Les Chroniques de Dracaena et Harry - I. La chute des Gémaux
Son sac dans une main et ses fils tenus par l’autre, Harry posa délicatement le pied au milieu de la forêt de Dean, tandis que le soir tombait.
— Nous sommes arrivés, annonça-t-il. Je vais établir le campement ; vous, allez chercher du bois pour le repas.
— Papa, répondit Pollux, offusqué, on ne peut même pas se baisser.
Il en fit la démonstration : il ne pouvait se pencher sans que son frère gesticule, et vice versa.
— Oui, c’est vrai. Eh bien, montez la tente, ça devrait être dans vos cordes.
D’un coup de baguette, Harry fit léviter la tente encore pliée hors du sac.
— Et pas de magie pour vous. Il y a sûrement des Moldus pas loin.
Harry s’éloigna de ses fils et disparut derrière les arbres.
— Bon, on fait comment ? demanda Castor.
— J’en ai aucune idée, répondit Pollux. Tu as déjà monté une tente, toi ?
— Jamais.
Pollux tenta de s’avancer vers la toile pliée qui lévitait non loin d’eux. Castor geignit et protesta. Tant bien que mal, tel un crabe disgracieux ayant dormi dans un tonneau de rhum, les frères parvinrent à se saisir péniblement de la toile. Castor en tenait un coin entre ses dents et la secoua pour tenter, tant bien que mal, de la mettre à plat. Ils y réussirent enfin, quand Pollux se demanda si c’était réellement le meilleur endroit pour poser la tente. Castor soupira trop fort et trop lourdement pour que ce fût innocent.
— Pol. On a passé deux heures à poser la tente ici, elle est très bien.
— Oui, mais tu as vu le sol ? Il n’est pas plat du tout, et on est au pied d’un arbre. Tu as envie de dormir avec des racines dans le dos ?
— On s’en fiche, c’est une tente MAGIQUE, répondit Castor. Ça ne fait aucune différence.
— Qu’est-ce que tu en sais ? On a toujours campé sur terrain plat. Allez, ça ne prendra qu’une minute.
— Parle pour toi, c’est moi qui ai fait tout l’effort. Tu n’as qu’à essayer de l’attraper.
— Mais je vais le faire, répondit Pollux, qui se retourna de toutes ses forces pour se pencher et récupérer la toile au sol.
Le mouvement était trop brusque, et son frère l’emporta dans une dégringolade.
— Tu vois, tu réfléchis trop et tu crées des problèmes pour rien, lança Castor.
— C’est toujours mieux que de ne pas réfléchir du tout, rétorqua Pollux.
— Retire ce que tu viens de dire.
— Toi d’abord.
Castor tenta d’attraper Pollux avec ses jambes, mais ne parvint qu’à les faire glisser encore plus.
Lorsque Harry revint au « campement », si l’on pouvait l’appeler ainsi, ses deux fils étaient la tête la première dans le ruisseau en contrebas, gesticulant comme une immonde tortue retournée, couverts de boue et de brindilles.
— Mais vous êtes impossibles ! Gordienis !
Aussitôt, les deux frères furent libérés l’un de l’autre et purent se remettre debout. Ils en profitèrent pour se lancer dans un pugilat disgracieux, replongeant aussitôt dans l’eau glacée.
Las, Harry plongea les mains dans le ruisseau et, dans un geste devenu trop courant à son goût, sépara les garçons en les tirant par l’oreille et en les ramenant sur la berge. Il les lâcha devant la toile étalée.
— Dépêchez-vous de monter la tente, il y a des vêtements secs à l’intérieur. Et les nuits de novembre sont froides. Allez !
Sous le regard sévère de leur père, les jumeaux s’exécutèrent en silence. Maintenant qu’ils avaient une complète liberté de mouvement, la tâche était plus aisée. Ils déplacèrent même la tente sur un terrain moins accidenté, sans protester.
Castor remarqua que ni son père ni son frère ne le regardaient tandis qu’ils aménageaient l’intérieur de leur abri. Ni une ni deux, il s’éloigna silencieusement. Pollux sortit la tête de la tente et, apercevant son frère plus loin, cria : « Papa, Castor est en train de partir ! » « Fayot ! » lança Castor en prenant le pas de course. Harry restait nonchalant.
Pollux entendit derrière lui un craquement sourd. Son frère venait d’arriver en courant derrière lui, surpris de revoir la tente, se tournant et se retournant pour comprendre quel chemin avait pu le ramener au point de départ.
— Il est de retour ? demanda Harry depuis l’intérieur.
— Oui, Papa.
— Bien. Les enchantements fonctionnent. Venez manger.