Harry Potter (III) : Les Ombres de l'Aube

Chapitre 11 : La Répartition d’Elizabeth

1237 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 29/09/2026 17:39

Elizabeth attendait debout parmi les autres premières années, les mains serrées l’une contre l’autre, les doigts crispés au point d’en blanchir les jointures, tandis que son cœur battait à un rythme si irrégulier qu’elle avait l’impression qu’il allait finir par se décrocher de sa poitrine. Déjà plusieurs élèves étaient passés avant elle, certains tremblant comme des feuilles, d’autres avançant d’un pas assuré comme s’ils connaissaient déjà leur maison avant même que le Choixpeau ne touche leur tête, et à chaque fois que le vieux chapeau criait le nom d’une maison, un mélange de soulagement et d’angoisse montait en elle, comme si chaque répartition la rapprochait d’un moment qu’elle redoutait autant qu’elle l’attendait. Elle tentait de respirer calmement, mais rien n’y faisait : son esprit s'emballe, imaginant les pires scénarios possibles, notamment celui qui la hantait depuis qu’elle avait posé le pied dans la Grande Salle, celui qu’elle n’osait même pas formuler à voix haute tant il lui semblait absurde et pourtant terriblement plausible dans son esprit d’enfant anxieuse. Et si le Choixpeau ne lui trouvait pas de maison ? Et si elle n’était pas assez douée ? Et si elle était renvoyée chez elle, humiliée devant tout le monde, incapable de surmonter une telle honte ?


Elle savait que ces pensées étaient irrationnelles, qu’aucun élève n’avait jamais été renvoyé pour cela, qu’elle était une sorcière depuis plusieurs générations, qu’elle avait grandi dans une famille où la magie coulait dans les veines comme un héritage naturel, mais malgré tout, elle doutait. On lui avait dit qu’elle était une sorcière incroyablement talentueuse, capable de prouesses étonnantes pour son âge, et il n’y avait qu’à repenser à ce qui s’était passé lorsqu’elle s’était énervée contre sa cousine Marylin à l’âge de six ans : un accès de magie brute, incontrôlée, qui avait failli tourner au désastre si son oncle n’était pas intervenu à temps. Elle n’avait jamais su exactement ce qui aurait pu se produire, mais elle avait compris que ce n’était pas anodin, que quelque chose en elle dépassait les simples colères enfantines. Pourtant, même cette puissance qu’elle ne comprenait pas ne suffisait pas à apaiser ses doutes.


Elle ne comprenait pas non plus pourquoi son nom provoque autant de réactions. Depuis son arrivée, elle avait senti les regards s’attarder sur elle un peu plus longtemps que sur les autres, entendu des chuchotements étouffés lorsqu’elle passait, perçu des sourires étranges, parfois admiratifs, parfois méfiants, parfois presque craintifs. Elle savait une partie de son histoire, bien sûr, mais on lui avait caché l’essentiel : elle ignorait qu’elle était célèbre dans le monde entier pour ce qui s’était passé onze ans plus tôt. On avait choisi de la protéger, de lui épargner un poids trop lourd pour une enfant, mais ce silence avait créé un vide, un décalage entre ce qu’elle ressentait et ce que les autres semblaient voir en elle. Elle ne comprenait pas pourquoi on la regardait comme si elle était différente, comme si elle portait quelque chose qu’elle-même ne voyait pas.


Elle attendait donc, immobile, tentant de calmer les battements de son cœur, jusqu’à ce qu’enfin son nom soit prononcé.


« Elizabeth Potter. »


Le murmure qui parcourut la salle fut immédiat, presque palpable, comme une vague qui se propagea d’une table à l’autre, soulevant les conversations, attirant les regards, éveillant les curiosités. Elizabeth sentit la chaleur monter dans ses joues, mais elle ne baissa pas les yeux. Elle inspira profondément, redressa légèrement les épaules, et s’avança vers le tabouret avec une lenteur maîtrisée, comme si chaque pas était un effort pour ne pas laisser transparaître la confusion qui l’envahissait. Elle sentait les regards glisser sur elle, certains admiratifs, d’autres intrigués, d’autres encore chargés d’une attente qu’elle ne comprenait pas. Elle avait l’impression d’être observée comme un animal rare, comme une créature dont on attendait une réaction particulière, comme si elle devait confirmer quelque chose qu’elle ignorait elle-même. Elle s’assit sur le tabouret, le bois froid sous elle, et sentit le Choixpeau se poser sur sa tête. Aussitôt, une voix résonna dans son esprit, une voix ancienne, profonde, presque amusée, mais d’une lucidité qui la traversa comme une onde.


— Ah… enfin te voilà, Elizabeth Potter. J’attendais avec impatience de pouvoir choisir ta future maison.


Elle sentit son cœur s’arrêter une fraction de seconde. Le Choixpeau connaissait son nom, bien sûr, mais la manière dont il l’avait prononcé… comme s’il l’attendait depuis longtemps… cela la troubla profondément.


— Le courage des Potter, oui… mais il y a autre chose, continue la voix, comme si elle fouillait dans ses pensées les plus profondes. Une profondeur, une sagesse, une façon de voir au-delà des apparences… Tu as du courage, bien sûr… mais aussi une réflexion rare, une capacité à comprendre avant d’agir.


Elizabeth sentit un frisson lui parcourir l’échine. Elle ne s’était jamais considérée comme particulièrement courageuse, ni particulièrement sage. Elle se voyait comme une fille normale, un peu maladroite parfois, un peu trop curieuse, un peu trop sensible. Mais le Choixpeau semblait voir en elle quelque chose qu’elle-même ignorait, quelque chose qu’on lui avait peut-être caché, quelque chose qui dépassait ce qu’elle croyait être.


— Une maison de bravoure… mais aussi de clairvoyance…


La voix hésita un instant, comme si elle pesait chaque mot, chaque possibilité, chaque nuance de son caractère. Elizabeth sentit son cœur battre plus vite, comme si le Choixpeau était en train de révéler quelque chose qu’elle n’était pas prête à entendre.


Puis soudain :


— GRYFFONDOR !


Le cri résonna dans la Grande Salle, puissant, clair, presque triomphant, et pendant une seconde, Elizabeth resta figée, incapable de réaliser ce qui venait de se produire. Elle avait une maison. Elle appartenait quelque part. Elle n’était ni un échec, ni une anomalie, ni une erreur. Elle était une Gryffondor.


Un sourire étira lentement ses lèvres, un sourire sincère, lumineux, presque incrédule. Elle retira le Choixpeau, descendit du tabouret, et se dirigea vers la table de sa maison, accueillie par des applaudissements, des sourires, des mains tendues. Elle s’assit, encore un peu tremblante, mais heureuse, profondément heureuse, comme si un poids invisible venait de se détacher de ses épaules.


Pour la première fois depuis son arrivée, elle sentit quelque chose se stabiliser en elle. Elle ne comprenait pas encore pourquoi tout le monde connaissait son nom. Elle ne comprenait pas encore ce que son passé représentait. Elle ne comprenait pas encore le poids de ce qu’on lui avait caché. Mais elle savait une chose : elle avait sa place ici. Et ce n’était que le début.



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