Beauxbâtons - La dernière chance

Chapitre 23 : Sortilège 23 : il faut sauver Noël

7515 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/10/2026 12:32

La prédiction d’Agathe s’était accomplie. Le samedi, à 10h00, en libérant Barthélémine, Elvira n’avait pas trouvé d’élèves de Gerbera. Elle ignorait quelles étaient les alternatives occupant les trois élèves restantes. Elle aurait été sidérée par le choix d’Eugénie de se rendre dans le degré 140 avec l’intention d’en tirer quelques décilitres d’essence florale. Elle aurait validé l’idée d’Umbelina d’écrire à Günther Dornier pour lui proposer une association et pourquoi pas, une nouvelle tentative pour battre son record d’altitude. Elle aurait été tiraillée entre approbation et réprobation de Sigrid, décidée à découvrir ce que Hercule dissimulait en découchant plusieurs soirs au cours du mois, ce qu’il mijotait avec son intérêt soudain pour la biologie, la biochimie, l’hématologie, tellement éloignées de la magie. Elle aurait fini par valider la démarche de la jeune fille, inquiétée par un brusque changement d’humeur du garçon. Depuis trois jours, il était empressé, expéditif. Il ne perdait pas le contrôle mais la frontière était proche.

La femme ne savait rien de tout cela, hormis ce que Agathe lui avait servi de façon brutale, indigeste, sans oublier l’information transmise aux quatre référents : la vie d’Hercule était en danger. Le souci, c’est qu’il s’enfermait de plus en plus, assurait que tout allait bien et échangeait de moins en moins avec ses amis. Agathe comptait beaucoup sur Ursula pour maintenir le lien, grâce à leur amour commun des créatures magiques mais aussi sur Dune, la référente différente pour l’ordre rassemblant les élèves les plus singuliers.

À 10h05, Elvira leva le camp et quitta le château. Alors qu’elle entrait dans la Cabane Enchantée, elle croisa Claire, revenue de Bourg-Enchanteur où elle avait commis quelques achats.

— Bonjour, Elvira.

— Bonjour, Claire.

— Tu rentres ?

— Oui.

— Bonne journée.

Alors qu’elle faisait mine de poursuivre son chemin pour ne pas s’éterniser ou discuter dans le vide, la référente fut retenue par la main de la divinatrice, apposée sur son épaule. Les yeux de la rousse parurent sortir de leurs orbites. Elle débita sur un ton inanimé :

— Tu as été aveuglée par le soleil.

— Quoi ?

— Le soleil que tu as allumé.

— Que dis-tu ?

— On ne peut pas éteindre le soleil, à moins qu’il ne s’effondre sur lui-même. Il se transforme alors en un astre noir et la boîte de Pandore où il ne subsiste que l’espoir, n’a plus de raison d’être ouverte.

— Claire ?

— Oui ?

— Que disais-tu ?

— Bonne journée.

La divinatrice ouvrit la porte de la Cabane et disparut laissant la référente pantoise. Si c’était une prédiction, c’était une première car jamais Claire n’en avait reçues ou exprimées de la sorte. Plus rien ne tournait rond, à l’Académie. Comme si la fin des temps approchait.

L’usage du microscope passionnait Hercule. Installé sur une chaise, face à une paillasse de la serre, le garçon profitait de la tranquillité éphémère des lieux. Agathe avait entériné la décision d’agrandissement, quitte à ce que les travaux de transformation durent deux ou trois années, raclant le moindre Gallion partout où il était possible d’économiser. Elle développerait l’autonomie et desserrerait l’étau mis en place par Picaillou.

Les Laiséons se montrèrent si coopératifs et adorables que leur prélever une dose de liquide sanguin fut un jeu d’enfant. L’apprenti biologiste obtint deux fioles d’un centilitre chacune. Son premier test fut de confirmer une hypothèse échafaudée après ses observations de Sanguis Vestigia, l’année passée, à savoir : la couleur jaune qui apparaissait à l’issue de la pulvérisation d’un sang non humain, était foncée pour le mâle et claire pour la femelle. En toute logique, les formules mises au point pour comparer les prélèvements sanguins fonctionnaient aussi pour le monde animal.

En observant dans l’œil optique les cellules sanguines des deux créatures, Hercule ne remarqua rien de différent. Mais il ne s’attendait pas à ce qu’il en soit autrement. Pour que le sang révèle ses secrets, il fallait le soumettre à des colorants, des processus, des réactifs et parfois, il fallait séparer les constituants pour obtenir un résultat plus lisible. Le microscope trônait à côté de l’encyclopédie du parfait potionniste et d’un tas de rouleaux parcheminés, copies de parutions scientifiques moldues.

Il venait de préparer plusieurs plaquettes avec quelques gouttes de son sang lorsque Barthélémine entra dans la serre. Elle grimaça lorsqu’elle se rendit compte que Jacques était présent pour un effeuillage sévère des espèces à feuilles caduques. Hercule la salua et lui demanda de piquer son index avec une épingle. Il appliqua son doigt sur deux lamelles de verre et déposa une goutte de produits différents sur les échantillons. Il fit de même sur ses propres plaques.

— Approchez-vous et regardez dans l’oculaire.

Il plaça la première plaque sous l’optique.

— Il s’agit de votre sang à J+13.

— J+13 ?

— 13 jours après vous-savez-quoi.

— Oh… On ne voit pas grand-chose. Il y a un peu de rouge.

— Le produit que j’ai mis, c’est de l’éosine. C’est un colorant acide qui va réagir avec l’hémoglobine de votre sang. Je vous le rappelle, c’est ce qui transporte l’oxygène dans vos cellules et qui en retire le gaz carbonique expulsé par vos poumons. Voici le même test réalisé avec mon sang.

La différence lui sauta aux yeux.

— C’est plein de rouge ! Tu en as bien plus que moi.

— À présent, vous savez que votre organisme, à la seconde où nous parlons, reçoit moins d’air bénéfique que le mien.

— C’est flagrant. C’est comme si…

— … vous n’étiez pas armée pour lutter. Maintenant, nous allons comparer deux autres méthodes. C’est un Moldu nommé Max Perl qui l’a mise au point il y a 35 ans. Le vôtre, d’abord. Observez.

Elle obéit et jeta un œil. Elle aperçut trois ou quatre grains bleus.

— Maintenant, le mien.

Le sang d’Hercule était constellé de points bleus.

— Là encore, il y a une énorme différence. Qu’est-ce que cela mesure ?

— La ferritine.

— Le fer ?

— Oui.

— C’est lui qui sert à capturer l’oxygène et le gaz carbonique ?

— Exactement.

— Donc, non seulement je n’ai pas assez d’hémoglobine mais en plus, elle est défectueuse. Mon corps ne reçoit pas assez d’oxygène et n’élimine pas bien le gaz carbonique. Il suffoque et s’empoisonne.

— Vous avez tout compris. Et encore, je vous trouve en meilleur état qu’il y a deux semaines.

— J’ai suivi ton conseil. J’ai mangé plus de nourriture chargée en fer.

— C’est une bonne chose mais votre corps ne fixe pas cet élément comme il devrait et il ne produit pas assez d’hémoglobine.

— Qu’est-ce qu’on peut faire ?

— J’ai… hum… préparé un petit remontant… de la couleur du jus de fraise ou de grenade, vous voyez. Trente centilitres.

— C’est plus la saison, coupa Jacques dont les oreilles traînaient.

— Eh oui… Alors, buvez et dans trente minutes, nous verrons si ce remède miracle change votre état.

Elle se tourna pour boire et ressentit les bienfaits immédiats. Le sang du garçon était encore chaud. La source était si tentante, si bouillonnante, si appétissante. Avec un peu de chance, l’orifice pratiqué par la seringue n’avait pas encore coagulé. Elle essuya la moindre goutte quand elle entendit Jacques la taquiner :

— T’as bien raison ! Quand ça réconforte, faut pas hésiter à lécher le pot !

Elle vérifia qu’aucune trace suspecte ne coulait de sa bouche et se retourna vers les garçons. Le Belge s’avança et murmura :

— Baissez les yeux. Ils sont jaunes.

— Désolée.

— Je comprends, fit-il en tapotant amicalement son épaule, sans se rendre compte que son geste était perçu comme une autorisation de le mordre. Des étincelles jaillirent dans la manche du Belge.

— Qu’est-ce que…

— Ma baguette. Elle sent votre désir et s’y oppose.

— Elle… n’est pas pareille. C’est une nouvelle production. Qu’est-il arrivé à l’autre, la gentille ?

Le qualificatif supposait que celle au camphre ne l’était pas. Hercule esquiva :

— Excès de gentillesse, malvenu en des circonstances exceptionnelles.

— Quelles circonstances ?

En une fraction de seconde, il mesura la portée de la vérité. Il dut avouer que sa vie était en danger. Elle refusa de perdre son seul allié. Elle disposait de moyens spéciaux pour le protéger, voire le venger. Elle massacrerait les suprémacistes et pour mettre un terme au bain de sang, Elvira ou un autre enseignant la tuerait.

— Je dois remonter ma moyenne en M.E.S et en Duel.

— Oh…

Quelques minutes s’écoulèrent avant que les enfants ne déroulent les mêmes protocoles comparatifs. Les taux d’hémoglobine et de fer de Barthélémine avaient fait un bond.

— C’est stupéfiant.

— Je dirais que c’est plutôt scientifique.

— Mais… euh… comment faire quand ce n’est plus la saison des remontants ?

Jacques intervint avant même que son camarade n’émette un avis :

— Il faut des remontants de substitution, pardi !

Le Cracmol se lança dans une démonstration digne d’Hercule. Il expliqua que les légumes, les fruits, les viandes ou poissons contenaient des éléments invisibles nécessaires au corps humain et que si on n’équilibrait pas sa nourriture, l’un de ces constituants venait à manquer, créant une carence. Le sorcier ou le Moldu savait, par exemple, que la consommation d’agrumes, en été, faisait une différence avec l’hiver où leur absence se traduisait par une fatigue accrue. Aussi, pour contrecarrer ce déséquilibre, il suffisait de cultiver dans des serres pour avoir les produits sur une plus longue période.

— Imagine un peu, Hercule, si on pouvait transformer un bateau entier en Portoloin. Quand c’est l’hiver chez nous, tu l’envoies se remplir de fraises du Chili ou de kiwis de Chine ou de prunes de kakadu en Australie.

— Des prunes de… ? fit répéter le sorcier.

— De kakadu. 1 Tu ne connais pas ?

— Non.

— C’est un fruit presque magique. Un seul suffit à te tenir éveillé longtemps. C’est bien plus efficace que le café. Il paraît qu’on peut même tomber dans les pommes, tellement c’est fort. Voilà ! C’est ce qu’il te faut, comme remontant.

— Nous chercherons donc le mélange idéal, sachant que soigner la cause responsable de vos carences, serait infiniment plus compliqué, voire impossible avec les connaissances actuelles de la médicomagie. Vous comprenez ?

— Oui.

— Avez-vous fait le relevé ?

— Oh oui ! Attends ! C’est tout au fond de ma besace. Il y a un vrai bazar. Voilà !

Le parchemin, rapidement parcouru, ne laissait aucune place au doute. Les battements du cœur de Barthélémine, au repos, débutaient à 30 pulsations par minute, le jour du nourrissage. Ils augmentaient d’environ 7 unités toutes les 24 heures. Ce matin, elle était rendue à 120. C’était pire lorsqu’elle se nourrissait exclusivement de légumes et de fruits.

« Trouver un autre remontant. Le porc, le poulet, le bœuf n’ont pas fonctionné. La faim la tenaillait. Or, j’imagine que leur hémoglobine est riche et comporte l’indispensable fer. Il y a un élément différent ou supplémentaire dans le sang humain. Il se cache dans Sanguis Vestigia qui différencie les produits. Quel est votre secret, Klaus ? »

La réponse se trouvait dans les ingrédients et surtout, comme le démontraient ses récentes expériences, dans leurs interactions. Il devait ingurgiter le grimoire « Comprendre une potion » et écumer les rayons de Johannes sur les colorations et les avancées de la chimie moldue.

En fin de soirée, Katarina et Hercule se rendirent au chevet de Noël. Le médicomage et son infirmière ne voyaient aucune raison de le garder plus longtemps. Le garçonnet ne l’entendait pas de cette oreille. Il tentait maladroitement de simuler des douleurs physiques que le praticien réfutait. Hercule laissa Katarina le rassurer avec un haïku étrange où il était question d’abri secret dans lequel il serait en paix. L’astuce était sur le point de fonctionner lorsque la peur fut plus puissante. C’est alors que Marcello di Maggio et Karl Moser, deux élèves plus âgés d’Aloysia, firent leur apparition, rameutés par Eugénie et Sigrid. Mademoiselle Greengrass tenait un grand sac vide.

— Viens avec nous, Noël ! Tu n’as rien à craindre. On va t’expliquer le plan, dit Marcello.

Le fils Millefeuille consentit à sortir du lit et rassembla ses effets.

— N’oubliez surtout pas votre cape, avertit Hercule.

Le groupe quitta l’infirmerie pour trouver refuge dans la salle du Sondeur. Là, les explications déferlèrent.

— On va tous t’accompagner au pavillon rouge. Nous, on ne peut pas entrer mais Karl et Marcello le peuvent. Si des suprémacistes viennent chercher des problèmes…, commença Eugénie.

— On s’en occupe. Toi, tu n’as qu’une mission, dit Karl.

— Tu prends tes vêtements, tes affaires de toilette, tes bouquins, tout ce que tu peux et tu bourres le sac, poursuivit Marcello.

— On montera la garde.

— Et si Lemeure se trouve dans la chambre ? s’inquiéta Noël.

— Je le colle au mur, répondit Moser.

— Ou au plafond, s’il nous casse les pieds, précisa di Maggio.

— Et après, quand on l’a bien secoué, on le renferme dans son armoire et on casse la serrure.

— Oh… Et ensuite ?

— Nous, notre mission s’arrête là. Si tu ne peux pas tout mettre dans le sac, on refera un tour une autre fois, ensemble, clarifia le Suisse.

— On sera derrière toi aussi souvent que possible.

— Nous aussi. Tout Gerbera.

— Mais où vais-je dormir ?

— Ils vont t’expliquer. Allez ! On y va.

Le groupe ne passa pas inaperçu et il se trouva quelques espions pour moucharder la sortie de leur cible. Rosier et sa clique montrèrent leur bobine, surgissant des trois points cardinaux du domaine – ils évitaient la zone nord –.

— Eh ! Millefeuille ! On doit parler, toi et moi.

Moser imposa sa carrure de poursuiveur chevronné et posa la main sur sa baguette. Rosier gonfla la poitrine et voulut s’approcher. Moser l’empoigna par surprise et le lança en direction de sa cour.

— La saison de Quidditch est ouverte. Y a d’autres amateurs pour prendre la place du Souafle ?

Les hyènes assoiffées de Sang-Pur reculèrent. La scène n’échappa pas à la directrice, dissimulée derrière le rideau de la fenêtre de son bureau. La démangeaison de la peau d’Hercule vira à la brûlure. Son désir d’écraser Rosier se fit pressant. Il n’attendait qu’un geste, une occasion pour faire pleuvoir un déluge de sortilèges.

Les bravades cessèrent lorsque la directrice fit son apparition. Elle remit les pendules à l’heure et promit des nuits de cachot à ceux qui s’en prendraient au garçon. Néanmoins, lorsqu’elle le vit revenir de sa chambre, dix minutes plus tard, les bras chargés de ses effets personnels, elle ne lui demanda pas de réintégrer le pavillon. Hercule ne put s’empêcher d’imaginer :

« Comme si elle connaissait la suite des événements. »

Agathe ordonna la dispersion des suprémacistes. L’arrivée impromptue du concierge, la mine réjouie à l’idée d’en mettre quelques-uns au frais, acheva de les convaincre. Les trois Gerbera furent rejoints par les sept autres membres. Tout le groupe se dirigea vers le pavillon de quartz. Noël, intimidé, hésita à franchir le seuil.

— Montrez la fleur cousue au col de votre cape, conseilla le Belge.

L’Aloysien obéit et s’avança. Les runes rougeoyèrent.

— Hum… C’était prévisible.

— Que va-t-il se passer ? Ça va me faire mal ?

— Du tout. Vous serez juste contraint de dire la vérité pendant 24 heures.

— Oh… Et si vous m’interrogez sur ce qu’ils m’ont forcé à faire ?

— Nous ne vous questionnerons pas à ce sujet. Ni sur aucun autre. Vous allez déposer vos affaires dans ma chambre. Shin, auriez-vous toujours ce merveilleux matelas de voyage ?

— Il est pour vous, Hercule.

— Merci.

Noël n’eut pas les yeux assez grands pour admirer l’architecture unique, les chambres personnalisées, individuelles, le bain central et la salle blanche satisfaisant toutes les demandes d’aménagement les plus folles. Il aima la simplicité et la rigueur de l’espace privatif d’Hercule. Ce dernier le pria de prendre le lit, au coucher, après le dîner. Noël voulut dormir au sol mais Hercule lui confia qu’il avait toujours dormi ainsi chez Urtica et qu’il savait quel niveau de confort était accordé aux résidents d’Aloysia. Noël s’excusa, avant de verser des larmes.

— Vous endurez bien trop, Noël. Vous le savez, vous ne pourrez pas rester dans notre bâtiment, à cause du sort qu’il jette aux autres ordres. Mais nous disposons d’une alternative. Je pense qu’elle va vous convenir et qu’elle prouvera au Sondeur, que le Gerbera ne pliera pas.

— Un autre endroit où dormir ?

— Oui.

— Merci. Vraiment, merci. Si tu as besoin…

— Je sais, Noël. Je n’hésiterai pas à faire appel au plus brillant fabricant de potion si une vie est en jeu.

Le garçon ne comprit pas le sens de cette ultime phrase mais tout ce qui importait, c’est qu’il était en sécurité.

Thibaldus paraissait difficile à convaincre lorsqu’il s’agissait de se soumettre au règlement. Dès qu’il vit l’ordre Gerbera débarquer dans le restaurant pour le petit-déjeuner, il fonça avec de Valmy et d’Arcy pour questionner Noël. Depuis des jours, le petit Aloysien refusait d’indiquer ce qui clochait dans la potion que les suprémacistes envisageaient d’utiliser sur tous ceux qui ne partageaient pas leurs croyances. Comme le gamin n’appartenait pas à l’ordre, il avait forcément été victime du pavillon de quartz. Il serait contraint de répondre à la question et de sa bouche ne sortirait que la vérité. Van Betavende constata que la table des enseignants était vide et qu’aucun professeur ne lui viendrait en aide. Le gominé se frotta les mains. Le Belge lui barra la route. Aucune importance !

« Dis-moi ce qui manque dans la potion Dissolvimber ! »

Il avait pensé la question mais aucun son n’était sorti de sa bouche. Il porta la main aux lèvres ; il n’y avait que de la peau. Comme si ses joues se rejoignaient.

« Un Bloclang ! Mais comment a-t-il fait ? ! »

Il s’agita pour attirer l’attention de ses sbires, mais ils étaient tous frappés de mutisme. Avant d’avoir esquissé un geste, de Valmy, capable d’un Stupefix informulé, se retrouva à terre, saucissonné. Le Belge lui jeta un regard si noir qu’il crut qu’il allait lancer le plus impardonnable des sorts interdits.

« Je t’aurai, sale traître ! Ta tête est mise à prix et je compte bien empocher les 2000 Gallions qu’on a honteusement estimé que tu valais ! »

Contre toute attente, Thibaldus entendit le Belge lui répondre de manière claire et sonore :

— Seulement 2000 Gallions ? Il n’y a qu’un miséreux comme vous, pour accepter ce pourboire.

Après l’installation des enfants, Hercule avait levé les sortilèges. Rosier était vert de rage. Le Belge était un fichu Legilimens ! Comment expliquer autrement ce qu’il venait de faire sans toucher à sa baguette ? L’arrivée de Dune et de Claire avait réglé le différend.

Quelques dizaines de minutes plus tard, Umbelina et Hercule accompagnèrent leur protégé dans le bois du domaine. Tout à coup, ils firent une halte et prirent un ton solennel :

— Noël, à présent, tu vas être confronté à ce que les membres fondateurs du Gerbera ont réclamé à Shin et Katarina, entama la Portugaise.

— Vous devez comprendre que notre ordre n’a pas qu’un emblème. Il possède aussi une devise. C’est la défense de la vérité. Nous ne mentons pas. Nous avons le droit d’avoir nos secrets, de mener nos projets personnels, mais ils ont pour credo, la sincérité, la justice, l’aide, l’entraide. Cela va sans dire, nous croyons au bien, à la magie blanche, au respect. Parfois, cela nous amène à transgresser certaines règles, surtout si la sécurité des élèves, des enseignants ou de l’école est en jeu. Nous sommes opposés aux suprémacistes et nous sommes l’ordre de la tolérance.

— La vérité est notre devise. Mais on cherche aussi des moyens financiers pour aider ceux qui sont dans le besoin. On poursuit des buts pour gagner quelques Gallions.

— Comme la préparation et le nettoyage de la salle de potion ?

— Bien plus encore, concéda Hercule. Bien plus.

— Tu vas le découvrir petit à petit. Alors, jure de servir la vérité.

— Je le jure, répondit-il avec une dose de gravité dans la voix et en se redressant.

— À présent, montrez votre Gerbera.

— À qui ?

— À cet arbre.

Hercule désigna un épicéa dont le tronc frôlait les branches d’un chêne. Noël retourna le col de sa cape et des marches percèrent l’écorce du résineux.

— Oh ! Euh… Il faut grimper ?

— Allez-y. Nous nous chargeons de votre sac.

Le cadet grimpa, suivi par Hercule et Umbelina portant la quasi-totalité des effets personnels du garçon. Arrivé sur la branche, il fit une halte, ignorant ce qu’il devait accomplir. Les aînés l’enjoignirent à se positionner face au chêne voisin. La porte pont-levis s’abaissa. Le garçonnet pénétra dans le Quartier Général.

— Waouh ! C’est… Une cabane avec un sortilège d’extension !

Ils déposèrent le sac et lui proposèrent d’investir la place, de sortir des objets pour se sentir comme chez lui. Umbelina lui expliqua qu’il pourrait vivre ici comme dans un pavillon ou presque. Il dormirait, il ferait ses devoirs, comme dans la chambre des rouges. Il ne pourrait pas lancer de sortilège, car la cabane secrète ne le permettait pas. Il devrait amener une gourde remplie s’il désirait boire, par exemple. Pour se laver, il pourrait le faire dans le vestiaire du gymnase où, à 6h30, il n’y avait jamais personne.

— Ce serait génial d’avoir une douche portative, pliable comme un chaudron, avec une réserve d’eau et de savon !

— Le jour où c’est inventé, j’en achète une ! déclara Umbelina. Ça ferait fureur chez les joueurs de Quidditch. Certaines équipes n’ont pas de vestiaires et même s’il y en a un, il n’y a pas toujours de douche.

— Cela ferait un bon projet en Arts magiques, songea le Belge.

— J’ai compris. Je dors ici. Mais, il faudra bien que je quitte le château après les cours et si je suis suivi…

— Vous ne serez jamais seul. Je vais m’assurer de votre sécurité avec une autre mesure.

— Laquelle ?

— Je vous expliquerai. Patience. La cabane est connue de six membres du Gerbera.

— Ceux de l’année dernière ?

— Exactement. Laurine, Jacques, Andrea et Séraphin ignorent son existence. Laurine sera informée sous peu. Les plus jeunes doivent faire leur apprentissage en Occlumancie. Un domaine où vous excellez, j’imagine, sans quoi les suprémacistes vous auraient arraché une précieuse information.

— Oui, j’ai cette chance.

— Jacques ne pourra jamais être mis au courant des secrets. Il en est conscient et l’accepte pleinement. Il a même proposé un code.

— Repulsa.

— Voilà.

— Je te laisse finir de lui expliquer, Hercule. Je vais préparer notre séance de musculation.

— N’avez-vous donc aucune pitié ?

— Jamais.

— J’espère que le Sondeur me fera rentrer dans le Gerbera. Je pourrai jouer au Quidditch.

— Eh mais c’est vrai, ça ! Tu te débrouilles pas mal à la poursuite.

— Oui, s’enthousiasma-t-il.

La princesse entrouvrit la porte, jeta un œil pour s’assurer que nul élève ne les espionnait et sortit en vitesse. Une fois que les garçons furent seuls, Hercule l’aida à déballer et à disposer ses biens. À dire vrai, il ne savait par quoi commencer. Peut-être la mesure de sécurité complémentaire ?

Il plongea la main dans sa besace pour rattraper sa couverture de dissimulation, mais il se souvint qu’elle masquait la façade inachevée de l’infirmerie secrète.

— Noël, laissez tout ceci, vous aurez le temps de terminer de ranger plus tard. Je vous dois quelques explications, en guise de préambule.

— D’accord.

Le gamin s’assit et fit preuve d’attention.

— L’Académie de Beauxbâtons ne se limite pas à un château, des pavillons, quelques bâtiments annexes, des jardins et un bois. C’est un lieu rempli de secrets, de passages dissimulés. Il y en a un peu partout. Je voudrais vous montrer l’un de ces endroits. Il se trouve sous un arbre non loin d’ici. C’est une grotte avec un lac où Sidonia Alinea et des élèves suprémacistes se réunissaient l’année dernière.

— C’est là où monsieur Grossel et l’Auror, venu enquêter, ont trouvé les preuves de la culpabilité de Van Kriedt ?

— Oui. Vous pourrez vous y réfugier. Comme il y a un lac souterrain, vous pouvez même vous laver sans sortir du bois.

— Mais s’ils connaissent, ce n’est pas dangereux ?

— Non. Venez ! Je vais vous montrer pourquoi.

Les enfants quittèrent le Quartier Général. Trois minutes plus tard, ils s’engouffrèrent sous le sapin aux branches tombantes et se glissèrent entre ses racines.

Depuis son arrivée à l’école, Noël éprouvait une vive admiration pour Hercule. Un sentiment doublé de confiance accrue dès que le Belge l’avait jugé pour la personne qu’il était, avant de voir un sorcier doué et handicapé par son patronyme. Il comprenait pourquoi l’aîné était certain qu’aucun élève n’irait le chercher dans la grotte. D’abord, parce que si ses ennemis se manifestaient ou ourdissaient un complot, le concierge viendrait aussitôt vérifier la grotte. Ensuite, Hercule avait dressé sa nouvelle construction sur un surplomb, encastré entre des stalactites. Peinte avec un vernis magique, elle était invisible. L’espace intérieur n’était pas énorme, mais il y avait une chaise rembourrée et articulée qui pouvait faire office de lit. Le refuge de secours idéal. Enfin, pour décourager les espions qui ne manqueraient pas de les suivre, lui et ses gardes du corps, il y avait une couverture de dissimulation dérobée dans des circonstances assez dramatiques à Claire Obscur, considérée comme une alliée de grande valeur après avoir été affrontée en première année.

Hercule avait raccompagné le garçon dissimulé sous l’étoffe invisible jusqu’à la cabane et l’avait exhorté à prendre ses aises, à s’avancer dans son travail et attendre qu’on vienne le chercher pour le repas du midi. Sa sécurité était à ce prix. Hercule avait cru bon de préciser :

— L’infirmerie secrète n’est connue que de vous, moi et la personne dont l’état exige des soins particuliers. Des traitements que le docteur et notre infirmière ne peuvent pas lui fournir.

Noël était loin d’être idiot. Il déduisit :

— Cela doit être sérieux, comme problème. Si grave que le club de la professeure Dunne peut vouloir le traiter.

— Oui.

— Je pense savoir qui nécessite ton aide. Elle aura peut-être besoin de la mienne.

— Cela ne fait aucun doute.

— Alors, j’en serai.

— Soyez vigilant. Étant donné que les suprémacistes sont prêts à tout, vous devez redoubler de prudence.

— Je suis l’élève le plus en danger de l’école.

— Non. Il se trouve que mes « aides » passées ont été connues de certains criminels. Ma tête est mise à prix. 2000 Gallions. J’ai dû me résoudre à utiliser une baguette qui… a soif de mauvaise magie. La contrôler est difficile.

— Tu as le droit de te défendre ?

— Si ma vie est en danger, je suis autorisé à répliquer.

— C’est ta baguette qui a lancé un Bloclang sur Rosier et ses courtisans.

— Difficile à dire. Je pense qu’elle a senti ce que j’allais faire si je l’empoignais.

— Comment peut-elle faire ça ?

— Pour la même raison que je soupçonne votre baguette d’en être capable. Une inclusion d’Acromentule, une créature intelligente. Comme le Marsouin des sables dont le venin est emprisonné dans le manche de ma compagne de camphre.

— Du camphre ? C’est amusant, ça !

— Quoi donc ?

— J’ai l’impression d’avoir entendu mon père parler d’une baguette en camphre. Avec un homme que je ne connaissais pas. Il avait une voix… bizarre.

— Une voix bizarre ?

Hercule songea à l’Auror Meursault. Cependant, Noël l’avait déjà rencontré à l’Académie lorsqu’il était venu enquêter.

— Que fait votre père ?

— Papa ne parle pas souvent de son travail. Il dit qu’il a un tout petit bureau, au ministère, au sous-sol. Il est entouré de Gobelins qui ne lui adressent pas la parole. Il trie des parchemins.

— Archiviste ?

— Un travail comme ça.

— J’imagine bien les archivistes au dernier sous-sol. Une baguette de camphre…

— Curieux, n’est-ce pas ?

— Très.

Hercule s’assura que le garçon observait les consignes et se rendit à la nouvelle séance de torture imaginée par la capitaine de l’équipe de Quidditch.

À l’issue de l’entraînement dominical, les joueurs s’étaient rendus au château pour déjeuner. Sigrid avait récupéré Noël dissimulé sous la couverture invisible qu’il avait rangée en faisant une halte au gymnase. Une précaution utile, car les habituels espions ratissaient le domaine, observaient les agissements du Gerbera, à l’affût d’un faux pas commis par l’ordre blanc. Hercule n’avait pas pris de repas et s’était rendu dans la grotte, après un détour par la ménagerie. L’étape lui permettait d’activer la lecture automatique d’ouvrage par sa loupe enchantée. Il désirait terminer le livre de Raymond Dessuture, pressentant un nouvel examen de cadavres, organisé par le docteur Beauxbâtons. Alfred voulait s’assurer que ses étudiants prenaient bien la bonne habitude de disséquer avant de poser un diagnostic.

La pose de la porte, avec quelques coups de lime de dernière minute, le réglage des gonds, l’ajout de baguettes de finition ou de mastic à bois pour boucher le moindre interstice, prit une bonne heure. Comme il n’était plus en possession de la couverture, il devait se hâter. Aux alentours de 15h00, il en termina avec l’extérieur. Il s’enferma et fit jouer une serrure enchantée qui résisterait aux sortilèges de base. Elle ne s’ouvrirait qu’avec la prononciation d’un mot de passe, comme c’était le cas du passage menant à l’appartement des Beauxbâtons. Le sésame servait à ouvrir ou à verrouiller.

— Sanguis Vestigia !

Les mâchoires se desserrèrent.

— Parfait ! Sanguis Vestigia !

La porte se verrouilla. Durant ce temps, la loupe enchantée ne cessait de débiter les enseignements du docteur Dessuture. Sa voix était nasillarde. Il était possible d’en changer pour la somme scandaleuse de 5 Gallions, soit le double du prix de l’objet. Les produits optiques Affreuxloup étaient abordables, à condition de ne pas piocher dans le catalogue d’options. Le timbre déplaisant ne se taisait qu’en fin de page ou lorsque le garçon, revenu dans une zone sans restriction d’usage de la magie, lançait un Finite.

Sur les étagères de la pièce, tout était organisé à la perfection. Il y avait des bandages, de l’alcool, de l’eau oxygénée, des boîtes avec des outils adaptés au don du sang – il en avait acheté chez Branchiflore, sans souci –, des onguents, des bidons d’eau, des fioles et des béchers neufs. Il gardait des emplacements libres pour toutes les matières premières qu’il devrait commander à l’apothicaire de Paris, sans oublier les réactifs chimiques et les colorants pour produire une lumière stable utilisable avec le microscope. Il avait créé une paillasse rudimentaire et fabriqué un meuble à trois tiroirs logeant dessous, avec toutes les chutes de bois restant. Le moindre morceau servait à aménager une séparation, une niche, une étagère pour deux ou trois livres. Il avait installé un vieux Feu Éternel, récupéré dans une réserve par Orby, trop faiblard pour servir au restaurant ou dans une salle de classe. Mais pour éclairer un local de huit mètres cubes, c’était suffisant. Hercule, satisfait de son travail, s’adossa contre le siège dévolu à l’unique patiente dont il s’occupait.

— Barthélémine sera bien, ici. Tranquille. Hier, j’ai bien cru que Jacques allait tout découvrir. J’espère, maintenant, trouver une solution pour qu’elle puisse se passer de mon sang. Les dons me vident à chaque fois. Je n’ose imaginer mon état si j’avais donné le liquide juste après un entraînement. Bien…

Le garçon ferma les yeux et visualisa les éléments en sa possession. La demi-vampire était confrontée à un problème ressemblant à un serpent qui se mord la queue : production insuffisante de l’hémoglobine + fixation du fer ingéré problématique = accélération graduelle du rythme cardiaque pour alimenter les cellules en oxygène. L’accroissement des battements dépassait la capacité du corps à produire de l’hémoglobine. Cela créait un déficit, le corps s’affaiblissait, le besoin de se nourrir pour équilibrer était critique. Et ça repartait de plus belle.

Enrayer le phénomène lui paraissait hors de portée. Pour cela, il lui aurait fallu devenir un spécialiste de l’anatomie des vampires. Certains concepts sur leur mode de fonctionnement contredisaient même sa logique sacrée. Pourquoi boire le sang et non réaliser une transfusion sanguine, bien plus efficace à son sens ? C’était peut-être un contournement de l’incompatibilité existant entre les groupes sanguins.

S’il était incapable de mettre un terme à la spirale infernale, il était convaincu qu’il existait un moyen de remplacer le sang humain, de faire croire ou accepter à la nature vampirique qu’un substitut avait les mêmes vertus régénératrices que le liquide original. L’ersatz devrait avoir une base humaine, duplicable. L’élément de la vie tombait sous le coup de la loi de Gamp et ne pouvait pas être copié. Dans ce cas, pour une dose de dix centilitres, il fallait multiplier la quantité d’oxygène transportée et donc augmenter le taux de fer. Doper et compléter.

— Le souci, c’est que la littérature sorcière sur le sujet, est inexistante et que chez les Moldus, ce n’est guère mieux. Pour trouver une bonne idée, je n’ai pas le choix. Je dois retourner voir monsieur Gutenberg et le bombarder de questions sur les titres d’ouvrage à venir, jusqu’à ce que l’un d’eux m’inspire. Quelle guigne ! C’est du pur hasard. Me voilà confronté au problème des découvertes scientifiques aléatoires !

Presque allongé sur le siège, il regarda à droite, puis à gauche, cherchant ce qui pouvait manquer. Il trouva.

— Une centrifugeuse. C’est indispensable pour séparer les différents constituants. Les Moldus utilisent ces appareils. Il me faudrait… un objet qui puisse tourner vite sur une faible circonférence. J’accrocherai plusieurs fioles pour traiter plus de matière… Oh ! Je sais ! Orby devrait pouvoir m’aider à trouver un batteur à œufs ! J’adapte des bagues métalliques sur les fouets pour loger les fioles bouchées et je tourne la manivelle. Je ne suis jamais allé dans la cuisine mais, si cela se trouve, les elfes et le chef utilisent même des fouets enchantés. Oui… Je vois comment faire. En attendant, je file chez Johannes.

Hercule se redressa et quitta sa construction sans oublier de prononcer le mot de passe pour verrouiller la porte. Il traversa la grotte sur plusieurs mètres avant de se rendre compte qu’il avait oublié son livre de légicomagie à l’intérieur. Mais, au moment de faire demi-tour, rien ne se passa comme il le souhaitait. Sa vision se remplit d’un million de points lumineux, son sang lui parut quitter son cerveau et ses jambes lui semblèrent s’enfoncer dans la roche. Il s’écroula. Sa tête heurta une pierre et il perdit connaissance.

Lorsque le Belge ouvrit les yeux, il reconnut les traits d’un visage amical. Noël. Le garçonnet l’avait traîné tant bien que mal et hissé jusqu’au pied du surplomb accueillant l’infirmerie. Il avait utilisé l’une de ses chemises pour confectionner un bandage de fortune et stopper l’hémorragie externe du crâne. Il avait aussi pris sa gourde et aspergeait son aîné pour tenter de le ranimer.

— Noël ? murmura le blessé. Qu’est-ce que… Où suis-je ?

— Dans la grotte où tu as fini la cabane de soins.

— Je… j’ai… trébuché ou bien… j’ai fait une syncope… Je n’ai rien pu faire.

— C’est normal. Tu n’as bu qu’un chocolat chaud, ce matin. Tu n’as rien avalé à midi, ni ce soir.

— Quelle heure est-il ?

— Un peu plus de 22h00. Ça fait deux heures que j’essaie de te réveiller.

— Pourquoi n’êtes-vous pas allé chercher… Non, bien sûr, c’est… secret.

— Oui. Tu es trop grand et lourd pour moi. Comment on ouvre ?

— Sanguis Vestigia.

La porte s’entrebâilla. Noël tira Hercule à l’intérieur et referma. Incapable de se mettre debout, le Belge resta par terre, sur le bois. Le cadet prit des bandages propres et demanda avec quoi nettoyer. Hercule lui indiqua, du doigt, la bouteille d’eau oxygénée.

— J’étais mort d’inquiétude quand je ne t’ai pas vu au restaurant. Les autres ne savaient pas et je ne pouvais rien dire. Je pensais que Rosier avait eu ta peau. J’ai foncé à la grotte et je t’ai trouvé. Comme j’ai vu que tu saignais beaucoup mais que tu respirais toujours, je suis allé à la cabane chercher une chemise fichue depuis que j’ai dormi dehors avec. Tu sais, demain matin, les autres vont demander où tu étais passé.

— Je leur dirai que je suis le seul fautif.

— Shin a lancé des pétales sur la table pour savoir. Il a fait une drôle de tête. Eugénie ne montrait pas trop son inquiétude, elle disait en rigolant que tu préparais un piège pour Rosier. Laurine, elle était très très pâle.

— Je comprends. Je déteste faire des cachotteries mais c’est indispensable.

— Moi, ce que je ne pige pas, c’est comment tu peux être aussi affaibli en sautant juste un ou deux repas. Attention, je vais serrer.

— Allez-y.

Le garçon ajusta le bandage sur la compresse. Hercule serra les dents. Noël fixa son emmaillotage avec une épingle à nourrice.

— La patiente que tu aides, j’ai réfléchi. Cela ne peut être que la fille des îles Caraïbes.

— Barthélémine.

— Voilà. C’est elle. Bon, ben, ce n’est pas un loup-garou parce qu’elle était présente au restaurant, tous les soirs, y compris jeudi dernier. Le 9 octobre, c’était la pleine lune. C’est aussi la nuit que j’ai passée dehors. S’il y en avait eu un en liberté, je l’aurais entendu et je ne serais plus ici pour en parler.

— C’est vrai, admit Hercule.

— Alors, j’ai pensé qu’elle pouvait être vampire. Ou demi-vampire. Tu lui donnes ton sang, c’est ça ? Comme la serre va être sens dessus dessous très bientôt, que ce ne sera plus un endroit tranquille, tu as bâti ce refuge pour l’aider. Tu lui en as donné, n’est-ce pas ?

— Oui.

— Quand ?

— Hier.

— Et avant ?

— Une autre fois. Le 28 septembre.

— Tous les 15 jours ? ! C’est pas un peu trop, non ? Tu ne dois pas avoir assez de temps pour refaire du sang neuf.

— Elle va mourir si je ne le fais pas. Ou alors, elle sera obligée de…

Hercule parvint à s’asseoir et à se caler contre le montant opposé à la porte. Sa tête tambourinait. Il sentait l’afflux sanguin dans le moindre vaisseau irriguant son crâne. Il avait l’impression de ne plus jamais pouvoir réfléchir avec ses précieuses petites cellules grises. Il dut se faire violence pour expliquer ses découvertes, les tests effectués sur la jeune fille et lui-même, afin de circonscrire le problème. Noël l’écouta religieusement, stupéfait par le savoir et la volonté d’apprendre du Belge. Il tomba presque à la renverse lorsqu’il apprit que Hercule avait déjà lu un quart de « Comprendre une potion ».

Quand il demanda comment le garçon avait pu acquérir toutes ces connaissances, où il avait pu les découvrir, Hercule n’eut pas le courage de tergiverser. Après tout, le petit Noël venait de lui épargner un destin funeste. Alors, il commença l’histoire par la découverte des marques A.D, les isoloirs, les degrés, le Sondeur. Tout.



1 La prune de Kakadu est un fruit de petite taille poussant au nord de l'Australie. Sa teneur en vitamine C est 100 fois supérieure à celle de l'orange.

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