Mage d'Ilùvatar

Chapitre 4 : A la redécouverte de sa terre

11006 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 30/05/2026 16:50

 Elliel passa le printemps, l'été, l'automne et l'hiver avec Radagast, découvrant bien des choses merveilleuses avec lui, retrouvant une certaine joie enfantine au contact du magicien simple et joyeux. Le printemps revenant, il se remit ensuite en route. Il regagna l'Anduin, le longeant vers le sud tranquillement pendant un long moment, traversant le Champs des Iris pour finalement arriver en Lorien. Il s'engagea dans les bois elfiques avec joie, heureux à l'idée de revoir sa sœur, ses grands parents et Haldir. Ce fut sur celui-ci qu'il tomba en premier alors que sa garde patrouillait à la frontière. Quelle ne fut pas la surprise du blond en le voyant arriver monté sur son grand cerf blanc mais il fut absolument ravi. Le soir même, il arrivait à Caras Galadhon, accueilli comme un roi par sa famille et les elfes de la Lorien. Tous avaient appris le retour du petit fils de leurs Seigneurs et tous en avaient été ravis mais le revoir en personne fut aussi royalement fêté ce soir là.



Elliel passa deux années complètes en Lorien, Galadriel ayant rassuré Elrond sur le périple de son cadet par leur lien spirituel. Réfléchissant au phénomène, Elliel avait pris conseil auprès de sa grand mère pour finalement parvenir à user du même genre de télépathie. Son premier contact fut pour son père qui en fut très heureux, soulagé de pouvoir ainsi garder contact avec lui malgré la distance. L'exercice était laborieux pour le mage mais Galadriel assura que cela deviendrait plus aisé avec le temps et l'expérience. Depuis son départ de Fondcombe, Elliel avait aussi régulièrement prit le temps de méditer sur la magie planant partout, l'analysant et apprenant à la connaître. Au plus le temps passait, au plus il s'exerçait et au mieux il sentait les différents pouvoirs présents partout en Terre du Milieu. Et lorsqu'il était descendu vers la Lorien, son attention s'était portée vers l'est de la forêt où une présence lourde, sombre et oppressante semblait régner. Profitant de son séjour dans le domaine de ses grands parents, il avait passé beaucoup de temps à projeter son esprit vers cet endroit, voulant en savoir plus alors qu'une inquiétude lointaine grandissait en lui. Dol Guldur, c'était là que tout se passait. La forteresse s'y trouvant était censée être abandonnée pourtant, il y sentait une ombre puissante et grandissante. Il tenta d'en savoir plus en projetant son esprit vers elle pour l'analyser. Seulement, à chaque fois qu'il le faisait, une douleur froide enserrait son cœur, l'empêchant de respirer et le mettant à mal. Cela lui infligeait à chaque fois de violents malaises et cela ne lui disait rien de bon, lui faisant froid dans le dos. Il garda pourtant ses inquiétudes pour lui alors que sa grand mère ne semblait pas ressentir le moindre malaise vis à vis de la veille forteresse. Se disant que c'était l'ancien pouvoir noir qu'il y avait eu là bas autrefois et qui s'y entêtait qui lui faisait cet effet, il décida de ne pas trop s'en faire.



Après deux ans, il reprit la route de nouveau, son envie irrépressible de voyager toujours bien présente. Il longea encore l'Anduin vers le sud, prenant ensuite vers l'est pour traverser les Terres Brunes puis les Terres Sauvages où il s'attarda longuement, finissant pas les connaître par cœur. Durant ce voyage, il put mainte fois sentir la présence sombre et froide du Mordor au sud veillant à ne pas s'en approcher plus qu'il ne le fallait. Il traversa finalement Dorwinion pour arriver à la mer de Rhun où il eut la surprise de rencontrer les mages bleus, Alatar et Pallando. Il resta avec eux longuement, les découvrant alors que même les autres Istari ne savaient que peu de choses d'eux. Les deux magiciens le gardèrent avec eux avec joie, sentant en lui le pouvoir d'Ilùvatar.



Lorsqu'il sentit qu'il devait s'en aller bien des mois plus tard, Elliel prit vers le nord, longeant la rivière rouge, Carnen, puis Celduin, la rivière vive. Il remonta jusqu'au long lac qu'il longea par l'est, observant Esgaroth de loin sans y mettre un pied. Il aimait la solitude à laquelle il s'était habitué, elle lui ouvrait l'esprit et lui permettait de voir des choses qu'il n'aurait pas vu autrement. Il affinait ses sens, sentant mieux que jamais la magie présente partout. Il voyait tout, il affûtait son esprit, méditant souvent longuement. La seule compagnie de son cerf lui suffisait. Il avançait au grès de ses envies et de son instinct s'arrêtant parfois un moment dans les endroits qui lui plaisaient ou qui attiraient son attention. Il ramassait parfois des matériaux qu'il trouvait, fabriquant de petites choses alors qu'il avait toujours une sacoche d'outils avec lui. Il adorait cette vie de liberté à faire ce qu'il voulait, quand il voulait. Il observait sa Terre et tout ce qu'il s'y passait, attentif à chaque chose, plus éveillé que jamais. Il écoutait le vent qui lui murmurait à l'oreille, la Terre grondant sous ses pieds, l'eau chantant dans les rivières... la Magie, la Terre du Milieu, les éléments, les plantes et les créatures vivantes lui racontaient tout ce qu'il avait besoin de savoir.



Il continua vers le nord, se désolant de trouver Dale en ruine, ravagé par Smaug dont-il sentait la présence lourde et étouffante au sein de la Montagne Solitaire. Un profond mal-être s'empara de lui aux abords de la Montagne et il ne s'attarda pas. Il avait maintenant compris que les pouvoirs sombres qu'il approchait l'oppressaient beaucoup. Il en avait fait l'expérience avec Dol Guldur et le Mordor et il avait compris. Il savait qu'il devait fortifier son esprit pour se protéger mais cela demanderait du temps. Chaque jour, il y travaillait, mais pour le moment, il évitait de trop s'approcher des endroits où les ombres étaient encore présentes. Lorsqu'il le faisait, il avait terriblement mal à la tête, peinant à respirer, se sentant faible et mal. Près d'Erebor il s'était même évanouis et été resté inconscient longuement, ne devant qu'à Rhîwial de l'avoir éloigné à toute vitesse. Seule la distance lui avait permis de se réveiller enfin et il lui avait fallu une longue pause de deux semaines pour s'en remettre et reprendre la route.



Il se dirigea vers l'ouest, passant entre les Montagnes grises et la Forêt Noire. Il savait qu'en entrant dans les bois, il aurait certainement pu s'arrêter un moment chez le roi Thranduil mais il y renonça. L'épisode d'Erebor l'avait un peu ébranlé et il avait besoin de faire le point, préférant alors rester seul. Ce fut alors qu'il commença à rencontrer des orques. La plus part du temps, il se faisait discret pour passer inaperçu, observant de loin mais parfois, l'affrontement était inévitable et il dut commencer à se battre pour se protéger. Il se fit alors plus tendu, alerte pour assurer sa sécurité. Même Rhîwial s'était fait très vigilent, veillant sur lui lorsqu'il dormait blotti contre son flanc, le mage en faisant ensuite de même pour son compagnon lorsqu'il dormait à son tour. Ce fut dans le silence qu'il atteignirent les Monts Brumeux qu'ils traversèrent difficilement par le Nord. Et cela se compliqua lorsqu'ils arrivèrent sur les anciennes terres d'Angmar, Elliel étouffé par la veille magie sombre et pervertie régnant là. Encore une fois, sa monture fut son salut. Ce fut dans une semi conscience qu'il comprit que Rhîwial qui le portait obliquait vers le sud pour longer les Monts Brumeux et passer à l'est du Mont Gram, rejoignant les Landes d'Etten où il reprit vie petit à petit. Éprouvé, il pensa un moment à continuer vers Imladris un peu plus loin au sud pour aller se reposer mais après une longue halte de bien des jours, son aplomb retrouvé, il décida de continuer vers l'ouest.



Il se retrouva alors dans l'ancien pays d'Arnor si mythique pour lui, jadis royaume d'Elendil, descendant d'Elros, son oncle paternel. Il visita ces vastes terres longuement, des mois durant, affrontant régulièrement les orques qui s'y trouvaient. Ce fut par pur hasard, alors qu'il venait en aide à quatre guerriers affrontant une horde d'orque qu'il tomba sur ses frères accompagnés de deux rôdeurs. Ceux ci furent à la fois très heureux et très inquiets de le voir là. Ce fut avec amusement qu'il leur fit remarquer que c'était lui qui venait de les tirer d'un mauvais pas, leur racontant ensuite que cela faisait maintenant plusieurs années qu'il voyageait seul et qu'il savait se débrouiller. Les jumeaux le présentèrent alors aux rôdeurs avec qui ils vivaient et se battaient, Elliel en rencontrant un bon nombre dans les mois qui suivirent et qu'il passa à leur côté avec ses frères. Rapidement, le mage eut beaucoup d'affection pour les braves Dùnedain veillant sur les populations dans l'ombre et ceux-ci apprirent aussi à le respecter et à l'apprécier énormément en apprenant à le connaître.



Il passa des années avec eux et avec ses frères mais son besoin de voir autre chose reprit finalement le dessus. Il reprit alors la route pour gagner Mithlond, les Havres Gris, restant un moment avec les elfes vivant là. Puis sa curiosité le poussa vers la Comté un peu à l'est. Mithrandir lui avait tellement parlé des Hobbits qu'il eut envie de les découvrir de ses yeux. Des années durant il suivit la vie paisible, heureuse et insouciante des Hobbits, comprenant vite pourquoi Gandalf les affectionnaient tant. Jamais il ne se montra à eux, sa présence indétectable mais il apprit tout ce qu'il y avait à savoir d'eux, appréciant la douce vie de La Comté et sa joie de vivre qui amena le soleil dans son cœur. Il faisait bon vivre dans cette région où même la magie chantait de joie.



Mais il quitta finalement ces terres pour de diriger vers Bree qu'il visita telle une ombre, invisible pour tous. Prenant la grande route de l'est, il alla jusqu'au Mont Venteux où il fit une halte pour ensuite se diriger vers le sud. Il traversa le Pays de Dun pour franchir l'Isen, passant à l'ouest d'Ered Nimrais pour atteindre le Gondor. Il sillonna ce pays des Hommes en long en large et en travers, le découvrant sans jamais se montrer. Il se faisait discret, aidant ceux qui en avaient besoin sans jamais se mettre dans la lumière. Alors qu'il était en Ithilien du sud, il assista aux attaques des Haradrim sur le Gondor. Il se battit alors aux côtés des Gondoriens, se faisant passer pour un homme. Il avait retiré son diadème elfique, entouré son bâton de tissu et de cuir noir pour le rendre aussi banal que n'importe quel bâton de combat, il cachait ses oreilles avec une longue bande de tissus entourant son front et les couvrant efficacement. Il avait passé les vêtements les plus simples qu'il avait, retirant tout signe distinctif alors qu'il portait continuellement une lourde cape dont la capuche était toujours sur sa tête. Il ordonna à Rhîwial de rester hors de vue bien que le cerf n'était jamais loin. Les hommes du Gondor l'appelèrent Daetîn, l'ombre silencieuse alors que c'était ce qu'il était pour eux, toujours très discret, parlant peu et se battant même sans bruit. Avec eux il tenta longuement que repousser l'ennemi mais sa trop grande proximité avec le Mordor l'affaiblissait, l'embrumant et le privant d'une bonne partie de sa magie qu'il ne se risqua pas à utiliser.



Après les Haradrim, ce furent les Ourouks du Mordor qui déferlèrent et l'Ithilien du sud fut abandonné. Si cela attrista beaucoup l'elfe, il fut rassuré par le fait qu'on avait pu protéger les populations qui avaient évacué en grande partie les terres assaillies, diminuant grandement les pertes. Ecthelion II avait renforcé Pelargir et stoppé l'avancée des Haradrim. Épuisé par des années de combats si proche de la Terre Noire, il finit par gagner Minas Tirith, ne s'y attardant que peu. Il devait s'éloigner rapidement du Mordor qui l'avait éprouvé lourdement. Il alla alors en Rohan, faisant un détour pour voir les Portes de l'Argonath où il passa un moment. Il visita le pays des dresseurs de chevaux, s'arrêtant à Edoras. Il franchit ensuite le Ouestfolde gagnant la partie Sud de Fangorn dont l'ancienne magie lui fit le plus grand bien. Il y resta longuement, s'y ressourçant après les batailles en Gondor dont-il n'était pas encore remis, les ténèbres du Mordor pesant lourd sur lui. Il y fit la connaissance des Ents, apprenant avec joie leur lent parlé. Le temps n'étant pas un problème pour lui, patient qu'il était, il resta avec eux, reprenant aussi des forces dans cette forêt pleine d'un puissant pouvoir qui lui plaisait.



Après bien des années, il s'en alla de nouveau, filant vers l'est pour de nouveau traverser les Terres Brunes, contournant Dol Guldur de très loin par le sud, ne voulant plus s'approcher des ombres pour le moment. Il remonta ensuite pour gagner le sud de Vert Bois qu'il n'avait pas encore vu. Il la visita, remonta doucement vers le Nord jusqu'à Emyn Duir. Si le temps filait sans qu'il le voit vraiment de son esprit immortel, ce fut alors qu'il réalisa que cela faisait bien longtemps qu'il avait quitté sa maison. Prit de nostalgie, il décida finalement de reprendre la route de Fondcombe. Il contactait son père au moins une fois par an pour lui assurer que tout allait bien pour lui mais Elrond lui manquait maintenant et ce fut avec l'intention de faire une surprise à son père qu'il reprit la route d'Imladris vers l'ouest. Il fallut un moment mais il approcha finalement de sa maison quatre vingt huit ans après en être parti. Approchant des terres de son père dont-il sentait le pouvoir rassurant de loin, il avait repris une apparence de prince elfique. Ses dernières années passées à Fangorn et à Vert Bois lui avaient permis de se remettre des combats en Gondor. Il avait repassé des vêtements elfiques précieux et son diadème. Il avait tressé ses cheveux, libéré ses oreilles et découvert son bâton.



Il ne lui restait plus qu'un jour de voyage lorsqu'il fit une rencontre dans la forêt. Il avançait en silence, installé sur le dos de Rhîwial qui se tenait droit et fier, ses bois ornés de bijoux. Il avançait lentement, envoûtant et enchanteur. À sa selle et sa bride ouvragées, Elliel avait ajouté un épais mais néanmoins élégant plastron de cuir renforcé de plaques de mithril et décoré d'or, la pièce protégeant sa monture en combat s'il devait y en avoir. Une autre pièce dans le même esprit passait entre ses bois et ses oreilles, protégeant sa nuque et le port de sa tête, couvrant de dessus de son cou. Et enfin, une sorte de cote de maille faite de mithril couvrait le dessous de son cou, sa croupe et son ventre, attachée au plastron entre ses antérieurs, intégrée à la sangle de la selle pour venir se fixer à celle de la croupe juste devant ses postérieurs. Très vite lorsqu'il avait commencé à affronter les Orques, Elliel avait voulu protéger sa vaillante monture n'hésitant jamais à aller au combat avec lui. Et il y était parvenu l'embellissant magnifiquement par la même occasion alors qu'il avait profiter de son séjour aux Havres Gris pour amélioré et terminer ce qu'il avait commencé en chemin. Le cerf avait très fier allure, splendide ainsi paré. Et son maître n'était pas en reste alors qu'avec le temps, il s'était constitué un équipement semblable pour se protéger. Aujourd'hui, il avait vraiment l'allure d'un prince elfique mais aussi d'un magicien guerrier, unique en son genre en Terre du Milieu.



Il avançait tranquillement entre les arbres, imaginant la tête que feraient son père et les autres en le voyant revenir, quand le son d'une voix attira son attention un peu plus loin. Rhîwial se redressa, oreilles en alerte, attentif. Cependant, il fut vite évident que ce n'était rien de dangereux. Il s'agissait d'une voix féminine chantant une chanson douce. Curieux, Elliel mena sa monture vers elle, découvrant bientôt une femme aux longs cheveux sombres assise sur une souche. Elle avait la peau pâle et elle était très belle, l'air noble, fine et solide à la fois. Elle tenait contre elle un petit garçon de deux ans tout au plus, chantant pour lui. Le bambin avait les cheveux aussi foncés qu'elles et de magnifiques yeux. Tout deux semblaient fatigués, portant les traces d'une longue marche. La dame ne remarqua pas son arrivée aussi, elle sursauta, se leva et se tourna brusquement vers lui avec tension lorsqu'il demanda :



- Seriez vous perdue madame ? Questionna-t-il la voix douce.



Lorsqu'elle l'aperçut, monté sur son cerf blanc paré de son harnachement splendide, elle se figea net, les scrutant avec admiration et stupéfaction. Le petit garçon posa aussi les yeux sur lui, l'air fasciné à son tour. Il leur sourit avec douceur :



- Bonjour, salua-t-il tranquillement. Êtes-vous perdue madame ? Vous êtes là bien loin de toute ville des Hommes, remarqua-t-il.



- Je le sais, répondit-elle en se reprenant et se détendant face à son calme alors qu'elle reconnaissait aisément un elfe. Je me rend à Fondcombe. Je désire voir le Seigneur Elrond, expliqua-t-elle en le surprenant. Suis-je sur la bonne route ?



- Vous l'êtes, assura-t-il en faisant avancer Rhîwial vers eux. Il reste un jour de voyage environ en avançant tranquillement.



Il stoppa sa monture à quelques pas d'eux, descendant avec souplesse. Il observa la femme qui souhaitait voir son père, curieux mais ne posant guère de question. Elle ne représentait visiblement aucun danger et il ne percevait rien de négatif chez elle. Ses yeux tombèrent sur le garçonnet qui le regardait les yeux pétillants. Et il sut. Il sut instantanément que l'enfant était promis à un grand destin. Il avait appris à faire confiance à son instinct ces dernières décennies, un instinct plein de magie grâce auquel il savait que son protecteur lui murmurait de temps en temps. Il prit donc rapidement sa décision.



- Il se trouve que je vais moi même à Fondcombe, dit-il. Puis-je vous accompagner ?



- Bien sûr, acquiesça-t-elle visiblement surprise. Veuillez m'excuser, je ne me suis pas présenté. Je me nomme Gilraen et ce bonhomme se nomme Aragorn, dit-elle.



- Enchanté de vous rencontrer madame, je me nomme Elliel, dit-il alors. Vous semblez épuisé.



- Je n'ai plus de vivre, confia-t-elle un peu gênée. Heureusement que nous ne sommes plus très loin du but.



- Le soleil se couche, remarqua-t-il. Passons la nuit ici, je serais ravi de partager un repas avec vous, proposa-t-il.



Après une courte hésitation, elle acquiesça, en confiance face à l'elfe et Elliel la pria de se rasseoir. Il commença par aller chercher à manger pour elle et l'enfant dans ses sacoches de selles portées par son cerf et elle le remercia chaudement lorsqu'il lui donna. Il fut vite évident qu'ils n'avaient pas mangé de la journée, le garçon dévorant fruits et pain avec beaucoup d'appétit. Alors qu'ils mangeaient, le mage débarrassa sa monture de son équipement, sortant ensuite une brosse pour s'occuper un peu de lui. Il fit cela tranquillement, ne manquant pas l'attention que l'enfant focalisa sur lui aussitôt son repas terminé. Il quitta finalement maladroitement les bras de sa mère pour avancer vers le grand cerf qui le regarda faire avec sérénité. Il baissa même sa grande tête lorsque le petit garçon fut près de lui, le laissant lui caresser le nez. Seulement, le gamin chatouilla un peu trop les narines sensibles et Rhîwial éternua, soufflant fortement et secouant la tête. Le petit garçon tomba sur ses fesses alors que le cerf relevait la tête et Gilraen et Elliel rirent de bon cœur, l'elfe venant relever le petit garçon qui boudait.



- Il est un peu grand pour vous jeune homme, vous ne croyez pas ? Remarqua-t-il avec amusement alors qu'Aragorn le regardait intensément.



Il le poussa vers sa mère et l'enfant la rejoignit sans protester alors qu'elle souriait. Le mage s'occupa de sa monture avant de faire un feu pour passer la nuit, sachant qu'il n'y avait pas trop de risque si près d'Imladris. Il s'assit ensuite au sol après s'être sorti de quoi manger et Rhîwial alla chercher son propre repas aux alentours.



- Vous le laissez libre ? Demanda la dame l'air curieuse en regardant le cerf partir entre les arbres.



- Il a toujours été libre de choisir ce qu'il fait, répondit-il. Il ne s'en va jamais bien loin, dit-il ensuite l'air confiant. Puis-je vous demander ce que le Seigneur Elrond pourrait faire pour vous ?



- Je... j'aimerais qu'il offre refuge à mon fils, dit-elle doucement en baissant les yeux sur le garçonnet assis contre elle et somnolant. Mon mari est décédé au combat il y a peu de temps et j'ai peur pour sa sécurité.



- Je suis désolé d'apprendre cela. Comment se nommait-il ? Questionna le mage.



- Arathorn, fils d'Arador, dit-elle l'air anxieuse.



- Un Dùnedain, comprit Elliel, descendant d'Isildur, remarqua-t-il alors qu'elle acquiesçait. Je vois, je comprend désormais. Le Seigneur Elrond sera certainement disposé à vous aider, dit-il en la faisant sourire.



Il observa l'enfant quelques secondes, réfléchissant. Ainsi, le garçon était le descendant d'Isildur, héritier du Gondor. Il connaissait cette lignée par cœur alors qu'elle était si importante pour le peuple des Hommes. Il en avait rencontré quelques représentants. La dame avait raison d'avoir peur pour son fils et sa grande destinée devenait soudain plus claire à ses yeux. Il n'était absolument pas assuré qu'il ferait de grandes choses mais il y avait une chance pour qu'il prenne cette route parmi toute celles qui lui seraient offertes par la vie. Il mangea tranquillement, son bâton posé devant lui, profitant de la douceur du début du printemps. Bientôt, la mère se mit à fredonner, endormant son bambin. Elle tira une couverture de son paquetage posé non loin, couvrant son enfant et caressant ses cheveux avec douceur alors qu'il avait posé la tête sur ses cuisses. Elle releva le regard lorsque Rhîwial revint, s'allongeant naturellement derrière son maître avec une grande délicatesse. Il réclama une caresse qui lui fut offerte avec le sourire. La mère regardait cette scène, profondément apaisée par la présence sereine de l'elfe. Lui et son cerf bougeaient avec lenteur et élégance, doux et envoûtants. Les regarder avait un effet calmant certain.



- Dormez un peu madame, dit-il doucement sans cesser de cajoler son compagnon, je vais veiller à notre sécurité.



Elle le remercia et sourit un peu, s'installant ensuite pour la nuit, fermant les yeux sur le magnifique tableau de l'elfe et de son cerf blanc éclairé par le feu dans la pénombre de la soirée. Elliel veilla longuement alors que Rhîwial s'endormait. Il avait sorti une douce étoffe, lustrant la grande ramure de sa monture qui adorait ça et qui avait posé sa tête devant lui. S'il n'avait plus le moment biberon comme dans les premiers mois de l'animal, il passait maintenant du temps à le soigner, adorant cela. Il lustra donc les bois, nettoyant aussi les nombreux ornements qu'ils portaient. Il y avait bien sûr les bijoux fait par son maître mais aussi des objets trouvés ou offert par d'autres pendant leur voyage. Ainsi Rhîwial avait de petits ornements parfois étonnants accrochés dans ses bois. Elliel aussi avait ce genre de chose attachées à son bâton comme par exemple deux petites amulettes en cristal offertes par les mages bleus ou un petit gland donné par Radagast et qu'il avait monté au bout d'une chaînette d'or pour le mettre sur son bâton. Il tenait beaucoup à ces petits objets qu'il se plaisait à regarder avec les souvenirs qu'ils portaient.



Il s'occupa longuement du cerf, nettoyant ensuite son épée et ses armes. Il s'était équipé alors qu'il ne sortait les lames magiques de son bâton que si c'était absolument nécessaire. Et en quatre vingt huit ans de voyage, ça n'était pas arrivé souvent et jamais en public. Il avait donc son épée, un arc, ses flèches, ses dagues et couteaux, tous façonnés par ses soins. Une fois cette tâche terminée, il posa une main entre les bois de son compagnon, grattouillant sa tête et lui tirant un profond soupir dans son sommeil. Il sourit, toujours attendri par Rhîwial qu'il voyait encore comme son petit faon. Il resta dans le silence, attentif à son environnement comme à son habitude. Quelques heures plus tard, Rhîwial se réveillait et ce fut à son tour de dormir, sachant que l'animal veillerait sur lui. L'intelligence du cerf était formidable et il faisait un compagnon de route et de combat inestimable pour Elliel. Sans parler du fait qu'imprégné de sa magie comme il l'était, il supportait parfaitement son pouvoir et démontrait des capacités étonnantes. Depuis bien des années il lui faisait confiance pour veiller sur son sommeil et ce fut donc sans la moindre inquiétude, se sentant parfaitement en sécurité qu'il s'endormit, blotti contre le flanc chaud.



Il se réveilla un moment plus tard alors que le soleil se levait paresseusement loin derrière les arbres. Il leva les yeux vers Rhîwial allongé derrière lui. Il avait la tête haute, le regard attentif scrutant les alentours, le nez analysant l'air. Il était cependant serein et il ne tarda pas à venir chercher une caresse en sentant son éveil. Souriant, il se redressa en silence, observant la mère et son fils qui dormaient encore un peu plus loin, enroulés dans leur couverture l'un contre l'autre. Il alla raviver un peu le feu pour préparer du thé, le cerf s'en allant se promener. Il but un peu de sa boisson appréciant le goût du miel qu'il y avait ajouté. Il en laissa pour la dame et son fils, leur sortant aussi de quoi manger en sachant qu'ils n'avaient plus de vivres. Les laissant se reposer, il alla ranger ses affaires, préparant Rhîwial au départ lorsqu'il revint. Sans se presser, il lui remit selle et bride sur laquelle il n'y avait jamais eu de mors. Prudent, il remit en place ses protections même s'il y avait peu de chance de devoir se battre si près d'Imladris. Il mit ensuite son propre équipement, plastron, épaulettes, jambières, brassards, gants... attachant ses armes et sa cape de voyage pour venir se rasseoir ensuite, regardant les deux autres se réveiller doucement. La mère le remercia chaudement en découvrant le petit déjeuner qu'il leur offrait, l'enfant ne se faisant pas prier pour manger.



Un moment plus tard, ils levaient le camps tout trois, Elliel décidant de marcher au côté de Gilraen, suivit de son cerf. Ils marchèrent à un bon rythme, la dame souhaitant arriver rapidement après un voyage éprouvant et le mage pressa alors un peu l'allure par rapport à son habitude. Aussi, ce fut dans l'après midi qu'ils arrivèrent à Imladris, Elliel les guidant vers l'une des entrées de la ville, prenant les devant en souriant, heureux de retrouver sa maison malgré tout. Il se détendit naturellement, accélérant sans même sans rendre compte.



- Vous semblez très enjoué, sourit la dame alors qu'ils arrivaient en vu des portes de la ville.



- J'ai grandi à Fondcombe et cela fait bien des décennies que j'étais parti en voyage, raconta-t-il. Rentrer chez moi est un grand bonheur.



Souriante, la dame n'ajouta rien, calant contre elle son fils qu'elle tenait dans ses bras sur sa hanche. Encore un moment et ils passaient l'arche marquant l'entrée donnant sur la forêt, débouchant sur une petite place où il y avait quelques elfes semblant les attendre. Elliel sourit largement en trouvant son père devant avec Lindir, Erestor et d'autres conseillers de sa maison et amis du prince. Il y avait aussi Glorfindel qui avait l'air très heureux. Voir l'elfe blond fit un bien fou au mage qui avait beaucoup pensé à lui dans son voyage. Chaque jour en réalité alors qu'il avait réalisé que le Seigneur de la Maison de la Fleur d'Or lui manquait terriblement. Il se concentra pourtant sur son père qui ouvrit les bras lorsqu'il s'avança vers lui à grand pas, l'air ravi. Elrond le serra contre lui avec douceur, Elliel lui rendant avec bonheur.



- J'ai eu bien du mal à croire les guetteurs lorsqu'ils m'ont dis qu'ils avaient vu Rhîwial passer la frontière avec toi à ses côtés, remarqua le père dans leur langue.



- Je voulais vous faire la surprise, s'amusa Elliel.



- Et bien c'est réussi, sourit Elrond. Bienvenu à la maison mon fils. Tu m'as énormément manqué, dit-il en s'éloignant un peu de lui. Tu as grandis.



- J'en ai eu le temps, s'amusa son fils.



Souriant, le Seigneur le serra une nouvelle fois dans ses bras, posant une main dans ses cheveux soyeux. Et ce fut lorsqu'il le relâcha qu'il vit la dame qui l'avait accompagné. Il posa un regard interrogatif sur lui et Elliel se retourna pour présenter la dame :



- Père, je vous présente dame Gilraen et son fils. Madame, voici le Seigneur Elrond, dit-il en langue commune en surprenant la femme réalisant qu'il était un prince d'Imladris. Je l'ai rencontré en approchant la vallée, expliqua-t-il à son père. Elle désirerait vous demander une faveur père et je pense que vous ne devriez pas attendre pour lui parler, avança-t-il.



- Fort bien, répondit Elrond en regardant la dame avec curiosité. Dans ce cas, retrouvons nous pour le dîner, proposa-t-il en se tournant vers son fils.



Elliel acquiesça en souriant, le regardant inviter la dame à le suivre et partant avec elle. Le mage se tourna alors vers les autres elfes présents, les saluant avec joie alors qu'on lui rendait bien. Il s'approcha de Glorfindel en dernier, se surprenant à se sentir anxieux de le retrouver. Le Seigneur le salua avec un très beau sourire et il en fit de même, heureux. Le jeune mage s'en alla alors pour aller débarrasser son cerf de tout ce qu'il portait. Il fut absolument ravi lorsque le blond demanda à l'accompagner et il accepta immédiatement. Ils partirent alors ensemble, marchant tranquillement l'un près de l'autre en silence, Rhîwial suivant.



- Vous m'avez beaucoup manqué, confia finalement le mage en n'osant pas relever les yeux vers son aîné.



- Vous m'avez énormément manqué aussi mon prince, répondit-il en le touchant. Je faisais le compte des jours qui avaient passé depuis votre départ ces dernières années et je les trouvais bien trop nombreux, expliqua-t-il.



Ému, Elliel sourit, marchant un peu plus près du blond sans même sans apercevoir. Sans plus de mots, ils gagnèrent l'atelier du prince, celui-ci retirant alors le harnachement du cerf, aidé par Glorfindel qui vint ensuite l'assister pour lui enlever son propre équipement avec douceur, ne laissant que son bâton en place. Cela fait, Elliel prit le temps de brosser sa monture, observé par le Seigneur qui avait pris place dans un siège alors que le majestueux animal était peu enclin à laisser ses soins à un autre que son maître. Lorsqu'Elliel s'éloigna, il partit pour aller se promener. Le dîner approchant rapidement, le prince parti ensuite vers le palais de son père, toujours accompagné du Seigneur dont la présence suffisait à son bonheur. Il était vraiment heureux de le retrouver, un vide dont-il n'avait pas vraiment conscience disparaissant soudain. Il alla se laver et se changer, passant une tenue princière à laquelle il ajouta son bâton dans son dos. Lorsque Glorfindel lui offrit de tresser ses cheveux, il ne se posa pas la question bien longtemps, acceptant sans même y penser. Et il frissonna agréablement en sentant les doigts fins et délicats passer dans sa chevelure, souriant et soupirant d'aise. Il ferma les yeux, profitant de ce traitement qui sembla à la fois durer une seconde ou une éternité. Il ne pensa à rien, se surprenant à adorer le contact du Seigneur et se retrouvant gêné par cette sensation aussi bienfaitrice qu'étrange pour lui. Il avait toujours aimé la présence du blond mais cela prenait une intensité surprenante aujourd'hui alors qu'il le retrouvait après bien des années de séparation. Mais cela était tellement agréable qu'il décida de simplement profiter, soupirant sans contrôle lorsque le Seigneur mit en place son diadème, signant la fin de l'opération.



Il le remercia, se levant et se tournant vers lui et ce fut ensemble qu'ils se rendirent vers la grande salle à manger de la maison d'Elrond, sachant que beaucoup seraient là pour entendre les histoires de voyage de leur prince dont le retour avait déjà fait le tour de la cité. Entrant dans la pièce, ils y retrouvèrent bien du monde, tous venant saluer leur prince qui leur rendit avec joie. Debout dans la grande salle, les discussions s'entamèrent joyeusement autour du jeune elfe qui les retrouvait avec joie après des années de voyage. Encore un moment et Elrond entrait à son tour, suivit de Gilraen et d'Aragorn qui regardait partout l'air émerveillé. Tout deux avaient visiblement pu se laver et se changer, portant désormais des tenues elfiques. Souriant, le Seigneur rejoignit son fils, venant embrasser son front et lui demandant s'il allait bien. Le mage acquiesça et Elrond invita tout le monde à s'installer pour le repas. Elliel laissa les autres le devancer, portant son regard sur la mère et son fils qui approchaient et qui s'arrêtèrent près de lui. La dame inclina élégamment la tête devant lui :



- Veuillez excuser mon impolitesse à votre égard prince Elliel, dit-elle. J'ignorais que vous étiez le fils du Seigneur Elrond. Mon mari connaissait vos frères qu'il a connu dans le nord et votre sœur par eux mais je ne savais pas que le Seigneur Elrond eut un quatrième enfant.



- Il n'y a pas lieu de s'excuser madame, sourit-il doucement. En dehors de mon peuple, personne ne connaît mon existence et je ne vous ai rien dit. Ne vous inquiétez pas, il n'y a guère d'offense, rassura-t-il. Avez vous pu vous entretenir avec mon père au sujet de votre fils ? demanda-t-il.



- Oui, sourit-elle. Il accepte de le prendre en tutelle ici à Fondcombe sous le nom d'Estel. Nous avons décidé que son véritable nom et ses origines ne lui seraient révélés que lorsqu'il serait en âge de les comprendre et de comprendre ce que cela pourrait impliquer pour lui, dit-elle en baissant les yeux sur le garçonnet qui scrutait le mage avec admiration.



- Cela est certainement une bonne chose, approuva le mage. Il pourra grandir et apprendre sans se préoccuper ou se focaliser sur ce qui le concerne qu'il le veuille ou non, remarqua-t-il en s'accroupissant devant l'enfant qui fixa ses yeux dans les siens.



Le regardant avec intensité et bienveillance sans prendre garde au fait que tous dans la pièce suivaient la scène, il leva deux doigts qu'il posa au milieu de son front avec la délicatesse d'une plume. Plongeant ses yeux dans les siens, il s'infiltra doucement dans son esprit. Après ses leçons avec sa grand mère au début de son voyage, il avait beaucoup appris sur l'esprit, jusqu'à comprendre comme une évidence. Et comme toutes les fois où il avait discerné les interventions de son protecteur durant son enfance, le poussant à développer sa magie, il l'avait senti aussi dans son apprentissage de l'esprit. Cela n'avait plus de secret pour lui aujourd'hui. Il entra donc dans le jeune esprit, en regardant les prémices. Il y discerna une immense bienveillance, de l'abnégation, de la compassion, du courage, de la force... le petit garçon encore vierge de mauvaises pensées ou de jugement obscure pourrait devenir un grand homme. Très optimiste et prit d'un excellent pré-sentiment, Elliel quitta ses pensées, lui souriant largement.



- Estel, Espoir, remarqua-t-il. C'est un nom des plus approprié pour toi, dit-il écouté de tous. Tu as une très belle âme petit Homme. Béni sois-tu et que les Valars veillent sur toi, dit-il la voix chantante.



Ses doigts posés sur le front de l'enfant s'illuminèrent un instant d'une lumière aussi blanche que celle des étoiles et le petit garçon loucha vers le haut pour regarder. Il ferma cependant les yeux lorsque la lumière pulsa une fois, soupirant d'aise alors que ses lèvres se courbaient. Il releva finalement les paupières, Elliel reculant sa main et ne le lâchant pas du regard.



- Souviens toi de ceci, poursuivit l'elfe la voix emprunte de magie, ne laisse personne te dicter ta conduite petit Homme. Ton cœur est seul maître et tu ne dois obéir à nul autre. Même les Valar ne peuvent te dire ce que tu dois faire. Toi seul peux décider du chemin que tu prendras. Ta liberté est le bien le plus précieux que tu possèdes. La liberté d'aller où bon te semble mais aussi la liberté de croire en ce que tu voudras, de penser ce que tu voudras, de défendre ce que tu voudras, de faire ce que tu voudras, d'aimer qui tu voudras, dit-il doucement. Ne laisse personne influencer ça et alors, tu accomplira ton destin et comblera ton âme. N'oublie pas Estel.



Il se releva ensuite, invitant la mère et son fils à aller à table, le bambin ne le quittant pas des yeux. Tout ceux qui s'étaient immobilisés pour suivre la scène bougèrent de nouveau, allant prendre place. Elliel gagna son siège à droite de son père, souriant largement en trouvant Glorfindel près de lui. Le repas fut servit et bientôt, le sujet de discussion principal fut le long voyage du prince. Celui-ci se laissa questionner, racontant les scènes heureuses de son périple, gardant les moments plus difficiles pour lui. Il se plut à parler des Hobbits, décrétant qu'il comprenait maintenant pourquoi Gandalf les aimait tant. Rêveur, il parla de leur mode de vie si joyeux et simple qui l'avait ravi. Il parla de toute les belles choses qu'il avait vu. Ce ne fut que tard qu'il quitta la table en compagnie de Glorfindel avec qui il alla se promener un peu sur son invitation.



Ils se baladèrent longuement dans le silence de la tombée de la nuit, détendus. Se tenant l'un près de l'autre, ils avancèrent dans les belles allées de la cité. Gagnant finalement un petit jardin abrité et désert de présence. Le Seigneur l'invita à s'asseoir avec lui sur un banc de pierre, restant un moment silencieux avant de finalement prendre la parole :



- Vous n'avez raconté que la belle face des choses n'est-ce pas ? demanda-t-il.



- Que voulez vous dire ? répondit le mage.



- Votre voyage n'a pas toujours été de tout repos, affirma-t-il calmement l'air sûr de lui.



- Comment le savez-vous ? questionna-t-il.



- J'ai parfois rêvé de vous, avoua le blond. Mais j'avais l'impression que ce n'était pas que des rêves, plutôt des visions. À chaque fois, vous n'alliez pas bien. J'ai même parfois eu envie de quitter Fondcombe pour venir vous chercher, expliqua-t-il.



- Vraiment ? s'étonna Elliel.



- Oui. Je ressentais vos malaises. En tout cas, c'est l'impression que j'en avais. Je n'en n'ai parlé à personne.



- Qu'avais vous vu et quand ? demanda alors le jeune mage.



Glorfindel lui raconta alors. La première vague de visions datait exactement de la période où il avait analysé d'un peu trop près Dol Guldur de son esprit lorsqu'il était en Lorien. Il avait alors fait de violents et douloureux malaises. La deuxième datait de son passage près d'Erebor où il s'était longuement évanouis, sauvé par son cerf qui l'avait éloigné. La troisième, de son passage sur les terres d'Angmar où encore une fois, Rhîwial avait été son salut. Et la quatrième, bien plus longue, datait de sa période de bataille en Ithilien du sud où il avait été quelque fois blessé et malmené par le pouvoir du Mordor proche. Glorfindel put lui donner des détails troublant sur ces moments et Elliel se rendit compte qu'il y avait réellement assisté.



- J'ignore ce qu'il s'est passé, remarqua-t-il honnêtement. Aviez vous déjà eu ce genre de visions ?



- Jamais, répondit le blond. Étaient-elles réelles ? questionna-t-il l'air inquiet en le regardant.



- Elles étaient réelles, avoua-t-il en se disant qu'il avait droit à des explications maintenant.



Il entreprit alors de lui raconter ce qu'il s'était passé véritablement. Le Seigneur se fit très inquiet à ses histoires, l'observant sous toutes les coutures lorsqu'il eut terminé.



- Comment vous sentez vous aujourd'hui mon prince ? questionna-t-il.



- J'ai mis quelques années à me remettre des combats au Gondor. Fangorn m'a beaucoup aidé. Mais cela est passé depuis longtemps. Je vais parfaitement bien maintenant, assura-t-il.



- Les pouvoirs néfastes et noirs vous nuisent, remarqua le Seigneur.



- J'y ai beaucoup pensé. Je suis le représentant d'Ilùvatar ici bas et ce monde et sa création. Alors tout ce qui lui nuis, le détruit et l'empoisonne, m'empoisonne aussi, supposa-t-il.



- Vous avez probablement raison, acquiesça le blond. Vous devriez en parler à votre père.



- Non. Mon père s'inquiète déjà beaucoup trop pour moi, comme toute ma famille. Il est inutile de l'inquiéter davantage avec cela. Je renforce de plus en plus mon esprit au fil du temps. Je suis de plus en plus capable de résister aux influences sombres. Je ne veux pas l'inquiéter avec cela. Il m'empêcherait de quitter Fondcombe de nouveau, rit-il en faisant sourire le blond. Enfin, probablement pas, dit-il plus sérieusement, mais il mourrait d'angoisse dés que je serais hors de vu et je ne veux pas cela. Accepteriez vous de garder cela pour vous je vous prie ?



- Si vous me le demandez, approuva-t-il immédiatement, mais promettez moi d'être prudent et de ne pas pousser vos limites trop loin mon prince. Vous avoir cru disparus une première fois et vous avoir vu mourir de mes yeux en a déjà été trop pour moi, avoua-t-il en le regardant dans les yeux. Je souhaiterais ne plus jamais vous voir endurer de telles choses.



- Je suis navré que vous ayez assisté à ces événements, s'attrista le mage touché par son souci à son égard.



- Ce n'est pas de votre faute et quelque part, je suis heureux de l'avoir vu. Ainsi, je serais là pour vous aider si cela devait encore vous causer des problèmes.



- Merci Glorfindel, sourit-il.



- Ce n'est rien mon prince. Je suis heureux que vous soyez de retour en bonne santé. J'espère que vous resterez un peu.



- Fondcombe m'a manqué, Ada m'a manqué et vous m'avez manqué, dit-il en détournant les yeux de gêne face au sourire doux du Seigneur. Je ne pense pas repartir avant longtemps. La solitude m'a plus mais ma maison m'a manqué.



- Vous nous avez aussi énormément manqué Elliel, répondit-il avec douceur. Votre retour apporte une lumière plus belle à Imladris.



Le mage sourit, son cœur étonnamment réchauffé par l'attention du blond à son égard. Il lui avait tellement manqué et sa compagnie lui était divine. Cette histoire de vision l'intriguait beaucoup. Glorfindel n'avait eu que des visions le concernant personnellement et de son expérience, cela était l'expression d'un lien magique quelconque entre eux. Il ne sut que penser de cela, se promettant de garder un œil sur le phénomène. Il passa toute la soirée avec le Seigneur, lui contant son voyage avec plus de vérité et il termina en lui disant qu'il avait l'intention de demander à son père de réunir ses conseillers demain pour leur parler des choses inquiétantes qu'il avait pu constater dans son voyage. Aussi le lendemain, ce fut dans une ambiance bien plus sérieuses que les Seigneurs d'Imladris et les Conseillers de la maison d'Elrond furent rassemblés pour écouter attentivement les nouvelles apportée par leur prince. Celui-ci s'inquiéta de la reprise de force des orques et autres créatures sombres, du pouvoir encore beaucoup trop fort régnant anormalement en Mordor, des batailles qui rongeaient doucement le Gondor et le Nord. Il fut très attentivement écouté puis ils débattirent tous longuement du sujet. On décida finalement de porter une attention plus grande encore au moindre événements se déroulant en Terre du Milieu et de garder un œil sur les forces sombres. On enverrait aussi des éclaireurs et des espions pour tenter de savoir ce qu'il pouvait se passer. Elliel fut satisfait, sachant qu'il avait largement l'oreille et la confiance des Seigneurs d'Imladris et de la Lorien qui avaient toute confiance en leur jeune prince.



Suite à cela, Elliel reprit le cours de sa vie à Imladris. Les premiers mois, il eut un peu de mal a retrouver une vie au milieu des autres, s'étant habitué à la solitude. Il passait alors beaucoup de temps seul dans son atelier à travailler sur ses créations. Il avait eu beaucoup d'idées pendant son voyage mais pas toujours les moyens de les mettre en œuvre. Il commença par travailler sur son équipement de combat et celui de son cerf, le perfectionnant et le faisant plus beau et fin comme il aimait les choses. Puis il se pencha sur d'autres choses de toute sorte. Il allait aussi souvent se promener longuement avec Rhîwial autour de la vallée et dans les alentours, toujours prudent malgré la sensation de protection que le pouvoir de son père faisait régner à Imladris. La bibliothèque était un autre de ses refuges et dans un premier temps, il ne rejoignait les autres que pour les dîners. Seul son père et Glorfindel avaient droit à un peu plus de sa compagnie. Tous comprenaient et le laissaient tranquilles alors que progressivement, il retrouvait plus de confort en société. Et finalement tout revint à la normale.



Le temps se remit à passer, dans la paix et la quiétude pour le prince qui laissait libre cours à ses envies. Et il passait beaucoup de temps avec Glorfindel dont-il ne cessait de se rapprocher au fil du temps. Avec le Seigneur, il se sentait exceptionnellement bien, parlant de tout sans condition. Le blond l'accompagnait parfois à cheval dans ses promenades avec Rhîwial, cela devenant rapidement une habitude. Ils s'entraînaient aussi à l'épée ensemble, à l'arc et au combat en général. Les années coulèrent et quatre ans après son retour. Elliel eut envie de participer davantage à la vie de la cité. La protection d'Imladris le tenant à cœur alors qu'il avait constaté lui même la lente reprise des forces des ombres, il demanda à son père une place dans la garde de la ville. Après en avoir longuement discuté, Elliel y entra et il ne lui fallut que peu de temps pour se retrouver à sa tête, extrêmement efficace dans ce rôle et excellent guerrier.



Pendant ces années, il passa aussi beaucoup de temps avec le jeune Estel qu'on éduquait avec grand soin. Il appréciait beaucoup l'enfant calme et très curieux, doux et gentil. Et le garçon l'adorait aussi, posant toujours sur lui des yeux admiratifs. Il lui apprenait certaines choses, lui montrait un peu de magie, lui en expliquait l'essence. Il lui parlait du monde et de ses merveilles, jouant avec lui parfois. Il avait vite développé une grande affection pour lui, espérant le voir devenir un grand homme plus tard. Gilraen avait quitté Fondcombe après quelques années, retournant vivre parmi son peuple et laissant son fils au soin d'Elrond. Le petit garçon avait alors pris Elliel pour repère.



Huit ans après son retour, le jeune mage sentit la terre lui souffler que les choses allaient bouger un peu plus. Il ne fit part de son pré-sentiment qu'à Glorfindel pour qui il n'avait que peu de secret et celui-ci tenta de le tranquilliser, n'y parvenant que peu alors que sa sensibilité et ses dons lui permettaient de sentir bien des choses invisibles aux yeux des autres. Cela et le fait que même Imladris n'était plus épargnée par les Orques qui approchaient de plus en plus leurs terres. Les frontières gardées par Elliel restaient inviolées mais il n'aimait pas cela du tout. Et ce fut début juin que ses impressions se confirmèrent.



Ce jour là, il était perché sur Rhîwial, tout deux en armure, son bâton dans son dos alors qu'il patrouillait avec la garde sur leurs terres. Ils avaient eu vent de mouvements d'orques non loin et l'instinct d'Elliel le mettait en alerte alors qu'il n'avait pas dormi la nuit précédente. Il se fit donc d'une extrême vigilance, sommant ses guerriers d'en faire de même. Ceux-ci ayant pleine confiance en lui étaient alors très attentifs à la moindre chose. Et ce fut bien avant les autres et de très loin que le prince perçut une anomalie loin dans les plaines. Il crut sentir la présence de Mithrandir mais il sentit surtout la présence sombre des orques. Sans hésiter une seconde il lança Rhîwial dans la direction que lui indiquait ses sens, très vite suivi des gardes. Un instant plus tard, un hurlement de loup était capté par leurs oreilles mais très vite, ils y reconnurent des Warg, pressant alors l'allure.



Son cerf étant plus rapide que les chevaux, Elliel fut le premier dans les plaines et ce fut de très loin qu'il repéra Gandalf et les Nains qui l'accompagnaient, aux prises avec une bande d'Orques montant leurs loups. Il pressa davantage encore, sortant son arc, lâchant ses rênes en confiance pour tirer une première flèche de très loin, touchant parfaitement sa cible. Il enchaîna les tirs, vite imité par les autres gardes auxquels il lança ses ordres pour être obéit sur le champs. Il vit Mithrandir entraîner sa troupe vers une entrée secrète de sa vallée, se concentrant alors sur leurs ennemis. Il dégaina ses épées une fois sur les Orques, leur cor retentissant, et ce fut avec une efficacité redoutable que lui et ses guerriers abattirent bon nombre des créatures sombres. Faisant fuir les autres. Cela fait, il vérifia de ses pouvoirs que la petite troupe de Gandalf était en sécurité, lançant ensuite la chasse aux fuyards. Ils mirent un peu de temps mais ils les rattrapèrent presque tous, les abattant eux et leurs montures.



Elrond fut un peu surprit lorsqu'il sentit qu'une petite troupe était entrée dans sa vallée, se concentrant alors sur son pouvoir. Il se détendit en souriant lorsqu'il sentit la présence de Gandalf, se levant alors pour aller accueillir le magicien gris qu'il n'avait pas vu depuis longtemps. Accompagné de Lindir, il se rendit alors à la terrasse marquant l'une des entrées de la ville et qui donnait dans le vide d'un ravin. Descendant les escaliers y menant, quelle ne fut pas sa surprise en découvrant la troupe de Nain et le Hobbit accompagnant l'Istari. Il reconnut aisément l'un d'entre eux comme étant Thorin, plus intrigué encore. Le groupe semblait fatigué, agité et marqué par un voyage intense. Il porta d'abord son attention sur le magicien, lui souriant :



- Mithrandir, c'est un plaisir de vous revoir, salua-t-il en langue commune sans faire attention à l'hostilité évidente des nains.



- Seigneur Elrond, répondit celui-ci. C'est un plaisir partagé, dit-il en acceptant une étreinte du Seigneur.



- Vous m'avez l'air bien débraillé mon ami, dit-il avec un air amusé.



- Nous avons vu quelques déboires dans notre voyage jusqu'ici. Et je crois que nous vous devons d'être arrivé entier, remarqua-t-il avec un sourire de remerciement.



- Je ne pense pas que ce soit moi qu'il faille remercier, sourit-t-il.



À peine avait-il dit cela qu'un cor retentit dans la vallée, annonçant une arrivée. Tous se tournèrent alors vers la route pour voir arriver la garde à cheval, précédée de l'impressionnant cerf blanc en armure portant le prince de la ville tout aussi marquant. Sur sa monture à la ramure resplendissante, Elliel avait une allure divine magnifique, clairement guerrière ainsi armé et protégé de son armure splendide. Le tableau admirable n'empêcha pas Thorin de sonner l'alerte, regroupant les siens en une formation de défense. Elliel arriva rapidement sur la place, faisant tourner Rhîwial autour du groupe qu'il observa soigneusement, repérant un Hobbit en son centre. Ses cavaliers en firent de même et bientôt, tous s'immobilisèrent autour des nains, le silence tombant un instant. Elliel posa alors les yeux sur Gandalf et un immense sourire s'étala sur son visage.



- Mithrandir ! s'exclama-t-il. Je suis si heureux de vous revoir, dit-il en sautant de sa selle.



Il s'avança à grand pas vers lui, les Nains semblant effarés de voir le magicien plonger dans une belle révérence devant lui. L'elfe le regarda avec douceur, venant l'étreindre avec chaleur lorsqu'il se redressa. Souriant avec affection, Gandalf lui rendit le geste, s'écartant ensuite.



- J'en déduis que c'est à vous que nous devons remerciement prince Elliel, dit-il.



- Je le crois, sourit celui-ci. Je serais curieux de savoir pour quelle raison vous étiez poursuivis de la sorte, dit-il en jetant un coup d’œil aux Nains. Cette bande d'orque était clairement d'ordre militaire et cela n'augure rien de bon. Ils ne s'aventurent jamais aussi loin sur nos terres habituellement.



- Il se peut fort que nous les ayons attiré jusqu'ici, dit-il en se tournant vers son groupe qui s'était un peu détendu.



Thorin s'était avancé à l'avant et Elrond s'approcha.



- Bienvenu Thorin, fils de Thrain, salua-t-il poliment.



- Il ne me semble pas vous connaître, répondit le nain la voix grave.



- Vous me rappelez votre grand père, remarqua le Seigneur. J'ai connu Thror lorsqu'il était roi sous la Montagne.



- Ah oui ? Jamais il n'a parlé de vous, rétorqua-t-il suspicieusement.



Ne tenant pas compte de son ton, Elrond lança une invitation en elfique qui parût offenser les Nains :



- Qu'est-ce qu'il a dit ? S'offusqua l'un d'entre eux. Est-ce qu'il vient de nous insulter ? Demanda-t-il en faisant râler ses compères.



Elliel rit ouvertement à cette méprise amusante à ses yeux, attirant l'attention sur lui.



- Non maître nain, mon père vient de vous inviter en sa demeure. Nous vous offrons l'hospitalité, expliqua-t-il.



Un bref échange se fit entre les Nains avant que l'un d'entre eux ne réponde :



- Et bien dans ce cas, allons-y, dit-il plus calmement en faisant sourire le prince.



Observé de tous, il se dirigea de nouveau vers sa splendide monture, celle-ci lui tendant ses bois pour le hisser sur son dos. Il les salua d'un beau signe de tête avant d'ordonner à la garde de le suivre, le groupe repartant pour les écuries dans un ordre parfait.



- Il me semble aller beaucoup mieux qu'à ma dernière visite, remarqua Mithrandir en regardant Elrond alors que tous autour d'eux les écoutaient.



- Bien du temps a passé depuis votre dernière venue ici, répondit-il. Il s'est relativement vite remis puis il a longuement voyagé en Terre du Milieu avant de rentrer à la maison. Il tient les rênes de la garde et veille sur nos frontières maintenant. Il est plutôt inquiet depuis un moment alors dîtes moi Gandalf, que se passe-t-il ? L'instinct d'Elliel ne le trompe jamais.



- Voyons cela, ailleurs, pria gravement le magicien.



Le Seigneur acquiesça et la troupe fut guidée vers la ville. On leur offrit d'abord de se laver et aucun ne se fit prier, se détendant un peu après de rudes émotions. Ce fut tranquillement qu'Elliel ramena ses guerriers vers les écuries où il les libéra pour la soirée. Il fit envoyer une autre patrouille pour garder la vallée. Ses ordres donnés il s'occupa un moment de Rhîwial, lui retirant son équipement et lui prodiguant un bon pansage avant de le nourrir. Se retournant, il ne fut pas surpris un instant de trouver Glorfindel l'observant avec un doux sourire. Il avait senti sa présence depuis un moment. Le Seigneur de la maison de la Fleur d'Or était souvent là à ses retours de patrouilles, le scrutant discrètement sous toutes les coutures avec un petit air inquiet. Il ne se détendait qu'une fois certain qu'il n'avait rien. Le jeune mage se laisser donc souvent analysé par ces beaux yeux alors qu'il s'occupait de son cerf. Il était toujours touché par l'inquiétude du blond à son égard. Il savait qu'il ne doutait pas de ses capacités de guerrier mais il avait peur pour lui et cela faisait chaud au cœur d'Elliel se sentant important à ses yeux. Il se retourna vers lui en lui souriant lorsqu'il eut terminé, s'avançant vers lui de sa démarche silencieuse.



- Une bien étrange troupe que vous avez secouru aujourd'hui, s'amusa le blond.



- Les Nains ? Rit-il alors que le blond acquiesçait. Ils sont avec Mithrandir. Je me demande dans quoi il a pu s'engager cette fois. Il ne fait jamais rien au hasard, remarqua-t-il bien plus gravement.



- Quelque chose vous inquiéterait-il ? Demanda le Seigneur.



- J'ai un pré-sentiment, avoua-t-il. Les choses bougent, je le sens. La Terre du Milieu s'agite de nouveau et je sens les ombres reprendre de la force doucement, confia-t-il en posant une main sur sa poitrine.



- Cela vous fait-il souffrir ? Demanda immédiatement le blond en connaissant sa sensibilité à la chose.



- Pas encore. C'est plus comme... une oppression désagréable, expliqua-t-il.



- Dîtes moi si cela empire, pria le Seigneur. On ne sait pas quels effets cela peut avoir sur vous.



- Je vous dirais, assura-t-il.



- Promettez le moi, demanda Glorfindel.



- N'avez vous donc pas confiance en moi? s'attrista Elliel.



- J'ai toute confiance en vous, répondit-il avec force. Bien moins en votre trop grande tolérance aux maux que vous pouvez subir. Je ne veux pas que vous ayez à supporter cela seul. Alors je veux être certain que vous viendrez me parler des détails de ce que vous pouvez ressentir à ce sujet, même si cela vous paraît insignifiant.



- Très bien, je vous le promets, assura le mage.



- Je vous remercie, cela me rassure, sourit-il. Allons-y, nous avons une charmante compagnie pour le dîner ce soir, s'amusa-t-il en sachant que les Nains n'étaient pas vraiment ravis d'être là.



Le prince rit un peu, l'accompagnant ensuite pour aller vers ses propres appartements.



- Je me demande pourquoi Thorin écu de chêne a assemblé une telle compagnie, se questionna-t-il. Avec un Hobbit bien loin de chez lui et de son monde. Il n'y a que Mithrandir qui a pu lui présenter un semi-homme. Cela en notant qu'il prend lui aussi part à ce qu'il se passe. Tout cela m'inquiète. Les Orques qui les poursuivaient étaient organisés, hiérarchisés. Ce n'était pas une bande sauvage sur laquelle ils seraient tombés par hasard. C'était une poursuite avec des chasseurs d'ordre militaire. S'ils ont reçu l'ordre de les abattre, cela voulait dire qu'on veut certainement les empêcher d'atteindre le but qu'ils poursuivent. Il n'y a pas grand chose que les Nains puissent vouloir et qui pourrait gêner l'ennemi.



- Un rassemblement de leur peuple qui retrouverait plus de force, comprit Glorfindel en le faisant acquiescer.



- Il faudrait un nouveau roi. Thorin peut plus que largement y prétendre mais pour être couronné, il a besoin de l'Arkenstone.



- Erebor, murmura le Seigneur.



- Erebor, approuva le prince. Et les Nains ont juré vengeance sur Smaug. Ils n'ont jamais caché leur désir de reprendre leur royaume et le joyau du roi. Cela et leur prophétie en laquelle ils croient et dont les prémices ont l'air de se montrer d'après les rumeurs. La Montagne Solitaire est une place forte pour l'ennemi, la perdre n'est pas tolérable.



- Thorin souhaiterait-il affronter Smaug et reprendre la Montagne ? Supposa Glorfindel.



- Cela paraît impossible pour eux, même avec Mithrandir, même avec une armée. Smaug est puissant et il se repose depuis bien longtemps déjà sur son trésor. Il ne doit pas manquer de force.



- Les Nains ont toujours cru pouvoir tout vaincre avec leur armée, soupira le blond.



- Thorin veut récupérer sa terre, il veut vaincre Smaug, il veut une armée. Il doit donc être roi et la première chose dont-il a besoin pour tout cela, c'est l'Arkenstone... Le Hobbit ! S'exclama-t-il soudain.



- Le Hobbit? Reprit le Seigneur interloqué.



- Les Hobbits sont les créatures les plus silencieuse et discrètes que je connaisse. Ils se fondent dans leur environnement jusqu'à ne faire qu'un avec lui. Smaug ne connaît probablement pas les Hobbits comme il connaît les Nains.



- Vous pensez que Thorin veut se servir du Hobbit ?



- Pour récupérer le Cœur de la Montagne au nez et à la barbe du dragon, supposa le mage. Une fois le joyaux du roi en main, il pourra être couronné, rassembler les Nains, leur armée, se lancer à l'assaut du Dragon et peut-être récupérer leur terre.



- Le Hobbit pourrait-il réaliser un tel prodige? Demanda Glorfindel dubitatif.



- Il pourrait, assura Elliel. Les Hobbits sont pleins d'une force qu'ils ne se connaissent pas eux mêmes. Ils sont pleins de ressources. Ils ont un esprit puissant, toujours positif et optimiste, voyant ce qu'il y a de meilleur en ce monde et le chérissant. C'est tout ce qu'il faut pour se battre. Mais c'est l'envoyer à la mort. Les Dragons ne sont pas si faciles à duper, ils sont très puissants. Il y a une chance sur un millier. Sans parler de la colère de Smaug s'il réussit. Il sentira qu'on l'a volé. Les Dragons sentent s'il manque la moindre pièce à leur trésor. Il risque de se déchaîner à des kilomètres à la ronde. Il y a des villes des Hommes alentours et le royaume du roi Thranduil plus loin. Certains pourraient connaître le sort de Dale, remarqua-t-il avec inquiétude.



- Ce n'est peut-être pas là leur but, tenta de rassurer le blond. Attendons de voir ce qu'ils diront ce soir.



- J'aimerais me tromper. Je ne pense pas qu'affronter Smaug de la sorte soit la solution. Il faudra bien l'affronter un jour, avant qu'il ne soit trop tard, murmura-t-il. Il ne disparaîtra pas seul et je doute qu'il change de camps. Mais ainsi... Je ne sais pas.



- Attendons de voir.



Ce fut dans un silence un peu tendu qu'ils terminèrent la route jusqu'aux appartement du Prince. Là, ce fut dans un rituel devenu habituel que le Seigneur aida le mage à se débarrasser de sa cape, de ses armes et de son armure, ne touchant jamais à son bâton. Il patienta tranquillement le temps qu'Elliel aille se laver. Il sourit en le regardant revenir, somptueusement habillé. Il regarda ses cheveux se tresser seul sous sa magie si belle pour lui, son diadème prenant place sur sa tête. Le mage attacha son bâton en travers de son dos, comme à l'habitude. Cela fait, ils prirent la route pour rejoindre la terrasse où serait servi le dîner ce soir.  

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