Beauxbâtons - 1917
Chapitre 6 : Sortilège 6 : les leçons doulOureuses
3531 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 08/10/2026 10:49
Les deux heures à venir avaient lieu avec la professeure de Bazincourt. Elvira coiffait de nombreuses casquettes au sein de l’école mais une seule concernait les élèves de première année : les Maléfices - Enchantements - Sortilèges.
À vrai dire, à dix ans, les enfants n’abordaient pas des enchantements complexes. Le programme d’apprentissage comportait les bases comme la lévitation, le déplacement et la réparation d’objets. Les sorts de nettoyage ne manquaient pas à l’appel.
Avant la fin de trimestre, si tout allait bien, des utilitaires indispensables seraient abordés parmi lesquels la capacité à générer une lumière dans l’obscurité, faire couler de l’eau ou émettre des étincelles colorées pratiques pour se signaler.
L’ordre Urtica était au complet pour cette première leçon. La salle était assez vétuste, poussiéreuse et le mobilier usagé. Chaque élève disposait d’un ensemble bureau-siège solidaire. Chaque poste de travail était espacé des autres d’un bon mètre. Cela formait cinq rangées de six colonnes.
Comme par hasard, Rosier s’était arrogé une place sur la dernière ligne, en embuscade, observant ses adversaires. Hercule et Casper siégeaient à l’avant-poste. Leur camarade Jacques, Cracmol, était exempté mais son cours était remplacé par de la botanique pratique et intensive avec Ursula Waldmeister.
Une tasse en grès beige était posée devant chaque enfant. Crasseuse, comme si un Troll avait bu dedans.
— Bonjour les enfants. À Beauxbâtons, vous trouverez deux sortes d’enseignant. Les conciliants qui expliquent, réexpliquent autant de fois que nécessaire, qui écoutent vos excuses lorsqu’un devoir n’est pas fait, qui notent avec une certaine largesse. Et il y a moi.
Elle observa une pause volontaire, assez longue pour que l’angoisse naissante s’imprime dans les esprits.
— Je donne les instructions une seule fois, ma démonstration est unique, vous exécutez, vous répétez jusqu’à la perfection et je valide. On vous a expliqué que les mentions sont au nombre de cinq pour obtenir vos acquis et consolider vos Atouts. Je n’en utilise que quatre dont une qui n’a pas été abordée. Pourquoi ? Parce que dans n’importe quelle matière, on vous donnera OR si vous remplissez l’objectif. Dans mes disciplines, il est possible de dépasser l’effet attendu. En résumé, avec moi, ce sera FONTE si vous échouez, ÉTAIN si vous êtes en voie de réussir et OR si vous avez réussi. Je vous donnerai PLATINE si le résultat me stupéfie, dépasse mon attente. Clair ? Des questions ? Non ? Bien. Sortez vos baguettes !
Les élèves obéirent en silence. Le ton sec d’Elvira ne prêtait pas à la plaisanterie.
— Posez-les devant vous. Question : qui ne connaît pas la composition de sa baguette ? Allez ! Levez les doigts ! Pas d’entourloupe, je sais discerner la vérité.
Cinq mains se dressèrent avec timidité.
— FONTE pour vous. Pour la prochaine fois, vous me ramènerez les informations sur leur bois et leur cœur. Demandez à qui vous voulez, je m’en contrefiche. Je veux ces éléments. Pourquoi ? Qui peut me dire pourquoi je veux que vous connaissiez leur composition ? Allez, allez ! Ne faites pas les timides !
— Pour les revendre à des Sangs-Mêlés, lança Rosier.
— Rosier, à partir de ce soir, tu es en retenue.
— Jusqu’à quand, Professeur ?
— Autant qu’il me plaira ! Alors ? Une réponse à ma question ?
Casper leva la main.
— Oui ?
— Pour connaître notre outil de travail ? proposa-t-il avec timidité.
— Exact ! En magie, on ne fait pas n’importe quoi. En cours de potions, il ne vous viendrait pas à l’idée de verser une poudre inconnue dans votre chaudron, sachant que vous allez boire votre préparation. En Sortilèges, ce n’est pas différent. Je vous écoute. Casper, commence ! La composition de ta baguette.
— Bois d’érable et rainure de Jackalope.1
Elvira agita sa baguette et sourit :
— OR. Suivant… toi !
Toute la classe y passa, y compris Rosier qui hérita d’une mention OR pour sa baguette de prunellier avec un poil de Troll. Sans avoir besoin de griffonner, Hercule mémorisa toutes les combinaisons et leurs propriétaires. Lorsqu’elle eut achevé cette étape d’inventaire, Elvira lui adressa un clin d’œil.
— À présent, nous allons commencer la leçon. Prenez vos baguettes. Le premier sort à connaître se nomme Recurvite. Il sert à nettoyer n’importe quel objet. C’est un nettoyage rapide. Pour fonctionner, il faut mettre un petit morceau de savon sinon, ce ne sera pas propre. Vous avez quelques paillettes dans le logement sous votre bureau. Prenez-en une pincée et déposez-la dans la tasse. Bien ! Visez-la avec la pointe de votre baguette et faites un mouvement tournant du poignet, comme ceci, comme si vous passiez votre main dedans pour la récurer.
Elle illustra son propos.
— C’est noté ? Le geste et prononcez Recurvite.
Elle réalisa l’exercice sur son propre contenant qui étincela comme au premier jour. Les enfants l’imitèrent avec des échecs certains et quelques succès relatifs. Hercule ne produisit que des étincelles avec sa baguette. Sa tasse resta crasseuse comme la niche d’un Croup pouilleux.
L’entraînement dura près d’une demi-heure et le pauvre Belge fut le seul à ne pas obtenir un début de résultat. Il était au comble du désespoir et le spectre de l’état de Cracmol réapparut dans son esprit.
La professeure fit tomber le couperet :
— La semaine prochaine, ce sort sera noté en tant qu’acquis. Vous avez sept jours pour venir en salle de cours et vous entraîner. Pour rappel, il est interdit de pratiquer en dehors des murs du château. Pour l’instant, ma notation serait la suivante. OR : Rosier et Lebrun. Tous les autres : ÉTAIN sauf Van Betavende : FONTE.
L’annonce fit l’effet d’une bombe dans l’esprit du Brugeois. Il supplia sa baguette de changer d’attitude pour ne pas se couvrir de ridicule et devoir renoncer, rebrousser chemin. Casper l’entendit marmonner ses suppliques et se marra :
— Eh, mais tu lui parles ?!
— Oui.
— Elle n’a pas d’oreilles, tu sais ?
Il était rouge tellement il se contenait de rire.
— Je le vois bien.
— Essaie en flamand.
— Tsss… vraiment, Casper, répliqua le Belge dont l’exaspération renforça l’hilarité du Hollandais.
Elvira fit le tour de la classe et vérifia les objets. Elle nettoya les paillettes que certains n’avaient pas pu s’empêcher de répandre par terre et revint à son estrade.
— Le second sortilège que nous allons étudier, est Wingardium Leviosa. Il s’agit de la formule permettant de faire léviter un objet. Très souvent, lorsque des parents enseignent eux-mêmes à leurs enfants qui n’ont pas la chance d’aller dans notre Académie, ils utilisent une chose très légère comme une plume ou une feuille sèche pour s’exercer. Les apprentis parviennent à exécuter la lévitation mais si la force de conviction mise dans le sort est faible, ils échouent avec des objets plus lourds. Ainsi que vous l’aurez compris, je n’entends jamais vous faciliter la tâche.
Elle considéra les visages déconfits et tout particulièrement, celui cramoisi du Belge. Il avait échoué et la leçon n’était pas terminée.
— Wingardium Leviosa nécessite un geste précis pour soulever la cible, des petits mouvements légers pour maintenir l’objet en sustentation et de la discipline pour contrôler l’opération. Bien réalisé, accompagné d’un Ventus, ce sort pourrait vous permettre de déposer un dragon sur une pointe d’épée.
Face à l’incrédulité de l’auditoire, elle réalisa l’essai sur l’estrade sur laquelle le bureau reposait. L’ensemble pesait dans les 150 kilos. Elle fit léviter le tout, ajouta un courant d’air, amena la charge au-dessus de sa tête et centra l’ensemble au-dessus de sa capeline, à la perfection.
Totalement maîtresse d’elle-même, elle ne cilla pas d’un millimètre lorsque Rosier crut bon d’éternuer et de tousser. Elle remit le bloc de boiserie à sa place initiale.
— À vous de jouer ! Voici le geste : tournez, abaissez, petits mouvements en douceur. Wingardium Leviosa.
L’exercice s’avéra plus compliqué pour tous. Le malheureux Belge observa ses camarades avant d’oser se lancer. Il fit face à sa cible, tourna et abaissa en prononçant la formule. L’objet en grès s’envola et se fracassa contre le plafond. Des morceaux restèrent collés aux plâtres.
— Wow ! lâcha Casper, aux premières loges.
— Madame ! Vous avez vu ! s’exclamèrent d’autres enfants.
— J’ai vu. Tout va bien, Hercule ?
— Oui. Je… j’ai été éclaboussé par la saleté. Mon uniforme !
— Tergeo.
Les taches sur l’étoffe des vêtements du garçon et de ses plus proches voisins s’évanouirent.
— Tu comprends à quoi servent les sortilèges de nettoyage ?
— Oui, Madame.
Un élève réussit le décollage mais loupa le contrôle. Il relâcha sa concentration et l’objet se fracassa au sol. La réaction en chaîne se produisit et cinq autres gobelets rejoignirent les infortunés. Un seul flotta dans la classe, dirigé et envoûté par Rosier.
— Il m’énerve, marmonna Casper. Insupportable et doué.
— Bien Rosier, bien ! Repose-la en douceur. Parfait. Tu as capté la manière. Maintenant que vous avez cassé, il va falloir réparer. Avant cela, vous devinerez quelle serait ma notation si je m’en tenais à vos résultats. Il n’y aurait pas de FONTE, juste des mentions ÉTAIN, à part Rosier qui serait en OR. Il y aurait un suspense que nous allons lever sans délai. Hercule ?
Il mit quelques secondes à répondre, toujours perturbé par sa magie chaotique.
— Oui, Professeur ?
— Lève-toi et approche-toi. Tiens ta baguette et concentre-toi ! Tu la pointes vers mon bureau. C’est compris ?
Il hocha la tête.
— Le geste et la formule. Tu le fais léviter. Lâche-toi !
— D’accord, Professeur.
Il corrigea la position de ses pieds, s’ancra au sol, inspira en profondeur, fit tournoyer sa main et s’abandonna :
— WINGARDIUM LEVIOSA !
Le mobilier creva le plafond. Le blast fit trembler les murs. Adieu le bureau, bonjour les cure-dents ! Les iris des yeux d’Elvira tournèrent au jaune vif sous l’effet de la surprise. Elle se rasséréna tandis que Hercule avait un genou à terre, le souffle coupé. Elle l’aida à se remettre debout, sous le regard stupéfait de ses camarades.
Rosier le toisa avec un air mauvais. La porte s’ouvrit d’un coup. Le concierge avait jailli de sa loge.
— Tout va bien, Professeur ?
— Tout est sous contrôle, monsieur Grossel.
Il constata les dégâts et se permit un commentaire :
— On commence les sorts de CHASSE-Magus dès la première année, maintenant ?
— Non. Une baguette… enthousiaste.
— C’est ce jeune homme ?
— Oui.
— Eh bien, mon gars ! J’espère que tu connais le contre-sort. Bon courage, Madame.
Il ne le connaissait pas. Pas encore. Elvira contempla la classe endommagée. Le temps pour le troisième et dernier sort de la journée était venu.
— PLATINE pour Van Betavende. Difficile de faire plus étonnant avec ce sortilège. Cependant, vous allez travailler jusqu’à ce que vous le maîtrisiez tous. Il va falloir que tu modères ton élan, Hercule.
— Oui, Professeur.
— Reprends ta place.
Il s’assit sur sa chaise, heureux de s’en tirer avec un tel retournement de situation. La prochaine fois, s’il ravageait tout, il récolterait ÉTAIN, pour un niveau insuffisant. Il remercia sa baguette en chuchotant, soutirant un énième sourire à Casper.
— Troisième et dernier sortilège de la journée : Reparo. C’est le couteau multi-usage du sorcier. Il permet de réparer à peu près n’importe quel objet dépourvu de magie. C’est très pratique. Toutefois, c’est l’un des plus compliqués à mettre en œuvre. Qui peut m’expliquer pourquoi ?
Tout le monde regarda ailleurs sauf Casper et Hercule. Les deux levèrent le doigt pour prendre la parole.
— Casper, oui ?
— Il faut compléter le Reparo avec un autre mot désignant l’objet.
— Exact ! Pourquoi est-ce si difficile ?
— Il faut apprendre le nom des objets en latin, en grec, parfois un mélange des deux.
— Doublement exact ! Tu auras droit à deux tentatives supplémentaires pour les acquis de la semaine prochaine.
— Merci, Professeur.
Casper donna un petit coup de coude à son voisin belge et lui adressa un clin d’œil.
— Reparo nous contraint à tout apprendre par cœur ou à parler des langues mortes pour élaborer les bonnes formules. Par exemple, pour réparer votre tasse, vous pointez les morceaux et vous prononcez clairement : « Poculum Reparo ». Si la réparation est mal faite, incomplète, vous pouvez relancer le sort. Il fait partie de cette catégorie que l’on peut répéter pour augmenter le résultat ou l’efficacité. Allez-y ! Poculum Reparo.
Le groupe s’efforça d’effacer les traces de ses échecs. Certains élèves eurent l’idée de rapprocher leurs débris pour augmenter les chances de réussite.
Une fois de plus, le pauvre natif de Bruges n’obtint que des étincelles. Soit la baguette présentait de graves dysfonctionnements, passant sans transition d’un excès à une apathie, soit son propriétaire connaissait des ratés, des hoquets dans sa magie.
L’enseignante mit fin au cours en demandant de l’entraînement sérieux toute la semaine, à chaque moment de liberté, jusqu’à obtention d’un résultat en OR. Elle refusait que l’ordre dont elle était référente, obtienne des résultats inférieurs à Aloysia et Lonicera. Elle retint Hercule avant qu’il ne quitte la classe.
— Professeur ?
— Peux-tu me prêter ta baguette un instant, s’il te plaît ?
— Bien sûr.
— Elle vient de chez Ollivander, à Londres, c’est cela ?
— Oui. Comment… ?
— Ta mère et moi échangeons quelques hiboux, de temps en temps. Nous étions… liées… à l’Académie.
— Je l’ignorais.
— Alors, voyons un peu. Poculum Reparo !
La tasse fut réparée.
— Tergeo !
Elle fut nettoyée.
— Hum…
L’enseignante examina l’objet sous toutes les coutures. Il n’y avait pas de défaut, de fente, de nœud dans le bois. Pas de heurt ou de choc.
— Wingardium Leviosa.
La tasse réparée s’envola mollement, comme attendu. Elle la fit redescendre en douceur.
— La baguette est fonctionnelle. C’est une excellente production. Le problème est ailleurs.
— Je suis le problème, Madame. Peut-être un Cracmol bizarre ? Un demi-Cracmol ?
— Non, c’est autre chose. Je le sens. Tiens ! Prends-la, pointe-la sur le tas de débris. Il n’y a pas de terme précis pour un tel meuble alors, nous allons nous rabattre sur le grec. Epipla Reparo. Vas-y. À toi !
— Epipla Reparo.
Il reproduisit le même petit coup de poignet. Les morceaux de bois micronisés et éparpillés se rassemblèrent, fusionnèrent et formèrent les planches d’origine. La réparation sommaire changea du tout au tout lorsqu’il réitéra la formule. La propriété de l’école était comme neuve.
— Réussi, cette fois. J’enrage ! Un truc m’échappe.
Elle entreprit de faire des allées et venues dans la salle, à grandes enjambées, en dépit de sa robe ajustée, mains jointes derrière le dos, empoignant sa propre baguette. Soudain, elle stoppa, comme piquée par un Billywig.
— Suis-moi !
Ils quittèrent la salle, puis le château et se dirigèrent vers la ménagerie magique. Lorsqu’ils parvinrent à la hauteur de madame Waldmeister, Elvira l’apostropha ainsi :
— Ursula, j’aurais besoin d’un animal mort. Un cadavre. N’importe quoi. Aurais-tu cela ?
La Suissesse répondit avec son accent traînant et sa prononciation étrange des lettres S, G, J et V :
— Attends… des zouris mortes ou des krenouilles. Che n’ai rien d’autre.
— C’est idéal. Là ?
— Oui, oui. Fas-y. Zers-toi !
— Merci.
La femme aux yeux lavande prit une petite souris blanche vouée à finir dans les entrailles d’un serpent ou d’un autre animal carnivore. Elle s’isola avec le garçonnet dans la serre et déposa le rongeur sur un plan de rempotage libre. Elle agita sa baguette autour de leurs têtes, sans le moindre murmure.
— Hercule, est-ce que tu as déjà entendu parler du métier de médecin légiste ? Il s’agit d’un travail moldu.
— Oui, Madame. Ils sont employés par la police. Leur métier consiste à déterminer la cause d’une mort suspecte.
— Exact ! Les médicomages exercent également cette profession dans le monde sorcier : on les nomme légicomages. Dans le cadre de leur activité, ils utilisent un sort de découpe minutieuse nommé Diffindo. C’est enseigné en cinquième année de B.A.N.Q.U.E.T et perfectionné en CHASSE-Médico. Je l’enseigne aussi en CHASSE-Magus pour former les futurs Aurors. En l’absence de légicomage, ils doivent être capables d’analyser de visu les causes d’une mort. Tu comprends ?
— Oui, Professeur.
— Si tu… quand tu deviendras enquêteur, tu l’utiliseras un jour ou l’autre. Tu as conscience de la difficulté ? Niveau de cinquième année.
Il fit signe que oui.
— Voilà ma théorie : plus les sortilèges seront difficiles à exécuter, plus ils seront en lien avec ta vocation, Hercule, plus ta baguette aura envie de les réaliser à la perfection. Je te montre : Diffindo.
Elle fit glisser sa main sur une ligne imaginaire et un trait de lumière concentrée, matérialisé sur la fourrure blanche du rongeur par un point rouge, entailla le dos de l’animal, suivant le tracé de sa colonne vertébrale, mise à nu.
— Tu vois la coupe ? Comme elle est précise ?
— On voit son squelette. On verrait une vertèbre brisée, sans souci.
— Oui. Je la retourne. Voilà ! À toi. En douceur. Diffindo. Très difficile. Délicatesse. Essaie de dégager son cœur.
Il prononça la formule, approcha la pointe sur la poitrine de la souris et mit en œuvre la découpe. Pas d’étincelle, pas d’explosion, pas de fainéantise ou d’exubérance. Il contourna le muscle cardiaque et se servit de son outil comme d’un scalpel. Il obtint un résultat correct, même si quelques lambeaux de peau subsistaient.
— Comme ça, Professeur ?
La femme le fixa comme si elle venait de découvrir une nouvelle espèce vivante. Ses yeux jaunirent quelques secondes puis retrouvèrent leur teinte lavande.
Elle s’éloigna de quelque pas et ordonna :
— Samedi matin, 10h00, aile Est, 3e étage, au fond. La salle blanche. Sois ponctuel !
Elle fit tournoyer sa baguette au-dessus de leurs têtes, tourna les talons et quitta la serre, le laissant dans un état d’hébétude complète. Il sortit de sa torpeur lorsque la professeure Waldmeister le secoua et lui dit :
— Z’est bon ? Fous afez fini de chouer avec la nourriture de ma ménacherie ?
— Euh…
— Allez ! File ! Tu as zûrement des defoirs qui t’attendent !
Il détala sans demander son reste et rejoignit ses amis à la bibliothèque. Ce n’était que le premier jour et il avait déjà vécu plus d’aventures palpitantes qu’en une vie.
1 Le Jackalope, croisement de lièvre et d’antilope, est une créature fantastique américaine. Il est très rapide, discret et imite la voix humaine à merveille.