Preuves en mémoire
Chapitre 1 : Preuves en mémoire
7541 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 09/09/2026 21:28
« Harry ! Harry, ça va ? »
La voix d'Hermione lui paraît lointaine, puis plus proche et, enfin, il revient à lui. Il est allongé au sol, dans le parc de Poudlard. Autour de lui se trouvent Hermione, Ron, Madame Pomfresh, le professeur McGonagall et Dumbledore.
Plus loin, il entend des sanglots dont il ignore la provenance. Que s'est-il passé ?
« Harry, tu peux te lever ? demande l'infirmière. »
Il se redresse. Sa tête lui tourne, sa jambe lui fait mal et il aperçoit une entaille fraîchement réparée sur son bras. Mais il ne comprend pas d'où cette blessure peut bien venir ni pourquoi tout le monde le regarde comme si quelque chose de grave l'impliquant venait d'avoir lieu.
« Qu'est-ce qui se passe ? demande-t-il. »
Tout le monde est sidéré par sa question.
« C'est à vous qu'il faut le demander, Potter, répond froidement McGonagall.
-- Pardon ? »
Harry se concentre et finit par se revoir entrer dans le parc pour la troisième tâche du tournoi des trois sorciers. Il revoit les gradins bondés, les haies du labyrinthe... Et après ? Il est entré, non ?
« La troisième tâche... On l'a terminée ? demande-t-il.
-- C'est une blague, Potter ? »
La voix glaciale de Rogue le frappe. Il vient de les rejoindre. Avec sa mine revêche, son air hautain, comme à l'accoutumée, il exaspère Harry.
« Non.
-- Vous vous fichez de nous, Potter ? Un garçon est mort, je vous signale ! »
Harry retient un cri, choqué. Il regarde Hermione : elle a les yeux rougis tout comme McGonagall. Les autres ont des mines blafardes.
« Harry, tu ne te souviens vraiment de rien ? lui demande son amie, la voix tremblante.
-- Non. Je... Je ne me vois même pas entrer dans le labyrinthe.
-- Il se fiche de nous ! hurle Rogue.
-- Severus, calmez-vous, tempère Dumbledore. Emmenez Harry à l'infirmerie, Poppy, on règlera ça plus tard. »
Madame Pomfresh, accompagnée de Ron et d'Hermione, aide Harry à se relever.
« Une seconde vous tous ! »
La voix de Fudge est glaciale elle aussi, remplie de colère.
« Je peux savoir ce que vous comptez faire avec mon suspect ? demande-t-il en les rejoignant.
-- Votre... Quoi ? bredouille Harry.
-- On se calme, Cornelius. Ce n'est qu'un enfant. Et l'enquête n'a pas encore eu lieu.
-- L'enquête ? Mais il n'y a pas d'enquête, Dumbledore ! Il était le seul à être présent au moment des faits !
-- J'ai dit : « On se calme », rétorque le directeur d'une voix posée, détachant chaque mot pour les laisser résonner. On va déjà le soigner et essayer de comprendre ce qui s'est passé. Quand on saura tout, je vous le confierai, si, bien sûr, il est impliqué.
-- Bien sûr qu'il est impliqué ! hurle Fudge, hors de lui.
-- Impliqué dans quoi ? murmure Harry à Ron.
-- Je crois, Dumbledore, que vous ne saisissez pas la gravité de la situation.
-- Je la mesure, Cornelius, je vous assure.
-- Alors vous comprendrez que les Diggory attendent une explication ! assène le Ministre avant de s'éloigner. »
Harry tourne la tête vers Hermione et l'interroge du regard. Elle prend une profonde inspiration et explique :
« Tu es ressorti du labyrinthe avec le corps de Cedric. Fleur et Krum étaient hors-course, donc il n'y a que toi qui sais ce qui s'est passé. »
« Je vous jure professeur, je n'ai pas... tué Cedric. »
Harry est assis dans le bureau de Dumbledore, en compagnie de Ron, d'Hermione et de Sirius, arrivé en urgence au vu de la situation dramatique.
« Je te crois, Harry, je te crois. Mais sans tes souvenirs, les faits sont là. Vous êtes entrés ensemble dans le labyrinthe, Krum et Delacour ont été éliminés et tu es ressorti avec le corps de Cedric. Il ne présente aucune blessure visible. Il a sans doute été tué par un sortilège, peut-être un Avada Kedavra. Tu es le seul suspect alors... Sans tes souvenirs...
-- Je ne suis quand même pas accusé de meurtre ?
-- Eh bien si, en réalité.
-- Mais enfin, ce n'est qu'un gamin ! proteste Hermione.
-- Cedric aussi n'était qu'un « gamin », comme tu dis. Et nous avons en face de nous des parents qui veulent des réponses.
-- MAIS JE NE L'AI PAS TUÉ ! »
Harry a hurlé, hors de lui. Sirius pose une main réconfortante sur son épaule.
« Harry, on le sait bien, mais ils veulent un responsable.
-- Ce qu'il faut, c'est que tu retrouves tes souvenirs, déclare le directeur. Pour ça, je vais t'envoyer dans un endroit sûr avec Sirius. Il va t'aider à y voir plus clair. Je dirai que je te garde à l'abri en attendant le jugement et que je cherche des preuves.
-- Et nous ? On ne va pas laisser Harry tout seul ! proteste Ron.
-- Fudge va accepter que je garde Harry, mais pas que j'enquête. Alors j'ai besoin d'élèves discrets qui sauront où chercher, du genre de ceux qui ont enquêté derrière mon dos sur la pierre philosophale ou la réouverture de la Chambre des secrets, entre autres. »
Ron et Hermione baissent les yeux, penauds. Harry les regarde, inquiet.
« On va s'occuper de tout, Harry, promet la Gryffondor.
-- Et moi, je vais m'occuper de toi, affirme Sirius.
-- Bien. Vous deux, allez rejoindre vos salles communes. Et nous, on y va. »
En sortant du bureau, Ron et Hermione soupirent, inquiets.
« Putain, dans quel pétrin il est Harry ! peste Ron.
-- On va l'aider.
-- Tu crois qu'on lui a jeté un sortilège d'amnésie ?
-- Je ne pense pas. Je dirai plutôt qu'il a vu quelque chose d'horrible et que son cerveau le protège.
-- Attends, c'est possible, ça ?
-- Bien sûr. Cela arrive quand ce qui est vu est trop dur à accepter. La mort de Cedric a pu être ce traumatisme.
-- Mais... Les souvenirs ont disparu, alors ?
-- Non, pas forcément. Le cerveau les enfouit, mais ne les fait pas toujours disparaître. C'est pour ça que Sirius doit aider Harry. En discutant avec lui, il pourra peut-être lui permettre d'y voir plus clair, d'accepter l'inacceptable. Et je pense que Sirius est la meilleure personne pour ça.
-- D'accord. Espérons qu'ils y arrivent. Et la baguette de Harry, j'ai vu qu'ils l'avaient testée. Ça a donné quoi ?
-- Rien, mais on n'a pas retrouvé celle de Cedric alors les Diggory émettent l'hypothèse qu'il s'en est servi pour le tuer et peut-être même ensorceler Krum parce qu'on sait que c'est lui qui a fait abandonner Fleur, mais il a lui-même été manipulé.
-- Et il ne sait pas qui lui a fait ça, je suppose ?
-- Non, il ne l'a pas vu. Il pense qu'il s'est fait attaquer par derrière.
-- C'est déloyal !
-- Je sais.
-- Et sinon, on commence par où notre enquête ?
-- Peut-être par interroger les profs qui surveillaient le labyrinthe, histoire de voir s'ils n'auraient pas remarqué quelque chose qu'ils penseraient anodin, mais qui ferait sens pour nous.
-- Déjà fait. »
Les deux amis sursautent et font volte-face. La jeune fille qui se trouve devant eux a les yeux rougis, mais un sourire crispé aux lèvres. Ses longs cheveux noirs sont noués en tresse. Elle tient un bloc-notes à la main.
« Cho ? s'étonne Hermione. »
La dernière fois qu'elle l'a vue, c'était quelques heures plus tôt, alors qu'elle était effondrée dans les bras de Katie Bell, une de ses amies.
« Oui, j'ai été voir les profs qui surveillaient le labyrinthe.
-- Et alors ? demande Ron.
-- Pourquoi tu fais ça ? interroge Hermione. »
Cho soupire, retient une larme.
« Pour savoir. J'ai besoin de savoir. Et la version qui fait d'Harry le responsable de tout ça ne me convient pas. Je le connais assez pour savoir qu'il ne peut pas être impliqué dans ce qui est arrivé... »
Elle ne termine pas sa phrase et les Gryffondor ne le lui demandent pas. Cho était la petite amie de Cedric. Hermione est impressionnée de la voir là. Elle est brisée, mais elle veut savoir. Elle ne pourra pas faire son deuil tant qu'elle ne connaîtra pas les circonstances et le véritable responsable de la mort du jeune Poufsouffle.
« Ok, venez, faut trouver un endroit pour se poser et enquêter discrètement, déclare la Gryffondor.
-- J'ai ce qu'il faut, répond Cho, fière d'elle. »
Elle les conduit jusqu'au septième étage où ils découvrent une salle bien étrange.
« C'est la Salle sur demande. Elle apparaît quand on a besoin d'elle et peut prendre toutes les formes que nous voulons, leur explique-t-elle. Il suffit de passer trois fois devant la porte en se disant mentalement : « J'ai besoin d'un endroit discret pour une enquête illégale ».
-- Ok. »
Ils s'exécutent et une petite salle apparaît, confortable, avec des fauteuils, une table et un grand tableau sur lequel ils pourront inscrire les éléments de leur enquête.
« C'est parfait ! approuve Hermione en frappant dans ses mains. »
Ils prennent place autour de la table et commencent à remplir le tableau.
« Bien. On a un labyrinthe, Harry et Cedric qui sont les seuls concurrents encore en course. Ils trouvent le trophée et Harry ressort du labyrinthe avec la coupe et Cedric mort, résume Ron.
-- Déjà, j'ai noté un truc, ils sont apparus dans le ciel. Le trophée était un portoloin qui devait les faire sortir du labyrinthe dès qu'on le touchait, analyse Cho.
-- Et donc ?
-- Et donc dès que Harry a touché le trophée, il est parti. Cela signifie que Cedric était déjà mort. Il n'a donc pas eu le temps de prendre la coupe.
-- En effet.
-- Alors tout s'est passé dans le labyrinthe ?
-- Peut-être, oui. »
Un silence suit. Sont-ils en train de douter ? Finalement, Hermione inscrit l'information et ils continuent, sans faire part de leurs sentiments respectifs.
« Et les profs, alors ? demande Ron.
-- Eh bien ils n'ont rien vu. Mais il manque un témoignage.
-- Pardon ? interroge Hermione qui était en train d'écrire sur le tableau d'enquête.
-- On est bien d'accord que Maugrey faisait partie des patrouilleurs qui surveillaient le labyrinthe ?
-- Ouais...
-- Eh ben il a disparu. J'ai entendu McGonagall en informer Fudge qui a dit qu'il lancerait une enquête.
-- Quand ?
-- Quand Amos arrêtera de le payer pour qu'il envoie Harry à Azkaban.
-- Je crois qu'on peut le comprendre...
-- Au fond, il sait que ce n'est pas Harry, assène Cho, implacable.
-- Tu crois ?
-- C'est pas le sujet, déclare Ron, préférant vite passer à autre chose. Où aurait pu aller Maugrey ?
-- Je ne sais pas, mais la dernière fois qu'on l'a vu, il était dans la forêt en train de surveiller le labyrinthe.
-- Le meilleur Auror de Grande-Bretagne ne quitterait pas son poste pour rien. C'est louche, avertit Ron.
-- Ouais, carrément.
-- Peut-être qu'il a vu quelque chose et qu'il s'est fait attaquer, suppose Cho.
-- Il saurait se défendre. Il a quand même rempli la moitié d'Azkaban à lui tout seul.
-- Tu l'admires ? interroge Hermione.
-- Ça te pose un problème ?
-- Non, mais...
-- Pas le sujet, rétorque Cho. Et je vous signale que Rosier a failli le terrasser. Alors, s'il ne s'y attendait pas ou s'il est parti aider quelqu'un, même avec son œil magique, il n'a peut-être pas fait attention et s'est fait surprendre.
-- Peut-être.
-- Bon OK, mais si ça n'aide pas, S'il n'a rien vu ou rien qui puisse éclairer les circonstances de... Du drame ? demande Hermione.
--C'est pour ça qu'il faut l'interroger, pour savoir. riposte Ron.
-- Mais on perd du temps. On ne sait même pas s'il a vu quelque chose.
-- En fait, on a besoin de lui. Parce que si Harry ne retrouve pas ses souvenirs, il nous faudra un autre moyen de savoir, intervient Cho.
-- Autrement dit, il faudra interroger Maugrey, affirme Ron.
-- Ça nous aidera pas non plus s'il n'a rien vu.
-- En fait, il pourra nous aider, quoi qu'il arrive.
-- Comment ça ? »
Cho sourit et inscrit deux mots sur le tableau : « Tenebris Pensina ».
« C'est quoi ce truc ? interroge Ron.
-- Un sort qui permet... De... Comment dire...
-- De récupérer les souvenirs d'un mort. J'en ai vaguement entendu parler. Mais c'est un sort hyper peu connu, avoue Hermione.
-- Ouais, sauf que Maugrey le connaît. J'ai entendu McGonagall en parler avec Rogue.
-- C'est un truc de Serdaigle d'écouter les conversations ? interroge Ron.
-- Non, mais un truc d'enquêteur, oui.
-- Bon d'accord. Maugrey pourrait pratiquer le sort, alors ?
-- Oui, si on le retrouve à temps. Il y a des conditions à respecter pour que le sort réussisse. J'ai trouvé les infos dans un livre que je tiens de mon père, sur des sorts peu connus.
-- T'as la formule ? Tu sais comment on le pratique ?
-- Non. Le livre ne le mentionne pas. Il explique juste ce qu'est ce sort et les conditions pour que cela fonctionne.
-- OK. Et ça donne quoi ?
-- Le sort ne peut être utilisé que jusqu'à vingt-quatre heures après la mort et il ne donne que la dernière image vue par la victime. Mais attention, cela ne fonctionne pas à tous les coups. Il faut que la mort soit injuste, violente et inattendue. »
Les derniers mots de Cho jettent un froid dans la pièce. La mort de Cedric est injuste, inattendue, mais a-t-elle été violente ? Le regard de Cho se perd dans le lointain. Elle est horrifiée à l'idée que son petit ami ait pu souffrir. Hermione pose une main sur son épaule et la rassure :
« Tu sais, une mort peut être désignée comme violente en raison de son injustice, de sa gratuité, si je peux m'exprimer ainsi. Et puis, Dumbledore a dit que Cedric ne présentait aucune blessure.
-- Ouais... Je... Désolée.
-- Oh, ne le sois pas, c'est normal que tes émotions prennent le dessus. Si tu veux arrêter là, on comprend tout à fait. Tu as déjà fait beaucoup.
-- Non... Non, ça va aller. On doit rester focus si on ne veut pas qu'un innocent finisse en prison. Donc, il faut mettre la main sur Maugrey, et vite. Sinon... C'est fichu.
-- Mais non, Harry pourra retrouver ses souvenirs. Ça prendra du temps, mais...
-- Justement, on n'a pas beaucoup de temps, Hermione. Amos a réussi à faire passer le jugement dans trois jours.
-- Oh putain... On est dans la merde si on ne trouve pas Fol Öil.
-- Mais si McGonagall a parlé du Tenebris Pensina à Rogue, ils vont peut-être essayer de le chercher, tente Ron.
-- Non. Ils ont déjà ratissé la forêt et n'ont rien trouvé. Ils attendent le Ministère.
-- Merde.
-- Vous savez quoi ? On va y retourner. Connaissant Rogue, je doute qu'il ait bien cherché. Et puis j'en peux plus de rien faire ! explose Ron. Je vais chercher la cape de Harry et la carte et on file dans la forêt. Faut qu'on retrouve Fol Öil et vite !
-- La cape et la carte ? interroge Cho.
-- Harry a hérité de son père d'une cape d'invisibilité et d'une carte magique qui indique les faits et gestes des gens à Poudlard, explique Hermione alors que Ron a déjà quitté la pièce.
-- Incroyable !!!
-- En tout cas, cela permettra d'éviter Rusard et les questions. Personne ne doit savoir ce qu'on fait.
-- OK.
-- Par contre, la forêt est grande, on sait où chercher, au moins ?
-- Ouais. McGonagall a bien voulu me donner leur plan avec la position de chaque patrouilleur. Je sais parfaitement où était Maugrey. Peut-être qu'il y est toujours.
-- Comment tu as fait pour obtenir ce plan ?
-- Je lui ai dit que ça pouvait aider l'enquête, qu'on pourrait peut-être trouver des failles qui auraient permis à un tiers d'entrer dans le labyrinthe. »
Cho sort le plan et montre à Hermione l'emplacement d'un point avec les initiales A.M. qui signifient Alastor Maugrey.
« Concernant les failles, je n'en ai pas trouvé. »
Hermione examine le plan rapidement et dès que Ron est de retour, ils se cachent sous la cape et, en consultant la carte, quittent le château pour pénétrer dans la forêt, autour du labyrinthe qui n'a pas encore été enlevé.
« On peut retirer la cape.
--On doit aller par où, Cho ?
-- Par là. »
Ils marchent un long moment avant de quadriller une zone et de se répartir les recherches.
Ron fulmine. Il sait que Harry est innocent. Il connaît son meilleur ami et il sait qu'il n'aurait pas été capable de tuer Cedric, ni même qui que ce soit. Il faut à tout prix retrouver Maugrey, car lui seul peut les aider.
Les faits sont là, ils tournent dans l'esprit d'Hermione. Elle doit trouver la logique à tout ça, l'inconnu de l'équation. Mais ce n'est pas Harry, elle en est sûre.
Pourquoi Cedric ? C'est injuste ! Et ce qui est encore plus injuste, accuser celui qui est le seul à savoir ce qui s'est passé. Cho en a conscience, elle va peut-être découvrir des choses qu'elle ne voulait pas savoir. Mais elle n'a pas le choix, elle doit comprendre pour pouvoir avancer.
« Putain, on n'a rien trouvé, aucun indice, rien ! C'est pas possible ! peste Hermione. »
Ils sont assis près d'un chêne et reprennent leur souffle après plus de deux heures d'intenses recherches.
« On a moins de vingt-quatre heures, bordel ! hurle Ron pour évacuer sa frustration.
-- En plus, on n'a même pas l'heure exacte de la mort, analyse Hermione.
-- Ouais, bien vu. »
Cho et elle se complètent. Leur esprit d'analyse et leur intelligence pourront les aider, mais Ron a bien conscience que sans indice, la tâche sera plus complexe.
« Je vais marcher un peu, annonce Cho. »
Elle se lève et s'éloigne mais trébuche et tombe au sol.
« Cho ? Ça va ?
-- Aaaah !!! C'est quoi ça ? »
Les deux autres se précipitent vers elle, baguettes levées.
« Lumos ! »
Ils se figent. Devant eux, un œil et une jambe en bois sont à peine visibles, presque enfouis sous des feuilles.
« L'œil et la jambe de Maugrey ! Oh merde ! peste Ron.
-- Il s'est fait attaquer, maintenant, c'est sûr.
-- Ramenons ça à Dumbledore. »
Hermione fait apparaître un sac plastique et envoie d'un coup de baguette les objets à l'intérieur avant de le fermer soigneusement.
« Tu devrais dormir, déclare Sirius, d'une voix douce. »
Dans la petite chambre de la maison où ils se sont réfugiés, Harry est allongé dans le lit, son parrain assis à ses côtés. Ce dernier a été réveillé par un cri. Son filleul a fait un cauchemar et depuis, il est incapable de se rendormir.
« T'as vu quoi précisément ? lui demande-t-il pour la troisième fois.
-- Je te l'ai dit ! C'est flou ! »
Harry s'énerve et laisse les larmes couler. Les nerfs lâchent. Sirius pose une main sur son épaule avant de le prendre contre lui.
« Il faut que tu me racontes ce que tu as vu : c'est important.
-- Je... Je l'ai pas tué !
-- Je sais.
-- Et si c'était moi et que je ne m'en souvenais pas ?
-- Je comprends ce que tu peux ressentir, mais...
-- NON !
-- Calme-toi. Je sais ce que c'est de se sentir coupable, mais je sais aussi que tu n'y es pour rien. Alors raconte-moi ce fichu cauchemar.
-- J'ai vu une baguette... On aurait dit la mienne... Et il y avait... La baguette... C'était comme si... Il y avait le fantôme de Cedric. »
Sirius réfléchit un instant. Le rêve est flou, imprécis et il ne sait même pas si le souvenir est fiable. Mais ce dont il est sûr, c'est que son filleul est innocent. Et puis, il y a aussi cette pensée qui le ronge.
« Tu te souviens bien du visage de Peter ?
-- Peter... Oui, mais pourquoi ?
-- Parce que j'ai l'impression qu'il pourrait être impliqué.
-- Sirius...
-- Je le sens.
-- Ça t'arrangerait bien que ce soit vrai, surtout si on le retrouve.
-- Harry ! »
Le Gryffondor se rend compte du ton qu'il a employé et de ce qu'il vient de dire.
« Désolé. Je... Je voulais pas...
-- Ce n'est rien. Maintenant, visualise le visage de Peter et superpose celui de Cedric. Et essaye de voir si ça te dit quelque chose. »
Le jeune garçon s'exécute, inquiet. Mais rien ne vient. Pourquoi n'a-t-il aucun souvenir ? Il s'en veut parce qu'il sent qu'il est concerné. Mais qu'a-t-il fait ? Est-il vraiment responsable de la mort de Cedric, comme les Diggory le pensent ? L'a-t-il tué ? Pourquoi ? Comment ?
« J'étais là, Sirius.
-- Oui et alors ?
-- Alors je suis peut-être impliqué.
-- Ou peut-être pas du tout.
-- J'aurais dû faire quelque chose, je le sens. Mais pourquoi je ne l'ai pas fait ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
-- Calme-toi Harry. Tu vas retrouver tes souvenirs, je te le promets.
-- Tu parles ! Ce rêve ne veut rien dire, je n'y comprends rien.
-- Je vais envoyer un Patronus à Dumbledore, histoire qu'il nous aide à le décrypter. Il pourra peut-être y trouver un indice que l'on a pas vu.
-- C'est ma faute ! »
Sa respiration est saccadée. Il a du mal à calmer les battements de son cœur. Sirius resserre son étreinte.
« Calme-toi. Je suis sûr que tu as fait tout ce que tu as pu pour le sauver.
-- Et comment ? Qu'est-ce qui te fais dire ça ?
-- Mais enfin, voyons, tu n'es pas un meurtrier.
-- Alors pourquoi je ne me souviens de rien ?
-- Peut-être que tu as vu quelque chose d'horrible et que ton cerveau te protège.
-- Je ne veux pas être protégé !
-- Oh, mais ce n'est pas toi qui décide. C'est inconscient. Et ce n'est pas parce que tu veux à tout prix retrouver tes souvenirs que tu les retrouveras. Je pense qu'il te faut un déclic, quelque chose qui redéclenche les sentiments que tu as ressentis, qui te renvoie brutalement dans la situation que tu as vécue.
-- Et ça arrivera quand ?
-- Je ne sais pas. Il faut aussi que tu comprennes que tu pourrais ne jamais retrouver tes souvenirs.
-- Non... Je dois... Non...
-- Harry, tu es épuisé. Il faut que tu te repose.
-- Mais... Si c'est ma baguette, ils pourront le voir, non ?
-- Ils l'ont déjà testée et cela n'a rien donné.
-- Alors ça veut dire quoi si je l'ai vue ?
-- Je ne sais pas. C'est pour ça qu'il faut en parler à Dumbledore. Mais tu dois te reposer maintenant, cela te permettra de retrouver tes souvenirs plus facilement.
-- Ou pas. T'as dit que...
-- Oui, mais on ne sait pas tout ce que notre cerveau peut faire. En tout cas, tu ne pourras pas te concentrer si tu es épuisé.
-- J'ai peur de refaire des rêves. »
Sirius caresse les cheveux de son filleul, les mêmes que ceux de James... Il voit la détresse, il la sent en lui. Il doit l'aider à tout prix. Mais il sait aussi que retrouver ses souvenirs ne le soulagera peut-être pas complètement.
« Pomfresh m'a filé de la potion de sommeil, au cas où. Je vais t'en chercher. »
Harry sourit. Heureusement que son parrain est là, qu'il l'aide à tenir le coup. Mais il a peur de le décevoir. Il le croit innocent, mais a-t-il raison ?
Cho fait les cents pas dans la salle sur demande. Ron et Hermione sont partis voir Dumbledore avec les objets trouvés dans la forêt. De son côté, elle a préféré retourner au quartier général noter les nouveaux éléments. Elle a devant elle le tableau d'enquête et la mystérieuse carte. Ils lui ont laissé pour qu'elle évite Rusard en retournant dans la salle sur demande, mais aussi et surtout parce qu'ils se doutaient qu'elle voulait l'examiner.
Cette carte l'attire. En bonne Serdaigle qu'elle est, elle est piquée par la curiosité. Elle regarde avec attention les petits points qui se déplacent.
Beaucoup d'élèves sont dans les dortoirs. Les profs sont réunis dans le bureau de Dumbledore, avec ses deux camarades.
« Donc, logiquement, les autres bureaux sont vides. »
Elle vérifie et soudain, elle se fige, stupéfaite. Dans celui de Maugrey, un point est présent avec la mention Alastor Maugrey.
« C'est pas possible ! C'est pas possible ! C'est quoi ce bordel ? »
Sans réfléchir, elle se précipite vers le bureau. Elle frappe à plusieurs reprises mais personne ne répond.
« Merde ! Je ne vais quand même pas forcer la porte de Maugrey. Oh, et puis merde! Alohomora ! »
La porte s'ouvre. Cho entre, verrouille derrière elle, pose la carte et la contemple. Maintenant, un nouveau point est apparu à côté de celui de Maugrey et porte son nom. Mais pourtant, personne ne se trouve face à elle.
« Professeur Maugrey, vous êtes là ? Vous allez bien ? »
Pas de réponse. Elle fouille le bureau, renverse les objets, regarde partout et enfin, s'arrête sur une grande malle présente dans un coin.
« Alohomora ! »
La malle s'ouvre avec un grincement et Cho recule, horrifiée. À l'intérieur gît Maugrey, sans sa jambe, sans son œil magique et avec une touffe de cheveux en moins.
« Enfin ! grogne-t-il, d'une voix faible.
-- Professeur ! Depuis combien de temps...
-- Le fils Croupton... Il n'est pas mort. Il se fait passer pour moi depuis le début de l'année grâce à du Polynectar.
-- Pardon ?
-- Le fils Croupton est un Mangemort, demoiselle.
-- Un Mangemort ? Un Mangemort qui se fait passer pour vous et dont on a retrouvé votre œil et votre jambe dans la forêt. Un Mangemort qui a patrouillé autour du labyrinthe et qui sait certainement ce qui est arrivé à... Putain ! »
Elle s'effondre, choquée, en colère, anéantie. Croupton est peut-être le responsable de l'injuste et terrible mort de son petit ami.
« Heu... Vous comptez m'aider ? »
Maugrey s'est redressé dans la malle, massant son corps endolori.
« Vous m'aidez, oui ou non ?
-- Croupton. répète Cho. Putain ! C'est lui qui a... J'arrive, ajoute-t-elle en voyant le visage agacé de Maugrey. »
Elle attrape les mains de l'Auror et l'aide à sortir.
« C'est lui qui a foutu ce bordel dans mes affaires ?
-- Non, c'est moi, en vous cherchant.
-- Et ça ?
-- Rien. »
Elle récupère la carte et la fourre rapidement dans sa poche, ne lui laissant pas le temps de l'inspecter.
« Vous êtes qui, au juste ?
-- Cho Chang, Serdaigle, cinquième année. Venez, on va voir Dumbledore. Il faut qu'il prévienne le Ministère. Croupton a commis un meurtre, peut-être même plus que ça. »
Maugrey, assez faible, peu nourri depuis des mois, muni d'une seule jambe, doit s'appuyer sur Cho pour marcher.
« Vous avez votre baguette ou c'est lui qui s'en sert ?
-- Je crois que cet abruti me l'a volée.
-- Eh merde ! On a besoin de vous pour un sort.
-- De quoi s'agit-il ?
-- Du Tenebris Pensina. »
Maugrey blêmit et demande à Cho de tout lui expliquer.
En arrivant devant la gargouille qui garde le bureau de Dumbledore, Cho doit négocier pour entrer.
« C'est urgent. Y'a un mort !
-- Bon, d'accord, capitule-t-elle. »
Elle les laisse passer et ils arrivent au beau milieu de la conversation.
« Le Ministre veut déjà boucler l'enquête sur Potter, explique Rogue.
-- Mais si on veut la boucler, faut retrouver Alastor, Severus, argumente McGonagall.
-- Il est là. »
Tous se retournent et se figent. Cho et Maugrey leur expliquent la situation.
« Donc le fils Croupton se fait passer pour vous depuis le début, résume Dumbledore.
-- C'est exact.
-- Mais comment a-t-il échappé à Azkaban ? interroge McGonagall.
-- Il nous le dira quand on le retrouvera. Pour l'instant, il faut prévenir le Ministre, déclare Dumbledore.
-- Je m'en occupe, affirme Rogue.
-- Vous avez une baguette, Alastor ? interroge McGonagall.
-- Je crois qu'il me l'a prise, mais faudrait fouiller le bureau.
-- Il me semble en avoir vu une quand je cherchais Maugrey, déclare Cho.
-- Mais, au fait Chang, comment avez-vous... »
Hermione fronce les sourcils mais Cho s'en sort à merveille.
« En fait, je me suis dit qu'on trouverait peut-être des indices dans le bureau et puis je suis tombée sur la malle, je l'ai ouverte et voilà. Je sais, je ne
vous ai pas attendus, avoue-t-elle en se tournant vers les deux Gryffondor, mais je ne pouvais plus rester sans rien faire. »
Tout le monde adhère à sa version et Ron et Hermione sont soulagés que le secret de la carte ne soit pas révélé.
« Bon, je dois vous rendre ça, Alastor, dit Dumbledore en lui tendant le sac plastique. »
MCGonagall et lui sortent pour aller fouiller le bureau et Rogue part au ministère. C'est alors qu'un chien argenté se matérialise. De sa gueule sort un parchemin qui vient se poser de lui-même sur le bureau avant que le Patronus ne disparaisse.
« Ah, mon informateur. »
Si Cho ne connaît pas son identité, les deux autres comprennent immédiatement qu'il s'agit de Sirius.
« Harry va bien ? interroge Hermione, la voix brisée par l'inquiétude.
-- Oui, mais il a fait un rêve étrange, déclare Dumbledore qui le leur raconte.
-- Une baguette semblable à la sienne et le fantôme de... articule Cho. Ça veut dire quoi ?
-- Ça veut dire que s'il raconte ce rêve, il est dans la merde, affirme Ron.
-- Ce n'est peut-être pas fiable. Après tout, ce n'est qu'un rêve, pas un souvenir clair, tente le directeur. »
Mais le froid s'était installé, et avec lui, le doute et les questions se multipliaient, les plongeant dans un silence long, implacable. Et si Harry avait vraiment...
« C'est pas lui, affirme Cho. C'est pas possible que ce soit lui.
-- Surtout que maintenant, il y a le fils Croupton dans l'équation. approuve Ron.
-- Je vais prévenir mon informateur. Il pourra en parler à Harry, peut-être que cela l'aidera. »
Dumbledore prend un parchemin tandis que les autres sortent pour aller aider les recherches dans le bureau de Maugrey.
« Tu vois qui est Croupton Jr ? demande Sirius qui vient de recevoir la lettre du directeur de Poudlard, envoyée à l'aide de son phénix, Fumsec.
-- Ouais. Je l'ai vu à son procès dans la pensine de Dumbledore. Mais j'ai beau visualiser son visage, je ne vois rien qui le relie à quoi que ce soit.
-- Et pour Peter non plus ?
-- Non. Sirius, je sais que t'aimerais le retrouver et moi aussi, mais... Il n'est peut-être pas impliqué. »
Sirius baisse les yeux. Il sait que son filleul a probablement raison, mais il préfère ne pas y penser et se concentrer sur les souvenirs de Harry. Que peut bien signifier ce rêve ? Et qu'est-ce que Croupton a à voir avec la mort de Cedric ?
« J'ai trouvé ma baguette. À mon avis, il se servait d'une autre, déclare Maugrey. »
Lui, McGonagall et les trois enquêteurs fouillent le bureau depuis une heure. Maugrey a remis son œil magique et sa jambe et a accepté à contrecœur une potion revigorante donnée par Madame Pomfresh avant de reprendre les recherches.
« Ah bougre ! Mon œil est détraqué maintenant. »
Il le retire, le secoue puis le remet, non sans créer un vent de dégoût chez ses compagnons.
« Vous vous sentez capable de faire le sort, Alastor ? interroge McGonagall.
-- C'est quoi cette question, Minerva ? On va s'occuper de ça tout de suite. Où est...
-- Venez. interrompt Hermione, évitant que Maugrey finisse sa phrase.
-- Je crois que Harry devrait être là, déclare Cho. Cela pourrait certainement l'aider.
-- J'envoie un Patronus à mon assistant et informateur, déclare Dumbledore, qui vient d'arriver.
-- Qui est-ce, Albus ? demande Maugrey, méfiant.
-- Je préfère garder son identité secrète pour le moment. »
Une demi-heure plus tard, tout le monde est rassemblé dans l'infirmerie, où a été apporté le corps de Cedric, recouvert d'un drap blanc. Sirius est aux côtés de Harry, sous sa forme de chien, mais personne ne pose de question sur la présence de cet animal, tous étant préoccupés par ce que le sort allait peut-être révéler. Rogue vient de revenir et informe que Fudge a mis des Aurors sur le coup pour retrouver Croupton Jr et qu'ils allaient venir inspecter le bureau de Maugrey et la forêt.
« Ne comptez pas sur moi, assène Maugrey. Pas question qu'ils analysent mon œil et ma jambe.
-- Je pense que cela n'intéressera personne. Où sont vos si brillants enquêteurs, Albus ? se moque Rogue.
-- Ils arrivent. »
En effet, trois silhouettes apparaissent au bout du couloir. Elles s'arrêtent à quelques mètres de l'entrée et une discussion semble s'engager.
« Qu'est-ce qu'ils font ? peste l'Auror. Le temps presse ! »
Au bout du couloir, Cho a les larmes aux yeux. Elle s'est arrêtée et les deux autres la regardent, inquiets.
« Allez-y, dit-elle, la voix tremblante.
-- Tu ne viens pas ? demande Ron.
-- Je ne préfère pas. »
Elle a peine à retenir ses larmes.
« T'inquiète pas, on comprend. On te donnera l'essentiel.
-- Je vous attends au QG. »
Ils la regardent partir, sentant l'émotion les gagner.
« Je sais pas comment elle fait. avoue Ron.
-- Elle est admirable, vraiment. Mais elle a ses limites et c'est compréhensible. À sa place, même si je savais Harry innocent, je ne sais pas si j'aurais été capable de participer à cette enquête. »
Ils rejoignent la troupe et s'installent.
« Vous avez fait quoi de ma sauveuse ? demande Maugrey.
-- Elle ne vient pas. Trop dure pour elle. Elle était proche de Diggory, explique Hermione. »
Maugrey soupire.
« Bon, allons-y. »
Il s'approche et relève le drap. Tous détournent la tête, sauf l'Auror. Pour tout le monde, c'est dur. Cedric était si jeune.... Cette mort est si injuste... Hermione comprend bien que Cho n'ait pas voulu assister à ça. Déjà dans le parc, lorsque Harry était arrivé avec le corps du jeune Poufsouffle, cela avait été si terrible...
Maugrey s'accroupit, lève sa baguette, se concentre et prononce la formule.
« Tenebris Pensina ! »
Un éclair blanc apparaît, puis c'est comme si une vitre invisible se matérialisait, montrant avec précision l'autre côté.
On y voit un cimetière, des pierres tombales et surtout, un jeune homme debout : Cedric. Face à lui, un autre homme lève sa baguette et prononce : « Avada Kedavra ». C'est Peter.
L'image s'efface aussi subitement qu'elle est apparue. Le silence est glacial. Tout le monde est choqué, horrifié. Cela s'est passé tellement vite. Et surtout, Pettigrow est censé être mort pour certains d'entre eux.
« Mais, Pettigrow ! C'est pas possible ! se lamente McGonagall. »
Maugrey recouvre le corps et se tourne vers l'assemblée. Hermione comprend alors que la violence, l'une des conditions pour faire apparaître cette image, résidait, comme elle l'avait pressenti, dans la gratuité de la mort. C'était totalement gratuit, commis sans hésitation, sans regret de la part de l'assassin.
Harry, lui, vient de plaquer une main devant son visage. Les souvenirs reviennent, frappants : le cimetière, Cedric, Voldemort, et puis ce rêve qui devient clair à présent. Il retrouve la peur qu'il a ressentie dans le cimetière, le choc, la douleur.
« C'est de ma faute, murmure-t-il à Ron et Sirius, qui a repris forme humaine sans que personne ne s'en rende compte.
-- Qu'est-ce que tu racontes, Harry ? demande Ron.
-- Le trophée... Je lui avais dit de le prendre avec moi. Je savais pas... J'aurais dû... »
Il s'effondre au sol. Les souvenirs sont revenus, mais ils apportent avec eux la culpabilité, la douleur, l'horreur contre laquelle son cerveau avait voulu le protéger. Tout remonte à la surface et le brise.
« Racontez ce dont vous vous souvenez, Potter ! ordonne gentiment McGonagall.
-- Allons s'installer dans mon bureau, propose Dumbledore.
-- Je vous rejoins tout de suite. Il manque quelqu'un. »
Hermione se précipite et va chercher Cho, pendant que tout le monde se retrouve dans le bureau de Dumbledore.
Le récit est difficile, tant pour Harry que pour ceux qui l'écoutent. L'horreur est impensable, inimaginable et pourtant si réelle...
« Et on doit vous croire sur parole ? demande Rogue à la fin du récit.
-- Vous êtes sérieux, Severus ? Vous croyez vraiment que Potter s'amuserait à inventer tout ça et à faire semblant d'être amnésique avant de nous le raconter ?
-- Ça dépend si ça sert ses intérêts. »
Harry n'a pas le temps de répondre, d'hurler sur Rogue, car Fudge entre sans prévenir dans le bureau avec Croupton, menotté.
« Nous l'avons trouvé errant dans l'Allée des Embrumes, trop sûr de lui pour se douter qu'il était recherché. »
Une femme les accompagne et se présente comme étant Amélia Bones, la directrice du département de la Justice magique.
« Je suis pour l'utilisation du sérum de vérité, déclare Fudge. Nous devons savoir. Il parle du retour de Vous-Savez-Qui. Je n'y comprends absolument rien, Dumbledore.
-- Pas besoin de sérum. C'est la vérité, avoue Harry. »
Fudge se tourne vers lui.
« Qu'a révélé le Tenebris Pensina ? »
Maugrey le lui rapporte et Harry racommence son récit, revivant malgré lui l'horreur de cette maudite nuit, soutenu par les encouragements des professeurs, de ses amis et de Fudge, avide de comprendre. Et à la fin de ce récit, à la surprise générale et sans l'aide d'une potion de vérité, Croupton confirme ses dires.
« Et je suis fier d'avoir aidé le Seigneur des Ténèbres, de lui avoir permis de renaître.
-- Comment osez-vous ! hurle Harry. Par votre faute, Cedric est mort !
-- Vois ça avec l'autre débile ! Ce n'était pas moi qui avais la baguette.
-- Mais vous vous êtes fait passer pour quelqu'un de confiance ! On avait confiance en vous ! Comment... »
Harry essaye de reprendre sa respiration. Il est en colère contre Croupton mais surtout, il déverse sur lui sa propre colère. Pourquoi a-t-il conseillé à Cedric de prendre ce fichu trophée avec lui ?
« Tu ne pouvais pas savoir, murmure Hermione qui a deviné ses pensées.
-- J'aurais dû !
-- Harry...
-- Ouais, t'aurais dû être honoré d'avoir assisté au retour du Seigneur des Ténèbres.
-- La ferme, abruti ! beugle Maugrey avant que Harry ne réplique. Si vous ne savez pas quoi faire de cette ordure, vous me le laissez ! On a des comptes à régler ensemble !
-- Je crois qu'un baiser du Détraqueur suffira, Alastor, déclare Fudge. »
Tous frissonnent et Croupton se met à supplier, si bien qu'Amélia Bones est obligée de lui jeter un sortilège de mutisme.
« Je suis d'accord avec vous, Monsieur le Ministre. Quant à Pettigrow, je vais le déchoir de son ordre de Merlin et lancer les recherches. »
Lentement, tous les regards se tournent vers Sirius. Face à l'horreur racontée et au choc de l'implication de Peter, tout le monde en a oublié sa présence.
« Il va falloir qu'on règle certaines questions, déclare Amélia. Mais... »
Elle se tourne vers Fudge, guettant son approbation.
« Allez-y, l'encourage-t-il.
-- Mais nous devons nous rendre à l'évidence que mon prédécesseur a commis une grave erreur et qu'il est de notre devoir de la réparer comme il se doit. Cela inclut de reconnaître que la justice a failli à son devoir de présomption d'innocence et que nous ne pouvons pas tolérer que ce genre de choses se reproduise.
-- Ça veut dire quoi ? murmure Harry.
-- Ça veut dire que Sirius va être innocenté, répond Hermione avec le sourire. »
Une semaine s'est écoulée depuis ces événements. Une cérémonie est prévue à la mi-juillet pour réhabiliter officiellement Sirius. Harry se sent soulagé : son parrain va enfin obtenir justice. Après tant d'années à payer pour des crimes qu'il n'a pas commis, il va enfin pouvoir goûter à la liberté.
Mais le soulagement n'est pas aussi complet qu'il aurait dû l'être, car Harry ne peut s'empêcher de se sentir coupable ; il aurait dû pouvoir faire quelque chose pour sauver Cedric, il en est sûr.
« Tu n'y es pour rien, affirmait Sirius.
-- Qu'est-ce que t'aurais pu faire, Harry ? interrogeait Ron.
-- Ne te sens pas coupable de quelque chose que tu n'as pas commis, lui ordonnait Hermione. »
Même Dumbledore avait tenté de lui expliquer qu'il n'avait rien à se reprocher et, pour cause, il avait été innocenté et les Diggory avaient envoyé une lettre d'excuses en bonne et due forme -- même si Harry se demandait si ce n'était pas Amélia Bones, ou une autre personne, qui l'avait rédigée pour eux.
Mais rien n'y faisait : Harry ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable, et ça le rongeait.
C'est avec ce sentiment qu'il sort dans le parc ce matin-là et s'installe à l'ombre d'un hêtre, pour réfléchir. Il n'entend pas que quelqu'un s'approche et ne le remarque que lorsque cette personne s'adresse à lui :
« Je peux ? »
Harry se retourne et se retrouve face à Cho. Elle a noué ses cheveux en une longue tresse et elle sourit légèrement. Elle est si belle...
« Oui, acquiesce-t-il. »
Elle s'assoit à côté de lui.
« Ça va ? »
-- Ouais...
-- Vu ta tête, ça m'étonnerait.
-- C'est compliqué.
-- Tu penses que tu aurais dû faire quelque chose pour Cedric.
-- Comment tu le sais ?
-- Hermione m'en a parlé. »
Harry baisse les yeux, penaud.
« Tout le monde me dit que je n'y suis pour rien, sauf que... Disons que je le sais, mais je me dis que j'aurais peut-être pu faire quelque chose, j'aurais dû pouvoir. Je n'arrive pas à penser à autre chose.
-- Tu as le droit de penser ça. »
Harry la regarde, surpris.
« Tu penses que...
-- Non. Mais ce que je te dis, c'est qu'on ne peut pas t'empêcher de le penser et toi non plus, tu ne le peux pas.
-- Alors je fais quoi ? Parce que c'est insupportable. J'ai si mal... »
Il essaye de retenir les larmes qui veulent couler et qui brisent sa voix. Cho pose une main réconfortante sur son épaule.
« Je sais. Mais tu dois apprendre à vivre avec cette pensée si tu n'arrives pas à la chasser. Tu dois avancer, Harry. Il faut que tu fasses ton deuil et que tu continues à vivre, en apprivoisant ce sentiment.
-- On fait comment ? Je ne sais pas faire ça, moi.
-- Je ne sais pas non plus. »
Leurs regards se perdent dans la contemplation du parc. Ils réfléchissent à la meilleure façon d'avancer, mais la réponse ne leur vient pas.
« Ce ne sera pas toujours facile, concède Cho. Il y aura des moments où tu penseras que c'est impossible, mais garde toujours à l'esprit que la vie doit continuer malgré tout... »
Sa voix se brise. Harry la regarde et l'admire : elle est courageuse, elle tient le coup comme elle peut. Il doit faire pareil.
Et, devant cette fille, il sent quelque chose se dénouer en lui. Quelque chose a changé, il a l'impression d'avoir moins mal, peut-être parce qu'il commence à apprivoiser sa culpabilité. Il ne pourra pas la faire disparaître, mais Cho a raison, il doit continuer à vivre avec. Surtout qu'il y a une bataille à mener maintenant, car le retour de Voldemort sonne le début d'une nouvelle guerre.
« Mais ce que je sais, poursuit Cho, c'est qu'on va devoir se battre pour qu'il ne soit pas mort en vain. »
Harry acquiesce. Elle a raison, il faudra se battre en pensant à ceux qui sont morts trop tôt, mais surtout empêcher que cela se reproduise.
« Cedric voudrait qu'on avance, déclare Cho.
-- Oui, tu as raison.
-- Et je crois qu'il aurait voulu qu'on se soutienne.
-- On va se soutenir. »
Ils se prennent la main, comme pour sceller cette promesse. Mais Harry sent que leurs mains jointes scellent d'autres promesses tacites, dont ils n'ont peut-être pas encore conscience.