Les Chroniques de Dracaena et Harry - I. La chute des Gémaux
Chapitre 10 : La catastrophe de trop
1200 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 20/10/2026 14:55
Harry ronflait, Pollux également ; seul Castor, allongé tant bien que mal sur le lit de camp, l’haleine de son frère contre sa tempe à chaque expiration, était réveillé. Il lança en direction de leur père un petit morceau de caoutchouc, qu’il avait retiré du bord du cadre de lit.
— Pollux, Pollux, chuchota l’aîné.
Celui-ci se réveilla péniblement, autant à cause du chuchotement assourdissant que des pichenettes répétées que Castor lui donnait.
— Oui. Quoi ?
— Est-ce que tu crois que Papa a mis des sortilèges dans la tente ?
— Attends, répondit Pollux.
Il sortit péniblement la baguette de sa poche, manquant d’arracher complètement cette dernière, et lança un Revelio.
— C’est bon.
— Je n’ai pas envie de rester ici, dit Castor. Je suis sûr que Papa va nous laisser collés ensemble encore longtemps.
— Il en est capable.
— Exactement. Mais tu te souviens, tout à l’heure, quand on a dû récupérer du bois pour animer le feu ? On est sortis du périmètre.
— Tu crois que le sort ne marche plus ?
— Ça vaut le coup d’essayer.
Pollux acquiesça. Doucement, tout doucement, les frères roulèrent hors du lit puis Castor, coinçant son frère contre l’une des poutres de la tente, s’en servit comme levier pour se relever. Ils s’arrêtèrent, s’assurant que leur père dormait encore – c’était le cas –, avant de défaire discrètement les boutons de l’entrée et de sortir de la tente.
Ils cahotèrent péniblement à travers la forêt puis, arrivés à ce qu’ils pensaient être la limite du périmètre magique, Pollux lança à nouveau un Revelio. Satisfaits, ils firent un pas en avant. Enfin, un pas latéral vers l’extérieur du périmètre et, satisfaits d’être tirés d’affaire, ils continuèrent leur escapade.
— Lumos, lança Castor, la nuit étant épaisse et la lumière de la lune ne traversant que péniblement la cime des arbres.
Ils continuèrent ainsi, haletants mais évitant les pauses, afin de s’éloigner le plus possible de leur père.
Ils avaient trouvé un bon rythme et avançaient avec plus de confiance à travers les arbres, jusqu’à ce que, arrivés à la lisière, ils soient éblouis.
Ils venaient d’activer le détecteur de mouvement d’une ferme voisine de la forêt. Ils aperçurent alors une vaste grange de béton et de tôle, et parvinrent à distinguer une silhouette munie d’un fusil.
— Mince ! Mince ! Mince ! lança Castor. Un Moldu.
Le Moldu en question s’était figé ; encore fatigué, il ne croyait pas ce qu’il voyait. Au loin, quatre jambes placées anarchiquement, des mains d’où sortaient des faisceaux de lumière s’agitant le long du tronc, et deux têtes gesticulantes : il crut voir un monstre.
— Pollux, vite, il faut lui lancer un Oubliettes avant qu’il ne soit trop tard.
Pollux s’exécuta, faisant tournoyer sa baguette dans le peu d’espace disponible.
S’il avait suivi les cours de septième année, il aurait certainement compris son erreur ; mais, malheureusement pour lui, il ne put que lâcher un cri de terreur quand, près du sol, là où son sort avait atterri, un mille-pattes aussi haut qu’un chiot apparut.
Castor ne voyait rien, mais il sentit son frère paniquer, et ils se retournèrent. Voyant la monstruosité, il lança avec sa propre baguette :
— Reducto !
Le sort atteignit l’insecte, qui quadrupla de taille.
Pollux lança le même sort, mais cette fois-ci le mille-pattes se transforma en deux, puis quatre, puis huit mille-pattes de la taille d’une maison.
Castor paniquait.
— Incendio. Incendio. Incendio !
— Mais tais-toi ! répondit Pollux.
Trop tard : ce sort-ci avait marché, et la clairière était en train de se transformer en fournaise.
— Aguamenti ! tenta Castor, espérant réparer son erreur de jugement.
Il eut moins de chance : plutôt qu’un jet d’eau, ce fut un jet de savon mousseux qui sortit de sa baguette. Le feu fut éteint, mais à perte de vue, la clairière était couverte d’une épaisse couche de mousse bulleuse multicolore.
— Pollux, qu’est-ce qu’on fait ?
Pollux lança un sortilège de nettoyage ; ça lui avait servi par le passé. Le sol sous leurs pieds devint un parquet fraîchement ciré, et les deux frères tombèrent aussitôt, glissant sur le sol visqueux.
— Ma baguette ! lança Pollux en la voyant rouler au loin.
Le Moldu avait lâché son fusil, pétrifié de peur ; ses sens et son cerveau se battaient pour savoir s’il était en train de rêver ou de devenir fou.
— Accio ! lança Castor en visant la baguette du mieux qu’il pouvait.
Pollux la récupéra… ainsi que toutes les brindilles, cailloux, poussières et mottes de terre des environs. Ils jurèrent même qu’une poule et un marcassin qui traînaient dans les parages s’étaient joints à la masse collée aux frères, qui ressemblaient maintenant à une bille irrégulière montée sur jambes.
Toute autre tentative pour réparer leur bêtise empirait les choses. Ils ne savaient même plus s’ils lançaient des sorts ou si la magie partait toute seule : l’un lança des feux d’artifice, l’autre invoqua des sucreries géantes, puis changea la couleur du ciel tandis que le premier affectait la gravité autour d’eux, puis des bulles à nouveau, puis des étincelles, puis des sons de cor, puis plus rien.
— CASTOR JAMES ALBUS ET POLLUX LUCIUS SEVERUS ! Finite Incantatem !
Harry émergeait des bois, une rage nouvelle dans les yeux, effaçant d’un coup de baguette les incantations des jumeaux, tandis que le craquement familier du transplanage indiquait que des Aurors étaient arrivés sur les lieux.
— Je ne peux pas vous laisser CINQ MINUTES sans que vous fassiez des bêtises ! Gordienis !
Les frères furent projetés loin l’un de l’autre, et rapidement saisis par deux Aurors, bras liés par des menottes magiques, mis à genoux. Pendant ce temps, le pauvre fermier retournait au lit sans garder trace de l’incident. Comme amplifié par un mégaphone, Harry hurlait :
— VOUS ÊTES ABSOLUMENT INGÉRABLES ! JE VAIS VOUS ENVOYER MOI-MÊME À AZKABAN ! QU’EST-CE QUI VOUS PASSE PAR LA TÊTE ? HEIN ?
Harry était désespéré. Il pensait réellement avoir fait des progrès mais, apparemment, aucune pédagogie n’était à la hauteur de la haine immature de deux adolescents.
Ce qu’il ne vit pas, en revanche, c’est que, plaqués au sol, Castor et Pollux riaient ensemble comme ils n’avaient jamais ri, échangeant un regard complice que tous deux pensaient appartenir au monde des souvenirs.