L'ange de Gaïa

Chapitre 10 : Hometree

Chapitre final

9355 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 28/05/2026 13:02

Chapitre 10 :

Hometree






Plusieurs jours avaient passé depuis ce soir là avec Tsu'tey. Eywani avait continué à reprendre lentement des forces en s'évertuant à aider les siens comme il le pouvait. Tsu'tey en faisait autant, jouant son nouveau rôle de chef à la perfection, plus calme et réfléchit qu'autrefois. Si l'un comme l'autre rêvaient de passer plus de temps ensemble, leurs moments à eux très rares, aucun des deux ne se plaignait. Leur tribu meurtrie passait avant sans avoir besoin de le dire. Alors ils ne savouraient que plus les rares moments qu'ils parvenaient à se réserver. Ils étaient souvent fatigués l'un et l'autre, se reposant lorsqu'ils se retrouvaient, se détendant en la présence de l'être aimé.



Mais finalement, la situation du clan commença à se stabiliser, les choses bien réorganisées, les gens calmés. Ce fut alors l'occasion pour eux de s'évader un peu. Ils prirent une après midi pour eux, enfin. Ils commencèrent par faire ce qu'ils aimaient faire tout deux : aller voler dans les montagnes simplement pour le plaisir. Ils s'en allèrent donc avec Casye et Keari et il n'avait pas fallu longtemps pour que Tsu'tey voit Eywani se relâcher et se mettre à jouer dans les airs avec son partenaire plus qu'heureux de cela. Le Toruk Makto était allé jusqu'à faire des chutes dans le vide volontaires, toujours rattrapé par Casye mais cette certitude n'empêchait guère Tsu'tey de retenir sa respiration, de se tendre et de sentir son cœur accélérer lorsqu'il le voyait faire ça, inquiet pour lui malgré tout. Il ne disait pourtant rien, savourant plutôt les éclats de rires et l'immense sourire d'Eywani après une telle chose.



Ils volèrent longtemps, jusqu'au coucher du soleil avant que Tsu'tey ne les emmène vers un lieu de sa connaissance. Il se trouvait sur l'un des monts des montagnes flottantes, bien caché entre d'autres bien plus grands que lui, serrés autour de lui. Le petit îlot se retrouvait plate-forme de réception pour plusieurs cascades tombant des montagnes le surplombant, transformé naturellement en un écrin verdoyant d'eau et de plantes en tout genre. Ils se posèrent sur un petit promontoire, Casye et Keari repartant ensuite, les tunnels et les cavités de végétation couvrant les lieux ne leurs permettant pas de s'y déplacer. Eywani regarda autour de lui avec émerveillement, venant là pour la première fois. Tout se mettait à briller et à s'illuminer avec la nuit tombant, exprimant ce visage double qu'avait la nature de ce monde suivant que l'on était la nuit ou le jour. Il sourit à Tsu'tey qui l'observait l'air fier de lui encore une fois :



- Un autre de tes endroits secrets ? s'amusa-t-il.



L'Olo'eytkan lui rendit l'expression, venant prendre sa main avec douceur pour l'entraîner dans un tunnel de plantes tout juste assez grand pour eux. Eywani le suivit avec joie, se rapprochant de lui pour poser sa seconde main sur la sienne, heureux d'être là avec lui, la paix revenue sur leur monde avec un bel avenir. Ils avancèrent un petit moment pour déboucher sur un espace plus ouvert par un grand bassin et la cascade qui y tombait. Une herbe mêlée de mousse entouraient le plan d'eau, quelques plantes fruitières et fleurs se trouvant parmi le reste tout autour, le tout couvert d'un toit fait d'arbres et de lianes en tout genre. Tsu'tey l'incita à venir s'asseoir dans l'herbe avec lui et il se laissa faire avec joie. Ils prirent d'abord un moment de repos après cette après-midi de vol, buvant, mangeant un peu dans un silence serein.



Eywani glissa ensuite dans l'eau, nageant un peu avant de se retourner et d'envoyer un regard joueur à sa moitié, l'éclaboussant d'un grand geste. L'Olo'eyktan rit un peu avant de se relever pour se jeter à l'eau, lui rendant l'attaque au passage. Ce fut derrière Eywani qu'il refit surface, lui tirant un petit cri de surprise joyeux. Il enroula ses bras autour de sa taille, le ramenant fermement contre lui, le faisant rire plus encore. Sa prise se calma rapidement, posant ses mains sur les siennes sur son ventre, s'appuyant complètement contre lui dans l'eau, soupirant de bien-être. Tsu'tey plongea le visage dans son cou, respirant son odeur, embrassant furtivement sa peau et Eywani pencha la tête, fermant les yeux. Il continua tranquillement, appuyant un peu plus ses baisers en nageant à reculons. Son dos toucha finalement le bord et il s'assit dans l'eau, plaquant Eywani à son corps, l'installant sur ses genoux. Celui-ci se laissa faire, se blottissant contre lui, caressant ses mains des siennes et se laissant volontiers aller à ses bras.



Bien installé, Tsu'tey continua à parcourir sa peau de ses lèvres, appréciant son total apaisement, ses soupirs de bien-être et de plaisir, ses petits frissons sous ses attentions. Après tout ce qu'Eywani avait subi, il était bien décidé à lui faire goûter au meilleur de la vie ici et à prendre soin de lui. Il dériva progressivement, venant écarter son tswin d'une main délicate pour accéder à sa nuque. Il vint l'embrasser, obtenant un gémissement délicieux en réponse. Eywani ne le savait probablement pas, encore relativement ignorant sur les gestes intimes des Na'vi dont-il n'osait pas trop parler, mais cet endroit était particulièrement sensible chez eux. Là, juste sous l'implantation du tswin, la peau était très sensible et délicate, particulièrement innervée, réceptive aux émotions et intentions de ceux qui là touchaient. Elle était normalement réservée aux parents pour rassurer, réconforter et apporter de la tendresse aux petits enfants ou aux compagnons, prenant alors une dimension bien plus sensuelle. Il avait d'ailleurs bien l'intention de lui faire ressentir cela. Il continua à embrasser de plus en plus franchement cette zone, obtenant toujours plus de réponses délectables. Eywani n'était de toute évidence pas contre, se collant davantage à lui, penchant la tête pour le laisser continuer, totalement détendu. Il vint alors mordiller tendrement sa nuque et il sentit nettement le long frisson de son partenaire gémissant de plaisir.



Il fut pourtant forcé de cesser lorsque Eywani bougea doucement. Il desserra son étreinte pour le laisser faire ce qu'il voulait, curieux. Il le regarda se retourner, souriant lorsqu'il vint s'installer à califourchon sur ses cuisses. Il l'entoura de nouveau de ses bras en plongeant son regard dans le sien, le ramenant tout contre lui. Ils se regardèrent un instant, tout deux admirant l'expression heureuse et apaisée de l'autre. Eywani vint déposer délicatement ses mains sur les joues de Tsu'tey, savourant véritablement toute la tendresse et l'amour qui faisaient briller ses iris d'or. C'était la plus belle chose qu'il avait jamais vu et ça n'appartenait qu'à lui, exclusivement à lui. C'était certainement la première fois qu'il avait une telle chose. C'était tellement beau. Cela faisait battre son cœur plus vite, l'emplissait d'une douce chaleur, le rendait plus sensible que jamais au contact de sa moitié, lui donnait envie de se droguer de sa présence. Cela le faisait se sentir en vie et aimé, indispensable à quelqu'un, chéri comme personne d'autre ne pouvait le chérir.



Il se pencha lentement vers l'Olo'eytkan, respirant par la bouche, ne le quittant pas des yeux, prenant le temps de sentir son odeur. Il sentit une main venir caresser ses reins dans l'eau et bientôt, leurs nez s'effleuraient, se caressant légèrement. Leurs souffles se mêlèrent, leurs paupières se fermant un peu alors qu'inconsciemment, ils se collaient l'un à l'autre, ivres de contact et de chaleur. Ce fut au même moment qu'ils cédèrent, la tendresse faisant place à la passion lorsqu'ils se jetèrent avidement sur les lèvres de l'autre, échangeant un baiser fougueux. Eywani enroula ses bras autour du cou de son aimé, se collant autant qu'il pouvait contre lui, deux bras forts l'aidant avec plaisir à le faire. Ils s'embrassèrent comme si le monde était en train de s'écrouler, comme si c'était la dernière fois, y mettant absolument tout ce qu'ils avaient l'un pour l'autre dans ce geste. Eywani sentit une larme couler de ses yeux clos, une larme de bonheur complet comme jamais il n'en n'avait eu.



Lorsqu'ils se séparèrent, ce fut pour coller leurs fronts l'un contre l'autre, souriant largement. Ils ne purent pourtant résister longtemps avant de plonger dans un autre baiser, puis un autre et encore un autre, ne s'éloignant jamais beaucoup, respirant l'odeur de l'autre, frottant leur peau contre celle de l’autre. Leurs lèvres se trouvèrent encore et encore jusqu'à s'apaiser et ils s'observèrent, un instant, enfermés dans leur cocon d'intimité et de bien être. En osmose complète, ce fut dans un même mouvement qu'ils bougèrent de nouveau pour aller chercher délicatement la tresse de l'autre. Ils se sourirent largement à cette synchronisation parfaite, continuant, savourant, sentant leurs cœurs s'accélérer dans l'anticipation de cet instant. Ils s'étaient retenus jusque là, le temps de s'occuper de leur peuple, de reprendre des forces et de ramener le calme. Mais c'était fait maintenant et ils pouvaient penser à eux en toute quiétude. Bientôt, ils tenaient chacun le bout du tswin de l'autre, le relevant pour en faire tomber les cheveux et laisser paraître ces petits filaments rosés ondulant lentement.



Et puis brusquement, la peur prit Eywani. Il savait que si Eywa refusait leur union, que Tsaheylu ne fonctionnait pas, qu'il ne se passait rien, ils ne pourraient être ensemble et cette idée même lui brisait le cœur. Pendant une seconde, il envisagea de ne pas le faire, de garder simplement cette belle relation avec Tsu'tey sans risque de le perdre. C'était irrationnel, ils ne seraient jamais un vrai couple ainsi, pourtant, cela semblait mieux que prendre le risque de le perdre. Une paire de lèvres douces vint se perdre dans son cou, le détendant un peu et le ramenant auprès de sa moitié dont la bouche atteignait son oreille, un bras solide le tenant contre lui :



- Tu n'as rien à craindre, lui murmura-t-il. Je suis avec toi maintenant et à jamais. Je t'aime Eywani, de tout mon être.



Il se tourna légèrement pour venir déposer ses lèvres sur les siennes, la gorge serrée d'émotion devant cette déclaration, une larme roulant sur sa joue. Il ferma les yeux, se blottit contre lui et ce furent ensemble qu'ils joignirent leurs tresses l'une à l'autre. Elles se mêlèrent comme s'étreignant sensuellement, formant bientôt ce lien physique entre eux. Seulement, cela passa bien vite en arrière plan alors qu'une puissante sensation de plaisir les embrassaient, leur tirant gémissement et grognement de plaisir. Eywani se détendit immédiatement. Il n'était plus seul et il ne le serait plus jamais. Il sentit son âme et sa magie reprendre vie brusquement sans avoir eu conscience de leur affaiblissement jusque là. Le brasier qu'était Tsu'tey l'enflamma d'énergie et de sensations comme jamais il ne l'avait ressenti. Il frissonna brutalement, chaque fibre de son corps s'éveillant furieusement, le tirant vers son partenaire. C'était... au delà de tout les liens qu'il avait jamais connu. Il sentait Tsu'tey, comme s'ils ne formaient plus qu'un tout en étant deux. Leurs respirations se synchronisèrent, comme le battement de leurs cœurs frénétiques, comme la course de leur sang dans leurs veines et comme leurs sentiments et leurs pensées explosant en un tourbillon d'amour, de tendresse, de passion, de désir et de chaleur, de bonheur.



Leurs souvenirs des bons moments passés ensembles défilèrent soudain dans leurs têtes jusqu'à revenir à cet instant et Eywani sentit sa magie pétiller et chanter, s'animer d'une joie qu'elle n'avait jamais exprimé. Il avait trouvé sa moitié et son pouvoir montait en puissance avec cela. Il coula d'ailleurs dans leur lien, se propageant à Tsu'tey qui resserra son étreinte autour de lui avec force et possessivité, soupirant de plaisir. Elle partit à la découverte de son compagnon, caressant son esprit et son âme avec amour et extase jusqu'à l'imprégner totalement, le marquant comme sien, lui transmettant sa force. Tsu'tey fut alors pris d'un tremblement délicieux, savourant lui aussi cette sensation incroyable, ce pouvoir qui s'était ajouté à Tsaheylu. Il savait ce que c'était. C'était la magie d'Eywani. C'était splendide, tellement magnifique. Elle était tellement belle et forte, incroyable et puissante, aussi brillante et belle que son propriétaire, chaude et douce mais aussi féroce et sauvage. Elle l'englobait de protection et de tout l'amour que son compagnon avait pour lui. Il sentait son corps, son esprit plus vaste et puissant que tout ce qu'il avait jamais perçu. Eywani était incroyable et il le réalisait plus encore à cet instant.



Ils rouvrirent les yeux lentement, se regardant avec de larges sourires avant de relâcher leurs tresses restant liées pour se jeter littéralement l'un sur l'autre avec une passion brûlante et vive, l'envie prenante et irrépressible. Cette nuit là ne fut que plaisir, passion et amour pour eux. Ne pensant à rien d'autre qu'à leur bonheur présent, qu'à leur union réussie. Lorsqu'ils s'endormirent sur la berge, Eywani caché dans les bras de Tsu'tey, leurs tswin toujours unis l'un à l'autre, ce fut dans un rêve commun jonché de visions d'un avenir ensemble radieux et heureux qu'ils plongèrent, la vision de leur avenir envoyé par Eywa.



Ce fut ensemble qu'ils ouvrirent les yeux le lendemain, le soleil perçant par quelques traits le toit de végétation de leur refuge. Eywani soupira de bonheur et de bien-être, venant se loger un peu plus près contre le torse de son compagnon dont les bras le tenaient. Leurs jambes étaient mêlés, leurs queues enroulés l'une autour de l'autre, leur lien encore en place, leur transmettant l'amour et la joie de l'autre. Ils se réveillèrent doucement, échangeant quelques caresses et quelques baiser doux, savourant cette aube d'une nouvelle vie pour eux. Ils prirent leur temps pour manger ensemble, pour se laver, tresser proprement leurs cheveux. Lorsqu'ils retournèrent vers le clan, l'évolution entre eux ne fut un secret pour personne à la vue de leurs sourires, de leur proximité, de leurs mains liées. Ils en firent pourtant l'annonce officielle ce jour là et contrairement à celle de Jake et Neytiri, leur union fut accueillie avec une très grande joie. Tous savaient bien depuis longtemps qu'ils étaient très proches et même avant l'engagement de Neytiri avec Jake, certains se disaient déjà qu'ils étaient fais pour être ensemble. Ce sentiment s'était renforcé après l'accouplement de la fille d'Eytukan, d'autant plus avec tout ce qu'ils s'étaient passés. Tsu'tey et Eywani s'étaient fait fusionnels et ensemble, ils avaient su parfaitement soutenir le clan, les préserver, les apaiser. Tout furent heureux pour leur Olo'eyktan, pour leur Toruk Makto si précieux, se réjouissant aussi d'avoir un couple dirigeant aussi fort. Ils étaient tout deux de très bons chefs, ils l'avaient prouvé à maintes reprises. Cet événement termina d'ailleurs de rassurer tout le monde, l'avenir s'éclairant de nouveau et ce fut par les mots d'une Mo'at très émue que cela fut dis.



Les jours qui suivirent furent consacrés à la tribu, encore et toujours. Retrouver une vie plus ordinaire demanderait un peu de temps et on continuait à s’apaiser. Eywani mettait toute son énergie dans les soins aux blessés, qu’ils soient Na’vi ou animaux. Et il ne soignait pas que les corps, s’attelant aussi à soigner les cœurs. Nombreux étaient ceux qui avaient perdu un être cher, un compagnon, une compagne, un enfant, un père, une mère… De nombreuses familles étaient endeuillées et il tentait d’être là pour consoler et apaiser autant qu’il le faudrait. Tous se soutenaient les uns les autres mais les âmes pleuraient et cela ne faisait que lui rappeler la perte des Aïais. Il s’efforçait donc d’être là, ne comprenant que trop bien ce que tous ressentaient. Il se chargeait aussi des soins les plus difficiles, sa magie nécessaires pour bien des blessés. Il ne pouvait les soigner en une fois, le nombre de blessé le forçant à répartir ses forces. Longtemps, il s’acharna pour sauver tout le monde et tous lui en furent extrêmement reconnaissant. Pendant cette période, on vit Eywani s’affaiblir progressivement dans ses efforts pour les guérir et ce fut épuisé qu’il termina finalement. Mais tous furent hors de danger à la grande joie du clan. S’il avait été impossible de le faire ralentir tant que tous ne furent pas saufs, Tsu’tey parvint enfin à obtenir qu’il se repose une fois cela fait. Ce fut alors au tour du clan de veiller sur lui.



Les jours passèrent et avec eux, la vie du clan reprit tranquillement. Tsu’tey avait pris très naturellement le rôle de chef, comme cela avait toujours été prévu et si son compagnon n’était pas celle qui avait été décidé de longue date, tous en étaient ravis. Le nouvel Olo’eyktan avait le soutient de tous, Mo’at l’assistant toujours en tant que Tsahik. Une fois tous soignés et apaisés, les besoins primaires du clan assurés, on avait donné lieu à une cérémonie particulière, une cérémonie pour permettre à Jake de rejoindre définitivement son corps Na’vi. Mo’at avait mené la manœuvre, Eywani encore au repos y assistant avec les autres. Via l’arbre des âmes, il passa d’un corps à l’autre, devenant finalement l’un des leurs. L’opération réussie sous la volonté d’Eywa, Tsu’tey avait accepté qu’il entre vraiment dans le clan. S’il avait commis des erreurs, il avait aussi passé toutes les épreuves et avait démontré sa bonne foi, sa volonté de faire parti des leurs. Si tous n’étaient pas forcément entièrement convaincus, il put intégrer la tribu au côté de Neytiri. Grace aussi avait eu sa place dans le clan, sa position et sa relation avec eux déjà bien plus assurée que celle de Jake. Cela ne l’empêchait pas de retourner à Hell’s Gate et de continuer à travailler avec les humains qui avaient été autorisé à rester là. Eux aussi tentaient tant bien que mal de remettre un peu de normalité dans leur vie et de s’organiser à nouveau.



Puis, lorsque tous avaient été assez en forme pour ça, on était retourné à l’Arbre Maison qui avait été abattu, en parti calciné. Ce fut un moment de tristesse intense autant devant l’état de ce qui avait été la maison du clan durant des millénaires que devant le nombre de morts qu’ils y avaient eu ici lors de sa chute. On était revenu pour honorer les disparus, pour chanter pour eux et pour leur maison détruite pour ce passé désormais révolu. Mo’at et Eywani avaient mené les chants ensembles pour dire au revoir et pour pleurer encore un peu, recommander ces âmes à Eywa.



Cela fait, le temps du repos se poursuivit, le choc mettant du temps pour retomber. Et ce fut seulement alors que l’on put commencer à penser à autre chose, à reprendre une vie normale. Ce jour là, Eywani était assis contre l’arbre des âmes, méditant les yeux clos, son tswin relié à l’arbre dont les graines l’entouraient. Tout était tranquille, calme et il savait que lorsqu’il faisait cela, la tribu le laissait en paix. Ils savaient qu’il était avec Eywa à ce moment, avec toutes les âmes des Na’vi mais personne ne lui demandait jamais ce qu’il faisait alors. S’il s’attelait à apaiser la tribu, Eywani s’efforçait aussi d’apaiser Eywa. Il était probablement le seul à ce rendre compte du point auquel leur Mère avait été meurtri par tout ce qu’il s’était passé. Eywa n’était pas étrangère à la violence, il y avait déjà eu des guerre sur Pandora. Seulement, rien de tel ne s’était jamais produit, Ceux-Venant-Du-Ciel totalement inconnus à son esprit, à sa manière de voir les choses. Elle était choquée elle aussi et elle avait peur. Elle pleurait et Eywani s’efforçait de la consoler.



Lorsqu’il la quitta, déconnectant ses vrilles neurales avec délicatesse, il reporta son regard sur celle qui l’observait depuis un moment. Elle attendait patiemment plus loin, respectueuse et il lui sourit en relevant le regard vers elle. Il lui fit signe d’approcher et elle s’exécuta. Arrivant devant lui, elle lui offrit le geste de salutation des Na’vi avec respect, s’inclinant légèrement :



- Toruk Makto, fit-elle.



- Grace Augustine, rendit-il avec un léger sourire.



Il l’invita à s’asseoir près de lui et elle prit place, se détendant sous son regard doux.



- Je n’ai pas encore eu l’occasion de vous remercier vraiment pour m’avoir sauvé la vie, remarqua-t-elle.



- Eywa vous a sauvé la vie. Je n’ai fait que vous guider sur le chemin, répondit-il.



- Un chemin que je n’aurai peut-être pas trouvé sans vous. Alors merci, dit-elle avec un signe de tête.



- Vous le méritez. Vous, vous nous aimez nous et ce monde. Vous méritez que nos portes vous soient ouvertes même si vous avez encore beaucoup à apprendre.



Elle lui sourit l’air touchée, se demandant comment il pouvait la juger ainsi alors qu’ils ne s’étaient jamais vraiment parlé. Mais elle savait, elle savait que Eywani avait une place très particulière au sein de la tribu et surtout auprès d’Eywa. Mo’at elle même lui avait dit qu’il était plus proche de leur mère que n’importe qui et elle n’avait aucun mal à le croire après tout ce qu’elle avait vu.



- Que lui dîtes vous ? demanda-t-elle après un instant de silence. À Eywa ? Vous lui parlez n’est-ce pas ?



- Eywa et moi sommes toujours en contact. L’Arbre des Âmes me permets seulement d’être encore plus puissamment auprès d’elle. Quant à ce que je lui dis et bien… Elle est notre Mère à tous et ce terme n’est pas utilisé pour rien. Il est vrai dans tout les sens du terme, avec tout ce qu’il implique. Peut-être aurez vous l’occasion d’être mère, sourit-il. Je l’espère pour vous si vous aimeriez cela. Mais je prie pour que jamais aucune mère n’ait plus à subir cela : la perte d’un enfant. De nombreux enfants dans le cas d’Eywa. Bien sûr, ils sont tous auprès d’elle maintenant mais la blessure infligée à ce monde, à leurs âmes, au grand équilibre, à tout ce qui est ici… est béante. Notre peuple n’est pas le seul à avoir besoin de consolation et de soutient, dit-il doucement.



Elle lui sourit tristement, semblant comprendre. Il y eut un instant de silence entre eux avant qu’elle ne reprenne l’air curieuse :



- Comment faîte vous tout ce que vous avez fait ? demanda-t-elle. Vous m’avez soulagé de la douleur lorsque j’étais blessé, vous m’avez accompagné auprès d’Eywa. J’ai vu ce qu’il s’est passé lors de la bataille, je vous ai vu soigner les autres avec vos mains lumineuses… Comment faîte vous ? Je n’avais jamais vu cela.



Il réfléchit au meilleur moyen de lui répondre, sachant que la tribu n’avait strictement rien dit sur lui à Grace, Jake ou aux autres, attendant qu’il le fasse lui même ou les autorise à le faire. Et il n’était pas encore prêt à leur dire mais il pouvait lui expliquer sans mentir et sans tout lui révéler.



- J’ai reçu un don, un cadeau incroyable de ma Mère. Je suis unique pour cela et j’ai passé ma vie entière à chérir et à développer ce don. Il me permet de comprendre et de voir le monde comme personne, de le sentir, d’échanger avec lui et de saisir la nature des choses. Profondément. Vous avez déjà entre aperçu à quel point le réseau d’énergie est puissant. L’énergie relie tout et influe sur tout. Chaque mouvement, chaque parole chaque battement de cœur, chaque action, chaque chose que l’on fait est une forme d’énergie. Même lorsque vous utilisez un objet, des plantes, des choses… c’est votre énergie qui permet d’agir. Pour vous dire cela simplement : je sens l’énergie et le lien entre tout comme vous voyez vos mains devant vous. Et grâce à cela, je peux influer dessus pour agir et obtenir ce que ma volonté désire. C’est probablement difficile à comprendre pour un esprit comme le vôtre.



- En effet, s’amusa-t-elle sans se vexer. Mais je réalise, depuis que je me suis retrouvé face à Eywa, que j’ignore encore tout et que tout ce que je sais peut-être remis en question.



- Oui mais ça ne veut pas dire que ce que vous savez est faux. Je dirai plutôt que c’est incomplet, superficiel. Les Humains ne voient les choses et la vie que par ce qu’ils peuvent voir, mesurer calculer, toucher, maîtriser… Mais un coup d’œil autour de nous suffit à voir que tout n’est pas tangible, que tout n’est pas mesurable, qu’on ne peut pas tout toucher et qu’on ne peut pas tout maîtriser. Si vous ne prenez en compte que la moitié qui vous convient, alors votre vision et votre savoir resteront erronés. Voyez ce monde comme un être unique fait de milliard et de milliard de cellule, Eywa serait l’âme. Nous sommes les cellules comme chaque être, chaque plante, chaque pierre. Tous semblables, tous reliés entre eux mais tous différents avec un rôle et une raison d’être différents. Un être avec une partie vivante et une partie inerte, comme tout corps vivant. Un être avec son énergie circulant dans tout son organisme, communiquant avec chaque cellule. Et enfin, un esprit qui régente tout, Eywa. Chacun d’entre nous fait partie d’elle et elle est nous. Vous savez maintenant qu’elle existe mais cela aurait pu être évident pour vous si vous cessiez de voir les choses à votre échelle et seulement à image humaine. La nature n’est pas si difficile à comprendre. Elle est complexe dans son fonctionnement mais elle même n’est pas si difficile à comprendre. Vous savez déjà comment bien des êtres fonctionnent, biologiquement. Ce qu’il vous faut admettre c’est que vous en tant qu’individu, n’êtes pas un élément unique est indépendant mais que vous faîtes parti d’un organisme bien plus grand. Un organisme que vous ne pouvez pas ignorer. L’erreur de votre peuple est de croire qu’il est au sommet, maître de tout, que tout lui revient, qu’il est le plus intelligent, le plus savant… sans accepter de voir que son existence ne vaut pas plus que tout ce qui est et qu’il n’est pas dans son rôle de décider de la marche des choses. Les êtres conscients ne sont pas aptes à ça parce qu’ils ne sont pas l’âme de cet organisme auquel ils appartiennent.



Grace l’observa l’air un peu fasciné, bien plus ouverte que dans le passé après son expérience avec Eywa.



- Vous connaissez les principes Grace Augustine et vous êtes apte à comprendre. Je pense sincèrement que vous pouvez comprendre Eywa même mieux que certains Na’vi parce que vous êtes curieuse, que vous ne vous contentez pas de ce qu’on vous dit et de ce qu’on vous apprend. Vous cherchez, vous étudiez, vous voulez apprendre par les autres ou par vous même. Mais si vous voulez véritablement apprendre, ne vous fermez pas à une partie du monde parce que vous ne pouvez le voir, le comprendre ou prouver son existence. Il y a bien des choses dans l’évolution de votre peuple qui ont dû paraître inconcevables un jour pour être mise en évidence et prouvées plus tard, lorsque la sagesse et le savoir grandissent. Vous le savez alors ne faîte pas l’erreur de retomber dans ce piège parce que vous avez peur de ne pas pouvoir comprendre, de ne pas pouvoir maîtriser. Cela ne changera rien autour de vous mais ça vous pousse à l’erreur.



- Je comprend, sourit-elle. Merci Eywani. Je sais que c’est beaucoup demander mais accepteriez vous de m’apprendre ?



- Que souhaitez vous apprendre ? demanda-t-il avec douceur.



- Ce n’est pas ce que je souhaite apprendre, c’est ce que j’ai besoin d’apprendre, dit-elle. Et je crois que vous le savez.



- Bonne réponse, sourit-il avec satisfaction. Je vous apprendrai mais pas tout de suite. Pour le moment, nous avons tous encore besoin de repos est de calme. Je viendrai vous chercher lorsqu’il sera temps.



- Merci, répondit-elle avec gratitude et respect. Et… je voulais aussi vous dire que j’étais désolé, fit-elle avec tristesse et culpabilité.



- Pourquoi ?



- Pour la perte de votre famille, dit-elle en le surprenant. Mo’at m’a dit, après que je vous ai vu la première fois au village, que les humains étaient responsables de leur mort. Je suis désolé.



- Je vous remercie. Mais vous n’y êtes pour rien. Ou en tout cas, je l’espère. Et même si vous deviez avoir une part de responsabilité dans le malheur qui a été le miens, l’âme que j’ai devant moi aujourd’hui mérite une chance de se rattraper. Alors ne vous en faîte pas pour cela. Je vous l’ai dit : Pour moi, vous faîte partie des nôtres. De tout Ceux-qui-viennent-du-ciel, vous êtes la seule à mes yeux à avoir une place incontestable parmi nous. Parce que vous nous aimez sincèrement, que vous avez tout fait à votre échelle pour nous défendre et nous protéger, parce que même si certaines choses allaient contre ceux en quoi vous croyez, vous avez chercher à comprendre et à accepter. Vous faîtes partie du peuple Grace et en conséquence, tout ce qui fut autrefois est pardonné.



Elle eut l’air infiniment touchée par son discours, les larmes aux yeux et elle le remercia d’un signe de tête. Elle resta encore un peu avec lui dans un silence serein, se relevant lorsqu’elle vit l’Olo’eyktan descendre dans la petite vallée. Elle qui avait toujours cru qu’elle verrait Tsu’tey et Neytiri ensemble commençait à se dire que ce n’était pas une mauvaise chose que Jake soit venu tout bouleverser. Tsu’tey et Eywani formaient une paire incroyable. L’ancien chasseur avait tellement changé depuis le moment où elle supposait que Eywani était revenu au village. Il était plus fort, plus assuré, moins impulsif, plus sage, plus serein. Il faisait un chef incroyable et un compagnon encore plus extraordinaire. Lorsqu’il était avec Eywani, il était évident pour tous que le Na’vi vert était la plus grande merveille du monde à ses yeux et celui-ci lui rendait bien.



Elle se leva donc pour s’en aller à son approche, le saluant respectueusement lorsqu’ils se croisèrent. Tsu’tey lui rendit, poursuivant son chemin pour rejoindre son compagnon qui lui souriait. Il vint s’accroupir près de lui, se penchant sur lui pour venir accoler sa joue à la sienne. Chacun respira l’odeur de l’autre, leurs peaux glissant l’une contre l’autre en un geste tendre. Ils se câlinèrent ainsi un moment, leurs mains se trouvant vite avant que Tsu’tey ne vienne poser son front contre le sien en un geste qui apaisait toujours sa moitié :



- Vient te reposer avec moi amour, demanda-t-il doucement. Tu en as assez fait pour aujourd’hui. Allons manger et dormir un peu.



Eywani approuva, laissant toujours Tsu’tey l’emmener. Il peinait encore à réaliser sa chance de l’avoir. Déjà sur Terre il n’avait jamais trop espéré trouver l’amour, un espoir anéantis lorsqu’il avait perdu son peuple, persuadé qu’il ne trouverait jamais personne. Puis il était arrivé ici et lorsque le sujet du compagnon était arrivé dans les discussions, il s’était dit qu’il ne pourrait pas trouver sa moitié parmi les Na’vi, que cela était fini pour lui. Mais il était quand même tombé amoureux de Tsu’tey au fil du temps. Le chasseur était pourtant resté inaccessible, promit à Neytiri, le désespérant. Malgré tout, le destin avait décidé de jouer en sa faveur et aujourd’hui, il avait son compagnon, celui qu’il aimait de toute son âme et qui l’aimait en retour. Jamais il n’avait été chéri comme Tsu’tey le chérissait et il savait que sa famille, sa maison était d’abord et avant tout auprès de lui maintenant. Cela le ravissait. Ils se levèrent, Tsu’tey l’aidant, entrelaçant leurs doigts pour l’emmener avec lui. Ils rejoignirent les autres pour aller manger dans la bonne humeur avant d’aller se trouver un coin tranquille pour se reposer, se lovant contre un tronc au bord de l’eau. Après tout ce qu’il s’était passé et tout l’investissement qu’ils avaient tout deux mis à soutenir leur peuple, ils avaient besoin de repos et ils se permettaient enfin de le prendre avec le calme revenant.



Ce fut peu temps après que Eywani retourna à l’Arbre des Voix détruit quelques temps avant la bataille. Il y retourna avec Tsu’tey, Mo’at, les chasseurs et quelques autres, tous dévastés de voir ce lieu sacré en ruine. Eywani leur avait souris, réconfortant et rassurant. Puis il était allé s’asseoir au centre et s’était mis à briller de sa lumière, comme lorsqu’il méditait. Rapidement, on avait vu les plantes se mettre à pousser autour de lui et un nouvel Arbre des Voix avait vu le jour, encore plus beau et majestueux que par le passé. Il avait grandi à vu d’œil, auréolé de l’énergie d’Eywani. Il lui avait fallu deux jours plein d’effort constant pour restaurer l’endroit, émerveillant ceux qui étaient venus avec lui et qui assistèrent avec émotion à la renaissance de ce sanctuaire. Puis Eywani avait terminé et s’était effondré, à bout de force. On l’avait alors ramené au sein du clan, tous un peu paniqués de voir leur Olo’eyktan revenir avec sa moitié inconsciente dans ses bras. On les avait pourtant rassuré, expliquant qu’il avait juste besoin de repos. Mo’at s’était chargé d’annoncer que Eywani avait guéri l’Arbre des Voix. On avait fêté l’évènement ce soir là et si ceux venant de la Terre avaient demandé comment Eywani avait pu guérir l’arbre, on leur avait simplement répondu que Eywani était béni par Eywa.



Après cela, Eywani avait pris un moment pour venir à l’Arbre des Voix seul avec Neytiri. Il était venu avec elle pour rendre hommage à Eytukan et discuter. Humblement, Neytiri s’était excusée pour s’être dressée contre lui et pour avoir remis en doute ses intentions à son égard. Bien sûr, il lui avait pardonné à elle qui était plus une sœur que n’importe qui d’autre dans la tribu pour lui. Il lui avait pardonné et réassuré que jamais il ne voudrait lui faire de mal ou faire quelque chose en sa défaveur. Il lui promit que toujours il lui parlerai honnêtement et qu’il ne ferait rien pour lui nuire. Elle lui avait rendu avec émotion, promettant de l’écouter désormais et d’être à ses côtés comme sa sœur, le touchant beaucoup. Solennellement, Eywani lui avait donné l’arc d’Eytukan, comme un symbole et une promesse de ne plus se battre ainsi et de veiller ensemble sur leur peuple. Elle voulut refuser, arguant que c’était à lui qu’il l’avait donné mais il insista, s’amusant du fait qu’il n’était pas chasseur, qu’il ne chassait jamais, ne tuait jamais et ne le faisait que lorsque la guerre était nécessaire. Il lui avait demandé de le prendre parce qu’il ne lui servirait à rien et qu’il ne voulait pas qu’il ait à lui servir à nouveau. Elle avait compris et elle l’avait pris, très émue, jurant de ne pas le décevoir.



Le soucis suivant pour Eywani avait été de trouver une nouvelle maison sûre pour la tribu. Il était temps de penser à se réinstaller véritablement mais il savait aussi qu’on ne pouvait s’octroyer un Kelutral, un Arbre Maison, comme on le voulait. Les arbres géants étaient présents un peu partout, très respectés par les Na’vi. Ceux assez grands pour y vivre étaient déjà occupés par d’autres clans et on ne pouvait pas s’installer n’importe où près des autres tribu, chacun ayant son territoire. Trouver un arbre assez grand pour les Omaticaya sur leurs terres et en faire leur nouvelle maison n’était pas aussi simple qu’on aurait pu le croire, ce choix délicat. Un choix qui devait être fait par les Anciens du clan avec Tsahik et Olo’eyktan. On se mit à en discuter mais aucune solution ne convenait. Tsu’tey avait fait part des discussions à son compagnon et celui-ci avait demandé la permission d’assister à une de leur réunion pour proposer quelque chose. On l’avait autorisé à venir sans la moindre hésitation et c’était pour cela qu’il était là ce jour là, avec eux.



- Je suis allé voler au milieu de nos montagnes, commença-t-il, et j’ai trouvé un jeune kelutral. Il est encore petit mais je pourrais me servir de ma magie pour le faire grandir jusqu’à ce qu’il soit assez grand pour nous tous. Je pense qu’il est bien placé et je crois que ce lieu serait sûr pour notre peuple. J’honorerai l’arbre de toutes mes forces et je respecterai la volonté d’Eywa pour le faire grandir. Je lui donnerai des forces et Eywa décidera de la forme qu’il prendra, de ce qu’il deviendra comme elle l’aurait fait normalement. Je vais juste échanger son temps de croissance contre ma magie.



- Peux-tu vraiment faire cela ? demanda un ancien.



- Oui. Cela prendra du temps, certainement plusieurs semaines ou plusieurs mois. Je ne peux pas le dire exactement. Mais je peux le faire. Il est très bien situé. La rivière passe tout près, nous serons en sécurité dans les montagnes et il trône sur un gisement de minerai comme notre ancienne maison. Cela lui donnera ce qu’il lui faut pour être fort. Je crois que notre peuple y sera bien. Il y a tout ce qu’il faut et il est à distance acceptable des autres clans et de l’Arbre des Âmes.



- Mais cela ne risque-t-il pas de t’épuiser mon enfant ? s’inquiéta Mo’at.



- Je serais fatigué et je ne pourrais rien faire d’autre pendant que je m’occupe du kelutral mais ce n’est rien. Je veux mettre notre peuple en sécurité et lui redonner une maison forte.



Ils en discutèrent un moment, réfléchissant, lui demandant de situer l’endroit plus précisément. Et finalement, ils approuvèrent, convenant que l’endroit était approprié et respectueux pour les autres clans, qu’ainsi, ils n’auraient pas à s’approprier un autre kelutral. Ils étaient tellement long à pousser. Certains clan patientaient plusieurs générations en regardant l’un d’entre eux pousser au bon endroit pour ensuite aller y vivre. Il y en avait partout sur leur monde mais il ne suffisait pas d’en prendre un au hasard. La solution d’Eywani leur permettait de ne pas prendre un arbre que d’autres attendaient déjà depuis longtemps avec patience et respecterait l’espace de chacun tout en les mettant en sécurité. Et aucun d’entre eux ne doutait que Eywani ferait son œuvre dans un respect total pour Eywa. On accepta donc.



Le jour suivant, Eywani avait emmené les anciens, Tsahik et Olo’eyktan voir le jeune arbre à peine aussi grand que les autres espèces pour l’instant, terminant de confirmer le projet en leur faisant faire le tour de la zone. Puis il s’était mit à l’œuvre, souriant à son compagnon qu’il savait très inquiet pour lui. Mais il n’avait rien dit, comprenant son besoin de redonner une maison à leur peuple, son envie identique. Il n’avait donc pas protesté et le laissait faire. Il l’accompagna lorsqu’il alla s’asseoir contre le tronc du jeune arbre pour commencer son travail, souriant à ceux qui l’entouraient :



- Je ne sais pas combien de temps ça va prendre exactement mais je vais faire de mon mieux pour activer la chose. Une fois commencé, je vais devoir continuer sans m’arrêter vraiment. Je serais trop concentré pour faire autre chose et je devrai garder mon lien avec l’arbre sans arrêt. Si je stoppe, je ne pourrai pas reprendre avant longtemps. Ce serai un choc pour l’arbre et je risquerai de le tuer si je ne fais pas cela correctement. Mais je pourrai ralentir et reprendre conscience régulièrement pour dormir et manger. Je ne pourrai pas bouger de là cependant.



- Nous veillerons, lui assura Tsu’tey en s’accroupissant devant lui. Nous allons venir nous installer dans les parages en attendant et nous serons là pour veiller sur toi, t’apporter à manger, de l’eau et tout ce que tu voudras. Je serai là, assura-t-il. Tu n’as pas à t’inquiéter.



Eywani lui sourit et on les laissa seul quelques instants. Un moment d’intimité pour le couple qui échangea de tendres baisers et quelques caresses, Tsu’tey priant sa moitié de ne pas se surmener et de prendre le temps qu’il faudrait. Puis Eywani se mit à l’oeuvre, commençant pas créer une connexion neurale avec l’arbre avant de se mettre à briller de sa magie, fermant les yeux pour se concentrer sur son œuvre. Tsu’tey le laissa ensuite aux autres pour retourner vers la tribu et envoyer les chasseurs protéger son compagnon, le confiant en particulier à son petit frère, leur expliquant ce qu’il faisait. Il n’avait pas fallu longtemps au groupe de chasseur ami de longue date d’Eywani pour y aller et se mettre à veiller. Pendant ce temps là, Tsu’tey avait réuni la tribu pour expliquer ce que son compagnon avait entrepris, les stupéfiants. Puis il ordonna que l’on commence à préparer le déménagement pour aller s’installer sur le site auprès de lui. Il ne fallut pas le dire deux fois.



Déplacer tout le monde prit quelques jours mais très vite, un camps avait été installé. Et toujours, il y avait quelques personnes auprès d’Eywani qui restait assis contre l’arbre sans bouger les yeux clos, irradiant de sa lumière. Il ne remuait qu’à la tombée du jour. Sa lumière faiblissait alors de beaucoup mais jamais il ne détachait son tswin de l’arbre. On le voyait alors tanguer, épuisé et on lui donnait à manger et à boire avant de le pousser au repos, l’Olo’eyktan venant dormir avec lui, le cachant dans ses bras. Et cela continua ainsi. Les quelques instants de concentration et les quelques mots que Eywani parvenait à donner étaient pour son compagnon. Il fut clair qu’il n’avait pas d’attention pour quoi que ce soit d’autre mais compte tenu du miracle qu’il était en train de faire, ce n’était pas surprenant.



De jour en jour, presque à vu d’œil, ils purent voir le kelutral grandir, s’étoffer, regorgeant de vie. Le tronc grandi, grossi et se creusa, commençant par créer une incroyable caverne là où se trouvait Eywani, évoluant autour de lui. Et pendant qu’il s’appliquait à leur donner une nouvelle maison, le clan fabriquait ce qui avait été perdu dans leur ancienne. Leurs outils, leurs métiers à tisser, leurs objets… On faisait tout pour pouvoir s’installer rapidement lorsque Eywani aurait terminé, appréhendant les environs. Ils se réorganisèrent dans la bonne humeur, admirant leur maison grandissant sous leurs yeux. Et souvent, on chantait autour d’Eywani pour l’accompagner, l’encourager, l’aider à leur niveau, remercier Eywa.



Ce fut avec effarement que Grace, Jake et les autres terriens qui pouvaient venir avaient assisté à cela, n’en croyant pas leurs yeux en observant Eywani faire grandir le kelutral, réalisant un peu plus à quel point il était particulier. Mais personne au sein de la tribu ne semblait surpris ou ne se posait de question là dessus. Non. Ils leur souriaient avec indulgence lorsqu’ils tentaient d’en savoir plus, disant que Eywani était unique et qu’il avait de grands dons qu’il avait toujours mis à leur service dans le respect des lois d’Eywa.



Il fallut des semaines à Eywani pour terminer mais lorsqu’il eut fini, le résultat fut grandiose. Leur nouvel Arbre Maison était encore plus grand et plus fort que l’ancien, magnifique, plein de vie. Sa structure avait changé, solide. De nombreuses autres plantes s’y étaient greffées, l’embellissant merveilleusement en plus d’être utile. C’était d’ailleurs tout autour de l’arbre que la nature avait pris de l’énergie, plus en santé et plus belle que n’importe où ailleurs, beaucoup de petits animaux fragiles venant s’y réfugier avec bonheur. Le kelutral avait tellement grandis qu’il atteignait quelques montagnes flottantes au milieu desquelles il trônait, s’y mêlant gracieusement. L’immense tronc avait grandi autour d’Eywani, créant une grande caverne de bois là où il s’était trouvé. Et à l’intérieur, de multiples plantes lumineuses s’étaient développées parmi les plus rares des environs. Des plantes et des fleurs, des champignons et des baies fragiles et délicats. L’endroit devin un sanctuaire sacré pour eux bien avant que Eywani ne termine, devenant le cœur de leur nouveau village, plein de symbole. Lorsqu’on y entrait, on ressentait la présence d’Eywani comme jamais. On se détendait, on se sentait protégé, aimé et on ne pouvait s’empêcher de sourire.



Ce fut lorsque Eywani détacha son tswin de l’arbre que l’on sut qu’il avait terminé. Il s’était alors endormis, épuisé et on l’avait mis au repos, veillant étroitement pendant que Tsu’tey gérait l’installation, tous se mettant au travail. Des jours durant on avait pris possession de l’arbre, chanté pour lui, donné lieux aux rites de rigueur par Mo’at et on avait fait la fête, tous immensément heureux de retrouver une si belle maison. Et pendant des jours, Eywani dormit, ne se réveillant vaguement que quelques instants de temps en temps, juste assez pour qu’on puisse le faire manger et boire. Il faisait cet effort quand Tsu’tey, Galraede, Ara’at, Mo’at ou Neytiri l’y incitaient, soucieux de faire en sorte qu’il s’alimente et boive pour rester en bonne santé et reprenne des forces. Ils veillaient sur lui et faisaient tout pour lui.



Ce jour là, Tsu’tey était avec son compagnon alors qu’il se réveillait à nouveau, reprenant de plus en plus conscience au fil du temps. Et lorsque Eywani lui avait demandé s’ils pouvaient aller se baigner, il avait approuvé sur le champs. Il savait que sa moitié aimait ça, l’entraînant souvent dans l’eau. Le milieu préféré d’Eywani était assurément l’air mais il les aimait tous. Il ne se lassait jamais de leur dire à quel point il les aimait, toujours immensément triste en disant comment il avait vu tout cela être détruit, pollué ou disparaître sur Terre, comment il avait cru ne jamais revoir tout ça. Il adorait les airs, il adorait les montagnes, il adorait la forêt, il adorait les rivières et les lacs, il adorait la terre… Il n’y avait rien qu’il n’aime pas et dont-il ne profitait pas régulièrement, chérissant tout. Tsu’tey l’avait souvent entendu parler de ce qu’il avait autrefois vu sur Terre et qu’il espérait revoir ici. S’il avait voyagé un peu et déjà rencontré plusieurs clans, Eywani n’était pas encore allé beaucoup plus loin que leur immense forêt et ses abords. Il n’avait vu que peu de leur monde et il espérait pouvoir en voir plus. Il voulait voir les grandes plaines, les déserts, les océans… Il espérait revoir des volcans, des neiges et des glaces. Il voulait voir plus de plantes, plus d’animaux, rencontrer plus de tribus. Tsu’tey lui avait dit qu’il pourrait voyager et aller voir cela.



Mais à cet instant, dans sa faiblesse, il ne pouvait pas profiter de tout. Il ne pouvait pas aller voler ou se promener en forêt et donc logiquement, il demandait l’eau. Son compagnon l’emmena avec joie, s’installant avec lui dans la rivière, dans un endroit calme. Ils avaient de l’eau jusqu’aux épaules, le courant les caressant agréablement et il espérait que le massage de l’eau ferait du bien à Eywani. Celui-ci soupira d’ailleurs de bien être, se blottissant contre lui en le remerciant. Eywani aimait la rivière et il leur avait bien assez expliqué comment elles avaient disparus progressivement sur Terre, celles restant empoisonnées, pour qu’ils comprennent à quel point c’était incroyable pour lui de tout retrouver. Il était toujours reconnaissant, encore plus plus qu’eux, lorsqu’il buvait un peu d’eau pur, qu’il pleuvait. Il en profitait comme il profitait du vent, du soleil, de la foudre même. Il chérissait ce monde plus qu’eux et on comprenait aisément pourquoi quand il avait tout vu mourir et disparaître dans son monde natal. Ils n’osaient imaginer à quel point il avait pu souffrir de voir le monde de sa Mère dépérir et s’éteindre ainsi. Eux savaient que ça les aurait détruis et Eywani avait été détruit. Avoir retrouvé un monde plein de vie l’avait ranimé et il avait bien montré à quel point il était décidé à le défendre.



- Merci Tsu’tey, bredouilla-t-il en frottant son nez dans son cou.



- Ce n’est rien, sourit-il en le regardant somnoler contre lui.



- Je t’aime, murmura-t-il en le ravissant.



- Moi aussi, tellement, répondit-il. Tu peux te reposer maintenant. Notre peuple est sain et sauf et grâce à toi, nous avons une nouvelle maison magnifique. Tout est fini maintenant, tu peux te reposer en paix.



- Tant que tu es là, c’est tout ce que je veux.



- Je ne te laisserai jamais, assura-t-il. Nous irons voler lorsque tu iras mieux, promit-il.



- J’ai hâte, sourit-il doucement.



Ils restèrent ainsi dans le calme, profitant du chant de la rivière et de la paix qui les entourait. Lorsque Eywani remua lourdement pour aller chercher la tresse neurale de son compagnon, celui-ci sourit largement, allant chercher la sienne pour répondre à sa demande silencieuse. Comme très souvent, ils firent Tsaheylu, s’unissant dans le lien, se serrant un peu plus l’un contre l’autre en le ressentant. Le geste très intime et spirituel, Eywani en était très demandeur. Tsu’tey avait bien compris pourquoi. Lui qui avait connu tant de liens avec les Aïais était très heureux de le retrouver avec lui même si Tsaheylu était différent. Il adorait ça et Tsu’tey savait, pour le ressentir lui même dans l’union, à quel point il chérissait leur lien. Il n’était pas rare pour eux de s’unir lorsqu’ils profitaient d’un moment tendre ainsi, plus proches que jamais. Et ce n’était que depuis qu’ils le faisaient que Tsu’tey pouvait réellement se rendre compte du point auquel il était aimé, du point auquel Eywani les aimait tous, aimait leur monde, savourait cette vie avec eux. Et Eywani quand à lui, ne pouvait que remercier sa Mère, Gaïa, d’avoir fait en sorte qu’il arrive jusque là malgré les épreuves, remercier Eywa de l’avoir accueilli à bras ouverts, se jurant de prendre soin d’elle, de ce monde, de sa tribu, des Na’vi en général, de tout ici et de ne pas laisser quoi que ce soit détruire ce paradis. Il était Aïais et il était Na’vi. Il était l’héritage de Gaïa et l’enfant adoptif d’Eywa. Il ferait tout pour leur faire honneur, défendre ses Mères et perpétuer tout ce qu’elles aimaient.



Fin de la première partie.



J’espère que cette histoire vous a plu et je vous remercie de l’avoir suivit. Elle n’est pas terminée pour autant. À l’heure où je termine ce chapitre, je n’ai pas encore vu Avatar 2. Je n’ai vu qu’une seule petite bande annonce et je m’efforce de ne pas en voir plus avant de pouvoir vraiment voir le film en entier et en profiter. J’ai adoré le 1 et je ne doute pas d’aimer le 2. La suite, j’y pense depuis que j’ai commencé à écrire cette fiction et j’ai envisagé beaucoup de choses différentes. Avatar 2 n’avait pas encore été annoncé alors. Mais maintenant qu’il est là, je vais bien entendu le prendre en compte pour écrire la suite. J’ai déjà beaucoup d’idées pour ça. J’avais imaginé autre chose que ce que j’ai vu dans la bande annonce pour la suite de James Cameron mais pour ce que j’en ai compris et déduis, ça colle quand même parfaitement avec ce que j’avais imaginé faire ensuite, l’esprit que je voulais donner. Alors j’aurais certainement des ajustements à faire et des choses à régler avant d’écrire la suite. Mais je m’y mettrai dés que j’aurai pu voir Avatar 2. Donc, pour répondre à tout ceux qui m’ont demandé s’il y aurait une suite : Oui ! J’y travaille déjà et j’espère qu’elle vous plaira. À bientôt !

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