Harry Potter (III) : Les Ombres de l'Aube
Cameron et Gabriella Weasley attendaient leur tour côte à côte, les épaules presque collées tant ils avaient l’habitude de se tenir proches, comme si le simple fait d’être séparés de quelques centimètres pouvait déjà les déstabiliser. Ils observaient la Grande Salle avec des yeux émerveillés, fascinés par les chandelles flottantes, les bannières ondulantes, les murmures excités qui couraient d’une table à l’autre, et même si chacun essayait de se montrer confiant, ils sentaient tous les deux une tension familière leur serrer la poitrine. Ils avaient grandi dans une famille où l’humour, la vivacité et la chaleur étaient presque des traditions sacrées, où chaque repas se transformait en spectacle, où chaque réunion de famille ressemblait à un festival, où chaque cousin, chaque cousine, chaque oncle, chaque tante semblait avoir une personnalité plus explosive que la précédente. Ils avaient grandi entourés de leurs parents, de leurs grands‑parents, de leurs innombrables cousins et cousines, car oui, leur famille était devenue au fil des années une véritable constellation, un réseau immense où les liens se tissaient et se retissaient sans cesse, où les rires résonnaient toujours un peu trop fort, où l’amour débordait de partout.
Ils avaient toujours été ensemble, depuis leur naissance, depuis leurs premiers pas, depuis leurs premières bêtises, depuis leurs premières disputes aussi, mais surtout depuis leurs premières complicités. Cameron, avec son sourire en coin et son énergie débordante, avait toujours été le premier à proposer une idée farfelue, et Gabriella, avec son regard vif et son sens aigu de l’observation, avait toujours été la première à trouver comment la réaliser sans se faire prendre. Ils formaient un duo inséparable, deux moitiés d’un même tout, deux esprits qui se comprenaient sans parler, deux tempéraments qui se complétaient parfaitement. Et maintenant qu’ils étaient à Poudlard, maintenant qu’ils attendaient leur répartition, une seule question les obsédait : allaient‑ils être envoyés dans la même maison ? L’idée d’être séparés leur semblait presque inconcevable, comme si on leur demandait de respirer avec un seul poumon. Comment feraient‑ils pour recopier les cours, pour s’entraider, pour se soutenir, pour se rassurer ? Comment feraient‑ils pour être eux‑mêmes si l’autre n’était pas là ?
Gabriella triturait nerveusement une mèche de ses cheveux, signe qu’elle commençait à perdre patience, tandis que Cameron tapotait du pied, un tic qu’il avait depuis toujours et qui trahissait son agitation intérieure. Ils se lançaient des regards inquiets, des sourires forcés, des grimaces qui tentaient de masquer leur stress, mais rien n’y faisait : ils avaient peur. Pas de la maison où ils iraient, non, mais de la possibilité d’être séparés.
Puis soudain, le professeur Montgomery appela le premier prénom.
« Cameron Weasley. »
Gabriella serra la main de son frère une dernière fois avant de la laisser glisser, le cœur battant trop vite, les yeux fixés sur lui comme si elle craignait qu’il disparaisse en chemin. Cameron s’avança vers le tabouret avec une assurance qu’il ne ressentait pas vraiment, mais qu’il affichait comme un bouclier, parce qu’il était un Weasley, parce qu’il avait grandi dans une famille où on apprenait très tôt à sourire même quand on avait peur. Il s’assit, sentit le Choixpeau se poser sur sa tête, et aussitôt une voix résonna dans son esprit, une voix ancienne, malicieuse, presque amusée.
— Hum, je vois… intéressant. Un esprit turbulent, farceur, hérité de ton grand‑père George. Je sens que tu es courageux, loyal, un grand esprit combatif. Déterminé à prouver ta valeur.
Cameron sentit un sourire étirer ses lèvres. Il savait exactement où cela allait mener. Puis le Choixpeau cria :
— GRYFFONDOR !
La table des Gryffondor explosa en applaudissements, et Cameron se retourna juste assez longtemps pour lancer un clin d’œil à sa sœur avant de rejoindre sa nouvelle maison. Il s’assit, encore un peu tremblant, mais heureux, profondément heureux, même si une partie de lui restait suspendue à une seule question : Gabriella le rejoindrait‑elle ? Le silence retomba dans la Grande Salle lorsque le professeur appela le nom suivant.
« Gabriella Weasley. »
Gabriella inspira profondément, tenta de calmer les battements affolés de son cœur, et s’avança vers le tabouret. Elle s’assit, ferma les yeux une seconde, comme pour se donner du courage, puis sentit le Choixpeau se poser sur sa tête.
— Hum, je vois… intéressant. Tu es tout comme ton frère jumeau, identique en tout point. Évite de faire trop de bêtises, tu veux ?
Gabriella ouvrit les yeux, surprise.
Le Choixpeau avait dit « frère ».
Il n’avait même pas pris la peine de vérifier.
C’était presque rassurant, presque drôle, presque familier.
Puis le Choixpeau cria :
— GRYFFONDOR !
Gabriella sentit une vague de soulagement l’envahir, si forte qu’elle faillit en perdre l’équilibre en descendant du tabouret. Elle se précipita vers la table des Gryffondor, où Cameron l’attendait déjà, les bras ouverts, un sourire immense sur le visage. Ils se serrèrent dans les bras, riant, presque tremblant de soulagement, heureux d’être ensemble, heureux de ne pas avoir été séparés, heureux de pouvoir vivre cette aventure côte à côte.
Ils s’assirent l’un à côté de l’autre, les mains encore entrelacées, et observèrent la Grande Salle avec des yeux brillants. Ils étaient Gryffondor. Ensemble. Et ils savaient déjà qu’ils allaient faire de cette maison un endroit un peu plus bruyant, un peu plus vivant, un peu plus chaotique, mais surtout un peu plus chaleureux.
Ils étaient prêts.
Et Poudlard n’avait qu’à bien se tenir.