne le regardait, poussa le chariot et franchit le mur.

Le brouhaha de la gare changea de nature.

Un train rouge sombre attendait sous une verrière emplie de vapeur. Des hiboux hululaient dans leurs cages. Des parents ajustaient des cravates, embrassaient des enfants, rappelaient des consignes qui ne seraient probablement pas suivies. Au-dessus de la locomotive, de grandes lettres dorées annonçaient le Poudlard Express.

Harry en oublia de respirer.

— Impressionnant, hein ? dit le garçon roux, qui l'avait rejoint.

— Un peu.

— Je m'appelle Ron. Ron Weasley.

— Harry Potter.

Ron se figea. Son regard descendit presque malgré lui vers le front de Harry, où sa cicatrice était en partie cachée par ses cheveux.

— Vraiment ?

Harry soupira intérieurement. Il commençait à comprendre que son nom signifiait quelque chose d'important dans ce monde, même s'il ne savait toujours pas exactement quoi.

— Vraiment.

Ron rougit.

— Désolé. Je ne voulais pas être impoli.

— Tu n'as pas été impoli.

C'était vrai. Ron semblait surtout stupéfait, et cette sincérité le rendait infiniment plus agréable que le garçon blond rencontré sur le Chemin de Traverse.

Ils montèrent ensemble dans un compartiment presque vide, après que Ron eut salué sa famille. Harry plaça sa valise sous la banquette et installa la cage d'Hedwige près de lui. Ron tira de sa poche un rat endormi qu'il présenta comme Croûtard, puis le laissa se blottir dans le pli de sa robe.

Le train démarra à onze heures précises.

Londres glissa derrière les fenêtres. Les bâtiments devinrent moins nombreux, les terrains plus vastes, les arbres plus serrés. Harry regarda longtemps défiler le paysage. Au bout de quelques minutes, il se rendit compte que Ron l'observait.

— Quoi ? demanda-t-il.

— Rien. C'est juste… je pensais que tu aurais déjà plein d'amis.

Harry regarda ses mains.

— Je n'en ai pas vraiment.

Ron parut surpris, mais il n'insista pas.

— Alors on pourra se perdre ensemble dans le château. Paraît qu'il est immense.

Harry sourit.

Ce fut peut-être à cet instant, plutôt qu'au moment où il avait franchi le mur, qu'il commença à croire qu'il allait réellement à Poudlard.

Une vendeuse passa avec un chariot rempli de friandises. Harry découvrit des confiseries dont les emballages bougeaient légèrement, des boîtes qui claquaient au moindre geste et des gâteaux portant de minuscules messages changeants. Il acheta plus de choses qu'il ne pouvait raisonnablement en manger et partagea le tout avec Ron.

Ils comparèrent leurs connaissances. Ron connaissait les équipes de Quidditch, les grandes familles sorcières et une foule de légendes dont Harry n'avait jamais entendu parler. Harry, lui, expliqua comment fonctionnaient les jeux en ligne et les services de visioconférence. Ron, très intéressé, posa tellement de questions que Harry finit par lui demander s'il avait déjà vu un ordinateur.

— Une fois, dit Ron. Chez un voisin de papa. Mais il s'est mis à sonner quand Fred a essayé de réparer le clavier avec sa baguette.

Ils rirent.

Harry ouvrit une nouvelle boîte de Chocogrenouille. À peine le couvercle soulevé, la friandise lui bondit au visage. Il voulut la rattraper ; son coude heurta la tablette et ses lunettes tombèrent sur le plancher.

Un petit craquement suivit.

— Oh, non.

Ron récupéra la grenouille contre la vitre pendant que Harry se baissait. Une branche pendait de travers et une fêlure traversait le verre droit. Harry essaya de remettre la monture sur son nez. Le compartiment se dédoubla aussitôt.

— Tu as une autre paire ? demanda Ron.

Harry secoua la tête. Sa tante avait déjà trouvé inutile de faire remplacer celle-ci avant la rentrée.

Il replia la branche avec précaution, sans réussir à la fixer.

La porte du compartiment coulissa brusquement.

Une jeune fille aux cheveux bruns et épais apparut, tenant un livre ouvert contre elle.

— Vous n'auriez pas vu un crapaud ? Un garçon l'a perdu, et il est absolument paniqué.

— Non, répondit Ron.

— Vous êtes sûrs ? Il pourrait se cacher sous les sièges.

Elle entra avant d'attendre une réponse et s'accroupit pour inspecter le sol. Elle portait déjà sa robe scolaire et une petite montre connectée à son poignet, dont l'écran affichait obstinément un pictogramme de recherche de connexion.

— C'est bizarre, dit-elle en se relevant. Cet appareil marche parfaitement à Londres. Ici, plus rien.

— Le train est enchanté, dit Ron avec l'assurance de quelqu'un qui venait d'apprendre cette explication à l'instant.

La jeune fille sembla immédiatement intéressée.

— Enchanté comment ? Il faudrait distinguer une interférence électrique ordinaire d'une perturbation magique. Sinon, on ne peut pas conclure.

Ron ouvrit la bouche, puis la referma.

Harry réprima un sourire.

Hermione regarda alors ses lunettes.

— Elles sont cassées.

— Je sais. Un accident de Chocogrenouille.

Elle referma son livre et sortit sa baguette.

— Attends, je peux essayer. Pose-les sur la tablette.

Harry hésita, puis les retira. Sans elles, le visage d'Hermione devint une tache pâle entourée de cheveux bruns. Il l'entendit déplacer un emballage pour dégager la place.

— Oculus Reparo.

Un déclic léger retentit.

— Voilà.

Il reprit les lunettes. La branche tenait parfaitement ; la fêlure avait disparu. Il les tourna, inspecta les verres, puis les remit sur son nez.

Le compartiment retrouva ses contours.

— Elles sont comme neuves !

Hermione parut très satisfaite.

— J'avais déjà réussi à réparer une petite monture métallique. Je pensais que le principe serait le même.

— Merci, dit Harry.

Elle accueillit le remerciement avec un bref sourire, puis Ron se pencha pour examiner la charnière, comme s'il espérait surprendre le sortilège encore au travail.

— Je m'appelle Hermione Granger, ajouta-t-elle. Et vous ?

Ils se présentèrent. Lorsqu'elle reconnut le nom de Harry, elle eut une réaction très différente de celle de Ron : elle mentionna immédiatement plusieurs livres dans lesquels il apparaissait, avant de lui demander s'il les avait lus.

— Je ne savais même pas qu'ils existaient, avoua Harry.

Hermione fronça les sourcils, profondément choquée par cette lacune documentaire.

— Dans ce cas, tu devrais les chercher dès que nous arriverons. C'est important de connaître ce qui a été écrit sur toi.

— Peut-être que je préfère me connaître autrement, répondit Harry.

Hermione réfléchit, puis acquiesça sans s'offenser.

— Ce n'est pas idiot.

Elle repartit à la recherche du crapaud en leur conseillant de mettre leurs robes avant l'arrivée.

Ron attendit quelques secondes.

— Elle a toujours l'air de faire passer un examen aux gens, tu crois ?

— Peut-être seulement quand elle les rencontre.

— Ça fait déjà beaucoup.

Ils reprirent leur repas.

En milieu d'après-midi, des voix résonnèrent dans le couloir. Harry reconnut l'une d'elles avant même que la porte ne s'ouvre.

— Je te dis qu'ils sont dans ce wagon, Draco.

— Alors pourquoi tu t'arrêtes devant chaque compartiment ?

— Parce que je regarde les numéros, ce que tu pourrais essayer de faire.

Le panneau coulissa. Draco Malfoy apparut avec deux garçons à l'air massif. Sa sœur se tenait légèrement derrière eux, une main posée sur la poignée de sa malle qu'un bagagiste enchanté tirait dans le couloir.

Ses cheveux blonds étaient retenus sur un côté par une barrette discrète. Elle portait sa robe de voyage avec une perfection irritante. Harry la reconnut immédiatement et sentit son humeur se dégrader.

— Potter, dit Draco avec satisfaction.

— Malfoy.

Dracena regarda tour à tour Harry, Ron et les restes de leur goûter.

— Quelle quantité de sucre faut-il absorber pour survivre à un trajet de quelques heures ?

— Assez pour ne pas avoir besoin de te parler, répondit Harry.

Elle haussa un sourcil.

— C'est donc pour cela que tu en as tant acheté. Une précaution raisonnable.

Draco fit un pas dans le compartiment.

— Je suis venu te prévenir d'une chose. Tu vas découvrir assez vite que toutes les familles ne se valent pas. Si tu veux éviter les mauvaises fréquentations, il serait intelligent de choisir tes amis correctement.

Son regard s'était posé sur Ron.

Harry comprit l'insulte avant même qu'elle soit prononcée.

— J'ai déjà choisi, répondit-il.

Ron baissa les yeux, touché et gêné tout à la fois.

Draco pinça les lèvres.

— Tu feras moins le malin quand tu sauras qui commande vraiment dans ce monde.

— Si tu le sais déjà, tu pourras nous envoyer un message, dit Harry.

Dracena étouffa un rire, puis contempla Ron d'un air moins aimable.

— Weasley, je suppose ?

— Oui, et alors ?

— Rien. Les cheveux étaient un indice, mais l'uniforme froissé confirmait l'hypothèse.

Ron rougit jusqu'aux oreilles.

— Au moins, mes parents ne m'ont pas appris à traiter tout le monde de haut !

— C'est curieux, répondit-elle. Ils auraient pourtant pu commencer par t'apprendre à ne pas parler la bouche pleine.

Harry se leva.

— Tu peux t'en aller, maintenant ?

Dracena posa sur lui ses yeux clairs. Pendant une seconde, il eut de nouveau cette pensée ridicule : elle était vraiment jolie. Il la chassa aussitôt.

— Quelle hospitalité, Potter. Nous te rendons visite, et tu nous chasses.

— Personne ne vous a invités.

— Voilà qui explique peut-être l'absence de bonnes manières.

Elle allait se détourner lorsque son regard s'arrêta sur les cheveux de Harry.

— Et qui s'occupe de te coiffer ?

— Quelqu'un qui n'a pas demandé ton avis.

Une mèche lui retomba sur les lunettes. Il la repoussa, ce qui sembla achever de convaincre Dracena.

— Visiblement.

Elle tira sa baguette de sa manche.

Harry recula d'un demi-pas.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Je corrige un désastre. Ne bouge pas.

Avant qu'il ait trouvé une réponse, elle traça un mouvement court au-dessus de son front. Harry sentit un frôlement frais contre ses tempes. Quelques cheveux coupés flottèrent devant ses yeux ; Dracena les rassembla d'un second geste et les fit tomber dans un emballage vide.

— Tu viens de me couper les cheveux !

— Tu es remarquablement observateur.

Ron s'était levé. Harry porta les mains à sa tête. Les côtés étaient plus courts, les mèches du dessus avaient cessé de partir dans toutes les directions. Il se tourna vers la vitre, mais le paysage clair empêchait de distinguer son reflet.

Dracena pencha légèrement la tête pour examiner son travail.

— Voilà. Tu es bien plus élégant comme ça.

Elle avait dit cela avec le ton satisfait de quelqu'un qui venait de remettre droit un tableau mal accroché. Harry sentit sa colère monter.

— Je ne t'avais rien demandé !

— Je m'en suis aperçue. Tu aurais donc continué à te promener avec cette coiffure.

— Tu n'avais pas à…

— Ma mère m'a appris ce sortilège d'apprêt. Ce n'est pas une expérience, Potter.

— Ce n'est pas le problème !

Draco regarda Harry, puis sa sœur.

— Depuis quand tu t'occupes de ses cheveux ?

— Depuis qu'ils se trouvent devant moi.

Elle rangea sa baguette. Harry avait envie de lui répondre quelque chose qui lui ferait enfin perdre cet air supérieur. Le fait que ses cheveux ne lui tombent plus sur les yeux l'agaçait presque autant que le reste.

Draco regarda sa sœur avec impatience.

— On y va ?

Elle inspecta une dernière fois le compartiment. Son regard revint sur Ron, puis sur Harry.

— Une suggestion, avant de partir : ne vous laissez pas persuader que l'impulsivité est une forme d'intelligence. À Poudlard, cela peut finir par coûter cher.

— Et toi, dit Harry, essaie de parler à quelqu'un sans lui faire la leçon. Tu verras, c'est possible.

Elle esquissa un sourire qu'il trouva particulièrement agaçant.

— Je prends bonne note de ton expertise dans le domaine.

La porte se referma derrière les jumeaux.

Ron fixa l'endroit où ils s'étaient tenus.

— Je ne peux déjà pas les supporter.

— Moi non plus, dit Harry.

— Sa sœur est encore pire.

Harry songea aux remarques de Dracena, à la façon dont elle avait tourné en ridicule son frère dans la boutique et à son ton glacial envers Ron.

— Elle est surtout très douée pour gâcher une journée.

À l'autre bout du couloir, Draco avançait rapidement.

— Tu aurais pu me laisser parler, lança-t-il à Dracena.

— Tu as parlé. Tout le monde t'a entendu.

— Potter n'a aucune idée de ce qu'il refuse.

— Peut-être, répondit-elle. Mais il a compris que tu insultais son nouvel ami. On ne peut pas lui reprocher de t'avoir mis dehors.

Draco s'arrêta net.

— Tu prends sa défense ?

Dracena le fixa avec une patience épuisée.

— Je décris ce qui s'est passé. C'est différent. Si tu veux convaincre les gens, commence par leur proposer quelque chose au lieu de leur expliquer qu'ils sont trop stupides pour choisir seuls.

— Père aurait fait exactement la même chose.

— Père aurait choisi ses mots avec davantage de soin.

L'argument toucha juste. Draco se remit à marcher sans répondre.

Dracena suivit son frère, peu désireuse de prolonger une querelle sur Potter. Le garçon aux lunettes lui paraissait susceptible, mal habillé et insupportablement persuadé d'avoir raison. Il avait tout de même meilleure allure depuis qu'on distinguait son visage. Elle s'irrita de le remarquer encore et reporta son attention sur Draco. Elle doutait de supporter la présence de Potter plus de cinq minutes.

Ce fut leur premier point commun, bien qu'aucun des deux ne l'eût reconnu : chacun espérait ne plus revoir l'autre de la journée.

Le train poursuivit sa route vers le nord.

Quand le crépuscule étendit ses ombres sur les collines, Harry enfila enfin son uniforme. Ron l'aida à ranger ses affaires. Ils retrouvèrent Hermione dans le couloir, toujours occupée à chercher le crapaud perdu, et aperçurent des lumières apparaître au loin.

Le train ralentit.

Harry colla son front à la vitre.

Dans la nuit naissante, des tours se découpaient sur une colline. Quelques fenêtres brillaient comme des étoiles retenues prisonnières de la pierre.

Poudlard.

Il avait attendu toute sa vie un endroit qui serait à lui.

Il ignorait encore à quel point cet endroit allait le transformer.


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