Wizzards In Black

Chapitre 7 : un espionnage fructueux

4651 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 06/10/2026 11:47

L'homme âgé, très élégant, chez Derviche et Bang, lui avait vendu un Scrutoscope et des Multiplettes, bien plus efficaces que des jumelles moldues. En outre, il lui avait fourni une tente magique idéale pour les campeurs soucieux de leur confort. En extérieur, elle occupait trois mètres carrés, mais à l’intérieur, c’était un véritable appartement de toiles, avec un lit de camp, quatre lanternes à feu sans fin, un chaudron à tournage automatique, une caisse à froid glacial perpétuel pour conserver les victuailles et un poêle à bois pour le chauffage. Il aurait pu, moyennant finances, installer une cheminée mobile raccordable au réseau. Cependant, il fallait réaliser une déclaration nominative au Ministère des Transports Magiques et obtenir une autorisation du Ministre de la Magie en personne pour les équipements de ce type.

Il avait enfoncé ses piquets dans une anfractuosité des collines rocheuses surplombant le lac noir, à l’opposé de la forêt où vivaient des créatures dangereuses, dixit Rosmerta.

Depuis un mois, il observait un rituel immuable. Après un bain très matinal dans le lac, à l’abri des regards, il prenait un solide petit-déjeuner à l’anglaise avec du thé, des saucisses, des œufs, des toasts. Ensuite, il alternait ses activités :

  • Observation des allées et venues autour du château, épiant professeurs, personnels et élèves.
  • Randonnée dans les alentours, exploration des grottes, installation de cachettes de secours.
  • Menues courses sur le Chemin de Traverse.

Le soir venu, il lisait et s’entraînait à la magie avec sa merveilleuse baguette. Entre elle et lui, c’était une douce complicité. Il avait la sensation qu’elle faisait preuve de patience, de mansuétude lorsqu’il n’était pas assez rigoureux. Après la pratique, il passait à l’histoire et mesurait à quel point la paix connue par Amphigika durant des millénaires, était la chose la plus précieuse au monde. Enfin, avant de s’endormir, allongé sur son lit, à la lueur des lanternes magiques, il découvrait une créature fantastique décrite par le fascinant Norbert Dragonneau.

« Il était Poufsouffle, Norbert… Je me demande dans quelle maison le Choixpeau magique m’aurait envoyé ? Peut-être bien comme le magizoologiste, pour ma loyauté. Ou Serdaigle, pour ma soif inextinguible d’apprentissage ? Ou Gryffondor, pour avoir eu le courage de transfluider dans la gueule d’un monstre inconnu ? Et pourquoi pas Serpentard, pour mes ambitions de politicien ? Hum… Harry est chez Gryffondor. Comme le petit Ron, l’un des Weasley. Comme Hermione Granger, mentionnée par Ollivander. Toujours fourrés ensemble, ces trois-là ! Souvent chez Hagrid, l’ami des animaux. Je l’aime bien, lui. Je crois qu’il apprécie tellement les créatures différentes que… non… je ne peux pas. »

Il avait choisi la distance couplée à l’absence d’ingérence. Il s’était mis en réserve de son poste d’Inspector pour une année. Cependant, certaines décisions temporaires s’inscrivaient souvent dans l’éternité.

Ses découvertes sur Poudlard tenaient parfois du hasard et ce matin, au tout début du mois d’octobre, une extraordinaire coïncidence eut lieu dans les verres grossissants de ses Multiplettes. Il était allongé à même le sol et une légère bruine humidifiait sa robe de sorcier. Il effectuait un balayage sur les tours du château lorsque la silhouette d’un vieillard à la longue barbe blanche, vêtu d’une robe violette aux reflets argentés, apparut. L’homme se tenait dans l’encadrement d’une fenêtre de la dernière tour des « triplées ».

— Bon sang ! s’exclama-t-il sans retenue. C’est lui !

Une autre personne le rejoignit. Une femme âgée, en robe émeraude, un chapeau pointu noir couvrant ses cheveux.

— Elle ! Lui ! J’en suis sûr !

Sous son nez, les deux personnages qui avaient concouru à la dépose d’Harry au 4 Privet Drive. Ils devisaient, tout sourire, les yeux braqués vers le pied du château.

— Albus Dumbledore… Si j’en crois ma bible « l’histoire de Poudlard », à ses côtés, c’est Minerva McGonagall, directrice de la maison Gryffondor, professeur de métamorphose capable de se changer en chat. Le chat que j’ai remarqué près des Dursley, il y a une décennie. Très utile, la transformation en animal. Voilà le duo de personnages fidèles à Dumbledore : McGonagall et Hagrid.

Orion se sentit rassuré de voir le directeur en place. À présent, il savait où braquer ses Multiplettes pour surveiller le détenteur du Déluminateur.

— Mais… que regardent-ils avec autant d’insistance ?

Il fit glisser son objectif vers le terrain abritant les activités sportives. Un groupe d’élèves déambulait sur la pelouse. Deux d’entre eux traînaient un coffre de bois sombre et tous tenaient un balai en main.

— Encore cette histoire de ménage ? Sur leur étrange terrain de football avec ces cercles qui… Quoi ?!

L’un des jeunes s’envola sous ses yeux, à califourchon sur son balai et se positionna, en vol stationnaire, devant le cercle central. Des camarades l’imitèrent après avoir libéré deux balles volantes ensorcelées et vindicatives. Le dernier au sol prit la plus grosse balle souple, marron et pourvue d’aspérités pour l’agripper. Il décolla et fit une passe à un équipier.

— Un jeu sur balais volants ! Ils ont ensorcelé des balais et les ont transformés en moyens de transport. Oh !

Le gardien, en arrêtant un but, avait été désarçonné par l’un des deux boulets fous, envoyé par un des joueurs armé d’une batte. Il avait pris le coup dans les côtes. Il tenait à son balai par une seule main, à une dizaine de mètres au-dessus du terrain. Au prix d’un effort surhumain et de rictus de douleur, il parvint à reprendre pied sur son engin diabolique.

— Jamais je n’utiliserai cette chose… démentielle. Et… oh mais c’est Harry !

Le garçon, assurément le plus jeune, coursait un objet volant insaisissable en prenant des risques insensés, effectuant de dangereuses figures. L’espion dut zoomer au maximum et repasser des actions au ralenti pour découvrir l’objectif d’Harry. C’était une minuscule sphère dorée, pourvue d’ailes, d’une vélocité phénoménale, capable de vol stationnaire, comme un colibri ou un Billywig. Elle était rapide, presque impossible à capturer, mais le Gryffondor s’en empara sous les bravos de ses camarades.

L’observateur reconnut deux joueurs : les jumeaux Weasley entrevus avec l’aîné, Ron, la petite et leur mère à King’s Cross. Ces copies conformes semblaient hilares à l’idée de dégommer un de leurs équipiers. Ces zigotos-là n’avaient pas menti lorsqu’ils avaient promis les pires âneries à leur mère.

— Je comprends mieux l’utilité d’un magasin consacré aux balais volants et aux accessoires. Ainsi que les prix affichés ! Le modèle sur lequel les gamins s’extasiaient, était vendu à un tarif exorbitant. Par contre, je doute que l’utilisation ne soit pas très encadrée. Ils sont trop visibles, en plein ciel.

Le policier redirigea ses instruments de vision vers la tour triple. Dumbledore et son acolyte souriaient d’un air satisfait, voire goguenard pour le directeur. Il déposa ses jumelles sorcières sur le sol et se retourna sur le dos. La bruine tournait à l’averse fraîche ; elle baigna rapidement son visage et il l’absorba en totalité.

— Ça explique le nom du pub « Les Trois Balais ». Voler sur un engin pareil paraît important. Cependant, il est impossible de surpasser un transfluidage ou leur transplanage, comme ils le font en dehors de l’enceinte magique du château. Même le réseau de cheminées bat ce moyen de locomotion. Alors, pourquoi ? Juste pour ce sport ?

Il se remit en position, mais le rideau de pluie devint opaque et très vite, il ne put distinguer quoi que ce soit. Si les élèves poursuivaient leur entraînement dans cette purée de pois, ils augmentaient le risque d’accident.

Tout à coup, il entendit des pas. Instinctivement, il devint transparent et immobile. Une silhouette massive se découpa dans les éléments déchaînés.

« Hagrid ! Il a failli me surprendre ! C’est insensé ! Il est gigantesque et se déplace presque comme un félin. »

Allongé sur le surplomb, invisible, l’Amphigikien ne risquait pas grand-chose. Cependant, si le Gardien des Clefs de Poudlard furetait dans la grotte où il avait installé sa tente, il pouvait être découvert. Armé de son arbalète, le carquois rempli de carreaux, le géant à la pilosité sauvage s’écarta du chemin et fondit sans détour sur l’anfractuosité.

« Zut ! Si les sortilèges ne tiennent pas, je suis cuit ! »

Ils consistaient en trois séquences répétées. Impossible de vérifier leur fonctionnement puisque le but était que l’enchanteur ne soit pas impacté par l’enchantement. Il se redressa en silence et tira sa baguette, prêt à tenter un « Confundo » appris dans son recueil.

Hagrid tendit sa lampe à huile à l’intérieur de la grotte, balaya la cavité et rebroussa chemin. Il reprit sa route, bravant les hallebardes tombées du ciel.

« Une chance qu’il n’ait pas été accompagné par son chien ! Tromper son flair sera compliqué. »

Il fila dans la grotte à pas de loup et pénétra dans la tente. La température y était douce, grâce aux feux permanents. Il absorba l’eau de sa robe, se dévêtit et la mit à finir de sécher. Il passa une tenue plus détendue. Il versa de l’eau dans une tasse et il posa le récipient sur l’un des feux. Il patienta jusqu’à l’ébullition. Il remplit une boule à thé d’Earl Grey et la plongea dans l’eau frémissante. Il posa le mug sur la table pliante, sortit sa bible des animaux fantastiques et reprit sa lecture à l’endroit où il l’avait suspendue. Il dévora l’écrit jusqu’à l’ultime page. Les créatures du monde magique le fascinaient. Ce Norbert Dragonneau était empli d’empathie, attentif au bien-être et à la préservation des espèces. Un amoureux de la faune et Orion se sentait proche de lui.

« La forêt interdite abrite de nombreuses créatures. Hagrid doit les connaître, je l’ai déjà vu s’enfoncer dans l’épaisseur de verdure. Bizarre… Que faisait-il par ici ? Ce n’est pas dans ses habitudes de fureter dans les parages. A-t-il des soupçons ? A-t-il été averti par des élèves ou les Strangulots qui peuplent le lac noir ? Je devrais changer de grotte, de temps en temps. Dommage, car ici, c’est le meilleur poste d’observation. Est-ce vraiment une bonne idée de rester ici, à camper ? »

Au bout d’un mois, le doute s’instillait dans son esprit. Il ne pouvait pas se présenter à Dumbledore et lui déclarer tout de go :

— Bonjour, Professeur ! Excusez-moi, mais j’aurais besoin d’analyser votre Déluminateur, voire le prendre pour tenter d’absorber les âmes sorcières déposées dans notre Bénitier Sacré, les nettoyer, les purifier et les injecter dans nos corps nourris dans des alvéoles par des gorgones et des anémones de mer !

Le sorcier le prendrait pour un fou et il n’aurait pas tort. Rester ici à surveiller un hypothétique départ du vénérable directeur de Poudlard n’était pas une idée plus brillante. Autant les autres personnels franchissaient les grilles de Poudlard pour transplaner ou se rendre à Pré-au-Lard, autant Albus restait cramponné au château. Le policier désespérait de pouvoir atteindre l’Éteignoir un jour. S’il tenait bon, en dépit de la pesante solitude, c’était grâce à son apprentissage permanent.

Orion but son thé d’un trait et referma le livre. Il y avait tout un bestiaire exhaustif, incluant les créatures marines dont Alcyone Tauri avait usé autrefois pour créer ses médaillons magiques. Toutes sauf le monstre qui avait englouti l’artisan-chasseur et qui avait failli le boulotter lorsqu’il avait tenté un transfluidage désespéré pour sauver les fesses de son ami. Il n’avait jamais découvert l’habitant des Mariannes dans une encyclopédie animalière moldue. Pour autant, la bête n’était en rien une hallucination.

L’ouvrage rejoignit une jolie collection disposée sur une étagère installée dans la toile. Il se demanda si Fleury et Bott vendait d’autres bouquins sur le sujet. Peut-être devait-il fureter dans la catégorie Mythes et Légendes ? Après tout, un Centaure était issu de l’imaginaire pour un Moldu, mais une créature pensante bien réelle pour des sorciers. Idem pour les sirènes avec lesquelles les Amphigikiens entretenaient des relations, très étroites selon Alcyone.

Il s’avança vers l’entrée de la tente et passa une tête à l’extérieur. La pluie battante avait cessé. La tentation d’aller faire un tour à Pré-au-Lard le prit. Il y avait le vieil homme de Derviche et Bang, si sympathique et serviable. Et… il y avait Rosmerta. Il n’aurait pas dédaigné la revoir, mais il était à court d’explications plausibles pour satisfaire la curiosité naissante perçue chez la sorcière lors de leur unique rencontre. S’il reparaissait aux Trois Balais, elle se demanderait comment il était passé du statut de touriste cracmol à celui de sorcier résident. Le village était minuscule, les gens parleraient et elle saurait qu’il ne louait pas de logement dans la rue ou aux alentours. Elle ne le croirait pas assez cinglé pour un emménagement dans la Cabane Hurlante. Or, s’il ne résidait pas à Pré-au-Lard, qu’il ne vivait pas à Poudlard comme professeur, qu’il traînait malgré tout dans les parages, où vivait-il ? Dans la forêt interdite, au mépris du danger ? Ou dans la nature, comme un campeur ou un survivaliste moldu ? Dans ce cas, pourquoi ? Il ne pourrait pas répondre que le village magique n’était pas le poste d’observation rêvé de Poudlard. Il ne devait pas être vu à Pré-au-Lard et était contraint de s’approvisionner sur le Chemin de Traverse. Il rentra dans son logement, alla au coffre de froid perpétuel et vérifia le niveau de glace. Elle avait pas mal fondu.

Il sortit sa baguette noueuse qui lâcha quelques étincelles jaunes de joie. Il la pointa sur le coffre, abaissant de haut en bas et lança :

— Aquaglaciem !

Un trait blanc immaculé jaillit du bois de vigne et l’eau gonfla tant et si bien que le coffre se dilata d’un coup.

— Oups ! Tu es très enthousiaste, mon amie ! Reducto.

Le volume glacial diminua. Orion peinait à maîtriser la puissance de ses sortilèges, même les plus banals. Il n’oubliait pas le formidable coup de pied aux fesses, reçu avec un Accio bottes ! Si seulement l’Accio voulait bien traverser les défenses invisibles et mystérieuses de Poudlard. Hélas !

La réserve de nourriture était au niveau minimal. Il n’avait pas le choix, il fallait se réapprovisionner. Il prit son sac magique et y glissa les bouteilles de Bièraubeurre consignées du Chaudron Baveur. Puis, il se dit qu’il devait mettre de l’ordre dans sa vie passée. Il enfouit une tenue de Moldu dans la besace, rassembla les derniers effets de sa vie d’avant et quitta la tente. Il se rendit transparent et descendit de la colline rocheuse, en direction du lac noir. À peine eut-il effleuré les eaux qu’il transfluida.

Orion était de retour dans son studio du 7 Privet Drive. Il l’avait quitté depuis un mois, mais avait la sensation de pénétrer en territoire étranger, presque hostile. L’appartement ne lui avait jamais ressemblé et aujourd’hui, cette distance se creusait davantage. Il ouvrit les placards, les vida et rassembla la récolte au centre de la pièce. Le matelas, la couette, le coffre, le fauteuil, le clic-clac, quelques réserves de nourriture. Il vérifia que nul regard n’espionnait à travers la fenêtre et ne se priva pas d’un peu de magie ménagère.

— Alors… Si mes souvenirs sont bons… Reducto ! Faitlamalle ! Recurvite !

Il accomplit les gestes adéquats. Le studio brilla comme un sou neuf, les vêtements et housses furent rangés, le mobilier et la literie miniaturisés. Il passa trois coups de fil : l’un à la compagnie d’électricité, un autre à celle des eaux et le dernier à British Telecom. Il communiqua les relevés de compteurs aux deux premiers et sa décision de mettre fin aux contrats les liant.

Après une ultime vérification, il sortit, sans état d’âme, donna un tour de clef et se dirigea vers la porte d’entrée des propriétaires. Il enfonça le bouton de la sonnette. Madame Browning ouvrit au bout de quelques secondes.

— Monsieur Centuri ! Oh mon Dieu ! Vous êtes vivant !

— Bonjour, madame Browning.

— Mais où étiez-vous passé ? Nous vous croyions… euh… mort dans l’exercice de vos fonctions, mais les journaux n’avaient rien mentionné. Que s’est-il passé ?

— C’est une longue histoire mais, pour faire court, j’ai retrouvé de la famille.

— Mais quelle merveilleuse nouvelle ! Nous nous inquiétions de ne jamais vous voir recevoir d’amis, de parents. Alors, qu’allez-vous faire ?

— Je pars. Je vais les rejoindre. Donc, euh… voici les clefs du studio. Il est vide. J’ai laissé le combiné de téléphone, je n’en ai pas l’utilité.

— Ah… vous nous quittez ?

— Oui. Pour le préavis, je suis désolé. En contrepartie, vous m’aviez parlé de votre fille qui passait son permis de conduire.

— Oui, elle l’a eue.

Il agita les papiers de sa Peugeot et les clefs de contact.

— Elle est à elle. Il suffit que je signe le transfert de propriété.

— Mais vous n’y songez pas ! C’est bien au-delà d’un mois de loyer !

Elle s’empourpra, submergée par l’émotion.

— C’est en remerciement pour ces années où vous m’avez si bien accueilli.

— Mais enfin, c’est de la folie !

— Que serait le monde sans un grain de folie ?

Elle protesta, mais il s’entêta et céda son véhicule à leur fille. Il se sentit soulagé et libre. Il la quitta après avoir transmis ses salutations indirectes à monsieur Browning, retenu à son travail. À hauteur du 4 Privet Drive, il entendit une des colères mémorables de Dudley Dursley. Il chercha une impasse tranquille, avisa un caniveau, se pencha, passa une main, effleura les eaux sales et disparut à jamais de Little Whinging.

Après quelques achats sur le Chemin de Traverse, l’Inspector en disponibilité ne résista pas à une visite-éclair chez monsieur Ollivander. Il lui fit part de ses progrès phénoménaux, grâce à la lecture de la théorie et à la pratique assidue. Il signala quelques difficultés à maîtriser la puissance des sorts, y compris les plus anodins comme le Wingardium Leviosa, exercé sur une plume, comme indiqué dans le manuel. Plume partie si haut en l’air qu’elle voguait dans la stratosphère !

Le maître des baguettes le rassura : il valait mieux être confronté à des exagérations que batailler avec chaque formule pour produire un effet. Orion devait adoucir ses gestes et sa voix pour moduler l’enthousiasme naturel de sa compagne. Il devait travailler la précision et la visée afin de compenser la forme tortueuse. En contrepartie, de temps en temps, dans un lieu désert, sécurisé, il pourrait lâcher les chevaux avec des sorts plus explosifs ou incendiaires. Le lien presque fusionnel entre le sorcier et son serviteur magique émerveilla monsieur Ollivander. Il sentit de l’amour, de la poésie, des envolées lyriques.

Le temps de partage passa très vite et l’artisan vit en son client un disciple parfait, assoiffé d’apprentissage, protecteur de la faune, capable de coopérer avec des Botrucs. L’Amphigikien éprouvait un respect réciproque pour un autre fabricant d’objets magiques. Bref, Orion cultivait la passion et faisait preuve de ténacité.

Le possesseur de la baguette de vigne promit de revenir avant de se rendre chez Fleury et Bott. Il fureta, demanda des conseils, compulsa tous les ouvrages liés aux mythes et légendes et s’abreuva des articles du Chicaneur, le journal d’un certain Xenophilius Lovegood, spécialiste de faune invisible et supposée exister. Il fit chou blanc.

Alors, après avoir taillé la bavette avec Tom au Chaudron Baveur, il s’était changé en Moldu et était allé faire un saut à la librairie jouxtant le pub. Mêmes questions mais réponses différentes. James Garfield, un gamin de vingt ans embauché depuis peu, surclassait ses collègues grâce à une prodigieuse culture générale et des connaissances littéraires étendues. Le tout appuyé par une mémoire visuelle stupéfiante.

— Je cherche un ouvrage sur les créatures mythiques, légendaires.

— Vous avez un titre, un auteur en tête ?

— Non, pas du tout. Plutôt un témoignage digne d’intérêt sur une bête gigantesque.

— Un descriptif, peut-être ?

— Eh bien, je vous livre le témoignage sans ambages, d’accord ? Alors… une gueule grande comme une grotte, ceinturée de milliers de dents. Une tête de crocodile. Un corps long, couvert d’écailles dures comme de l’acier, comme un serpent de deux… cents mètres. Et de petites… euh… ailes de… dragon.

Le vendeur pâlit.

— Je sais. C’est une pure hérésie.

— Non… Non… attendez. Suivez-moi.

Ils quittèrent le rayon fantastique et s’aventurèrent du côté religion-ésotérisme. Il mit la main sur un ouvrage réalisé par un théologien de renom. Il ouvrit le traité religieux et s’arrêta sur une gravure. Il tourna le livre vers son client.

— C’est ça ?

Le sorcier examina le dessin. Il correspondait presque en tous points, hormis pour la taille, plus modeste dans l’édition que dans la réalité. Il lut la légende.

« Le Léviathan est un monstre colossal, dragon, serpent et crocodile, dont la forme n’est pas précisée ; il peut être considéré comme l’évocation d’un cataclysme terrifiant capable de modifier la planète, voire de l’anéantir. Ce serait la Bête, un démon de l’Enfer dont la seule vue terrasserait n’importe quel être. Au Moyen Âge, il apparaît sous la forme d’une gueule ouverte qui avale les âmes. »

— La description correspond. C’est troublant. Je… je prends le livre.

— Bien, Monsieur.

Orion lâcha deux billets de dix livres sterling et remercia le vendeur pour ses compétences. Une fois dans la rue, il resta immobile, sur le trottoir. Il ressortit l’ouvrage de sa pochette et revint sur la gravure. Il vacilla.

« Du Léviathan. Il y a cette abomination dans le médaillon noir. Un démon de l’Enfer qui me suppliait de… tuer. Tuer tous ceux que je connaissais. C’est le mal absolu et cette… horreur… avait des atomes crochus avec moi ! Mais pourquoi, bon sang ?! »

Il regretta qu’Alcyone Tauri ne soit plus localisable. Son ami aurait apprécié de connaître la vérité. Il aurait trouvé une explication à cette affinité satanique.

Quoi qu’il en soit, le Conseil des Sages méritait la vérité. Tout au moins, Cassiopée Cassini.

Il quitta la librairie, pâle comme un linge, le visage grave. Il repassa la porte du Chaudron Baveur, en toute hâte.

— Tom !

— Oui ? Un souci, l’ami ?

— Y a-t-il des toilettes ?

— Bien sûr !

Il désigna la porte jouxtant le comptoir.

— Merci.

— Malade ?

— Non, non… Rassurez-vous. J’veux bien un whisky Pur Feu. J’arrive dans cinq minutes.

— Ça marche ! Fit le barman.

Il franchit la porte pour la première fois. Les lieux sentaient la rose – un sortilège de Tom – et étaient d’une propreté exemplaire, grâce à d’efficaces Recurvite lancés plusieurs fois par jour. Il ouvrit un robinet et régla le débit jusqu’à laisser couler un mince filet d’eau. Il prit quelques secondes pour réfléchir à la manière d’entamer l’information.

Il déclama :

— Bulle d’information.

Le flux d’eau se suspendit et s’évasa jusqu’à former une sphère parfaite avec un tube effleurant ses lèvres.

— Destinataire : Cassiopée Cassini, Amphigika.

Il marqua une pause et énonça avec sérieux :

— Objet : destruction du médaillon noir. Texte… Euh… Bonjour Cassiopée. Je pense que tu te souviens de cette terrible aventure où nous fûmes à deux doigts de perdre l’âme d’Alcyone Tauri et où j’ai dû « changer » de corps, suite à notre incursion dans la gueule d’une créature inconnue. Sans ton intervention, nous serions morts.

Il marqua une pause et reprit :

— Je viens de découvrir la nature de la créature. C’est le Léviathan. Pas un Léviathan mais LE Léviathan. Un monstre des enfers, annonciateur de l’Apocalypse. Cette chose que j’avais pressentie comme maléfique, est le Mal incarné. Il faut… je répète… tu dois absolument procéder à la destruction du médaillon. Par tous les moyens ! C’est la priorité. Ne tente de l’éloigner, sous peine d’être trouvé et exploité pour faire le mal. Il ne faut pas essayer de le détruire sans magie, car il résistera. Voilà… tiens-moi au courant, c’est important. Fin de la bulle.

Le tube pour parler s’effaça et la sphère devint hermétique.

— Envoi.

La bulle rétrécit et s’enfonça dans la tuyauterie. Il fut soulagé. Il n’en avait pas envoyée depuis une éternité. Il demeura immobile, les yeux rivés sur le mince filet d’eau tournoyant près de la bonde, caressant l’espoir d’une réponse immédiate.

Au bout d’une paire de minutes, il renonça et regagna la salle de la Taverne. Les tripes bouleversées par sa découverte, il engloutit son whisky Pur Feu. Un autre suivit, un troisième parvint à ses lèvres, la bouteille y passa, jusqu’à ce que son esprit ait chassé le souvenir du médaillon maléfique.

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