Joyeux anniversaire Harry

Chapitre 1 : Joyeux anniversaire Harry

Chapitre final

2634 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 31/07/2026 14:32

Il est 23 h 59.


​Il est 00 h 00.


​— Joyeux anniversaire, Harry, dit l'enfant à voix basse.


​Le jeune garçon se tenait dans la pénombre de la cuisine, le visage éclairé par la lueur verte qu'émettait le cadran du tout nouveau four des Dursley. Il se tourna vers son gâteau d'anniversaire improvisé : un petit biscuit industriel subtilisé dans un placard, surmonté d'une vieille bougie. Quand il avait enfoncé le bâtonnet de cire dans la pâtisserie, la fine couche de chocolat qui recouvrait la gelée à l'orange s'était fissurée, formant le motif d'une petite toile d'araignée. Mais Harry était satisfait du résultat, car sa bougie se tenait bien droite et fière au milieu de ce gâteau au format dérisoire. Il voulut la souffler, mais se rendit compte qu'il avait oublié de l'allumer. Prenant conscience de cette étourderie, il laissa échapper un grognement agacé et se mit à fouiller silencieusement dans les tiroirs de la cuisine à la recherche d'un briquet ou d'une allumette, mais n'en trouva pas. L'enfant soupira en regardant à nouveau son gâteau de fortune. Dans un hoquet de surprise, il constata qu'au sommet de la bougie vacillait maintenant une douce flamme. En fait, il n'était pas vraiment surpris, car ce genre de phénomènes étranges lui arrivait tout le temps. Il fut plutôt ravi. Il s'empressa de souffler sur la flamme tout en formulant son souhait le plus cher : qu'une famille de gentils étrangers débarque, propose de l'adopter et parte très loin avec lui. Harry avait maintenant 6 ans.


​Après avoir savouré lentement chaque bouchée de la friandise interdite, Harry décida de profiter du sommeil des Dursley pour s'amuser un peu. Depuis des semaines, Harry regardait avec envie Dudley martyriser ses cadeaux de fête tout neufs. Ses trente et un cadeaux, pour être plus précis. Lui savait qu'il ne recevrait rien et se dit qu'en cette journée si spéciale, Dudley pouvait bien partager un peu. Le jeune garçon se dirigea donc à pas de loup vers le salon, là où son cousin avait laissé traîner ses jouets alors qu'une chambre complète l'attendait à l'étage pour les ranger.


S'asseyant sur la moquette épaisse, Harry prit d'abord un gros robot métallique articulé. Trois jours plus tôt, il pouvait encore se replier et former un camion, mais le mécanisme était maintenant complètement rouillé ; son cousin l'avait laissé dehors sous une averse. Depuis, le jouet était condamné à rester dans sa position de robot. Harry s'en désintéressa vite, l'objet étant trop lourd et imposant à son goût. Il porta plutôt son regard vers la piste de course géante qui occupait la moitié de la pièce, mais l'essayer aurait été trop bruyant. Continuant son exploration, il fit rouler une panoplie de voitures miniatures éparpillées sur le sol — Dudley en avait reçu un paquet de vingt — et manipula avec soin les peluches de collection déjà tachées de confiture.


Soudain, un jouet attira son attention plus que les autres : une petite moto en métal, parfaitement détaillée. Harry la ramassa et un souvenir lointain remonta en lui, semblable à un rêve. Une moto volante fendant une nuit étoilée… L'enfant se leva et s'approcha de la fenêtre. Soulevant l'objet au-dessus de ses yeux et fermant un œil, il observa la forme du jouet se découper sur le ciel sombre et l'imagina s'élever dans la nuit. Un frisson soudain le parcourut. Un frisson de joie, et d'espoir aussi. Il aurait aimé rester ainsi jusqu'à l'aube, mais en se rapprochant encore un peu plus de la vitre, son pied heurta un camion de pompiers en plastique. Aussitôt, le hurlement strident de la sirène mécanique déchira le silence de la maison.


​Un craquement se fit entendre à l'étage. Pris de panique, Harry reposa la moto et se hâta de fuir vers son placard. En chemin, son regard s'arrêta sur les petites voitures oubliées sur le tapis et il ne put s'empêcher d'en glisser une au fond de sa poche. Après tout, ce n'était pas comme si elle risquait de manquer à Dudley.


​°•°•°•°•°


​Les pas lourds de l'oncle Vernon, suivis de ceux plus légers de sa tante, tirèrent Harry du sommeil. Pour éviter toute réprimande, celui-ci enfila à la hâte son jean trop large, un peu assommé en raison de son escapade nocturne. Il ouvrit la porte de son placard au moment où la tante Pétunia arrivait en face.


​— Sers le jus d'orange et fais griller les toasts, dit-elle en guise de bonjour.


​Harry s'exécuta. Durant ce temps, Mrs Dursley fit cuire les œufs alors que son oncle s'installait derrière son journal.


​Ce matin-là, Dudley se leva tard, si bien que son déjeuner était déjà froid depuis longtemps lorsqu'il descendit de sa démarche aussi lourde que celle de son père, qui d'ailleurs était parti au travail depuis trois heures déjà. Cela lui valut de piquer une crise et il exigea qu'on lui cuisine un nouveau plat. Harry se remit à la tâche. Il inséra une nouvelle tranche de pain dans le grille-pain et versa pour une deuxième fois du jus d'orange dans le verre de Dudley.


​— Cuisine-lui son œuf aussi ! beugla sa tante depuis la salle de bain.


​— Quoi !? Mais je ne sais pas manipuler la poêle, s'épouvanta Harry de sa petite voix.


​— Tu survivras. Moi, je dois m'occuper d'une brassée de linge.


​— Mais je peux m'occuper du linge, proposa Harry.


​— Hors de question ! s'époumona la femme. La dernière fois, les vêtements de Dudley sont devenus violets !


​Avec appréhension, le garçon manipula le lourd instrument de cuisine. Il se brûla trois fois sur son rebord et finit par servir un œuf assez moche que Dudley refusa de manger. À la place, celui-ci se leva et se dirigea vers l'armoire. Il étira de tout son long son petit corps trapu pour atteindre sa boîte de biscuits préférés. Quand il l'ouvrit, son visage changea.


​— MAMAN ! VIENS ICI TOUT DE SUITE, hurla-t-il avec toute la force dont il était capable.


​— Qu'y a-t-il, mon chéri ? dit la tante Pétunia en accourant.


​— Il me manque un biscuit !!!!!


​— Tu as peut-être mal compté, mon poussin ? tenta-t-elle en caressant les cheveux de son fils.


​C'était possible, Dudley était très nul pour compter.


​— Non, il m'en restait…


​L'enfant souleva trois doigts.


​— Ça, c'est trois, mon Dudlynouchet.


​— Oui, trois, compléta-t-il. Un pour aujourd'hui, un pour demain et l'autre pour samedi durant mon programme de télévision.


​— Peut-être que ton père en a pris un, alors, mon chou.


​— Non ! Il dit toujours qu'il déteste ça, répondit Dudley.


​La tante Pétunia se tourna lentement vers Harry.


​— C'est toi qui as mangé un de ses biscuits ?! Tu sais pourtant très bien que tu n'as pas le droit aux sucreries. N'essaie surtout pas de me mentir, jeune homme !


​— C'est, c'est, c'est parce qu'aujourd'hui c'est mon anniversaire, tenta de se défendre l'enfant.


​— C'est vrai ? questionna sa tante avec une moue sceptique tout en se tournant vers le calendrier aimanté au frigo.


​Ils étaient le 31 juillet 1986.


​— Ah, effectivement, déclara-t-elle d'un ton neutre. Mais ce n'est pas une excuse, tu aurais dû demander, comment as-tu osé en prendre sans permission ?


​— Mais vous refusez à chaque fois, dit Harry au bord des larmes.


​— Et avec raison ! Explique-moi pourquoi un garçon comme toi aurait droit aux biscuits ?


​Harry ne dit rien, mais baissa la tête, tentant de ravaler ses larmes. Il se demanda ce que c'était exactement « un garçon comme lui », et pourquoi ils n'auraient pas droit aux biscuits comme les autres, mais ne trouva pas la réponse.


​— Bon, je te laisse t'en tirer pour aujourd'hui, mais ne pense pas que ce sera toujours comme ça, tu es bien averti. Et arrête tes enfantillages, dit la femme en apercevant ses yeux humides.


​Elle prit ensuite la main de son fils.


​— Maman va t'acheter de nouveaux biscuits, Dudley, ne t'inquiète pas.


​Dudley suivit sa mère mais se retourna pour lancer un regard noir à son cousin.


​Avant que la tante Pétunia ne se décide à lui imposer plus de corvées, Harry eut la présence d'esprit de sortir de la maison.


​°•°•°•°•°


​Le jeune garçon déambulait dans les rues du quartier sans réel objectif, à part peut-être celui de rester loin du 4 Privet Drive. Il marchait avec une insouciance qui témoignait de l'habitude qu'il avait à pratiquer cette activité. L'été précédent, il avait découvert que c'était le meilleur moyen d'éviter les coups de Dudley et les réprimandes incessantes. Depuis, il avait exploré les moindres recoins du quartier qu'il connaissait maintenant comme le fond de sa poche. Harry s'engagea donc par automatisme sur Wisteria Walk. Quand il aperçut Mrs Figg devant sa maison, en pleine séance de jardinage, ses épaules se voûtèrent.


​— Bonjour, mon garçon, dit-elle de sa voix chevrotante. Tibbers a saccagé mes pétunias. Je dois tout replanter.


​En disant cela, elle avait pointé le chat en question, un gros matou tigré qui était étendu sur le perron, ses pupilles verticales rivées sur Harry.


​— Bonjour, Mrs Figg, répondit Harry par politesse.


​Harry n'aimait pas s'attarder près de chez elle, de peur qu'elle ne l'aspire à l'intérieur pour lui parler de ses chats. Il passa donc son chemin, le poids du regard de Tibbers pesant dans son dos.

​Il marcha ainsi durant près de deux heures et ses petites jambes commençaient à fatiguer. Il prit donc la décision de se rendre au parc. C'était une assez belle journée. Le genre de journées où Dudley accepte de sortir, car c'est juste assez frais pour que son corps dodu ne se retrouve pas en sueur et juste assez nuageux pour éviter à sa peau rose de cuire au soleil, tout en étant assez belle pour donner envie d'être à l'extérieur. Bref, le genre de journées où le parc devient une zone à risque pour Harry. Mais il savait que son cousin n'y serait pas aujourd'hui. Ce dernier avait invité Piers à tester son tout premier jeu vidéo — un de ses cadeaux d'anniversaire — et une balade à l'extérieur n'était certainement pas ce qui pourrait détourner Dudley de son très cher jeu vidéo.


​L'enfant s'amusa dans les modules et courut dans l'herbe du parc, savourant sa liberté comme une victoire. Même lorsque le ciel se couvrit et qu'il se mit à pleuvoir, chassant les quelques familles, Harry ne bougea pas. Debout au milieu du terrain, il laissa la pluie couler sur son visage. L'averse ne dura pas longtemps, laissant au garçon le parc à lui seul. Il continua à jouer jusqu'au moment où le soleil arriva au niveau des toits, heure à laquelle il se dirigeait habituellement chez lui. Ainsi, il arrivait à temps pour aider à préparer le souper et éviter les reproches. Mais ce jour-là, il en fut incapable. Une pensée venait de traverser son esprit : ni sa tante ni son oncle ne se feraient de souci s'il décidait de ne pas revenir avant l'heure de manger. À cette idée, une émotion amère l'envahit. Aucun d'entre eux n'avait pensé à lui souhaiter un bon anniversaire non plus. Aussi loin qu'il se souvienne, peu importe les circonstances, on n'avait jamais fait attention à lui. Visiblement, personne ne se souciait de lui. Pourquoi retournerait-il à la maison dans ce cas ? Il se demanda après combien de temps on viendrait le chercher si on ne le voyaient pas rentrer. Harry prit alors la décision de rester au parc. Dans deux ou trois heures, tante Pétunia penserait à venir chercher ici et il entendrait sa voix criarde l'appeler en le menaçant d'une semaine de placard. Ou alors, il verrait la voiture de l'oncle Vernon arpenter les rues rageusement à sa recherche. Alors Harry saurait qu'il compte au moins un peu pour eux.


​°•°•°•°•°


​Recroquevillé sous un toboggan, Harry avait compris qu'on ne viendrait pas le chercher. Le soleil devait être couché depuis une heure et la noirceur avait envahi le parc. Le jeune garçon écoutait le chant des criquets occuper le silence de la nuit, sans pour autant la rendre plus rassurante. Un léger frisson le parcourut et il se resserra dans son t-shirt défraîchi. Il savait qu'il était stupide de rester, mais il était incapable de s'avouer ce qu'il avait toujours su. Une partie naïve de lui voyait son oncle et sa tante faire les cent pas dans l'entrée, se faisant un sang d'encre pour lui, et tant qu'il restait ici, il pouvait continuer à faire jouer ce film dans sa tête, jusqu'à ce qu'il s'impose comme étant la réalité. Alors il resta ainsi, et continua à espérer, jusqu'à ce qu'une voix derrière lui le fasse sursauter.


​— Oh... Harry ! Mais qu'est-ce que tu fais là ? Tu m'as fait une peur bleue...


​Cette voix, il la connaissait très bien, mais ce n'était pas celle qu'il avait espéré entendre. L'enfant sortit précipitamment de sous le toboggan tout en tentant d'essuyer les larmes qui avaient débordé de ses yeux. Mrs Figg se tenait en face de lui. La déception l'assaillit comme un coup de poignard, le ramenant brusquement à la réalité. Les Dursley n'étaient pas venus, et ils ne viendraient pas.


​— Je jouais au parc... répondit-il sans conviction.


​— Voyons, mon garçon, en pleine nuit ? C'est dangereux, on aurait pu te... enfin, ce n'est pas une bonne idée. Oh... Viens, je vais te raccompagner chez toi.


​Harry la suivit, le cœur gros. Durant le trajet, la dame commença à lui parler de ses chats, pour ne pas changer. La dernière chose dont Harry avait envie d'entendre parler était de chats. Mrs Figg prit une pause et observa l'enfant un moment avant de reprendre sa marche tout en gardant le silence. Lorsqu'ils furent arrivés devant le 4 Privet Drive, cette dernière déclara :


​— Bon anniversaire, Harry.


​Cette simple phrase surprit le garçon, si peu habitué qu'il était à l'entendre prononcer. La vieille femme lui tendit un gâteau. Il semblait un peu moins ranci que ceux qu'elle lui donnait habituellement et l'attention l'apaisa un peu. Au moins, une personne dans cette ville avait pensé à lui.


​— Hâte que tu reviennes chez moi te faire garder, mon garçon, continua la vieille femme. J'ai pris de nouvelles photos de mes chats et je suis impatiente de te les montrer.


​Harry ne répondit rien. Il se contenta de hocher la tête, mi-exaspéré, mi-amusé, avant de se retourner vers sa demeure. Il entra dans la maison. Visiblement, on avait laissé la porte déverrouillée pour lui, c'était généreux. Au silence des lieux, il comprit avec un pincement au cœur que la famille était déjà endormie. À quoi s'était-il attendu ? Il se rendit à son placard et se roula en boule sur le tas de couvertures qui lui servait de lit. Ses doigts se posèrent sur un petit objet métallique : la voiture de Dudley. Doucement, il la ramassa et l'enferma dans son poing droit. Sa main gauche, elle, tenait délicatement le gâteau de Mrs Figg. Une larme roula sur sa joue alors qu'il tentait de réprimer un sanglot.


​— Joyeux anniversaire, Harry, murmura-t-il une dernière fois pour lui-même.


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Parce que ça ne lui a pas été dit assez souvent,

​— Joyeux anniversaire, Harry !

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