Lévannah Mackenzie : Après deux générations

Chapitre 1 : Souvenirs confus

2007 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 15/08/2026 18:55

Morgane,

Si je n’ai pas répondu à ta précédente lettre, ce n’est pas parce que tu fais allusion à cette unique fois où tu as remporté un défi contre moi. J’ai toujours pensé que tu avais demandé à Blaise de dévier ce cognard consciemment, de toutes façons. En fait, j’appréhende de retourner à Poudlard demain. Et je te dois bien la vérité à toi. Tu vas juste m’en vouloir de te l’avoir caché jusque-là. Pas que c’est une affaire d’état. Mais c’est la raison pour laquelle je me suis un peu murée ces derniers temps. Je te laisse une petite fiole dans laquelle j’ai glissé mon souvenir. Verse-la dans un récipient.

J’ai mis une sorte de sceau magique sur l’enveloppe. Pour m’assurer que Rictus ne lira pas cette lettre comme il a l’habitude de le faire.

Ne me réponds pas, je te vois vite.

*

La fiole contenait un souvenir qui irradiait la confusion. Quand Morgane plongea son regard à l’intérieur, elle se retrouva immédiatement dans la salle commune des Serpentard. Les reflets du lac zébrait les murs et faisait onduler la scène sous les yeux de la fille. Il faisait nuit. Lévannah venait d’apercevoir Rictus enfoncé dans le canapé, en face de la cheminée éteinte. Il fumait son cigare-baguette qu’on lui avait déjà confisqué plusieurs fois. Lévannah ne prit pas la peine de lui faire la remarque. Seul le bout lumineux éclairait le visage taciturne de Rictus. Il avait l’air profondément mélancolique. Morgane se sentit gênée. Rictus n’était jamais mélancolique. Il fixait la cheminée éteinte sans même avoir détourné le regard pour voir Lévannah.

-       Tu devrais voir ta tête, déclara-t-elle finalement.

-       Je la devine très bien, lâcha-t-il toujours le regard fixe.

Une fine fumée s’échappait de sa bouche. Lévannah s’enfonça près de lui et jeta ses pieds sur la table basse.

-       Quoi ? Une peine de cœur ?

Rictus fit glisser son regard sur elle. Il ne prit pas la peine de lui répondre.

-       Si tu ne répliques pas, je vais commencer à réellement m’inquiéter, se moqua Lévannah pour le détendre.

-       Tu crois que je n’ai que ça dans ma vie ?

-       Je crois que c’est ce que tu essaies de nous faire croire.

-       Pars, je voulais être seul.

Lévannah se redressa sur le canapé. Elle s’apprêtait à partir quand Rictus reprit la parole, très doucement, comme dans un murmure :

-       J’ai beau me dire que ce n’est qu’un petit test, que c’est pas grand-chose… je suis comme ça tous les soirs. Je ne sais pas si tu peux comprendre, dit-il en la regardant très fermement, je suis l’héritier des Malefoy. Cet examen, c’est le rêve de mon père. S’il me voyait au sommet de la liste, il y aurait quelque chose dans ses yeux… je ne sais pas. Je me dis qu’il serait content.

-       C’est le brevet qui te met dans cet état ? s’étonna la fille.

Rictus se détourna :

-       Comme si tu pouvais comprendre.

-       Je comprends, déclara-t-elle. Peut-être mieux que si ça avait été pour une rupture.

-       Tu crois… c’est stupide. Pourquoi je te demande à toi ? Tu crois que je peux décrocher le meilleur score ? Je suis plus malin que beaucoup de Serdaigle.

-       Il ne s’agit pas d’être malin, lâcha simplement Lévannah en lui retirant son cigare-baguette, il s’agit de respecter les consignes. Tu penses être capable ?

-       Je n’aime pas suivre les chemins tout tracés, admit-il dans un sourire.

-       Bienvenue à Serpentard !

Ils se replongèrent dans le canapé, fixant le haut zébré.

-       J’ai aussi quitté Nadia, si tu te posais la question.

-       Pas du tout.

Il rigola malgré lui.

-       La place est libre.

-       Tu redeviens détestable, s’écria Lévannah en se redressant pour partir.

Rictus eut un geste précipité. Il se redressa à son tour et l’arrêta en posant la main sur la sienne.

-       C’était une blague, assura-t-il. Mais ça compte pour moi.

Morgane les regardait sans bouger. Elle avait l’impression qu’elle allait les interrompre s’ils l’entendaient respirer. Bien sûr, elle ne pouvait perturber le souvenir. Aussi, elle essaya de retenir son cri quand elle vit les bras de Lévannah enlacer son frère. Ils n’avaient pas plus parler et l’accolade n’avait duré que quelques infimes secondes. Lévannah avait ensuite quitté la salle commune de la manière la plus naturelle du monde.

La brume recouvrit les lieux et Morgane émergea. Elle ne savait plus si c’était Lévannah ou elle qui était confuse.


*

La porte de la cabine claqua fermement. La vitre trembla légèrement et la silhouette de Morgane découpa la lumière qui venait de s’infiltrer. Lévannah écoutait passivement Blaise et Abelforth se disputer au sujet du match de Quidditch de l’année dernière où les Gryffondor auraient dû remporter le tournoi selon les dires du second :

-       Tu dis ça pour défendre ta maison, blâmait Blaise, en vérité, les Serpentard ont été plus malins. Ça, tu ne veux pas nous le reconnaître.

Ils s’étaient tus quand l’aura écrasante de Morgane était apparue. Morgane était d’une blancheur presque irréelle. Ses cheveux étaient aussi clairs que l’argent et tombaient comme un délicat rideau sur ses épaules nues. Elle avait un regard gris et vif, des lèvres avec lesquelles elle s’appliquait à afficher une moue hautaine et contrariée et un nez délicatement retroussé qui lui donnait l’air d’un félin. Elle ressemblait de très près à son jumeau, Rictus.

-       Voilà la star, commenta Abelforth.

-       Très contente de vous revoir aussi, lâcha-t-elle sèchement.

C’était le signe qu’elle était émue.

Elle s’assit – se jeta – aux côtés de Lévannah, lançant son sac de voyage entre elles. Elle regardait Lévannah sans insistance et son regard passa sur tous les présents. Abelforth et Blaise étaient presque collés l’un contre l’autre, puisque Pif se tenait sur la même banquette. Aussi, la proximité ne semblait pas les déranger. Le Gryffondor et le Serpentard se disputaient, tout en se jetant des petits coups de main quand ils se désapprouvaient. Pif avait le nez plongé dans un recueil de plantes. Il essayait d’expliquer une greffe complexe qu’il avait accompli pendant les grandes vacances mais dès qu’Abelforth et Blaise levaient la voix, il se taisait comme par respect. Le Poufsouffle n’éprouvait aucune volonté à s’imposer sur les deux autres. Les disputes continuelles des deux autres garçons finissaient par faire avorter tous leurs embryons de conversation.

-       Même qu’on est allé se baigner dans la mer, celle qui borde l’école Beauxbâtons, vous savez, s’était écrié Abelforth.

-       C’est l’océan, tête de nœud, avait répliqué Blaise.

-       Tu y étais peut-être ? répliqua l’autre.

Ou quelques minutes plus tard :

-       Et sans faire exprès, j’ai utilisé un sortilège, celui du Repoupousse, contait le Gryffondor.

-       Du repousse-tout, corrigea l’autre.

-       Tu me laisses parler, monsieur-je-suis-jamais-content !

Leur dispute fut interrompue par l’arrivée de leur dernière camarade. Hélène se tenait à l’entrée de la petite cabine. Elle tenait une étrange valise vintage d’où s’échappait des morceaux de vêtements, signe évident qu’elle jeté ce dont elle avait besoin dedans, sans ordre et en précipitation. Elle tenait également son immense capeline comme si le vent avait pu la faire s’envoler. Elle dévoila son regard profondément bleu et eut un sourire si infime et si élégant que les garçons se turent et Morgane desserra les sourcils pour la première fois.

-       Tu as attendu le dernier moment pour monter, ou quoi ? la réprimanda Morgane.

Cela voulait dire qu’elle était heureuse de la voir. Aussi, Morgane s’était déjà emparée de la valise de la nouvelle arrivante et s’arrangeait pour la ranger au-dessus de leur tête.

-       A vrai dire, je m’étais perdue. Je me suis inquiétée quand j’ai vu qu’aucune tête ne dépassait la mienne. J’étais avec les premières années !

-       Tu n’as pas la monde-boussole que je t’ai offert ? s’étonna Morgane.

Hélène plongea délicatement sa main dans une grande poche et retira une boule transparente dans laquelle on pouvait voir une flèche pointée différentes directions. L’intérieur était également orné de petites végétations et des dessins obscurcissaient la grande partie de l’objet. Il bougeait tout seul dans sa main comme excité par quelques signaux.

-       Je peux savoir pourquoi on dirait un zoo aménagé ? s’étrangla son amie.

-       Je trouvais que c’était plus joli comme cela, répondit-elle en la glissant dans sa bouche. Bien sûr, la flèche a du mal à se déplacer maintenant. J’ai dû suivre une mauvaise direction.

Morgane la regardait, incrédule.

-       Je déteste les Serdaigle, dit-elle en se laissant tomber sur la banquette.

Hélène s’assit confortablement près d’elle et déplia le journal qu’elle portait sous son bras.

-       J’ai lu quelque chose de très intéressant, murmura-t-elle mais tout le monde était accroché à ses lèvres, tu as vu, Lév ? Le tournoi des Trois Sorciers de Poudlard, il accueille Dumstrang.

Lévannah détourna son regard. Le Poudlard express s’élançait sur la route. Morgane avait posé un regard inquiet sur elle.

-       Lév ? insista la Serpentard.

-       Je me demande s’il a changé, lâcha-t-elle simplement.

Mais Blaise et Abelforth avaient repris leur discussion.


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