Beauxbâtons - La dernière chance
Chapitre 68 : Sortilège 68 : séquelles
9762 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 10/10/2026 14:30
Le patient ouvrit les yeux. Le premier visage découvert fut celui de Katarina dont il lut le soulagement. Elle le pria aussitôt de se tenir tranquille, voire immobile et de ne pas prononcer un mot avant l’arrivée d’Alphonse et de Rose. Il cligna, confirmant qu’il obéirait sans condition. Elle prévint le personnel soignant puis s’absenta pour se rendre au pavillon de quartz et avertir les membres du Gerbera.
Le médicomage de service entra dans le dortoir avec le sourire. Il s’assit sur le bord du lit, mesura le rythme cardiaque du garçon, prit sa tension et parut rassuré. Il retira la sonde gastrique avec laquelle l’enfant était nourri et abreuvé de potions guérisseuses.
— Tu devrais pouvoir t’exprimer sans trop de difficultés. Juste un peu d’irritation, au début.
— Merci, Docteur.
— Tu es demeuré inconscient durant six jours. Étant donné le sortilège utilisé par de Valmy, décrit par Elvira comme de la magie noire, je suis surpris que tu ne sembles pas plus affecté.
— Un sort noir ? Lequel ? Encore Cerebri Venenum ?
— Oui. Mais cette fois-ci, il l’a complété par Inflatus, pour retarder les soins.
— C’est malin. Il a dû réfléchir à son plan ou, connaissant l’individu, appliquer celui d’une personne plus intelligente que lui. S’il a lancé un sort après ma chute, cela signifie…
— … qu’il a joué la partie en gardant une minuscule baguette cachée dans ses bottes.
— La préméditation est avérée.
— Cela ne fait aucun doute. Hercule, en plus du coup de batte sur la tête, fendant ton crâne, la chute de douze mètres t’a fracturé les deux jambes, fêlé une vertèbre, brisé trois côtes, cassé le poignet ainsi que la clavicule du côté gauche. Même en t’administrant la dose maximale de Poussos, tu ne pourras pas remarcher avant quinze jours. Tu devras porter une protection rigide sur ta tête pendant trois semaines. Plus question de balai, de Quidditch, d’expérience explosive ou même de subir un sortilège.
— Les examens de fin d’année s’annoncent mal. Je récolterai une FONTE- en duel, par forfait. J’espère que madame Waltmeister ne me fera pas affronter un dragon dans l’épreuve de soins aux créatures magiques.
— Tu n’as pas l’air de mesurer la gravité de la situation. J’ai vu tes camarades, tout autour de ton lit, pleurant ta mort. Tes signes vitaux étaient inexistants. Il aura fallu faire usage de ton stéthoscope enchanté pour deviner que tu étais encore vivant.
Le garçon tourna les yeux sur les côtés et palpa ses avant-bras. La valisette se trouvait à sa droite et ses baguettes étaient en place.
— La baguette en forme de caducée nous a donné du fil à retordre. Elle tentait de nous consumer les doigts dès que nous voulions la toucher. Un sortilège très efficace. Tu t’assures de sa fidélité. Finalement, c’est Jacques Boulanger qui a pu la replacer dans son logement. Un Cracmol, incapable d’en faire usage. Vraiment très futée, cette protection.
— Ah…
— Je désire te poser quelques questions de routine, afin de vérifier ton état.
— Je vous écoute.
— Ta date et ton lieu de naissance ?
— 22 janvier 1907, à Bruges.
— Le prénom de ta mère et son nom de jeune fille ?
— Gertha Birken-Maertens.
— Le nom de ton professeur de sciences ?
— Messieurs Jean Racine et Günther Dornier.
— Le nom du chef des urgences de l’hôpital ?
La réponse fut tardive. Hercule bafouilla :
— Euh… Brahma ! Radjiv Brahma.
— L’inventeur de L’Hyperloupe ?
— Juliette Pasteur.
— Le principe de son fonctionnement ?
Hercule leva un sourcil, sourit et s’amusa :
— Bien essayé, Docteur.
— Ah… Donc, tu es le seul à savoir ce que nous ignorons tous. En une semaine… Le sortilège utilisé pour purifier du sang empoisonné ?
Cette fois, le garçon fut dans l’incapacité de retrouver l’information. Il tenta de s’en sortir avec une traduction latine littérale.
— Sanguis… Purgatio…
— Non. Sanguinem Mundare. Je sais que tu as déjà utilisé cet enchantement et qu’aussi aberrant que cela soit, tu as survécu à son usage mortel. Mon garçon, je pense que le Cerebri Venenum a fait des dégâts. Cependant, je suis convaincu que tu possèdes une capacité supérieure pour recréer des chemins et atteindre les zones de mémoire. Tu n’es âgé que de treize ans, ton cerveau est toujours en cours de développement. Je le crois capable de rebrancher, avec le temps, tout ce qui a été endommagé, sectionné. Il faudra faire preuve de patience et t’exercer, répéter, tout ce que tu n’avais pas besoin d’accomplir jusque-là.
— Oui, Docteur. Euh… j’éprouve une soif terrible. Serait-il possible de… ?
— Rose va prendre le relais pour changer tes bandages, t’administrer tes potions et te nourrir.
— Docteur…
— Oui ?
— Quand pourrai-je reprendre les cours ?
— Tu n’y assisteras pas. Il ne reste qu’une semaine d’enseignement. En ce qui me concerne, tu connais déjà tout ce que nous verrons mercredi prochain. Nous allons faire notre maximum pour que tu puisses te présenter aux examens. C’est la priorité. Même si ta convalescence excède la quinzaine finale, sache que ton travail de l’année t’assure à lui seul l’entrée dans le niveau supérieur. Ne te ronge pas les sangs, d’accord ?
Le garçon réitéra sa demande d’eau. L’échange verbal accentuait l’irritation de sa gorge. Rose lui servit un grand verre. Il but jusqu’à plus soif et lorsqu’il passa sa langue sur ses lèvres, il détecta une saveur particulière. Il voulut en avoir le cœur net.
— Madame Cacheton…
— Oui ?
— Quelle heure est-il ?
— 14h30. Pourquoi ?
— Le déjeuner est terminé.
— Oui, bien sûr.
— Qu’y avait-il au dessert ?
— Euh… nous avions le choix entre éclair à la vanille et macaron au chocolat. J’ai pris l’éclair. Un délice, réalisé par Séraphin. Il est doué. J’irai faire un tour en cuisine pour voir si, par hasard, il n’y aurait pas un petit reste.
— Merci. Hormis Katarina qui était présente à mon réveil, qui est passé me voir juste après le déjeuner ?
— Laurine, puis Eugénie.
— Ensemble ?
— Non. Elles avaient rendez-vous avec les autres Gerbera sur le terrain de Quidditch, en compagnie de l’Auror-Majoris Prunellier, pour la reconstitution de l’agression. Je t’informe que de Valmy ne reviendra plus jamais à l’Académie. Le Sondeur et la directrice…
Il n’écoutait plus l’infirmière, se contentant de hocher la tête avec précaution. Il n’y avait plus qu’une seule information dans son esprit : le goût du chocolat. Un baiser, commis à la dérobade, pendant son coma. Pas Laurine, détestant le cacao sous toutes ses formes. Eugénie, folle de la douceur sucrée… Elle avait posé ses lèvres chocolatées sur les siennes. Il n’y avait pas d’autre explication. Aucune candidate n’aurait osé profiter de son sommeil pour lui témoigner son amour secret. Il ferma les yeux et versa des larmes de bonheur.
Durant les heures suivant son réveil, le patient eut le droit à une effusion de sentiments comme il n’en avait jamais connue. Elle vint de tous les ordres et de tous les niveaux où ils comptaient de fervents admirateurs. Il remercia Sigrid pour ne pas avoir cédé à la panique et avoir agi avec logique. Il caressa l’espoir d’être en pleine possession de ses moyens pour mener, en sa compagnie, une action commune cet été. La nouvelle la stimula. Il reçut la visite de Barthélémine, plus rayonnante, plus belle que jamais. Elle lui amena un bocal reçu de Marie-Galante. Il contenait des boudins antillais conservés dans de l’huile de coco. Il trouva cette charmante attention très délicate. Elle lui rappela qu’elle avait promis de lui en faire goûter. Il fut glacé d’effroi en constatant qu’il ne se souvenait pas de ces paroles.
Mesdemoiselles Greengrass et de Clermont-Tonnerre se présentèrent à lui, comme tous ses amis. Il fut troublé par le souvenir émouvant de sa vie comateuse en compagnie de Laurine et de leurs trois rejetons. Il était conscient d’un baiser fictif et inconscient d’un autre, tangible, à l’existence irréfutable. Voir les deux jeunes filles près de lui avait de quoi le troubler.
Les enseignants lui rendirent visite dans les jours suivants. Le mardi soir, à la tombée de la nuit, il rencontra enfin la directrice. En dépit de la structure métallique ceignant sa tête, du front à la nuque, elle lui trouva bonne mine. Elle lui remit un rouleau de parchemin et expliqua :
— C’est une idée du professeur Laflèche. Comme ton absence aux différents devoirs va impacter ta moyenne et comme tu ne seras pas autorisé à revenir en classe avant le début des examens finaux qui comptent pour un quart dans la moyenne finale, Wilfried a suggéré au corps professoral de t’attribuer des notes pour des faits personnels. J’ai contribué en tant qu’enseignante de français et en tant que directrice. Je te laisse en prendre connaissance à tête reposée.
— Merci beaucoup, Madame. Je ne peux plus concourir pour la première place de mon niveau.
— Tu étais très bien placé mais est-ce essentiel ? Nous sommes nombreux à penser que d’un point de vue scolaire, tu as plus que brillé, cette année. Sans jamais cesser de poursuivre tes actes de bienfaisance. Nos médicomages, notre professeur de balai, entre autres, sont aux anges. À mes yeux, Hercule, tu es le meilleur élève de l’Académie. C’est plus important que des notes.
— L’année prochaine, il se pourrait que je déçoive tout le monde et pas seulement madame Alinea.
Agathe sourit. Hercule n’appréciait que le fils.
— Pourquoi ?
— Parce que j’ai oublié des événements, des détails. Le sortilège lancé par de Valmy a détruit mes facultés de mémorisation.
— C’est temporaire. Alphonse est convaincu que tu possèdes le pouvoir de régénération. Dune a mentionné le réseau végétal que tu as conçu. Elle pense que ton cerveau est bâti comme les étoiles de mer. Trois jours se sont écoulés, Hercule. Sois patient. As-tu ta baguette ?
— Oui. J’ai vérifié que je pouvais lancer des enchantements simples, des métamorphoses. J’ai perdu en précision. Les suprémacistes pourraient être tentés de m’achever.
— Ce sera compliqué parce qu’ils sont parqués dans l’amphithéâtre Flamel, accompagnés pour prendre leurs repas et rejoindre leurs pavillons. J’ai dû appliquer les mesures restrictives que j’avais suggérées. C’est navrant. Cet été, je jure de ne pas faire rentrer les enfants dont les parents ont l’esprit tordu.
— Madame, vous souvenez-vous des mots d’Ambelion Ballessaim, dans le parchemin ? À propos des capacités du Sondeur.
— Oui. Il pourrait décider seul et choisir les élèves parmi la liste exhaustive des sorciers. Mais quid des Cracmols ?
— N’a-t-il pas affecté Jacques et Bérénice chez Urtica, à leur arrivée ? Il suffirait que tous les parents de Cracmols ajoutent le nom de leurs enfants sur la liste et que l’intégralité soit proposée au Sondeur. Nous avons vu des élèves aux géniteurs respectables, dignes de confiance, adhérer aux thèses suprémacistes. Nous pourrions être confrontés à la situation inverse : un enfant louable, prometteur, aux intentions pures, né dans une famille contestable.
— C’est juste. Nous évoluons tous. Le bon choix initial peut s’avérer désastreux dans le futur. Le Sondeur a peut-être la capacité de voir au-delà.
— Et l’élève qui paraît être un mauvais choix, au départ, peut changer et devenir le plus loyal de tous.
Agathe étreignit le garçon avec douceur puis disparut, accompagnée d’un craquement sonore. Seul dans le dortoir, le blessé grimaça en usant de sa main gauche pour maintenir le rouleau en place, le temps qu’il en prenne connaissance. Il déchiffra les différentes écritures des professeurs sur le document intitulé « Notes de rattrapage pour faits exceptionnels ». À tout seigneur, tout honneur, le référent Aloysia avait initié la liste.
« W. Laflèche : deux notes supplémentaires pour toi, Van Betavende. OR+, la révélation impossible de l’année dans l’épreuve du balai. Ça aurait valu la Une de 7-Hebdo ! OR+, le meilleur batteur de la saison de Quidditch 1919-1920. J’aurais bien aimé te rajouter un OR+ pour avoir envoyé un Cognard dans la tronche de Rosier, mais il paraît que c’est pas sport. Dommage !
E. De Bazincourt : PLATINE, pour m’avoir terrassée en début d’année, sans baguette, sans sortilège, lors d’un affrontement qui n’aurait pas dû avoir lieu. Un authentique exploit. Quoi que tu choisisses, j’ai toujours foi en toi.
A. Bonnelangue : OR+ en français, pour avoir redéfini le mot loyauté. OR+ en tant que directrice, pour la ténacité, le courage, la détermination et l’intelligence mis en œuvre pour sauver l’Académie.
U. Waldmeister : OR+ pour la découverte de Chromaphagis et OR+ pour la mise au point d’un remède.
D. Dunne : OR+ pour avoir solutionné le problème d’un élève quand tous l’auraient cru impossible. OR+ pour une invention polyvalente qui fera encore parler d’elle longtemps, y compris chez les Moldus.
A. Fordecafé : OR+, pour avoir découvert une application détournée au Caméliris et, selon mes sources bien informées, un usage incroyable de Repulsa à l’hôpital. OR+ pour avoir lutté, protégé l’un des élèves les plus attachants et le plus brillant des potionnistes.
M. De Franjac : OR+, à la demande de notre futur filleul. Je comprends le babillage de nourrisson, sans baguette traductrice !
S. McFlurry : OR+, si tu es capable de traduire en français GOLD+. OR+, si tu enquêtes pour moi et détermines qui escamote mes Bièraubeurres.
G. Dornier : OR+, pour avoir été mon premier acheteur de balai. OR+, pour avoir magistralement démontré, à travers ton invention d’exploration aquatique, qu’il y a de la science dans la magie et de la magie dans la science.
E. Perlenjoie : OR+, pour l’élève qui entre dans la prochaine édition des manuels d’Histoire de la magie. OR+, pour tes talents de narrateur et d’écrivain. Je n’oublie pas quel défenseur des né-Moldus et des créatures intelligentes tu incarnes. »
Claire Obscur ne pouvait pas participer puisqu’elle n’était plus l’enseignante du garçon. Sidonia Alinea, fidèle à son rôle pro-suprémaciste, s’était distinguée en s’abstenant.
Il découvrit, au verso du parchemin, une courte lettre signée par Alfred Beauxbâtons. Il la parcourut, submergé par l’émotion.
« J’ai demandé à remplacer Dadé pour participer à cette initiative. Il a renâclé pour céder sa place, mais j’ai fait péter les galons, comme disent les militaires moldus. Je voulais le faire après que tous les autres enseignants se soient livrés à l’exercice. Je suis un homme pudique, quoi qu’on en dise et je ne souhaitais pas que mes aimables confrères aient connaissance de certains détails. Hercule, pour les deux cours que je dispense, je te donne deux OR+ additionnels. Le premier, c’est pour avoir sauvé ma peau dans la chambre d’oxygénothérapie. Je sais que tu m’en as sorti avant l’explosion et surtout comment. Un secret que je n’étalerai pas. La seconde note maximale, c’est pour avoir une deuxième fois sauvé ma vie et prolongé mon existence au-delà du court terme qui m’était promis. Grâce à ton autre secret. C’est bien peu pour m’avoir évité d’avaler ma chique. Je te l’ai dit, en classe, tu es un emmerdeur de première, mais j’adore ça. Enseigner me fait me sentir vivant et avoir un esprit tel que le tien, avec du répondant, me pousse à donner encore plus. J’ignore ce que tu feras de ton existence. J’ai pas de don de voyance ! Mais je suis sûr d’une chose : la médicomagie y aura toute sa place, elle sera à ton service. Et, au cas où tu noterais un certain élément inhabituel dans mon écrit, tu n’as pas rêvé, ce n’est pas une erreur de ma part. Je t’ai appelé par ton prénom. Merci. ».
Il reposa le rouleau, se déhancha en grimaçant pour se glisser sous son drap et disparut. Il ferma les yeux et fondit en larmes.
Au matin du lundi 7 juin, Hercule quitta l’infirmerie en fauteuil roulant. Il parvenait à se mettre debout, pour quelques secondes, au prix de souffrances terribles. Le médicomage le consigna dans sa chambre où il était autorisé à préparer les examens à venir. Il éprouva les pires difficultés à rattraper les cours, même en s’aidant des notes de Sigrid. Il avait beau répéter, rien ne s’inscrivait depuis son réveil. Katarina usait de son pouvoir et de ses haïkus pour favoriser la reconstitution mentale. En vain. L’esprit du jeune garçon était imperméable. La seule image qu’elle percevait, c’était une muraille noire, infinie comme l’espace, sans le moindre interstice à exploiter, un univers de néant effroyable.
En fin de matinée, le convalescent sortit de son domaine personnel et déambula dans le hall, poussant sur les roues du fauteuil en couinant, la faute à son poignet gauche et sa clavicule, loin d’être consolidés. Il avisa le bain chaud qui lui faisait envie. Impossible de quitter ce maudit engin à roulettes, de se mettre nu et d’enfiler sa tenue de baignade, quand l’habillage matinal lui coûtait déjà trente minutes.
Mais soudain, ce fut l’illumination. Il retourna dans sa chambre, extirpa le maillot de son armoire et le posa sur son lit. Il transplana sans ses frusques, atterrit sur le matelas, nu comme un ver. Il réitérera l’opération en glissant dans la tenue de baignade et transplana une dernière fois dans l’eau. Au diable les bandages ! De toutes les façons, il fallait les changer trois fois par jour.
Calé au bord de l’onsen, il inspira à fond et s’immergea en totalité. Le liquide miraculeux n’agit pas aussi vite que d’ordinaire. Il fallut près de trente secondes pour que les barrières cèdent. Une monstrueuse migraine, soudaine, lui ravagea le crâne. Il serra les dents, luttant pour ne pas faire surface. Il comprima l’air dans ses poumons, en butte au tiraillement intérieur : émerger ou tenir. L’intensité de la douleur finit par diminuer ; cette victoire l’incita à poursuivre son effort.
Lorsque Hercule sortit enfin la tête, il crut que sa cervelle déraillait ou que l’eau n’avait pas agi comme d’habitude. Au centre du bain chaud, flottait un Patronus de loup. Le garçon avait des hallucinations ! Visuelles et auditives, car l’apparition s’exprima :
— Bonjour, Hercule. J’ai envoyé un Portoloin international à l’attention de Max. Il servira à effectuer votre aller-retour le 25 juin, pour la cérémonie de parrainage. L’artefact est… différent de ceux que tu as déjà utilisés. Prends soin de toi. Maïkan.
— Je veux apprendre à envoyer un message parlant, visuel. C’est… fantastique ! Et pratique !
Il glissa une nouvelle fois dans l’eau et sut quelle serait sa prochaine expérience. La douleur crânienne n’opéra pas de retour. Il eut enfin accès à tous ses anciens souvenirs, y compris ses apprentissages du matin.
Après avoir réintégré son espace de vie, abusé du transplanage pour retirer ses effets de bain, se sécher et enfiler ses vêtements du jour, il se dota de ses deux baguettes, sortit de sa chambre dotée des sortilèges anti-transplanage les plus redoutables et se matérialisa dans la salle blanche avec son fauteuil roulant. Il ignorait quels seraient les exercices imposés en M.E.S. Il était juste persuadé que la référente Urtica userait d’un système de tirage au sort pour attribuer les sujets. En effet, il l’avait surprise, à deux reprises, avec le haut-de-forme d’Edmond. Il était assez profond pour y loger une soixantaine de cartons, pliés, revêtant un sort à accomplir. Il s’empara de sa baguette de cèdre et lui parla.
— Ma chère compagne, je connais votre dégoût pour l’exécution des sorts agressifs, violents. Certains sortilèges ne font pas écho en moi car ils ne correspondent pas à ma matière de prédilection. Comme vous le savez, Sigrid excelle avec le métal, Shin manipule l’eau à sa guise, Eugénie se joue du feu, Umbelina maîtrise le vent et moi, je me débrouille avec le bois. À nous cinq, nous couvrons presque tous les éléments. Il me semble, mon amie, que métal et bois sont des sous-domaines de l’élément manquant. Devinez-vous lequel ? La terre. Celle dont on extrait les roches métalliques, le substrat où les arbres s’enracinent et se nourrissent. Il y a un sortilège simple que nous réussissons, habituellement. Il s’agit de Duro. L’enchantement servant à créer une pierre. Le souci, ma bonne amie, c’est que je ne parviens pas à produire autre chose que de la craie friable. Ça, voyez-vous, sans disposer du don de voyance, je peux déjà vous prédire quelle note sera attribuée à cet exploit indigne de nous : FONTE+. Nous échapperons de justesse à l’échec total. Il y a moyen de faire mieux. Alors, je veux produire une pierre qui puisse résister au feu que Eugénie serait capable de générer, à l’érosion du vent et de l’eau que mes amis portugais et japonais seraient capables d’engendrer. Une roche aussi dure que du diamant, avec laquelle sculpter le verre avec une redoutable précision devient possible.
Il ajouta en chuchotant :
— Vous ne voudriez pas que je fasse appel à Benben pour m’assurer d’une plus grande réussite ? Hum ?
Assis dans le fauteuil, il visualisa une roche et lança le sort.
— Duro !
Le résultat fut supérieur au gypse qu’il créait d’ordinaire. Il fut malgré tout rayé puis brisé par du quartz. D’ailleurs, sa médiocrité ne lui permit même pas d’entamer un morceau de verre proposé par le Sondeur.
— Non, non, cela ne me convient pas. Sur l’échelle de Mohs, 1 ce caillou se hisse à peine au niveau de la fluorine, à l’indice de dureté 4. Cela correspond à une note ÉTAIN+. C’est très insuffisant.
Il recommença des dizaines de fois jusqu’à ce que la vision d’une scène passée, datée du début d’année, en classe de M.E.S, s’imposât à lui, en surimpression de l’objectif visé. Il crut que ce souvenir agissait comme un parasite, une nouvelle incapacité à se concentrer. Le résultat prit la forme d’une roche noire polycristalline avec des reflets bleus très métalliques.
— Sondeur… Pourriez-vous me fournir un morceau de topaze ? S’agissant d’une pierre fine, je m’engage à vous la restituer dès que j’en aurai fait usage. Un indice de dureté 8 sur l’échelle de Mohs, voilà qui me semble probant.
Une topaze bleue fit son apparition sur les genoux du sorcier. Il s’en servit pour attaquer la roche noire mais la fourniture du Sondeur, à force de frottements, de raclement, finit par se briser. L’âme du château effaça les résidus.
— C’est solide ! Elle nous assure l’obtention d’un ARGENT+, voire OR-. Voyons si c’était un coup de chance…
Il focalisa son esprit sur la scène et relança le sortilège Duro. Il fut enchanté par le produit obtenu. Il consulta sa montre : il était bientôt 11h00. Le cours d’anglais s’achevait et les amis de son niveau allaient rappliquer pour s’entraîner. Il roula jusqu’à ses productions, les attira à lui et les empocha. Il se décidait à en rester là lorsqu’une idée saugrenue le traversa soudain. Un autre sort à contrôler.
Il ferma les yeux, fit tournoyer sa baguette de cèdre et le lança. Il réussit au-delà de ses espoirs. Le coma n’avait pas tout anéanti et l’eau miraculeuse de l’onsen avait agi.
L’ultime période d’apprentissage défila à vive allure. Les enfants étaient plongés dans les révisions. Sigrid refusait de voir le suprémaciste de Luca Rosso lui chiper la place de leader. Le samedi précédent la première semaine d’examen, Hercule fut enfin en mesure de quitter son fauteuil roulant. Cependant, très vite, il dut renoncer à se passer d’aide. Son poignet était consolidé, tout comme la clavicule mais sa jambe gauche, plus morcelée que la droite, persistait à lui causer des douleurs lancinantes. Il ne voulut pas prendre le risque d’une dérobade, accompagnée d’un choc au crâne, toujours enserré dans la cage métallique protectrice.
À sa demande, Shin lui rapporta une section de noyer d’un mètre dans laquelle il sculpta une canne. Sur la longueur, il reproduisit les runes entrevues sur la mollette de la baguette de Dune. Sur le pommeau, il grava la carte du monde, selon la projection de Mercator. Il perça quelques points matérialisant les localisations présumées des écoles de magie, lança un modeste sortilège et se contenta d’appliquer une cire sur le bois. Ainsi équipé, il évita de faire du moindre déplacement, un calvaire et soulagea son membre douloureux.
Ses progrès spectaculaires stupéfiaient Alphonse et Rose mais Alfred soupçonnait l’origine du rétablissement accéléré. Le garçon avait fait usage de Benben pour améliorer son état physique et mental. Le jeune Belge pensait avoir préparé les ultimes épreuves au mieux et avait décidé de ne pas plonger dans les révisions lors du week-end.
Après s’être acquitté de ses tâches à la ménagerie, il avait investi le bureau d’Ursula. Là, il avait fait usage de ses carrés magiques pour donner des nouvelles à sa mère, qu’il comptait revoir à la cérémonie, à Adeline pour lui confesser comment le transplanage l’avait assisté au quotidien pour compenser ses blessures et à Juliette pour lui avouer qu’il était parvenu à créer un minéral à la dureté et à la densité moléculaire supérieures à la topaze. Juliette lui avait demandé s’il avait tenté de lancer un sortilège proposé par Agatha Jasper. Il n’y avait pas songé et s’y attellerait dès que possible. Au fil des échanges, il était arrivé à un point qui lui tenait à cœur.
— Juliette, vous êtes la sorcière la plus scientifique, la plus intelligente que je connaisse. Vous n’avez toujours pas tout appris en lisant, dans votre chambre. Avez-vous eu un précepteur ?
— Oui. Une femme. Pendant trois années, jusqu’à ce que je développe mon syndrome.
— S’agissait-il de ma référente, professeure de runes, Dune Dunne ?
— C’était elle. Comment as-tu deviné ?
— Votre capacité commune à ouvrir un passage vers les degrés du Sondeur.
— Malin. Bien joué !
— Merci. A-t-elle déjà mentionné sa famille ? C’est un sujet dont les enseignants parlent parfois. J’ai juste une drôle d’impression la concernant. Elle n’apparaît dans aucun registre moldu ou sorcier.
— C’est un peu normal. Lorsqu’elle est née, le recensement de la population n’existait pas.
— Que voulez-vous dire ? Madame Dunne nous affirme avoir reçu une formation de druidesse dans sa jeunesse et je pense qu’elle a suivi les enseignements d’une école installée sur un tapis volant géant. Ce n’est pas la vérité ?
— Si, c’est vrai. Elle est druidesse et a reçu ses connaissances d’un druide né en 154 avant notre ère.
— Pardon ? Elle aurait 2000 ans ?
— Dune n’a pas d’âge. Elle a été conçue dans le degré 300.
— Le monde du papier ?
— Oui.
— Mais par qui ?
— La muse Uranie, du degré 30 et le génie Ibn Assoul.
— La muse des étoiles, inspiratrice de l’astronomie et l’astrologie. Ce Ibn Assoul, est-ce l’un des génies enseignant à l’école Sajadatan ? A-t-il la peau verte ?
— Tu es… stupéfiant, Hercule. Vraiment. Au fait : as-tu réfléchi à l’enchantement du quartz ?
— Un peu. Je crois qu’il faut trois parties. La première définit des règles immuables, universelles. La seconde, c’est l’intelligence sorcière proprement dite, toutes les capacités, y compris une langue propre pour exprimer tout ce qui doit l’être, d’un point de vue fonctionnel.
— Et la dernière, ce sont les informations sur nos virus, nos bactéries, un espace extensible à l’infini ou presque.
— Exact.
— Nous pensons à l’identique. Nous pourrons bientôt collaborer et révolutionner le monde sorcier. En secret, c’est promis !
Le garçon s’amusa de cette ultime réflexion. Juliette était enfin consciente des risques encourus en dehors de l’hôpital et du danger suprémaciste. Jusqu’à présent, elle avait avancé à visage masqué et cela lui avait plutôt bien réussi.
On frappa à la porte. Shin et Katarina s’annoncèrent. La jeune fille venait avec de nouveaux haïkus pour recréer les connexions perdues dans le cerveau du Belge.
— C’est aimable de votre part, Katarina mais… votre démarche est vaine. Je me souviens de votre venue, dans l’antichambre. La sortie et le palais, devenu une forteresse imprenable. Il n’y a plus moyen d’entrer là-dedans, affirma-t-il en pointant sa tempe droite.
— Je laisse tomber ?
— Oui. Laissons faire les synapses comme elles l’entendent. À leur rythme.
— Ça ira, pour les examens ?
— Je le pense, Shin. Après tout, j’ai obtenu d’excellentes notes jusqu’à présent. Cela suffira pour me conduire à la quatrième année d’enseignement.
— Et ensuite ?
— Ensuite, mon cher voyant, nous verrons bien !
Les enfants se regroupèrent pour se rendre au restaurant. Quelques professeurs résidents attendaient. Lorsque les elfes de maison ouvrirent les portes, ce fut la ruée comme si les étudiants n’avaient rien avalé durant 24 heures. Hercule fit barrage avec sa canne de marche pour céder, par galanterie et par respect, la place à Dune. La référente le remercia et le garçon répondit :
— C’est normal, Madame. Honneur à la doyenne de l’Académie.
Elle se retourna, à demi surprise. Puis, elle confessa :
— J’espérais que le mystère tiendrait plus longtemps.
— Mais certains points demeurent encore nébuleux. Par exemple : comment Ibn Assoul a-t-il eu vent des degrés ? Qu’est-ce qui l’a poussé à jeter son dévolu sur le degré 30 ? Comment le 300, si destructeur, a-t-il créé la vie, inversé le processus ? Car il s’agit bien de celui-ci ? La muse Uranie a-t-elle réussi à donner la vie à un dessin à l’aide d’encres magiques, comme celles élaborées pour les tatouages enchantés ? Voyez, solutionner un mystère en génère une multitude supplémentaire.
— Ceux qui croient que tes capacités ont diminué, vont être déçus et redoubler d’efforts pour t’abattre. C’est l’occasion idéale pour leur laisser imaginer qu’ils t’ont privé de tes dons.
Il chuchota :
— Je devrais commettre des erreurs, montrer des faiblesses imaginaires ?
— Choisis tes matières avec logique et sème des cailloux… Bien, ta canne ! Très jolies gravures. Exécution des runes parfaites. La carte. Presque pas d’erreur.
— Vraiment, Madame ? Observez bien le point au-dessus du royaume de Perse…
— Zut ! Il se meut. Dommage… À lundi, pour la première épreuve. Les runes.
Elle s’éloigna tandis que le garçon décryptait les sous-entendus de la druidesse. Elle souhaitait des fautes intentionnelles. Il devait définir une stratégie plausible par discipline.
Dans la salle de classe, les élèves, travailleurs ou venus en dilettante, étaient tous soumis au même stress. Cette trouille indicible précédant la découverte des sujets d’examen. Une peur se transformant en soulagement après la lecture ou, plus dramatique, en panique totale par méconnaissance. Dune donna l’autorisation de décacheter les rouleaux d’énoncés.
Comme Hercule le soupçonnait, la moitié des questions portait sur les domaines étudiés au cours de l’année et des deux périodes passées à l’Académie, époques dont le contenu était censé être acquis. L’autre moitié des interrogations visait les deux dernières leçons de l’année. Hercule ayant eu les cours de Sigrid en mains, il n’éprouva aucune difficulté pour traiter les sujets. En revanche, du côté de Rosier, Rostang de Hautefeuille et compagnie, les occasions d’extorquer les leçons aux modérés s’étaient faites rares. Mieux ou pire, selon le point de vue, ils avaient jeté leur dévolu sur Clervois et de Vries. Les Belges s’étaient entendus pour produire une copie truffée de fautes vraisemblables de leurs prises de notes. Erreurs identiques sur les deux sources. Les suprémacistes auraient la surprise le jour de la remise des diplômes.
Hercule prit le temps de réaliser un brouillon avant de produire la copie définitive. C’est à ce moment qu’il glissa trois énormes bévues dans ses réponses. Selon ses calculs, il récolterait un ARGENT-, soit sa plus mauvaise note de l’année, exception faite des derniers contrôles sanctionnés par une FONTE, pour absence. Au terme des deux heures, il rendit son travail à Dune avec le sourire et en indiquant le chiffre 3 avec ses doigts.
— Continue ainsi, lui souffla-t-elle.
Les épreuves de la matinée étaient terminées pour les étudiants de troisième année. Elles reprenaient dès 14h00. Au cours du déjeuner qui suivit, le garçon, assis près de Sigrid, lui confia :
— J’avais de Luca Rosso dans mon champ visuel. Il fut très préoccupé par les mouches volant près du plafond.
Elle rit de bon cœur, porta son regard au-delà du miroir et décela un signe de perdition chez l’Italien. Bérénice, Séraphin et Andrea en avaient terminé avec les sciences et le français. Noël avait débuté par son domaine de prédilection : les potions. Puis, il avait œuvré en Occlumancie avec brio. Le Belge s’abstint de commenter ses performances, adoptant l’attitude habituelle de Sigrid en ces instants particuliers. Il se projetait déjà dans le test suivant où il s’interdisait de commettre des impairs devant les suprémacistes. Ceux-ci devaient être convaincus que sa magie était intacte mais que ses capacités intellectuelles avaient diminué.
Le début de l’évaluation des Maléfices Enchantements et Sortilèges arriva très vite. Les élèves découvrirent un duo d’examinateurs en les personnes d’Elvira et Max. Les étudiants furent invités à plonger la main dans un haut-de-forme et à en extraire deux sujets. La référente Urtica imposa le sortilège Duro à toute la promotion. Le tirage au sort conduisit Hercule à devoir exécuter un Oubliette sur Max et à produire un Flambios en lettres gothiques. Le nettoyage de la cervelle du professeur fut effectif. Quant à l’écriture flamboyante, elle perdura jusqu’à la fin de l’épreuve, résistant au Finite. Hercule se paya le luxe de ne pas formuler ces sorts et fut certain d’obtenir des gratifications.
Les sujets, tirés au hasard par les élèves, furent vite traités. Avec Elvira, il n’y avait pas de demi-mesure. En revanche, l’évaluation de la résistance des roches produites par le sortilège Duro nécessita des tests poussés. La roche noire polycristalline aux reflets bleus d’Hercule réduisit le caillou grossier de Rosier en miettes ou, plus précisément, en gravats. Elle eut raison de toutes les matières fabriquées par magie. En dernier ressort, Elvira usa d’une bague ornée d’un solitaire de quatre ou cinq carats, une pièce magnifique. Elle s’en servit pour rayer la roche d’Hercule. Elle échoua, à sa grande surprise. Elle fit alors apparaître une loupe enchantée afin de contrôler l’état de son splendide bijou. Il était rayé. Or, seul un diamant pouvait en rayer un autre mais, dans ce cas, il aurait dû entamer la pierre noire. Elle s’abstint de tout commentaire, inscrivit quelques lettres sur un parchemin et Max approuva d’un signe de tête. Grâce à leur organisation efficace, les deux enseignants en eurent terminé en 1h45. Ils autorisèrent les étudiants à quitter la salle blanche pour se rendre, pour certains, à l’observatoire où l’épreuve d’Arts magiques les attendait. Ils retinrent Hercule quelques instants. Max s’inquiéta :
— Ça va ? Tu tiens le coup ? Tes jambes ?
— Oui, Professeur. Mais pour l’instant, je ne peux pas me passer de ma canne. Je redoute l’épreuve de duel.
— C’est compréhensible. Tu feras de ton mieux, rassura Max.
— J’ai une question à propos du sortilège Duro, relaya Elvira. Ce sort n’était pas un de tes points forts, surtout avec ta baguette historique. Le changement est radical. Peux-tu nous l’expliquer ?
— Bien sûr, Madame. Vous souvenez-vous de la vision cauchemardesque de Shin lorsque nous avons affronté l’Épouvantard ? Cette explosion monstrueuse, que le plus puissant des obus moldus n’égalerait pas.
— Oui, celle prenant la forme d’un champignon de feu. Comme si…
— … on assistait à la naissance d’une étoile. C’est la vision qui se superpose devant moi lorsque je lance Duro. J’ai testé la résistance de la roche noire avec une topaze qui a été réduite en morceaux. Je pensais alors avoir atteint 9 sur l’échelle de dureté.
— Je connais cette classification, reprit Max. Jean nous l’a exposée. Il semble que ta roche soit un cran au-dessus de la dureté d’un diamant.
— Oh… Mais alors, qu’ai-je créé ? Un matériau inexistant ? Un super diamant noir ? 2
— Nous l’ignorons. Bien… Tu peux partir.
— Euh…
— Oui ?
— Je voudrais vous signaler un fait nouveau. Avant mon coma, un certain sortilège m’échappait en dépit de mes tentatives tout au long de l’année, pour l’accomplir. Je ne parvenais pas à le stabiliser plus de quelques secondes. Depuis mon agression, je suis capable de le générer et il est fiable, durable.
— Ah ? Lequel est-ce ?
— Il est sans danger.
— Alors, je t’en prie, l’encouragea Max.
— J’essaie.
Il se concentra et puisa dans sa mémoire. Il inspira et sourit. Il ressentit le goût du baiser. Le professeur McFlurry avait raison. Rien n’était plus puissant.
— Expecto Patronum.
La baguette de cèdre tournoya et produisit le bouclier d’énergie positive. Peu à peu, sa forme arrondie prit une apparence animale. La créature majestueuse se tourna vers les professeurs, subjugués. Leur fascination se mua en frayeur lorsque le Patronus ouvrit ses yeux écarlates et les posa sur eux. Le Hortza, dont la tête culminait à deux mètres, en imposait. Sur un geste du garçon, il s’évanouit. Il fut félicité pour cette victoire sur lui-même et autorisé à se rendre à l’épreuve suivante.
Le plan d’Hercule était simple. Dans les disciplines où il n’était pas le leader incontesté, il plaçait des erreurs volontaires. En anglais, en français classique ou rédactionnel, en astronomie. Dans les matières où sa mémoire absolue l’avait imposé comme incontournable, il s’autorisa des bévues afin de démontrer que désormais, il était faillible. Ce fut le cas durant l’épreuve d’Histoire de la magie, celle de métamorphose – il commit une fantaisie pour générer une coupe en verre au lieu du cristal demandé – et en sciences où il fut aisé d’introduire une erreur de calcul finale sur des accélérations. Il omit une virgule, causant à un sorcier en chute libre de 500 mètres une accélération positive de 561 g au lieu de 56,1 g à l’impact sur le sol. Peu importait : c’était bien plus qu’il en fallait à un corps pour creuser un cratère.
L’exercice auquel Hercule s’astreignit durant les épreuves, trouva néanmoins ses limites, notamment en soins aux créatures magiques. Les pensionnaires de la ménagerie, si habitués à sa présence, anticipaient chacun de ses gestes. L’épreuve de médicomagie et de perfectionnement portait sur des sujets où Hercule avait déjà décroché les notes maximales. Il était trop dangereux de glisser des fautes sans éveiller les soupçons des deux médicomages affectés à la correction. De même, que ce soit la réalisation de potion simple ou celle de masse, Ambroisine aurait eu vite fait de détecter la fraude venue de l’élève le plus rigoureux à qui elle enseignait, exception faite de Noël.
Il parvint à glisser une coquille en botanique médicale, prenant soin de bien la choisir durant la dernière demi-heure d’épreuve et faisant attention à ne pas laisser Ursula croire qu’il en avait terminé depuis un moment.
Les examens s’achevèrent avec les potions en masse, le jeudi 24 au matin. Mais, avant cela, il y eut des moments épiques : les affrontements. Le plus redouté, c’était le duel. Il avait lieu l’après-midi du mardi 15 juin et durait quatre heures. Comme en M.E.S, il y avait deux juges : Elvira et Max. Au tandem d’examinateurs, s’ajoutaient Rose, Alphonse et Alfred, pour gérer les inévitables blessés. Se déroulant au tout début des deux semaines d’examen, le duel handicapait Hercule. Les praticiens s’étaient opposés à sa participation mais le garçon, appuyé sur sa robuste canne, le crâne protégé par sa cage métallique, s’avança vers les juges pour tirer au sort le nom de son adversaire.
La règle du duel n’était pas la même que l’année passée. Il s’agissait de noter la combativité, l’adresse, l’inventivité, la résistance. Un élève pouvait très bien être éliminé dès le premier tour mais glaner une bonne note en comblant les attentes des enseignants, surtout face à un adversaire beaucoup plus fort que lui.
De plus, il n’y avait pas deux épreuves – duel et perfectionnement – mais une seule. Le principe était simple : la moitié des 88 participants effectuait un tirage au sort pour connaître les adversaires au premier tour – un astucieux sortilège repousse-Moldu, détourné, empêchait le sorcier de tirer le papier où son propre nom était inscrit –. Ensuite, face à face, les affrontements avaient lieu. À l’issue du dernier combat, les noms des gagnants étaient remis dans le chapeau et le hasard s’exprimait à nouveau.
Hercule, en appui sur sa canne, plongea la main gauche dans le chapeau de sorcier et retira un morceau de papier épais, plié en deux. Il le tendit à Elvira. Elle lut :
— Rosier !
Le gominé efflanqué, grand échalas surplombant désormais le Belge d’une tête, se présenta face à son adversaire, pressé d’en finir avec lui. Dès que les 44 paires furent constituées, Elvira édicta les règles.
— Pas de sort noir, pas d’impardonnable. L’affrontement cesse lorsque l’un de vous n’est plus en mesure de combattre. Compris ?
— Oui, répondit Hercule avec les autres étudiants.
— C’est ça, rétorqua Rosier. T’es mort, sale traître.
— Allez-y !
— Stellare…
Rosier n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Il fut stupefixé par son adversaire, silencieux. La main de l’Urticant, refermée sur sa baguette, fut emprisonnée dans une gangue de pierre noire. La densité de la matière était telle qu’il plongea en avant, entraîné par la masse. Il se mit à brailler si fort que Hercule usa, en silence, d’un amusant Caprabalat. Rosier se mit à bêler comme une chèvre.
Au tour suivant, le Belge se défit de Rostang de Hautefeuille sans violence, avec des liens, des sortilèges désarmants, rien que sa baguette de cèdre n’exècre. Au troisième passage, il fit mordre la poussière à Clervois non sans lui signifier qu’il était désolé qu’il fut éliminé. Son compatriote accueillit sa défaite avec le sourire, serra la main de son adversaire en signe de respect et le gratifia d’un « Bonne chance ! » bien sonore.
Il ne restait plus que 11 candidats à la victoire. L’un d’eux, tiré au sort, fit l’objet d’une exemption d’élimination. Sigrid fut la chanceuse épargnée. Hercule affronta de Luca Rosso. La lutte fut intense, le Belge jouant la défensive, l’Italien misant sur l’attaque. Physiquement diminué, Hercule n’avait aucun intérêt à faire durer l’échange. Et pourtant, c’était sa tactique. En appui sur sa canne, il tournait autour pour faire toujours face à son adversaire, en mouvement. Jusqu’à l’instant où l’Italien se prit les pieds et trébucha. Hercule le désarma d’un Expelliarmus efficace, suivi d’un sortilège du saucisson. Après ce quatrième tour, ils ne furent plus que six : Eugénie, Shin, Umbelina, Sigrid, Hercule et Rosa Fuchs. Pas un seul suprémaciste. Fuchs finit par avoir raison de Shin. Umbelina lutta contre une Eugénie déchaînée et vainquit. Hercule fut contraint d’en découdre avec sa future associée, avant d’avoir le dessus en détournant son attention, grâce au sortilège Invictum Somnium, générant une illusion. L’image tridimensionnelle d’un Bécut. Elvira se satisfit de retrouver ses anciens poulains dans le trio final.
— À présent, chacun de vous va affronter deux adversaires, annonça la référente Urtica. D’abord, Umbelina face à Rosa. Ensuite, Hercule et Rosa. Enfin, Umbelina et Hercule. Pour être déclaré vainqueur, il faut deux victoires. Si vous n’en obtenez qu’une, vous serez tous les trois ex-æquo. Les règles ne changent pas : aucun impardonnable, ni de sort noir. L’adversaire doit être mis hors d’état de combattre.
La Portugaise trouva en Rosa une adversaire à sa mesure. La Luxembourgeoise était une meneuse, une battante. Issue de l’ordre Lonicera, elle passait son temps libre en salle blanche. L’avoir à ses côtés était toujours un atout de poids. Il fallut près d’un quart d’heure de lutte pour que la princesse parvienne à pétrifier la Lonicérienne, insaisissable comme un Dirico. Après cinq minutes de repos, Fuchs repartit à l’assaut, plus vindicative que jamais. Hercule plia face à la furie de la pasionaria et finit stupefixé, poussant un hurlement de douleur. Rose se précipita à son secours mais le garçon déclina son aide. Il se releva en appuyant de toutes ses forces pour se redresser, tremblant sur la canne. Après quelques minutes de répit où Alphonse le pria, à deux reprises, de stopper sa démonstration de bravoure, le Belge se déclara prêt à affronter Umbelina.
La jeune fille, forte d’une victoire contre Rosa, en pleine possession de ses moyens, se planta devant lui, déterminée. Durant une fraction de seconde, elle crût déceler une lueur de malice dans les yeux de son adversaire et esquissa un geste en murmurant « Legilimens ». Elle se heurta à une muraille noire. Déstabilisée, elle se rua à l’attaque, la méthode ayant fait ses preuves quand Rosa avait défait Hercule. Le garçon para à coups de Protego silencieux, aussi vite qu’il put. Puis, il contre-attaqua à l’aide de Repulso mollassons, de Stupefix inefficaces, de Tornado Extremis avortés. Soudain, Umbelina s’éleva dans les airs. Hercule, pris au dépourvu, ne put éviter l’Expelliarmus venu des hauteurs. Il fut privé de sa baguette.
— Oh ! s’exclama Max.
— Tout ce qui n’est pas interdit est autorisé, commenta Elvira.
— Petrificus Totalus !
Umbelina tomba comme une pierre sur le sol dur de la salle.
— Quoi ? Comment… ? lâcha l’examinateur.
Hercule, désarmé, à terre, pointait sa canne de noyer en direction de la jeune fille. Agrémentée d’une portion de griffe de Nundu, elle incarnait la plus longue et la plus épaisse baguette qu’il ait jamais conçue. La Portugaise n’était plus en état de combattre. Lui, si ! Grâce à une ruse insoupçonnable, mise au point une semaine auparavant, dans le plus grand secret. Son astuce privait Umbelina d’une victoire facile mais indispensable pour être déclarée vainqueur. Cela ne changerait rien à la notation méritée du trio finaliste : OR+.
Au lendemain de l’exploit de Van Betavende, ayant fondé des espoirs sur la crédulité de ses adversaires, il y eut l’épreuve de Legilimancie où sa performance fut jugée honorable par Sean McFlurry. Cela lui vaudrait un BRONZE, peut-être augmenté d’un signe positif. L’une des épreuves où il était attendu par les enseignants, avec une certaine appréhension, c’était l’Occlumancie, sanctionnée par Max, Sean et Elvira. Ils attendaient une résistance accrue des étudiants de troisième niveau et n’hésitaient pas à se mettre à deux pour l’éprouver chez les élèves les plus doués.
Les affrontements se déroulèrent à huis clos. Lorsque ce fut son tour, le Belge entra dans la pièce, salua les enseignants, retira sa cape et remonta les manches de sa chemise. Sean lui demanda :
— Où est ta baguette ?
— Je n’en ai pas.
— Sans baguette, je n’aurai aucun mal à percer tes pensées.
— Si mes suppositions sont correctes, vous en serez incapable, Professeur.
— Allons, ne dis pas de bêt… Legilimens !
Hercule le fixa du regard puis incita Max et Elvira à entrer dans la danse. Les ordres fusèrent et les trois baguettes frappèrent le crâne du garçon de leurs faisceaux inquisiteurs.
— Allez ! grogna Max. Du nerf !
— Je ne fais que ça ! répliqua Sean.
La première personne à renoncer fut Elvira. Elle comprit que Hercule n’était plus le même. À l’intérieur, c’était à la fois le néant et le tout. Poursuivre la Legilimancie dans ces conditions, c’était prendre le risque de se faire happer, dévoré par le vide.
— Je… commença Max. Je…
— Stupefix ! lança la référente sur son jeune confrère pour lui faire lâcher prise.
Après un effort prodigieux, l’Écossais parvint à baisser sa baguette. Il dévisagea la référente, l’implorant de donner des directives.
— Je n’ai jamais assisté à la transformation d’un sorcier en Occlumancie. Nous naissons avec cette faculté ou nous la maîtrisons grâce à une baguette. C’est peut-être une révélation tardive, puisque que ta mère est une authentique Occlumens. Hercule, je vais te révéler pourquoi elle et moi sommes amies. Si son esprit est impénétrable, son cœur a toujours été ouvert. Ne l’oublie pas.
— Oui, Professeur.
— Tu peux y aller.
Le garçon repoussa les manches de sa chemise, ramassa sa cape, remit de l’ordre dans sa tenue avant de saluer les examinateurs.
— C’est incroyable ! s’extasia le jeune professeur.
— Wonderful ! ajouta son confrère.
La femme songea à la prophétie et à la boîte de Pandore. La fermeture du garçon en était-elle l’analogie ? Cela signifiait-il que l’espérance, trop lente à se manifester, ne s’échapperait pas ? Elle soupira et murmura :
— Il faut qu’elle réussisse.
À mi-parcours de la quinzaine des examens, la traditionnelle réunion d’information eut lieu dans l’amphithéâtre Flamel. Lors de cette session extraordinaire regroupant les deuxième, troisième, sixième et huitième niveaux, des choix, éclairés par la directrice de l’Académie, furent opérés par les élèves. Dans l’ensemble, ceux de troisième année reconduisirent les vœux de l’année précédente. Cependant, on assista à quelques désistements opportuns comme celui de Rosier, en divination, Rostang de Hautefeuille, en médicomagie et Farges-Lacaze, en Arts magiques. Laurine abandonna le soin aux créatures, manquant de succès avec les bêtes à poils, écailles et plumes. En contrepartie, elle réclama à participer au français rédactionnel. Hercule ne changea pas d’un iota ; après tout, il s’était hissé au niveau d’Umbelina, la référence, qui n’en revenait toujours pas d’avoir été tenue en échec par…
— … un infirme ? taquinait le Belge, dès qu’elle remettait sa défaite par ruse sur le tapis. La professeure de Bazincourt a été claire : mettre l’adversaire hors d’état de combattre. Un Expelliarmus ne fait que le priver de sa baguette, pas de sa combativité, ni de ses autres moyens.
Dans l’esprit du garçon, c’était une véritable leçon sur la négociation. Toujours prévoir que l’adversaire vous réservera un coup tordu.
Au sein du Gerbera, Noël, seul élève de deuxième année, troqua l’étude des Moldus et la divination contre la botanique médicale et les potions en masse. Refusant de lâcher quoi que ce soit d’autre, il imita Hercule et opta pour le français rédactionnel, sans contrepartie.
— Parce qu’un jour, il faudra bien écrire un manuel de potions où même les élèves les plus nuls réussiront.
— « Les potions pour les sorciers nuls » ?
— C’est un bon titre, Hercule. Je veux démocratiser les potions.
— Oh là ! Dé-mo-cra-ti-ser ! Quel langage de politicien, mon jeune ami ! Mais que votre idée soit louée et mise en œuvre ! Je vous le souhaite.
Au soir du 24 juin, les enfants préparèrent leurs bagages sauf Séraphin qui changerait juste d’habitation pour l’été. La pression accumulée se libéra dans les remous et les vapeurs de l’onsen. Chacun évoqua ses occupations durant les prochaines vacances, débutant dans 24 heures. Eugénie, Sigrid et Hercule s’abstinrent de dévoiler leurs desseins.
La nuit venue, alors qu’Hercule dormait depuis quelques heures, une forme blanchâtre se matérialisa au pied du lit. Elle tenta de s’immiscer dans l’esprit du dormeur mais échoua. Peut-être à cause de cette cage métallique ceignant son crâne ? Un autre spectre apparut à ses côtés.
— Vous êtes Waldo.
— Vous êtes Johannes. Lui, c’est…
— Hercule, votre neveu.
— Oui… Oui.
— Un de mes élèves favoris. Venez avec moi, Waldo. Vous aimez voyager et je puis contenter votre soif de découverte.
Les fumées blanches se dispersèrent.
1 Friedrich Mohs, un Moldu allemand, a inventé en 1812 une échelle de dureté des minéraux allant de 1 pour le talc, friable sous l’ongle à 10 pour le diamant, uniquement rayable par un autre diamant.
2 Involontairement, Hercule a créé un hétérodiamant composé de carbone, de bore et d’azote, grâce aux mégapascals de pression produits au cœur de l’explosion atomique de la vision de Shin.