Mage d'Ilùvatar
Neuf jours après leur départ de Foncombe, la compagnie de Thorin n'avait toujours pas trouvé trace d'Elliel autour d'eux. Et pourtant, le mage n'était jamais loin, ne les perdant jamais de vu. Lorsqu'ils s'arrêtaient, il en faisait de même, installant son propre camps avec Rhîwial dont-il s'occupait, retrouvant vite les habitudes de voyage qu'il avait prise lors de sa visite de la Terre du Milieu. Il avait écouté toutes les discussions de la compagnie, soupirant à l'hostilité ouverte que Thorin lui témoignait. Il comprenait pourquoi il détestait Thranduil mais sa propre communauté n'avait rien fait et ne méritait pas son animosité. Si cela avait été son père, il savait qu'Elrond n'aurait pas abandonné les Nains. Thranduil avait bien une raison d'avoir fait ce qu'il avait fait et il connaissait cette raison mais elle ne valait pas le massacre qu'il avait laissé faire. Dans tout les cas Thorin le détestait et détestait le fait qu'il les suive. Mais il s'en fichait pas mal.
Le neuvième jour, il pleuvait des cordes alors qu'ils étaient dans les montagnes. L'orage grondait, les éclairs dansant autour d'eux. L'elfe pouvait voir la compagnie peinant sur les étroits sentiers de roche à flanc de falaise. Lui avait moins de mal. Il était tranquillement installé sur le dos de son cerf, ne touchant pas à ses rênes alors qu'il lui faisait entièrement confiance pour trouver le meilleur chemin. Et comme toujours, sa monture trouvait aisément la route la plus sûre. Un peu de magie les protégeait de l'eau qui, si elle les touchait, ne les mouillaient pas, glissant sur eux. Ils évoluaient plus haut que les Nains et plus aisément qu'eux malgré la taille de Rhîwial. Il surveillait attentivement la compagnie et particulièrement Bilbon qu'il appréciait. Il voyait le Hobbit parfois un peu maladroit et il avait peur qu'un faux pas ne lui soit fatal. Il veillait donc sur lui. L'orage ne le gênait pas, pas plus que la pluie. Alors que les Nains avançaient en contrebas, il surveillait les alentours loin autour d'eux et il repéra une chose qui le fit sourire : les Géants de Pierres étaient de sortie. Il avait une fois vu ces immenses esprits de la nature lors de son tout premier passage dans ces montagnes. Il avait adoré les observer. Il sentit de loin leur combat illustrant l'agitation de la nature aujourd'hui mais il constata aussi rapidement que la compagnie allait passer bien trop près des géants agités.
- Prenons un peu d'avance mon ami, dit-il en se penchant sur sa monture.
Sans attendre, Rhîwial pressa le pas, devançant sans mal les Nains pour finalement se dresser fièrement sur un promontoire donnant sur le ravin qu'ils franchissaient. Les éclairs dansaient autour de lui, l'éclairant sous bien des angles furtivement. Avec la tempête, la vision du ravin était précaire pour un être ordinaire mais ses yeux y voyaient parfaitement et il distingua sans mal les géants, souriant un peu. Il s'activa pourtant lorsque l'un d'entre eux souleva une grosse roche pour la lancer sur l'un de ses semblables, l'écrasant au dessus de la compagnie qui s'était agitée en se rendant compte de sa situation. Il vit le bloc de roc exploser à l'impact mobilisant immédiatement sa magie pour dresser une barrière protectrice autour du groupe à la merci des titans. Ainsi, lorsque les roches tombèrent vers eux, elles furent déviées par sa protection s'illuminant vivement à leur contact, redevenant invisible ensuite.
- Qu'est-ce que ceci ?! cria Thorin qui comme tous avait remarqué le phénomène.
- Cela Thorin, c'est Elliel qui nous protège, répondit Gandalf au dessus du vent et tentant de garder son équilibre sur l'étroit sentier.
Plus haut, Elliel ferma les yeux, se concentrant d'abord sur Gandalf. Usant de sa magie, il fit en sorte qu'il puisse entendre sa voix qui raisonna aux oreilles de la compagnie :
- Mithrandir, dit-il en les faisant sursauter.
Étrangement, sa voix était parfaitement audible dans la tempête, les interpellant alors qu'ils le cherchaient autour d'eux sans le trouver. Son ton restait pourtant doux et serein, à peine plus haut qu'une parole ordinaire.
- Faîtes avancer la compagnie, poursuivit-il. Vous êtes actuellement sur les jambes d'un troisième géant qui ne va pas tarder à bouger. Avancez ! ordonna-t-il.
Il n'en fallut pas plus pour faire bondir les Nains qui se précipitèrent pour bouger de là au plus vite, la protection de l'Elfe les protégeant des chutes de pierres. Ce fut de justesse qu'ils quittèrent leur dangereuse position juste avant que le géant ne bouge pour rejoindre l'affrontement des deux autres. Son mouvement fit d'ailleurs vaciller Bilbon et Kili, qui manquèrent de tomber. Tous s'en rendirent compte, se précipitant pour leur tendre une main mais ce fut une douce lumière blanche qui les supporta, les ramenant vers la parois et leur redonnant leur équilibre, les portant comme de grandes mains. Surpris, ils regardèrent Gandalf qui leur sourit, levant les yeux. Tous en firent de même, ne voyant d'abord rien à travers la tempête et la pluie. Mais soudain, un puissant éclair leur révéla furtivement la présence de l'Elfe plus haut, monté sur sa splendide monture parée de son armure. Ils étaient splendides dans la lumière vive et courte de l'orage. Il était bien plus haut qu'eux, perché sur un petit carré de roche donnant dans le vide sans que cela ne semble le gêner lui ou son cerf. Gandalf lui envoya un signe de tête de remerciement qu'il sembla parfaitement voir malgré la distance et le temps.
- De rien Mithrandir, fit sa voix raisonnant de nouveau à leurs oreilles. Avancez, il ne faut pas rester là lorsque les esprits de la nature se déchaînent.
- Et vous ?! cria Bilbon en le voyant plus exposé qu'eux aux jets de pierres.
- N'ayez crainte Bilbon, je ne risque rien ici, assura-t-il.
Alors qu'il disait cela, un géant s'apprêtait à s'écraser sur lui après un violent coup de poing.
- Prince Elliel ! s'écria Kili paniqué en voyant déjà le géant s'écraser sur lui.
Seulement, l'être immense sembla le voir, se tournant précipitamment pour appuyer ses mains de roc sur la paroi dans un fracas assourdissant. Il stoppa sa chute, la falaise tremblant, sa tête s'arrêtant à quelque mètres à peine de l'Elfe et il se figea, le regardant semblait-il. Étrangement, il parut incliner la tête vers lui, s'éloignant ensuite précautionneusement.
- Je ne risque rien, réitéra-t-il alors pour la compagnie. Avancez !
Le groupe ne se fit pas prier davantage alors que la protection autour d'eux s'illuminait de nouveaux impacts de pierres. Bientôt, ils furent en relative sécurité, continuant à s'éloigner alors que le mage se faisait de nouveau invisible à leurs yeux. La protection ne se manifesta plus une fois à l'abri et Thorin décréta qu'il leur fallait un endroit pour la nuit, tous s'en mettant alors en quête. Elliel lui, resta encore un peu près des esprits de la nature, admirant cette manifestation que l'on avait que rarement l'occasion de voir. Rhîwial restait paisible lui aussi, regardant tranquillement et jamais ils ne furent inquiétés par le combat des titans. Ce ne fut que bien plus tard, lorsque l'orage se calma et que les Géants se fondirent de nouveau dans la roche des falaises qu'il se détourna, repartant sur la trace de la Compagnie et il fut perplexe lorsque celle-ci s'arrêta dans une grotte sans issue où il n'y avait nulle trace d'eux. Il se tendit en se rendant compte qu'il n'arrivait pas à les percevoir, une ombre grandissante présente non loin obscurcissant ses sens. Un poids pesait lourdement dans sa poitrine, le tendant terriblement. Il avait déjà eu cette sensation lors de ses premiers passages dans les Monts Brumeux et il avait toujours rapproché cela de la présence massive des Gobelins dans les mines de ces Montagnes. Mines dans lesquelles la compagnie était vraisemblablement tombée au vu de l'ouverture secrète qu'il trouva dans le sol. Il soupira, s'en voulant de ne pas les avoir suivis au lieu de rester près des géants. Il aurait peut-être pu leur épargner ce mauvais pas.
Il devait les suivre et aller les chercher. Il doutait fort qu'ils soient entrés de plein grès dans un lieu infesté de gobelins ainsi. Il se redressa et rejoignit Rhîwial à l'extérieur. Il leva une main pour caresser sa tête, lui souriant :
- Les Mines des Gobelins ne sont pas un endroit pour toi mon ami. Tu ne peux m'y suivre, dit-il en le faisant souffler fortement par le nez en signe de mécontentement. Ça ira, assura le mage. Traverse les montagnes et nous nous retrouvons plus loin. Il n'y en aura pas pour longtemps. Je dois aller les chercher.
Le cerf vint poser son front contre sa poitrine, l'entourant de ses bois et le mage le câlina avec tendresse. Et finalement, sa monture obéit, partant d'un bond comme il lui avait ordonné. Il retourna alors dans la grotte, sortant l'une de ses deux épées avant de forcer l'entrée de la mine d'une vague d'énergie et d'un geste de la main. Elle donnait sur un tunnel rond aux parois visiblement glissantes et humides. Il ne faisait nul doute que le conduit devait se transformer en véritable toboggan si on y tombait. Il ne fut pas surpris de voir une poignée de gobelins en émerger subitement pour lui sauter dessus, ayant sentit leur présence bien avant d'ouvrir. Il recula dans la petite grotte, les attirant plus loin avant de les tuer sans aucun mal. Et ainsi, il n'y avait pas un cadavre tombant dans le tunnel pour alerter les autres gobelins plus bas. Il se servit ensuite de sa magie pour faire adhérer ses pieds à la paroi glissante, descendant dans le passage et refermant derrière lui. Des vasques incrustées dans la pierre et pleines de flammes éclairaient l'endroit. Il avança rapidement, sans faire le moindre bruit, attentif à chaque son et chaque mouvement qu'il pouvait percevoir. Ses sens aux aguets, sa magie en éveil, il analysait tout ce qu'il pouvait, sa portée pourtant nettement réduite pour il ne savait quelle raison. Il y avait quelque chose ici qui bloquait ses perceptions et qui pesait sur ses épaules. Cette sensation était la même qu'à chaque fois qu'il était passé trop près des ombres. Seulement, il avait appris à renforcer son esprit aujourd'hui et il ne comprenait pas pourquoi il ressentait cela avec autant de force. Au plus il descendait et au plus la chose empirait, lentement. Il commença rapidement à sentir un mal de tête poindre, se sentant plus lourd et engourdi, ses perceptions magiques limitées. Cela ne l'arrêta pourtant pas et il se força à rester attentif et calme dans ce lieu qui ne lui pardonnerait pas la moindre erreur.
Sans précipitation mais avec rapidité, il avança, débouchant bientôt dans l'immense caverne traversée des constructions branlantes et disgracieuses des Gobelins. L'odeur régnant là était atroce, lui faisant froncer son nez sensible. L'air ici allait anesthésier son odorat pour un moment. Il s'appuya contre la paroi crasseuse et humide, régulant son souffle. Il y avait assurément quelque chose ici de profondément néfaste et malsain qui attaquait son esprit et sa magie. Il avait compris depuis quelques instants maintenant que cela n'avait rien à voir avec les Gobelins. Ces êtres étaient certes pleins d'énergie sombre mais certainement pas assez pour lui donner une telle sensation et cela l'inquiéta fortement. Il ne savait ce que cela pouvait être mais c'était assurément très puissant. Peu de choses avaient un tel pouvoir et il ne savait ce que c'était. À première vue, cela avait un rapport avec son entrée dans la mine mais il ne parvint pas à situer la provenance de cette présence ténébreuse. Elle pouvait être à côté de lui ou à l'autre bout de la Terre du Milieu. Il savait bien qu'il y avait une chance pour que cela n'est aucun rapport avec l'endroit où il se trouvait. Ce n'était peut-être qu'une coïncidence. Quoi qu'il en fut, il ne savait qu'une chose : un pouvoir malveillant et malfaiteur extrêmement puissant existait quelque part et il en ressentait la présence nuisant à tout son être.
Il régula sa respiration, tentant d'élever un peu plus les protections autour de son esprit. Il avait mal à la tête et sa cicatrice pulsait. Il savait pour le Horcruxe mais il n'avait aucun moyen de l'enlever de là. Il avait cherché sans succès un moyen de détruire cette chose mais cela semblait impossible sans se détruire lui même. Il l'avait donc scellé de son mieux pour ne pas qu'il puisse lui nuire. Seulement, cette abomination réagissait aux forces des ténèbres de la Terre du Milieu, s'éveillant et se débattant à leur contact. Cela lui donnait alors de terribles migraines et l'une d'entre elle commençait déjà à poindre. Il se secoua pourtant, se concentrant. Il avait d'autres préoccupations pour le moment. Il devait retrouver la compagnie de Thorin et ils devaient sortir d'ici au plus vite. Si cela était possible, ils pourraient peut-être faire une pierre deux coup et traverser les montagnes dans un même temps. D'après ses connaissances, il faudrait au moins trois jours pour les franchir par les tunnels et cela s'ils n'avaient pas d'ennuis en route. Hors, si la troupe s'était faite repérer par les Gobelins, cela n'allait pas être simple. Les jours prochains s'annonçaient compliqués.
Le jeune mage se força à se reprendre, étendant au mieux ses sens magiques. Il semblait seul, tout du moins à quelques mètres à la ronde. Ses sens ordinaires ne détectaient rien eux non plus et il se remit en route, sortant sans bruit du tunnel et sautant sur la plateforme en dessous. Il atterrit souplement sans bruit, restant accroupit un instant et scrutant les alentours. Il entendait aisément les bruits lointains des Gobelins dans les tunnels. Ils venaient de partout. Cependant, ils étaient nettement plus fort dans une direction et il supposa que c'était par là que devait se trouver la place principale de cette cité aux allures délabrées. En vain, il tenta de trouver la présence de la compagnie mais l'ombre l'assaillant obscurcit sa vision. Il parvint néanmoins à trouver la trace de leur passage sur les planches instables. Leur énergie s'évanouissait déjà et il se releva alors, serrant un peu plus son épée et se lançant sur leurs traces, attentif à son environnement. Silencieux, rapide et discret, il se nimba d'un peu de magie, dissimulant sa présence et faisant en sorte qu'on l'ignore.
Il fut soulagé lorsqu'il discerna la présence de Mithrandir alors qu'il s'approchait de plus en plus du brouhaha des Gobelins. Il le chercha aussitôt, le trouvant finalement tapis dans l'ombre et guettant les alentours. Les Gobelins n'étaient plus très loin. Il s'approcha par derrière sans émettre le moindre son, se baissant dans son dos. Il concentra sa magie et lorsqu'il posa sa main sur l'épaule du magicien, celui-ci se retrouva paralysé. Il ne voulait pas qu'il dévoile leur présence par une réaction instinctive. Il sentit son ami se débattre vainement contre son pouvoir et il s'avança pour lui murmurer à l'oreille.
- C'est moi Mithrandir, signala-t-il. Ne faite pas de bruit.
Il retira alors sa main, cessant de l'immobiliser et le Magicien Gris se retourna lentement vers lui, lui offrant un sourire pour se détendre ensuite.
- Prince Elliel, je suis ravis de vous voir, remarqua-t-il.
- Je m'en doute. Mais dîtes moi mon ami, s'amusa-t-il. Que vous est-il arrivé pour que vous vous laissiez avoir par un tel piège ? N'aviez vous pas repérer cette entrée dans cette grotte ?
- Nous l'avons repéré, se défendit-il la voix basse. Mais trop tard cependant, dit-il avec un sourire.
Elliel lui rendit la même expression, se faisant ensuite plus sérieux :
- Où sont les autres ? Demanda-t-il.
- Ils ont été emmené. Dans cette direction, dit-il en pointant une grande galerie dont les bruits les plus forts provenaient.
- Bien, allons-y, poussa-t-il. Je vais nous cacher de mes pouvoirs. On ignorera notre présence mais veillez tout de même à vous faire le plus discret possible.
Le magicien gris acquiesça et ils se remirent en route, avançant le plus vite possible. Le jeune mage ne tarda pas à attraper son bâton de sa main droite, l'autre toujours occupée par l'une de ses épées. Il fallut un moment mais ils arrivèrent finalement en vu de ce qui devait être le centre névralgique de la ville Gobeline. Ils se cachèrent, Elliel secouant rapidement la tête pour tenter d’éclaircir sa vision se troublant parfois. Il ne laissa pourtant rien paraître, reportant son regard au centre de la vaste caverne où se trouvait ce qui devait être le roi Gobelin.
- Cet être est immonde, remarqua-t-il avec une grimace qui fit rire Gandalf.
Et en plus de cette vision répugnante qui lui faisait froncer le nez, ces créatures agressaient ses oreilles sensibles de ce qui ne ressemblait que de très loin à une chanson. Pour lui, il s'agissait plus de cris et de bruits écœurant sans queue ni tête.
- Je hais les Gobelins, dit-il avec une grimace.
- Ils sont là, remarqua Mithrandir en repérant la compagnie.
Ils écoutèrent de loin l'échange avec le roi Gobelin, Elliel et ses oreilles affûtées ne ratant rien de ce qu'il se disait. Il vit les Nains protéger Thorin et le cacher, admirant leur loyauté mais le prince Nain sortit des rangs lorsque les siens furent menacés de torture. L'immonde créature parla alors de l'Orque pâle, alertant Elliel lorsqu'il envoya un Gobelin porter un message vers le Profanateur qui n'était vraisemblablement pas aussi mort qu'on le prétendait. La créature semblait bien trop sûr d'elle pour qu'il s'agisse d'une mascarade.
- Il nous faut les sortir de là et fuir. Nous pourrons peut-être les perdre dans les galeries et sortir sans dommage. Il faudra faire vite, ne pas traîner.
- Ils connaissent les galeries mieux que nous, remarqua le magicien.
- Et ils ne peuvent rien contre ma magie, répondit l'elfe. Une idée ? demanda-t-il.
- Je peux les surprendre, dit-il. Créer un effet de surprise pour donner les temps à nos amis de reprendre leurs armes. Après... et bien il nous faudra faire preuve d'imagination.
- Très bien, faîte cela Mithrandir, approuva-t-il. Je vous aiderais. Il faudra mener la compagnie vers les tunnels est pour espérer sortir du bon côté de la Montagne. Connaissez vous le chemin ?
- Je saurais le trouver, assura-t-il.
- Parfait. Alors ne perdons pas de temps, j'ai l'impression qu'ils sortent les machines de tortures, dit-il alors que les créatures des ombres amenaient des engins de souffrance vers la place du trône.
Acquiesçant, Gandalf se remit en route, laissant Elliel partir de son côté et disparaître en un instant. Il était soulagé que le prince les ai rejoint, toujours admiratif devant sa magie qui seule avait pu lui permettre de le retrouver aussi facilement. Sans attendre, il s'avança au plus vite vers la place, son épée sortie et son bâton prêt à servir. Il fallut néanmoins un moment. Il ne savait guère où avait disparu le jeune mage mais il avait pleinement confiance en lui, ne doutant pas un instant qu'il serait là lorsqu'il le faudrait. Il s'avança et lorsqu'il fut assez près, il mobilisa sa magie d'une incantation ancienne. Une onde de magie blanche se répandit alors autour de lui, jetant au sol tout être présent dans la grande caverne, détruisant les machines, étouffant les flammes et faisant tomber le silence alors que tous semblaient confus. Il s'avança vers la compagnie qui remarqua soudain sa présence. Son attention fut pourtant détournée lorsqu'Elliel tomba brusquement d'on ne sait où, éclairé par les flammes reprenant de la vigueur. Il atterrit précisément sur les épaules du roi Gobelin qui se relevait, plantant son épée dans sa tête sans hésiter un moment, lui tirant un bref cri d'agonie. Le mastodonte tomba lourdement en avant, l'elfe suivant le mouvement et sautant souplement au sol devant les Nains qui le regardaient l'air béat. Tout était figé, les Gobelins et leurs otages confus.
- Et bien, dit l'elfe en souriant un peu moqueusement à la compagnie, qu'attendez vous ? Relevez vous et battez vous !
Ce fut alors la débandade, les Nains sautèrent sur leurs épées éparpillées au sol, se jetant dans un combat déjà entamé par Elliel abattant en nombre les Gobelins leur barrant la route. Cela fait, il s'élança sur les épaules de Bombur, y prenant appuis pour bondir au dessus de leur groupe et prendre la tête, courant déjà sur le pont. Bien vite, il se retrouva assaillis par les Gobelins arrivant en nombre.
- Allez ! cria Gandalf s'élançant finalement avec les autres, suivons le !
Sans un mot, tous s'élancèrent à la suite du prince Elfe qui leur avait déjà bien dégagé le chemin. Il ne fallut pourtant pas longtemps pour que tous se remettent à se battre, les tunnels vomissant les immondes créatures à l'infini. Heureusement, les ponts et chemins étroits faisaient de parfaits entonnoirs annulant en grande partie l'avantage du nombre. Elliel leva les yeux lorsqu'il repéra une horde de Gobelins qui les doublaient par le dessus, risquant de leur bloquer le passage.
- Kili ! Interpella-t-il alors que le Nain n'était pas très loin.
Celui-ci se tourna immédiatement vers lui, suivant son regard lorsqu'il leva les yeux pour lui montrer. Et il sembla comprendre aussitôt ce qu'il se passait.
- Jetez moi là haut je m'en charge, lança Elliel.
À son plus grand soulagement, Kili n'hésita pas un instant, dégageant ses mains, croisant ses doigts, se campant sur ses pieds et se baissant un peu, présentant un appuis à l'Elfe qui s'élança vers lui. Il concentra sa magie dans la jambe qui prit appuis dans les mains du Nain. Il s'accroupit alors que Kili le lançait en l'air de toute ses forces, lui donnant un élan amplifié par sa magie et sa propre force. L'archer resta lui même surpris un instant quand il vit l'Elfe filer à toute vitesse à des dizaines de mètres de haut. Alors qu'il s'élevait, Elliel jeta un coup d’œil vers Kili, se tendant en voyant un Gobelin se jeter sur lui. Le Nain avait lâché son épée pour l'aider et il ne pouvait se défendre à temps. Il tendit une main vers lui, concentrant sa magie. Une boule de feu fusa, touchant le Gobelin en pleine poitrine, le repoussant loin du Nain, le précipitant dans le vide et emportant plusieurs de ses semblables avec lui lorsqu'elle explosa. Kili avait alors eu le temps de reprendre son épée, se relançant dans le combat lorsqu'il eut vu Elliel atterrir sur une plate-forme et en faire autant avec hargne, faisant pleuvoir les Gobelins autour d'eux.
Ils se bâtirent ainsi longuement pour libérer le passage et filer vers les tunnels, multipliant les destructions de ponts et de chemins pour tenter de semer leurs poursuivants. Il en arrivait cependant toujours. Elliel multipliait les acrobaties pour être partout à la fois, sautant par dessus le vide, voyageant entre les niveau tel un chat dans un arbre. Il était toujours là quand il fallait, aidant souvent les Nains en difficulté, usant de sa magie lorsqu'il était trop loin, prenant souvent les devant et libérant le passage. Lorsqu'ils gagnèrent enfin les tunnels, il mena le groupe, ralentissant son allure pour qu'ils puissent le suivre. Il avait cependant un peu d'avance, tâtant le terrain et libérant le passage. Il étendait ses sens magiques autant que possible pour repérer le danger et grand bien lui en pris. Alors qu'ils arrivaient à un embranchement en étoile, il sentit que des Gobelins affluaient de tout côtés. Une seule direction était vierge de présence mais il s'agissait d'un petit cul de sac. Ils étaient pris au piège. Le mage n'hésita pas un instant. Arrivé à hauteur de l'entrée de l'impasse faisant face à de multiples tunnels, il stoppa, barrant le passage à ses compagnons en leur désignant le chemin sans issus.
- Par ici ! s'écria-t-il.
Sans poser de question, tous s'y engouffrèrent, pilant net devant la parois rocheuse qui leur barra alors la route.
- C'est un cul de sac ! remarqua Thorin. Demi tour ! ordonna-t-il.
- Non ! contra alors Elliel qui fermait la marche et leur barrait le passage. Ne bougez plus et ne faîte pas de bruit, dit-il en leur tournant le dos.
- Mais... ! cria Thorin.
Il se tut pourtant lorsque Gandalf posa une main sur son épaule. Tous regardèrent alors l'Elfe tenir son bâton devant lui, à l'horizontale. Les cristaux qui s'y trouvaient s'illuminèrent et un voile s'éleva du sol, semblant obstruer le passage. Ils purent pourtant parfaitement voir à travers et tous se tassèrent contre le mur lorsqu'ils virent les Gobelins débouler de partout.
- Vous nous avez amené à la mort, grogna Thorin alors que tous étaient horriblement tendus.
- Bien sûr et je m'y condamne avec vous, ricana Elliel en regardant pourtant droit devant lui l'air concentré.
Tous remarquèrent alors que les créatures cherchaient partout du regard, l'air confus, comme s'ils ne les voyaient pas. Ils commencèrent même à se chamailler un peu devant la perte de leurs cibles, ne comprenant pas alors qu'elles auraient dû se retrouver coincée ici.
- Si j'avais voulu votre mort à vous et votre compagnie Thorin, reprit alors l'Elfe avec sérieux. Je ne serais jamais entré dans ces mines pour venir vous aider, fit-il remarquer.
- Ils ne nous voient pas ? demanda Fili en s'approchant de nouveau du mage avec les autres.
- Restez derrière moi, commanda calmement le prince Elfe. Ils ne nous voient pas, ils ne nous entendent pas, ils ne nous sentent pas, expliqua-t-il. Je nous cache. C'était la seule solution ou nous étions piégés. Ils ne voient que le cul de sac vide. Laissons les nous perdre un peu dans leur confusion, dit-il alors que les Gobelins repartaient précipitamment dans tout les sens. Je vais nous dissimuler un moment le temps qu'ils s'éloignent puis nous repartons.
Le silence tomba un instant, Thorin détournant un peu les yeux du mage en se rendant compte de son erreur.
- Où est Bilbon ? demanda finalement Elliel l'air inquiet.
Tous cherchèrent autour d'eux, beaucoup se rendant soudain compte de son absence.
- Où est notre Hobbit ? redemanda Gandalf un peu paniqué. Où l'avez vous vu pour la dernière fois ?!
- Je l'ai vu s'éclipser lorsqu'ils nous ont capturé, dit l'un des Nains.
- Il s'est enfuis, dit un autre.
- Baliverne ! trancha Elliel. Bilbon n'est ni un lâche ni un fuyard, dit-il durement. Quand le comprendrez vous ?! Il a dû se perdre. Bon sang, ragea-t-il. Ces mines sont un véritable labyrinthe, dit-il en restant concentré sur sa barrière les cachant alors qu'il n'avait pas bougé d'un cil. Mithrandir, pouvez vous le localiser ? demanda-t-il.
- Non, ne le pouvez vous pas ? questionna-t-il l'air étonné qu'il lui demande.
- Je serais déjà parti le chercher si je le pouvais Mithrandir, répondit-il sèchement.
- J'avais dit qu'il n'aurait jamais dû venir, grogna Thorin. Il n'a rien à faire avec nous.
- C'est vrai, rétorqua durement Elliel en rage. Il n'a rien à faire avec vous qui ne voyez même pas sa valeur. Bilbon vaut déjà mille fois mieux que vous Thorin écu de chêne, dit-il moqueusement. Votre dédain à son égard, votre condescendance m'exaspère. Il n'est peut-être ni prince, ni guerrier, ni magicien mais il est tout ce que vous n'êtes pas prince Nain. Il est profondément bienveillant, loyal, tolérant, fort, courageux. Il a tout quitté pour vous aider à retrouver ce que vous avez perdu quand il n'avait aucune raison pour le faire. Les Hobbits ne convoitent pas l'or, les trésors ou les possessions. Ils chérissent le cœur et les perles de l'âme. Il a tout quitté et il risque sa vie pour vous aider alors qu'il est bien conscient de ses faiblesses. Et pourquoi ? Parce qu'il veut vous aider, qu'il vous voit déjà comme ses amis même si peu d'entre vous l'estiment un tant soit peu, fit-il remarquer. Non, il n'a rien à faire avec vous, vous ne le méritez pas. Pourtant, il restera et il vous aidera jusqu'à en mourir. Il ne peut pas vous apprendre à vous battre ou a mener une guerre. Mais il peut vous apprendre ce qu'est le réel courage et l'abnégation, Thorin. Lui il a le tempérament du roi que vous vous targuez d'être mais vous ne lui arrivez pas à la cheville.
- Je n'ai que faire de ce que vous pensez, répondit Thorin l'air pourtant ébranlé.
- Je le sais fort bien mais gardez vous d'insulter Bilbon en ma présence, prévint-il dangereusement. On ne peut qu'espérer qu'il survivra Mithrandir et qu'il trouvera la sortie. Il est malin et plein de ressource. Et si toutefois il ne trouvait pas, je resterais pour le chercher lorsque tous seront en sécurité dehors, annonça-t-il.
Le silence tomba ensuite, tous réfléchissant avec tension. Après un moment, alors que les tunnels devant eux avaient retrouvé leur calme, Elliel fit tourner son bâton d'un quart de tour, le plaçant à la verticale. Il le planta au sol et à l'ébahissement général, trois répliques de leur groupe apparurent devant eux. Chacun d'entre eux s'en alla en courant, prenant des directions différentes. Ils laissaient des traces au sol, faisant les mêmes bruits qu'ils auraient pu le faire réellement.
- Qu'était-ce ? demanda Fili.
- J'ai créé des illusions magiques de nous, expliqua l'Elfe. Ils vont attirer l'attention loin de nous et nous permettre d'avancer en plus de créer la confusion. Cela devrait nous aider. Attendons encore un peu. Il nous faudra du temps pour sortir, ne traînez pas en route et faîte vous le plus discrets possible. Je vais faire en sorte que nous passions le plus inaperçu possible.
- Je ne vous fait pas confiance, fit remarquer Thorin.
- Vous ne m'apprenez rien, répondit-il. Mais vous n'avez pas le choix. Mithrandir, je vais prendre les devant, montrez moi la route.
- Très bien, approuva-t-il gravement.
Le silence tomba de nouveau, les Nains discutant entre eux à voix basse. Ils restèrent là un bon moment avant qu'Elliel ne relance la fuite, partant en courant suivi de la compagnie s'étant mis d'accord pour l'écouter. Au moins un moment alors que Mithrandir lui faisait confiance et qu'il les avait déjà bien aidé. Pendant deux jours, ils coururent dans les tunnels, se perdant parfois, se cachant souvent, se battant aussi. Elliel les guidait sur les indications de Gandalf. Il prenait les devant, tâtant le terrain et en repérant les pièges, comme les groupes de Gobelins les cherchant toujours. Il les cachait souvent de ses pouvoirs, envoyant des illusions faire diversion, les dissimulant s'ils avaient besoin d'une pause, effaçant leurs traces. Il était toujours attentif et silencieux, les attendant et ayant toujours un œil derrière lui alors qu'il était plus rapide. Ce faisant, il était toujours le premier dans les combats lorsqu'ils n'avaient pas le choix, se débarrassant des cadavres de ses pouvoirs pour ne pas laisser d'indice de leur passage. Et toujours, il cherchait des traces de Bilbon sans en trouver à son plus grand agacement.
Dans ces deux jours et après avoir vu les efforts qu'il déployait pour les sortir de là, les Nains se radoucirent considérablement à son égard, Kili et son frère qui l'appréciaient déjà un peu s'enquérant régulièrement de sa forme. Elliel ignorait Thorin qui ne lui adressait pas un mot, se faisant plus amical avec ceux de la compagnie qui lui laissaient une chance. Mithrandir était toujours à ses côtés l'air soucieux et Elliel savait pourquoi. Le magicien devait voir au moins un peu que ça n'allait pas. L'ombre pesant sur lui n'avait cessé de prendre de l'ampleur au fil des heures. Il avait terriblement mal à la tête, sa vue constamment brouillée comme ses sens. Il avait mal dans la poitrine, se sentant terriblement lourd et fourbu. Sa magie était très limitée, comme ses perceptions. Il se sentait faible, l'esprit vacillant parfois alors qu'il souffrait sans bruit de cette puissance noire pesant sur lui. Il limitait l'utilisation de ses pouvoirs, économisant ses forces alors qu'il faiblissait étonnamment vite. Il le cachait pourtant parfaitement, luttant en silence et se concentrant sur la Compagnie qu'il voulait sortir de là, se concentrant sur Bilbon qu'il voulait retrouver. Son instinct lui criait qu'il était toujours en vie, le rassurant alors qu'il s'était promis de ne pas quitter ces mines sans lui. Si les Nains ne voyaient rien de son état, le magicien lui, devait l'entre apercevoir. Au plus le temps avait passé, au plus il venait s'enquérir de son état, se faisant plus inquiet à chaque fois.
Après deux jours de périples et de tension, ils arrivèrent finalement en vu de la fin, Gandalf assurant que la sortie n'était plus très loin. Seulement, les Gobelins devaient bien se douter qu'ils finiraient par sortir d'une manière ou d'une autre puisque une troupe les attendait devant le dernier tunnel avant la sortie. Ils se cachèrent sur un surplomb, observant un instant la situation.
- Bien, murmura finalement Elliel un peu essoufflé. Je vais vous cacher avec ma magie, dit-il. Puis j'attirerais leur attention sur moi. Je m'en occuperais le temps que vous les contourniez. Passez et sortez. Filez loin d'ici. La lumière du jour vous sauvera. Si je le peux, je détruirais ce passage pour qu'ils ne vous suivent pas.
- Et vous Elliel ? Demanda Fili très inquiet.
- Je vous l'ai dit : je ne quitterai pas ces lieux sans Bilbon. Je n'abandonnerai jamais un ami. Je vais le chercher. Je sens qu'il est en vie quelque part. Lorsque je l'aurais retrouvé, nous suivrons vos traces vers Erebor, assura-t-il. Vous n'avez pas de temps à perdre si vous voulez atteindre la Montagne dans les temps.
- Vous approuvez cette quête maintenant ? releva Thorin.
- M'avez vous entendu la désapprouver à quelque instant que ce soit ? demanda-t-il. Je désapprouve la manière pas le but. Smaug doit être vaincu, la Montagne reprise et il tiendra à vous Thorin de renforcer les défenses de l'est. Les ombres grandissent sur nos belles terres. Il faut nous tenir prêt.
- Que savez vous ? demanda le prince Nain.
- Rien n'est certain. Ce ne sont que des murmures que le vent porte à mes oreilles. Mais les ombres grandissent de nouveau. Je le sens depuis longtemps. Ce ne sont peut-être que des relents des guerres de jadis, des résidus des ténèbres existant encore. Et pour nous en assurer, nous devons les éliminer. Smaug est une menace qui ne peut être ignorée quand les ombres grandissent de nouveau. Alors j'approuve votre combat contre lui et contre tout le reste. Avant qu'il ne soit trop tard... Je déplore en revanche votre manque de considération pour toutes les vies que vous engagez dans cette quête Thorin écu de chêne, dit-il en plantant ses yeux dans les siens. Si vous n'étiez pas perdu dans votre colère, votre haine et votre rancœur, dit-il écouté de tous, vous feriez certainement un roi splendide. Un roi qui n'aurait pas eu besoin d'une pierre brillante pour rassembler son peuple et se trouver des alliés.
- Les Nains ne reconnaissent que celui qui brandit l'Arkenstone, répondit-il. C'est la preuve divine.
- Ce n'est pas une preuve divine, répondit l'Elfe en le regardant avec une étonnante indulgence qui les surpris tous.
À cet instant, alors que Thorin s'était apaisé à son égard après ces deux jours et les nombreuses fois où il les avait protégé et aidé, Elliel avait l'air d'un sage devant lui. Il avait l'air de savoir ce que eux ne pouvaient voir, comme si ses yeux voyaient loin derrière l'horizon. Il semblait être de ceux dont on voyait qu'ils savaient d'un simple regard. Il regardait Thorin comme s'il était un enfant qui devait apprendre et auquel il allait enseigné. Et le prince Nain n'eut pas l'air de s'en vexer, attendant simplement la suite en le scrutant avec attention.
- C'est un test, continua l'Elfe. Un test pour vos cœurs à tous. Un test pour savoir si le roi saura être roi et si son peuple saura le reconnaître comme tel. Vos amis Thorin, dit-il en désignant les autres autour d'eux, vous considèrent déjà comme leur roi, remarqua-t-il. Pourtant, vous n'avez pas l'Arkenstone. Ils vous reconnaissent parce qu'ils savent qui vous êtes et qui vous pouvez être, quel roi vous pouvez être. Un roi ne saurait être un bon roi simplement en brandissant un joyau. Cela serait ridicule. Vous devez montrer, montrer à votre peuple que votre cœur est celui d'un grand roi, du roi dont-ils ont besoin. Vous devez montrer qui vous êtes, montrer l'exemple et leur ouvrir votre cœur. Et alors s'ils le méritent, ils sauront vous reconnaître et vous suivre en tant que tel. Nul besoin de joyau. L'Arkenstone doit être conservé, c'est une pierre magique puissante. Sa valeur et sa signification sont grandes mais elles ne sont pas celles que vous imaginez. Le Joyau du Roi est là pour voir si vous et votre peuple saurez déterminer ce qui est réellement important. Là est l'essence de votre combat Thorin, en toute chose. L'Arkenstone vous met à l'épreuve en s'exposant à vous comme un trésor indispensable à votre accession au trône. Vous pensez alors qu'il vous faut absolument cette pierre pour être roi. Il n'en n'est rien. Il est là pour voir si vous saurez comprendre ce qui est réellement important. Le Coeur de la Montagne est la représentation de ce qui vous sépare de Bilbon. Vous ne voyez que le trésor matériel quand il ne voit que les trésors de l'âme. Mais à votre avis Thorin, qu'est-ce qui fait un bon roi ? Son cœur ? Sa manière de gouverner ? De traiter son peuple ? Ou alors le trésor qu'il possède ?
Il garda le silence un moment, tous méditant ses sages paroles. Certains l'observaient avec déférence, Balin et Mithrandir observant la réaction de Thorin semblant pensif sous le regard du mage.
- L'Arkenstone sera une malédiction pour vous Thorin, reprit le prince Elfe en les alertant un peu. Sa magie amplifiera vos faiblesses même si vous êtes à l'autre bout du monde. Parce que vous y êtes lié plus que tout autre. Si vous vous montrez fort et digne d'être le roi que vous désirez tant être, si vous la vainquez, alors vous serez vraiment roi de droit divin et la pierre brillera plus que jamais pour protéger celui qu'elle aura été forcé de reconnaître comme son maître, ainsi que son peuple. Elle sera alors bénédiction. Mais pour cela Thorin, vous devez vaincre tout ce qu'elle représente. Redonner au cœur plus de valeur que l'or et les joyaux, à vos yeux et à ceux de votre peuple. Les trésors les plus précieux ne sont pas ceux que l'on croit. L'avarice est un poison, un poison qui vous a mené à votre situation présente. Vous ne pouvez rejeter la faute sur personne. Les actions des autres autour de vous ont renforcé votre malheur mais elles ne l'ont pas provoqué. Qui sait ? Si vous aviez su apprendre cette leçon avant, peut-être que tout aurait été différent.
Elliel reporta son regard sur les Gobelins leur barrant la route alors que le silence régnait. Il se releva, chancelant un peu.
- Prince Elliel, s'inquiéta alors Gandalf. Votre magie est faible, remarqua-t-il en inquiétant la Compagnie.
- Je suis juste fatigué Mithrandir, comme chacun de nous, tenta-t-il de rassurer.
- Vous ne me ferez pas croire cela, contra le magicien. Quelque chose vous prends vos forces, je le vois depuis notre entrée ici. Que se passe-t-il ?
- Rien qui ne doivent vous inquiéter mon ami, dit-il avec un sourire réconfortant. Il vous faut y aller maintenant. Je trouverai Bilbon et nous reviendrons, assura-t-il.
Il planta ensuite son bâton devant lui, nimbant le groupe de sa magie pour les dissimuler le plus possible à leurs ennemis.
- Je vais les attirer, allez y et ne vous retournez pas, ordonna-t-il sérieusement.
Sans attendre de réponse, il sauta, dévalant la pente devant eux, se tenant droit et fier, digne des plus grands princes Elfes dans sa belle armure, ses cheveux volant, son bâton splendide dans une main et son épée dans l'autre, sa cape planant derrière lui. Le repérant, les Gobelins présents se jetèrent sur lui en hurlant. Avant même qu'ils ne soient sur lui, Elliel fit un vif arc de cercle de son bâton, une vague d'énergie blanche et brillante s'en échappant, prenant feu en frappant ses ennemis, en tuant déjà plusieurs. Sans hésiter, Elliel se jeta dans la bataille, merveilleux et félin, gracieux et précis et donnant lieu à un massacre qui se faisait spectacle violent et brutal. Mais il se faisait envoûtant aussi quand le mage semblait briller dans les ténèbres qu'il combattait. Il se tenait droit et assuré, magnifique et sûr de lui, calme dans le tumulte, maîtrisé et admirable. Ni le sang de ses victimes ni la poussière ou la terre ne semblait avoir l'audace de venir le souiller. Il paraissait être dieu dans la bataille, irradiant de pouvoir. Les Nains admirèrent un moment sa danse mortelle alors que même les dizaines de Gobelins l'entourant ne semblaient pouvoir l'inquiéter. Lorsqu'ils étaient trop envahis, il plantait fermement son bâton dans le sol, une onde puissante de magie envoyant au tapis tout ce qui l'entourait sur plusieurs mètres.
Après un instant, Thorin somma tout le monde de passer et de se presser. La compagnie se remit alors en mouvement, descendant et longeant les parois de la caverne pour gagner le dernier tunnel vers la sortie, son accès libéré quand les Gobelins se concentraient sur l'Elfe. Jamais ils ne semblèrent les voir. Rapidement, Thorin fit passer toute sa troupe dans le tunnel, veillant que tous y étaient avant de se retourner vers Elliel qui se battait encore, les cadavres déjà immensément nombreux autour de lui alors que la troupe de Gobelins avaient grandement réduite. Gandalf jeta un regard au prince Elfe, s'engouffrant dans le tunnel à son tour quand Thorin lui demanda de les guider. Mais lui même resta un instant, se surprenant à hésiter à laisser l'Elfe seul ainsi, se découvrant une inquiétude pour lui soudainement. Il tenta de se secouer pour se reprendre mais quelque chose en lui l'empêchait de l'abandonner de la sorte, ne serait-ce qu'en reconnaissance de la dette qu'il avait déjà envers lui pour son aide près de Fondcombe et depuis. Mais la voix du mage s'éleva soudain à ses oreilles alors qu'il se battait encore férocement plus loin, sans le regarder :
- Partez Thorin, ordonna-t-il doucement alors qu'il comprenait qu'il usait encore de sa magie. Vous ne pensez tout de même pas à aider un Elfe ? Dit-il moqueusement. Je sais ce que je fais, assura-t-il ensuite plus sérieusement. Vous, vous ne devez pas oublier votre devoir et le devoir que vous avez de devenir un grand roi pour votre peuple mais aussi pour la Terre du Milieu. Je sais que votre peuple compte plus que tout pour vous, c'est normal et je le comprend. Mais n'oubliez pas s'il vous plaît, que vous n'êtes pas seul en ce monde et que le reste du monde n'est votre ennemi que si vous le décidez ainsi. Partez maintenant, il n'y a pas de temps à perdre et prenez garde. Je ne pense pas que ce que nous avons entendu sur l'Orque pâle soit un mensonge.
Après un dernier regard, Thorin lâcha son épée dont-il avait saisi la poignée, se détournant et courant dans le tunnel. Il rattrapa très vite les autres et il ne fallut que peu de temps pour trouver la sortie. Sans s'arrêter, ils dévalèrent un peu la pente une fois à l'air libre, s'éloignant alors que le soleil les éclairait. Dans la mine, Elliel eut un soupir de soulagement en sentant que tous étaient sortis. Il devait trouver Bilbon maintenant. La vision trouble, il redoubla d'effort pour abattre les Gobelins qui l'assaillaient et qui ne cessaient d'arriver. Il tourna sur lui même, décrivant un cercle de son bâton et envoyant une onde de magie dégager le périmètre trop envahi autour de lui. Mais à peine terminait-il qu'il tomba sur un genou, lâchant un cri de douleur. Une souffrance atroce venait de fuser dans sa poitrine, le faisant trembler de douleur et troublant son esprit. Il s'appuya sur son bâton, y collant son front et respirant un coup, se forçant à se relever sur le champs. D'autres Gobelins arrivaient, il ne pouvait faiblir. Pourtant, la douleur persista, inondant son corps et il dut faire un effort titanesque pour se reprendre. Quelque chose de terrible se réveillait en Terre du Milieu, il le sentait, cela l'empoisonnait, mais il devait résister, comme sa terre résistait.
Il se redressa, fauchant les ennemis revenant sur lui en serrant les dents. Et puis soudain, à l'orée de sa perception, il sentit une présence familière. D'abord faible, elle se renforça ensuite lui assurant qu'il ne se trompait pas.
- Bilbon, murmura-t-il en se sentant infiniment soulagé de le percevoir à nouveau.
Le Hobbit semblait sortir d'un petit conduit donnant dans le tunnel prit par les Nains et il cavala vers la sortie sans attendre. Infiniment soulagé, Elliel se reprit un peu plus, poursuivant le combat jusqu'à être sûr que son ami était sorti. Cela fait, il fit un dernier effort, se frayant un chemin jusqu'au tunnel dans lequel il s'engouffra, courant aussi vite que ses jambes tremblantes pouvaient le porter. Il entendait les Gobelins derrière lui mais il ne se retourna pas parvenant bientôt à la sortie, à l'air pur et à la lumière du soleil. Là, il se retourna et sans hésiter, il usa de ses pouvoirs pour faire écrouler la sortie, empêchant ses poursuivants de sortir. Puis le silence tomba et il rengaina son épée. Il tint son bâton à deux mains, s'y appuyant lourdement et respirant profondément. Il tremblait encore et la douleur n'était pas partie, lui serrant le cœur et irradiant dans tout son corps. Il tenta de la juguler un peu, se concentrant en profitant de l'air frais venant chatouiller son visage. La douleur n'était pas son plus grand soucis, ce qui l'était était de savoir ce qui la provoquait. Cela l'inquiétait plus que tout. Quelque chose se réveillait et ça n'avait rien de bon. Il mit un moment à se reprendre, se détournant ensuite pour suivre le chemin que Bilbon et la compagnie avaient pris, suivant davantage leurs traces physiques que leur énergie qu'il peinait à sentir.
Il ne mit pas longtemps à les retrouver alors qu'ils s'étaient arrêtés un instant. Bilbon les avait rejoint, semblant aller bien à sa plus grande joie alors qu'il était en train de leur expliquer pourquoi il voulait les aider, les touchant beaucoup. Il y eut un silence après sa déclaration faisant étrangement écho au discours d'Elliel et ce fut cette réalisation qui fit sursauter Fili.
- Par le ciel, Elliel est resté derrière pour vous chercher ! s'écria-t-il. Nous devons y retourner ! dit-il.
- Cela ne sera pas nécessaire, intervint alors le prince Elfe en s'avançant vers eux.
- Elliel ! s'écria Kili soulagé alors qu'il les rejoignait.
Aucun ne manqua pourtant de remarquer qu'il tremblait et qu'il avait l'air épuisé, s'appuyant lourdement sur son bâton.
- Bon sang Elliel vous êtes plus pâle qu'un mort, s'alarma Bilbon en s'avançant précipitamment vers lui.
Et alors qu'il le faisait, Elliel sentit une pointe de douleur plus forte encore lui traverser la poitrine. Il lâcha un cri qu'il ne put retenir, tombant sur ses genoux et s'accrochant à son bâton. Il entendit vaguement son nom être crié mais il n'en fut pas sûr, confus et la vision troublée. Il sentit un bras entourer ses épaules et il le reconnut sur le champs :
- Mithrandir, bredouilla-t-il.
- Que vous arrive-t-il ? demanda Gandalf terriblement inquiet. Êtes vous blessé ?
- Non, répondit-il dans un souffle laborieux. C'est autre chose, dit-il en posant une main sur sa poitrine et tentant de se reprendre.
Il respira profondément, soulagé de sentir la douleur s'apaiser un peu. Mais elle demeura présente, le forçant à accepter l'appui du magicien pour se relever. Celui-ci le soutint, l'air profondément angoissé et il vit aussi les autres autour de lui. Fili, Kili et Bilbon étaient devant, l'air un peu paniqués et se scrutant sous tout les angles. Les autres, Thorin inclus étrangement, semblaient soucieux et cela le toucha.
- Ce n'est rien, tenta-t-il d'assurer en se redressant.
- Ne me mentez pas, répondit durement Gandalf. Que vous arrive-t-il ? Vous vous êtes affaibli bien trop rapidement ces derniers jours, remarqua-t-il.
- Vous n'y pouvez rien Mithrandir, répondit-il en respirant profondément. Personne n'y peut rien. Alors n'y pensez pas.
- Que vous arrive-t-il ? redemanda le magicien.
Elliel considéra le fait de lui donner une réponse, peinant à réfléchir et se sentant faible comme cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas senti. Il avait juste envie de se rouler en boule dans un coin et de dormir. Mais il ne pouvait pas. Voyant le regard déterminé du magicien, il soupira, se décidant à lui répondre. Il n'en n'eut pourtant jamais l'occasion alors qu'un Orque pâle monté sur un Warg Blanc apparaissait plus haut. Azog, il n'y avait aucun doute sur la question. Et il n'était pas seul malheureusement. Il lança immédiatement l'assaut sur eux, les faisant sursauter alors que quelques Warg s'élançaient vers eux.
- Fuyez ! Vite ! Fuyez ! s'écria Gandalf.
Tous se mirent alors en route, Elliel en faisant autant après avoir remis son bâton dans son dos, trébuchant et coupant court aux inquiétudes de Bilbon, Gandalf, Kili et Fili hésitant à partir devant lui. Ils le suivirent sans hésiter, Gandalf restant pourtant près du jeune Elfe qu'il gardait à l’œil. Malgré sa faiblesse évidente, Elliel courait plus souplement que n'importe lequel d'entre eux, ne les ralentissant nullement. Il était très pâle mais son visage était de marbre, ne laissant pas la moindre douleur transparaître. l'Istari le surveilla pourtant alors qu'ils fuyaient entre roches et troncs dans la pente, les Warg hurlant dans leur dos. Les loups les rattrapèrent pourtant bien vite alors que la nuit tombait et ils durent s'arrêter pour les abattre, Bilbon en mettant lui même un au sol par chance. Ils continuèrent à courir, Elliel aidant le Hobbit à dégager son épée du cadavre du loup lorsqu'il vit qu'il n'y arrivait pas. Il le poussa ensuite en avant, l'enjoignant à courir et veillant sur lui.
Cependant, ils se retrouvèrent coincés au bord d'une falaise vertigineuse donnant sur les plaines et l'Anduin. Ils se réfugièrent bientôt dans les arbres, n'ayant guère d'autre choix alors qu'ils étaient acculés. Une fois de plus, Elliel aida Bilbon à y grimper, lui donnant un appuis de ses mains et le propulsant dans les branches. Il veilla à ce que tous soient en sécurité avant de grimper lui même, grimaçant de douleur. La souffrance était terrible dans son corps, anéantissant ses forces alors que les deux derniers jours l'avaient épuisé. Il n'y voyait plus grand chose, peinant à réfléchir et se concentrant sur le fait de se mettre à l'abri. Il y parvint laborieusement, entendant les Warg passer sous eux et se jeter sur les troncs. Elliel sentit vaguement la magie de Mithrandir mais malgré ses efforts, il ne parvint pas à se concentrer, son corps entier pulsant de souffrance.
Azog s'approcha, reconnaissant sa proie et il lança l'assaut. Les loups se jetèrent sur les arbres, les faisant dangereusement vaciller alors que tous s'accrochaient. Ils s'effondrèrent finalement comme des dominos, les forçant à se rassembler dans le dernier grand pin surplombant le vide. Mithrandir enchanta alors de grosses pommes de pins, en faisant des boules de feu qui enflammèrent les broussailles dans la nuit lorsqu'ils les jetèrent sur les Warg qui reculèrent. Mais cette petite victoire fut vite oubliée lorsque leur pin tangua, penchant vers le vide et ne tenant plus à grand chose alors qu'il s'allongeait. Elliel s'accrocha, se forçant à se reprendre alors qu'on avait besoin de lui maintenant. Il se secoua, tentant de réfléchir. Il sursauta en voyant un Nain tomber, s'accrochant à un autre et rattrapé par Gandalf lorsqu'ils tombèrent tout deux. Mais il vit surtout Thorin se relever sur le tronc, le regard fixé sur Azog. L'air déterminé, il saisit son épée, s'avançant sur l'arbre couché, entouré de ses branches enflammées. Il se mit à courir, s'élançant sans peur, tenant son écu de chêne devant lui, son épée brandie. Et Azog s'élança lui aussi, chevauchant son loup qui bondit sur le Nain.
Le premier assaut envoya Thorin au sol d'un violent coup, le sonnant visiblement un peu. Il se releva pourtant, faisant face à son ennemi qui lui asséna un second coup, le jetant au sol et faisant crier Balin. Elliel vit Bilbon se relever sur le tronc, fixant le prince Nain et il tenta d'en faire autant, peinant et manquant de force alors que sa position était plus précaire que celle du Hobbit. Mais il devait aider Thorin. Il le savait. Malgré son entêtement, le Nain était quelqu'un de bien qui devait seulement encore apprendre certaines choses. Il ne devait pas mourir ici et il mentirait s'il disait qu'il ne l'appréciait pas un peu malgré tout ses défauts. Il se mit une claque mentale se forçant à ignorer la douleur pour s'accrocher et se hisser sur le tronc. Il ne pensa pas à utiliser sa magie. Quoi que fut l'ombre pesant sur lui, elle limitait déjà ses pouvoirs et il n'avait plus ni la force ni la concentration pour la magie. Seul ses réflexes de guerriers étaient encore opérationnels.
Il entendit Thorin hurler entre les crocs du Warg, ses compagnons criant après lui. Il fut jeté contre une pierre et Azog réclama sa tête, un Orque s'avançant alors épée sortie, le prince Nain incapable de se défendre. Elliel vit Bilbon s'élancer avec sa petite épée et ce fut cet élan de courage du Hobbit qui lui donna finalement la force de remonter sur le tronc. Il se releva lui aussi alors que Bilbon se jetait sur l'Orque menaçant Thorin, le tuant avec un cri de rage. Il recula ensuite devant Thorin, déterminé à le protéger alors qu'il tenait son épée devant lui. Une fraction de seconde plus tard, Elliel se tenait à son tour devant le Hobbit et le Nain, déterminé lui aussi. Thorin s'évanouit alors sur cette vision, à bout de force. Le mage se dressa, fort et fier, ses deux épées sorties et tenues devant lui. Il n'avait pas le temps d'être faible, se forçant à ne pas penser à la douleur qui le parcourait et à la faiblesse, se concentrant, aidé par l'adrénaline. Il fixa Azog, le défiant du regard alors que l'Orque pâle le regardait lui aussi.
- Tuez les ! Ordonna-t-il alors à ses sbires.
Et aussitôt, plusieurs cavaliers Warg s'approchèrent, bondissant sur eux. Bilbon recula plus vers Thorin alors qu'il abattait le premier loup, une partie de la compagnie se portant à leur secours dans des cris de guerre. Affaiblis, Elliel ne put éviter une charge de la monture d'Azog, prenant un coup dans l'épaule et s'écroulant au sol contre un tronc déraciné. Il resserra sa prise sur ses lames, sonné alors que le Profanateur s'avançait vers lui, le regardant d'un air vainqueur. Son loup allait se jeter sur lui lorsque soudain, un éclair blanc le percuta, l'envoyant violemment rouler au sol. Se redressant un peu, Elliel découvrit alors Rhîwial devant lui. Le cerf soufflait bruyamment vers l'Orque pâle, menaçant, les bois en avant, tête baissée alors qu'il grattait le sol comme prêt à charger. Le Warg blanc se releva avec son cavalier, grognant sur l'animal et bondissant bientôt vers lui. Il ne l'atteignit pourtant jamais, percuté par un aigle géant arrivant de nul part. Regardant autour de lui, Elliel vit les oiseaux arriver en un petit groupe récupérer les Nains dans l'arbre, soulagé de les savoir sauvé. Certains s'attaquèrent aux Orques quand d'autres venaient les récupérer un à un, l'un d'entre eux soulevant précautionneusement Thorin qui perdit son écu.
- Rhîwial, appela-t-il alors faiblement.
Une fraction de seconde plus tard, le cerf était à ses côtés, s'allongeant près de lui et lui tendant ses bois. Il les saisit, laissant sa monture le hisser sur son dos. Il s'affala sur sa selle alors qu'il voyait Bilbon être récupérer à son tour.
- Prince Elliel ! S'écria alors Gandalf dont l'aigle venait se poser près de lui.
- Partez Mithrandir, ordonna-t-il faiblement. Je ne laisserais pas Rhîwial. Je vous suivrais au sol et je veillerais à ce que les Orques perdent notre trace.
- Mais..., tenta le magicien.
- Pas de mais, nous n'avons pas le temps. Veillez sur Thorin et les autres, je m'occupe de les semer. Merci pour votre aide précieuses chers amis, dit-il ensuite dans sa langue en regardant l'aigle qui inclina la tête vers lui. Emmenez les en sécurité, pria-t-il. Partez ! Ordonna-t-il.
L'aigle obéit alors, s'envolant et partant. L'Elfe regarda la compagnie s'éloigner, rassuré. Puis il poussa Rhîwial à filer à son tour. Le cerf bondit à travers les flammes, n'hésitant pas à écraser Warg et Orques au sol tentant de se redresser après cet assaut céleste. Ils filèrent mais il ne fallut pas longtemps pour que la chasse leur soit donnée. Dans le temps qui suivit, Rhîwial courut à toute vitesse dans la nuit rapide et agile. Il donna ainsi l'occasion à son cavalier de se reprendre un peu. Elliel se secoua, la douleur et l'épuisement pourtant toujours présents. Il lui fallut un long moment pour se ressaisir mais il y parvint finalement. Rassuré par la présence de son compagnon, il se concentra sur lui, son énergie forte le revigorant un peu et apaisant son esprit. Rhîwial l'avait toujours sauvé des ombres à tel point qu'il semblait aujourd'hui capable d'apaiser un peu les effets néfastes qu'elles pouvaient avoir sur lui.
Retrouver son ami blanc lui permit alors de se ressaisir un peu, retrouvant l'usage d'un peu de magie. Faiblement, il reprit alors son bâton, se concentrant difficilement pour user de ses pouvoirs sur le secteur. Il effaça leurs traces, faisant planer un charme de confusion qui dérouterait ses poursuivants dont il entendait les cris derrière lui. Il accentua l'obscurité pour mieux se cacher, priant la terre de l'aider. Et derrière lui, les rochers semblèrent émerger un peu plus du sol, le terrain se faisant plus traître, se modifiant doucement pour protéger la fuite du mage. La nature sembla s'éveiller à son appel, s'épaississant après son passage, se faisant traîtresse et vicieuse. L'elfe s'écroula sur le cou de sa monture, rangeant son bâton lourdement et s'accrochant pour ne pas tomber. Il entendit Rhîwial émettre une longue plainte inquiète et il le caressa faiblement, se concentrant sur lui pour ignorer la douleur l'étreignant.
- Ça va aller mon ami, ça va aller, assura-t-il. Tu m'as sauvé une fois de plus. Merci. Je suis heureux de te retrouver, murmura-t-il en grimaçant. Suis les Aigles, retrouve la Compagnie s'il te plaît, demanda-t-il.
Épuisé, il lutta ensuite simplement pour rester conscient, ayant l'impression de retourner à la première fois où il avait vécu tel chose près d'Erebor. Il pensait avoir renforcé suffisamment son esprit mais il se trompait peut-être. Cela ou ce qu'il ressentait présentement et qui lui nuisait ainsi était plus puissant encore. Et il savait que ce n'était pas la réponse qu'il préférait. Il se rendit vaguement compte du fait que les bruits de ses poursuivants se faisaient de plus en plus lointains jusqu'à disparaître alors que le soleil s'était levé. Il sentit sa monture se détendre graduellement et il se détendit avec lui, se laissant emmener en confiance. Il ne se rendit pas compte du temps passant, concentrant le peu de conscience qu'il avait sur ses barrières mentales qu'il s'attelait à renforcer. Et il y parvint un peu, sentant la douleur diminuer légèrement. Elle resta pourtant bien présente, un poids lourd continuant à peser sur ses épaules, limitant ses sens et sa magie, l'épuisant. Il se reposa finalement sur sa monture, somnolent à la lisière de l'inconscience, à bout de force. Lorsqu'il reprit conscience dans la nuit, il se retrouva face à un gigantesque ours noir aux yeux d'or. Rhîwial lui faisait face tranquillement, immobile alors que la bête semblait sereine, s'avançant doucement vers eux.
- Beorn, comprit Elliel en souriant.
Il avait rencontré le changeur et il s'en était fait un ami à son second passage à Vert Bois il y avait bien longtemps de cela. Il l'appréciait beaucoup et il avait confiance en lui. Il vit le changeur s'approcher de lui et reprendre forme humaine. D'un petit geste de la main, l'elfe fit apparaître des vêtements sur lui et il lui sourit pauvrement, incapable de se redresser alors qu'il n'avait plus la moindre force.
- Prince Elliel, s'alarma le changeur en venant se poster près de lui.
Il posa l'une de ses larges mains dans son dos, l'autre sur le cou du cerf blanc qui avait tourné la tête vers eux.
- Que vous arrive-t-il ? Demanda l'ours la voix marquée de son accent si particulier.
- J'ai besoin... d'un peu de repos, répondit-il simplement. Je suis enchanté de vous revoir mon ami.
- Moi aussi, sourit-il.
- Auriez vous vu un magicien, un Hobbit et une Compagnie de Nain ? Demanda faiblement l'elfe. Je les cherche.
- Ils sont chez moi, répondit-il. Je les héberge le temps d'un peu de repos. Le magicien m'a raconté leur histoire. J'étais à la recherche de vos poursuivants.
- Je les ai semé il y a des heures déjà. Je ne pense pas qu'ils retrouveront notre trace de sitôt, bredouilla-t-il.
- Très bien. Je vous amène chez moi alors, annonça l'ours. Il y aura un bon lit pour vous reposer et de quoi manger.
- Merci mon ami, murmura-t-il en grimaçant douloureusement.
Il referma les yeux, en confiance alors que le changeur demandait à Rhîwial d'avancer, le guidant. Et le cerf ne se fit pas prier, le changeur étant étrangement la seule personne devant laquelle il ne rechignait pas en dehors d'Elliel et de sa famille. Le jeune mage était certain que cela avait un rapport avec le très grand respect de l'homme pour les animaux et la nature. Et aussi peut-être grâce au fait qu'il avait gâté le cerf qu'il trouvait magnifique lors de leur première rencontre. Il laissa donc Beorn les conduire, rassuré de sentir sa main posée dans son dos et ne le quittant pas, comme pour s'assurer qu'il ne tomberait pas.