Roi des dragons

Chapitre 16 : Conquêtes

8943 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 27/05/2026 17:29

Chapitre 16 :

Conquêtes






Il fut très difficile pour ceux qui avaient été au Conseil d’Elrond de comprendre ce à quoi ils avaient assisté, de comprendre ce que cela impliquait, et d’admettre que cela était bien vrai. Si bien que pas un n’y parvint. Glorfindel avait disparu depuis un moment avec Nefrea lorsque l’on bougea à nouveau. Aussitôt, Elrond prit le chemin de la chambre de l’istar, accompagné de Legolas et Galdor, interdisant à tout autre de s’approcher en vertu du fait qu’ils étaient loin d’être des amis de l’istar noir. Lorsqu’ils avaient retrouvé Glorfindel dans la chambre du mage, celui-ci était en train de terminer de le mettre à l’aise dans son lit, le couvrant avec soin. Asgaldan était sur le balcon, sa tête à l’intérieur de la pièce avancée au plus proche possible de Nefrea qu’il surveillait avec attention. Les trois autres dragons n’étaient pas loin, perchés tout autour aussi près que possible. Voyant Nefrea grelotter de froid, Glorfindel sortit une couverture de plus de l’une des armoires pour venir la déposer sur lui avec soin, s’asseyant ensuite à son chevet.



- Comment va-t-il ? questionna Elrond en s’approchant.



- Je ne saurais dire, répondit Glorfindel. Il a l’air totalement à bout de force et n’a aucune réaction, de la peine à respirer.



- Puis-je l’examiner pour tenter de l’aider ? demanda Elrond au dragon noir qui veillait.



- Allez-y mais faîte un geste de travers et vous goûterez à mes flammes, prévint-il dangereusement.



Ne se laissant guère impressionner, Elrond approuva, s’approchant un peu plus pour venir contrôler l’état de l’istar qui semblait en effet au bout de ses forces, tout en lui le criant.



- Il est très faible, constata-t-il à son tour. Mais j’ignore tout du fonctionnement du corps qui est le sien. Je ne sais comment l’aider. Nous pouvons peut-être essayer les vapeurs de plantes médicinales que nous avons pour l’aider à respirer et lui donner nos breuvages contre la douleur. Je ne sais pas si ça marchera mais ça ne lui fera pas de mal.



- Allez-y, autorisa Asgaldan. Faites ce que vous pouvez pour l’aider. Il n’y a que cela qui compte pour l’instant.



Approuvant, Elrond sortit un moment pour ordonner qu’on aille chercher ce dont-il avait besoin, revenant ensuite veiller sur Nefrea avec les trois autres, très inquiet pour lui. Très vite, on lui amena ce qu’il avait réclamé et il fit ce qu’il pouvait pour aider l’istar. Et tous furent heureux de le voir s’apaiser un peu, ses traits se détendant, sa respiration plus fluide. Il fallut trois jours avant que Nefrea ne commence à se réveiller bien difficilement. Il lui fallut un moment pour reprendre ses esprits et il trouva immédiatement Glorfindel, Elladan, et Elrohir à son chevet. Il sourit d’amusement en trouvant la tête, le cou, et le début du torse d’Asgaldan dans sa chambre. Le dragon posté sur le balcon avait visiblement fait de son mieux pour venir au plus près de lui, donnant une vision atypique. Cela termina de le réveiller et il commença à se redresser péniblement, portant une main à sa tête atrocement douloureuse. Glorfindel vint immédiatement l’aider à s’asseoir, Elrohir lui amenant un gobelet.



- C’est une infusion médicinale pour la douleur, expliqua-t-il. Cela a semblé vous aider lorsque vous dormiez.



Nefrea le remercia la voix râpeuse, prenant la boisson pour boire doucement, notant qu’on lui avait enlevé sa cape, ses bottes et ses ceintures pour qu’il soit plus à l’aise. Les trois elfes le laissèrent boire tranquillement et terminer de reprendre ses esprits.



- Comment vous sentez-vous seigneur Nefrea ? demanda Asgaldan.



- Totalement épuisé mais c’est tout à fait normal. Il me faudra du temps pour récupérer de cela. Combien de temps ai-je dormi ?



- Environ trois jours, répondit Elladan.



- J’imagine qu’il y a une montagne de questions et de curieux qui m’attendent, ironisa-t-il en les amusant. Si la journée n’est pas trop avancée, pouvons-nous encore faire cela aujourd’hui ?



- Vous devriez peut-être vous reposer avant cela, fit Glorfindel inquiet.



- Non. Je veux en terminer vite pour rentrer à la maison.



Aucun ne contra cela, sachant que l’istar était mal à l’aise loin de chez lui et qu’il voulait retrouver son compagnon et ses enfants au plus vite.



- Prenez le temps de bien vous réveiller. Je vais organiser cela, assura Elrohir.



- Dans un endroit où Asgaldan, Lokyn, Irazole, et Tuarad peuvent m’accompagner s’il vous plaît, demanda-t-il. J’irai avec eux.



L’elfe approuva avant de partir et il but encore un peu. Il prit ensuite un instant pour contacter Smaug. Sans surprise, celui-ci était mort d’inquiétude pour lui et il commença par le rassurer et lui donner des nouvelles, promettant de se mettre en route pour rentrer dés qu’il aurait terminé ici. Smaug lui donna ensuite de réjouissantes nouvelles sur ce qu’il se passait en Mordor, les dragons ailés n’ayant aucun mal à faire rapidement le lien entre le royaume de la Montagne Solitaire et les terres du sud. Il l’écouta avec attention, s’amusant avec lui des surprises que tout cela avait créé. Ils eurent du mal à se séparer à nouveau mais ils le firent. Nefrea voulait répondre aux questions ici et rentrer au plus vite.



Lorsque Elrohir revint, ce fut avec un repas et l’assurance que son père s’occupait d’organiser la chose. Nefrea le remercia et se mit à manger doucement sous la surveillance des autres. Et il était évident que l’istar, s’il s’était réveillé, avait probablement tout juste l’énergie pour le faire. Il chancelait, avait les yeux à peine ouverts, la respiration lourde. Sa peau habituellement d’un noir des plus profond avait pris une teinte grisâtre et la poussière de mithril qui, à l’ordinaire, scintillait sur lui s’était éteinte. Il en était de même pour ses cheveux et ses incrustations de mithril sur le front et entre ses clavicules bien moins brillantes. Lui qui avait l’habitude de se tenir droit avait les épaules basses et le dos voûté. Lorsqu’on avait l’habitude de le côtoyer souvent comme eux, sa faiblesse et son épuisement sautait aux yeux, son corps tout entier le criant. Il terminait de manger lorsque Elrond apparut, toquant avant d’entrer. Il prit de ses nouvelles, très inquiet pour lui en voyant qu’il était toujours très faible. Nefrea le rassura, demandant s’ils étaient prêt pour parler. Il approuva et l’istar demanda aux quatre elfes de le devancer, qu’il arrivait. S’ils voulurent rester pour l’aider, il insista, Asgaldan grondant qu’il était là s’il avait besoin d’aide. Ils s’en allèrent donc, Nefrea soupirant une fois la porte refermée.



- Vous n’êtes pas obligé de leur donner la moindre explication si vous n’en n’avez pas envie maître Nefrea, remarqua le dragon noir.



- Il vaut mieux que je le fasse avant qu’ils s’imaginent toutes sortes de choses stupides, dit-il en s’asseyant lentement au bord de son lit.



Il respira doucement avant de se lever, tanguant dangereusement sous l’œil angoissé d’Asgaldan. Il rejoignit le dragon qui vint volontiers le soutenir pendant qu’il attrapait ceintures, cape, et chaussures pour les repasser. Le dragon recula ensuite sur le balcon, accompagnant l’istar pour l’aider à tenir debout. Il s’allongea ensuite, le faisant monter sur son dos en l’aidant de sa tête, de aile, et de sa patte. Il le laissa ensuite respirer pour faire passer son vertige, Nefrea souriant d’un air rassurant en captant les regards d’Irazole, Puarad, et Lokyn qu’il pouvait désormais voir. Lorsqu’il se sentit mieux, Asgaldan s’élança du balcon pour planer tranquillement jusqu’au jardin que Elrond avait indiqué, leurs trois compagnons suivant, deux les devançant pour se poser dans le jardin et s’assurer qu’il n’y avait pas de danger. Tout ceux qui avaient participé au Conseil étaient là, Elladan et Elrohir s’ajoutant. Ils étaient debout et discutaient entre eux. Leur attention toute entière se posa pourtant sur les dragons lorsqu’ils arrivèrent, les hommes, les nains, les hobbits, ainsi que Gandalf très tendus en leur présence. Certains agrippèrent leurs armes d’instinct, récoltant de dangereux grondements d’avertissement en retour. Ils s’immobilisèrent alors, conscient qu’ils n’y pourraient rien si les dragons attaquaient. Aidé par Asgaldan, Nefrea descendit de son dos, se laissant glisser pour s’asseoir au sol alors que son ami s’allongeait avec lui pour lui servir d’appuis.



- Asseyez vous, fit l’istar noir avec assurance malgré sa faiblesse évidente. Je veux terminer ça et rentrer chez moi rapidement.



Tous avaient l’air à la fois intimidés, très curieux, méfiants… Bref, ils le trouvaient tous assurément plus puissant mais les sentiments des uns et des autres ne semblaient pas avoir vraiment changé. Ils prirent place sur les sièges qui avaient été amenés pour eux, formant un arc de cercle devant l’istar et les dragons qui l’entouraient.



- Alors allons-y, posez vos questions, poussa-t-il.



- Vous avez vraiment détruis l’Anneau ? demanda Gandalf en le faisant soupirer.



- Donc, vous n’admettez pas que je suis un istar légitime alors que vous le sentez jusque dans les tréfonds de votre être, vous ratez l’Anneau qui était sous vos yeux depuis je ne sais combien de temps, vous manquez la trahison de Sarouman jusqu’à vous faire piéger, et maintenant vous n’arrivez même pas à comprendre ce que vous avez vu et sentit par vous même Olorin ? ironisa-t-il en faisant ricaner les dragons. Il faudrait vraiment se réveiller et cesser de voir le monde comme vous voulez qu’il soit et non comme il est. Oui, j’ai détruis l’Anneau.



- Comment est-ce possible ? demanda Elrond.



- Je ne suis pas un istar ordinaire même si je pense que tout le monde l’a déjà compris, remarqua-t-il. Mon pouvoir est bien plus grand que vous ne l’imaginez et j’ai la chance d’avoir une amie très puissante.



D’un geste du doigt, il fit apparaître l’épée de Gryffondor qui se posa en parfait équilibre sur sa pointe près de lui, à la verticale.



- Mon épée est elle aussi unique en son genre et dotée d’une magie sans commune mesure pour un tel objet. Elle était déjà exceptionnelle à sa naissance et elle a continué à grandir tout au long de sa vie jusqu’à maintenant, accumulant toujours plus de force. Sa magie a grandie à tel point qu’elle dispose de sa propre conscience. Et comme moi, elle est particulièrement efficace lorsqu’il s’agit de détruire le mal, les magies perverties et tordues, les choses qui ne devraient pas exister. Elle était largement en mesure de détruire l’Anneau surtout en l’alliant avec ma magie.



- Le saviez-vous d’avance ? demanda un homme. Que cela fonctionnerait ?



- Oui. Je savais depuis très longtemps que je pouvais le détruire. Encore fallait-il le trouver et, comme vous l’avez peut-être compris, j’avais besoin de la permission de le faire.



- Pourquoi demander la permission pour faire une telle chose si vous êtes si puissant ? interrogea Boromir l’air encore complètement perdu.



- Parce que je sais où est ma place dans la création, parce que si j’usais de mon pouvoir n’importe comment selon mes envies je neserai pas mieux que Sauron et Morgoth, parce que le pouvoir implique des responsabilités, parce que je sais que, même pour faire quelque chose de bien, si je ne suis pas certaines règles, les conséquences pourraient être plus néfastes qu’autre chose. Avoir le pouvoir ne veut pas dire que l’on peut tout faire Boromir. Quand on a une magie comme la mienne, il y a des règles et des limites que je ne peux franchir. Si cela peut parfois m’empêcher de faire ce qu’il faudrait, je sais aussi pourquoi ces lois sont là et je sais qu’elles sont indispensables, qu’elles doivent être respectés. Donc je savais depuis longtemps que je pouvais détruire l’Anneau mais il me fallait l’autorisation de le faire.



- De qui ? questionna Aragorn.



- N’avez-vous rien suivis de ce qu’il s’est passé ? répondit-il. Vous l’avez vu.



- Cette femme qui vous ressemblait, dit-il alors. Votre… mère ?



- Oui. C’est ma mère qui m’a donné mon pouvoir. C’est donc elle qui établit les règles qui les régissent. Je ne pouvais détruire l’Anneau sans sa permission.



- Qui est-elle ? demanda Elrond.



- Ma mère, celle de Mandos aussi, dit-il. Ce qui fait de nous des frères.



- Mandos est né par la volonté d’Ilùvatar et vous…, tenta de comprendre le seigneur.



- Par Ilùvatar aussi, termina-t-il. Mais dans notre cas, Ilùvatar pourrait être considéré comme notre père et Elle, comme notre mère. Nous avons en réalité deux entités créatrices.



- Mais il n’existait rien d’autre que Ilùvatar avant la création du seigneur Mandos et des sept autres Aratar, les huit premiers à naître, fit Galdor.



- Pour vos connaissances de cet univers, c’est vrai, approuva-t-il. Mais vous ne savez pas tout.



- Elle avait la même apparence que vous mais le seigneur Mandos est très différent, remarqua Legolas.



- Elle n’a pas de forme physique fixe et prend de multiples apparences de toute sorte, souvent une semblable à ceux avec qui elle interagit. Cette fois elle a pris appuis sur mon apparence, elle aurait pu choisir celle de Mandos ou une autre. Elle peut donner la forme qu’elle veut à ses enfants. Elle le fait toujours pour que le corps convienne parfaitement à l’âme, ce qui a donné ma nature particulière.



- Quel est son nom ? demanda Erestor.



- Vous n’avez pas obtenu le droit de le connaître. Si vous voulez savoir qui elle est, en savoir plus sur elle, il faudra soit le découvrir vous même, soit attendre qu’elle vienne se présenter à vous, soit qu’elle demande à l’un de ceux qui la connaisse de la présenter, soit vous satisfaire de cette ignorance, expliqua-t-il. Vous n’en saurez pas plus sur elle.



Il y eut un instant de silence, tous intégrant ce qu’il disait. Il fit disparaître son épée, respirant en attendant qu’ils continuent.



- Était-ce réellement Smaug ? questionna Aragorn. Le troisième à apparaître et qui avait une apparence semblable à la vôtre.



- Oui.



- Et lui connaît votre mère ?



- Oui.



- Pourquoi avait-il cette apparence ? voulut savoir Gloin.



- Cela ne vous regarde en rien. Je ne dirais rien sur Smaug. Vous devrez aller lui demander vous même si vous voulez savoir.



Nefrea vit parfaitement Glorfindel, Elladan, et Elrohir sourire d’amusement, probablement en les imaginant aller demander à Smaug. Eux avaient la réponse à cette question mais ils ne diraient rien. Avec le temps, ils avaient compris que son propre silence était là pour motiver un peu plus les autres à aller à la rencontre des dragons et depuis, s’ils reparlaient régulièrement de la véritable histoire des dragons, ils ne disaient rien de plus sur eux. Ils avaient même pris l’habitude de donner la même réponse que lui.



- Quel était ce serment dont… ? commença Boromir.



- J’ai dit : allez demander à Smaug, coupa-t-il en voyant parfaitement ce qu’il voulait savoir.



- Quel était cet enchantement dans lequel vous et le Seigneur Mandos avez fait couler tant de magie ? demanda Gandalf.



- Détruire Sauron, et avec lui les restes de tout les maléfices qu’il avait en son pouvoir, les siens ou ceux transmis par son maître, impliquaient de mettre en danger toutes les vies qui y étaient reliées. Celles des orques, des trolls, des gobelins, des vampires, des araignées géantes, des balrog,… Tout les êtres qui avaient été tordus, soumis, dénaturés par la magie maléfique de Mogorth ou de Sauron.



- Comme les dragons, nota Glorfindel.



- Oui, bien que les dragons ne soient plus concernés. Vous l’avez déjà très certainement expliqué mon ami, les dragons sont les enfants de l’âme de la Terre d’Arda. Morgoth les a trouvé avant qu’ils ne puissent se défendre de lui. Il a vu leur potentiel et il a usé de son pouvoir pour les soumettre à sa volonté. Malgré tout, son emprise sur les dragons est une des très rares choses qu’il n’a partagé avec personne, transmis à personne, pas même à Sauron. Il craignait bien trop qu’on puisse les retourner contre lui. Quand j’ai rencontré Smaug, j’ai senti cet ancrage de magie néfaste perdurant en lui. Cela n’avait plus la moindre influence sur lui et ne pouvait être utilisé par personne mais elle perdurait comme une douloureuse cicatrice. Je lui ai proposé de le défaire de cela et il a accepté. Ensuite, j’en ai fait de même pour tout les dragons qui ont rejoins le royaume de la Montagne Solitaire, dit-il en voyant les nains bouillir. Le seul moyen de ne pas attenter à toutes ces vies en détruisant Sauron, était de faire la même chose avec tout ceux qui pouvaient être concernés, êtres conscients ou non, pour ne pas envoyer leurs âmes errer entre les mondes avec leur maître pour l’éternité.



- Pourquoi ne pas en avoir profité pour les détruire ? demanda Boromir.



- Parce que cela n’a rien de juste, répondit-il durement. Peu importe ce que son ces êtres aujourd’hui, ce qu’ils ont pu faire, ce qu’ils font, qu’ils soient vos ennemis ou non, qu’ils menacent cette terre ou non, ils ont des âmes et le droit de vivre. Ce qu’ils sont résultent des maléfices et des tortures de Morgoth. Ils ne disposent pas de leur plein libre arbitre. Ils n’ont rien choisi de ce qu’ils sont. Ils n’ont aucune marge de manœuvre pour changer de ligne d’existence. Ils n’ont pas le choix. Les tuer parce qu’ils ont eu le malheur d’être pris par le mal serait ignoble. Si vous vous battez pour le bien comme vous dîtes, votre première idée devrait être de les secourir, pas de les détruire. Ce serait totalement contraire à mes principes et à tout ce que je défend. Et je me fiche de votre avis sur la question ! trancha-t-il en voyant qu’un homme allait rétorquer fortement.



Un silence tendu tomba, Nefrea sachant pertinemment que la plus part ici n’auraient même pas eu l’ombre de l’idée de considérer ces vies.



- Voyez vous, c’est aussi pour ça que c’est à moi qu’on a confié les pouvoirs que j’ai, parce que je sais quand en faire usage ou non. Et de toute façon, ma Mère ne l’aurait jamais permis pour les mêmes raisons et plus encore. Mais ça, ça ne vous regarde pas. J’étais conscient de ce problème alors j’ai décidé de proposer ma bénédiction à tout ces êtres pour les libérer comme j’ai libéré les dragons. La différence ici étant l’ampleur de la chose. C’est pour cela que j’avais besoin de l’aide de mon frère pour y parvenir.



- Alors qu’est-il arrivé à toutes ces créatures ? demanda Elrond.



- Elles ont eu le choix : accepter ma bénédiction, être libérées pour revenir à ce qu’elles étaient à l’origine. Comme par exemple les elfes qui avaient été transformé en orques par d’abominables tortures. Ainsi elles pourront désormais vivre comme elles l’entendent et avec la nature, le corps, qui avaient été faits pour elles à l’origine. Elles ont aussi pu choisir de rester ce qu’elles étaient avec le mal. Ou alors, elles ont pu décider de rejoindre la mort pour mettre fin à cette existence. Elles ont eu le choix et chacune a choisi quoi faire de sa vie.



- Donc celles qui ont choisi de rester des êtres du mal sont toujours là, déduit Erestor.



- En effet. Là était l’œuvre de cet enchantement Olorin, dit-il pour l’istar. En définitive, si j’ai détruis Sauron, je n’ai attenté à la vie de personne d’autre. Je les ai libéré de l’emprise qui pesait sur eux en leur donnant le choix. Ils feront ce qu’ils voudront de leur avenir quel qu’il soit. Et bien sûr, faire cela sur autant d’êtres m’a demandé une gigantesque quantité de magie et une manœuvre impressionnante.



- Ancalagon ? Qu’en est-il à son sujet ? interrogea Galdor.



- Si j’ai pu libérer les dragons toujours en vie de l’emprise maléfique, je n’ai bien évidemment pas pu le faire pour ceux du passé, commença-t-il. Seulement, l’Anneau détruis avec le reste de l’œuvre de Morgoth et ma magie poussée de cette façon, j’ai pu les atteindre dans les limbes où ils étaient condamné à une éternelle errance, privés de leur droit à passer par les Salles de Mandos. J’ai pu les libérer et leurs âmes ont alors enfin pu rejoindre les Salles des Morts. En conséquence, ils ont retrouvé leur voie naturelle et, comme Smaug, ont pu décider de revenir. Ils ne pouvaient revenir tous d’un coup alors mon frère a laissé le roi des dragons choisir qui. Ancalagon. Il est revenu, directement en Mordor, et a immédiatement appliqué les ordres qu’il a reçu pour reprendre cette terre. J’imagine que vous verrez des émissaires du Gondor, au moins, arriver très vite en catastrophe pour parler de ça. D’aussi près, Minas Tirith était aux premières loges du spectacle, sourit-il. Il a littéralement pulvérisé la Montagne du Destin en revenant, s’amusa-t-il en faisant ricaner les dragons autour de lui.



- Vous avez libéré ce monstre dans notre monde ! gronda Boromir.



- Fait attention à ce que tu dis homme ! rétorqua Tuarad. Un insulte de plus envers l’un des nôtres et je te brûle vif !



- Ancalagon, comme tout les dragons, n’est pas un monstre, reprit durement Nefrea. Ils ont été des victimes de Morgoth et ignorés, exterminés depuis. La seule chose que j’ai faîte a été de leur rendre leur existence et leur liberté. La chose juste à faire à mes yeux. Je ne vais pas me lancer à nouveau dans l’argumentaire sur la vérité de l’existence des dragons et leur nature, leur légitimité, leur droit à la vie…, soupira-t-il. Je n’ai pas l’énergie pour le faire face à ceux qui ne sont même pas prêt à écouter et j’ai déjà convaincu ceux qui l’étaient ici. Vous allez devoir faire avec, c’est ainsi. Ancalagon est revenu et les autres qui décideront de revenir le feront aussi. Comme vous l’avez vu et entendu mon frère est d’accord avec moi sur ce point comme tout les valar. Quoi qu’il en soit, le choix de Smaug était judicieux puisqu’il n’a pas fallu beaucoup de temps à Ancalagon pour conquérir le Mordor qui est désormais sous le contrôle des dragons et le restera. De toute façon, eux seuls disposent du pouvoir nécessaire pour purifier cette terre et y ramener la vie. Ceux qui ont accepté ma bénédiction ont été épargnés et feront ce qu’ils veulent, ceux qui ont décidé librement de rester au mal ont été exterminés par Ancalagon.



- Je croyais que vous vouliez pas les tuer ? releva Frodon.



- Moi oui, parce que c’est dans ma nature, mon devoir. Avec la puissance et la place qui sont miennes, je pourrais exterminer ce que je veux. Seulement, ma nature, mon devoir n’est pas de prendre des vies sauf dans des cas très précis comme Sauron, dans des cas qui vont totalement contre les principes de la vie et de la mort. Pour le reste, mon rôle est de guider, d’accompagner, d’enseigner, de conseiller… pas d’agir ou de faire un choix à la place des autres êtres. Je n’appartient pas à ce monde pour agir, comme pour mon frère. La tâche qui m’a été assignée ne réside pas dans l’action mais dans l’observation, le conseil, et éventuellement le jugement quand les conditions sont rassemblées. C’est aussi pour cela que Mandos m’a aidé de manière active comme il ne l’a que très rarement fait dans l’histoire du monde : parce que nous avons les mêmes conditions de part les pouvoirs offert par notre mère. Mais comme j’ai déjà dit souvent, je ne commande pas aux dragons et je ne leur demande rien. Et même si je demande, ils choisissent librement. Et Smaug a choisi de les exterminer comme il a exterminé ceux qui ont attaqué la Montagne parce qu’ils sont ses ennemis et qu’il est dans la nature des dragons de détruire ce qui est néfaste à la Terre leur mère. C’est leur devoir naturel. Ces créatures du mal en étaient le parfait exemple. Chacun son rôle en ce monde, chacun sa place, et son devoir. C’est ainsi que l’harmonie prospère et que le monde peut exister. Mon rôle naturel n’est pas de prendre des vies, mais il est dans le rôle naturel des dragons de prendre les vies de ceux qui nuisent à la Terre. Comme m’a mère l’a fait remarquer, il n’était pas de ma responsabilité d’affronter les êtres que le mal à perverti, mais Sauron était autre chose.



- Donc lorsqu’elle disait que ce n’était pas à vous d’assumer ce fardeau, elle parlait des armées de Sauron et non de l’Anneau ou du Seigneur des Ténèbres, comprit Elrond.



- C’est exact, approuva-t-il. Même si ma mère aurait certainement préférée que j’accepte de laisser cette tâche aux peuples de cette terre pour qu’ils sachent ce que coûte la paix pour mieux la chérir ensuite. Malheureusement, si je peux me retenir, j’ai mes limites, et les êtres comme Sauron les dépassent aisément, dit-il en faisant sourire ses amis elfes. Autre question ?



- À quoi doit-on s’attendre de ces dragons ? questionna Boromir visiblement très anxieux à ce sujet. À quoi le Gondor doit-il s’attendre ?



- Smaug est le roi des dragons et Ancalagon a déjà juré loyauté envers lui. Les dragons respectent leur roi et obéissent. Alors c’est une question qu’il faut aller poser à Smaug.



- Vous allez nous dire que vous ignorez ses dessins ? s’agaça Gimli.



Les quatre dragons grondèrent immédiatement sur lui, provoquant un mouvement de recul général si ce n’était de la part de Glorfindel, Elladan, et Elrohir désormais habitués à côtoyer les dragons.



- Ose encore lever le ton face au seigneur Nefrea nain, fit Irazole, et je te réduis en cendres.



- Je n’ai pas dit que je ne savais pas, reprit l’istar pour éviter la bagarre. J’ai dit qu’il fallait aller demander à Smaug. Les dragons n’aiment pas qu’on parle à leur place sauf s’ils le demandent et il ne m’a pas demandé de parler pour lui sur ce sujet.



- Elle a dit que Smaug avait lié son âme à la vôtre par amour, releva Bilbon en changeant totalement de sujet. Les dragons sont-ils réellement capables d’amour ? demanda-t-il l’air très curieux alors que son naturel revenait au galop.



- Comme tout être conscient doté d’âme, sourit Nefrea. Mais si vous voulez en savoir plus sur le sujet, ce sont les dragons qu’il faut aller interroger. Quand à mon lien avec Smaug, il ne vous regarde pas. Enfin, fit-il en regardant le soleil déclinant. Je crois que j’ai répondu au principal et j’en ai assez. Je vous laisse faire comme bon vous semble pour le reste, pour Sarouman. Je rentre chez moi à Erebor. S’il y a la moindre question pour moi, pour les dragons, ou pour Smaug, vous devrez venir demander vous même.



Il commença à se relever difficilement, Asgaldan l’aidant et le soutenant. Rentrez vous avec nous ? demanda-t-il aux trois elfes vivant depuis un moment avec les dragons.



- Elladan et Elrohir vont rester encore un peu, répondit Glorfindel, j’aimerai rentrer avec vous.



- Avez-vous des affaires à prendre ou pouvons nous y aller ?



- Allons-y, dit-il en se levant pour le rejoindre.



Il savait parfaitement que Nefrea brûlait de rentrer et il n’allait pas le faire attendre plus longtemps. L’istar salua tout le monde poliment, prenant un peu plus de temps et de douceur avec ceux qui étaient ses amis. Glorfindel en fit autant avant d’aider le mage à grimper sur le dragon noir. Asgaldan le pria de prendre place avec lui, lui demandant de s’assurer que Nefrea ne tomberait pas et qu’il n’ait pas d’effort à faire pour tenir sur son dos. Déjà soucieux que son ami épuisé chute en plein vol, l’elfe le fit avec joie, son poids dérisoire permettant au dragon de les porter tout deux sans mal. Et ce fut sans plus de cérémonie qu’ils s’en allèrent, tous pressés de rentrer à la maison. Ce fut en silence et aussi vite que possible que les quatre dragons, l’istar, et l’elfe firent le chemin retour jusqu’à la Montagne Solitaire. Le soleil tombait lorsqu’ils arrivèrent, Asgaldan alla se poser directement devant la grande porte de la montagne où Smaug attendait déjà avec Pyress et Amlake, tout trois dans leur forme humanoïde. Les deux adolescents tournaient en rond, impatients. Mais l’impatience laissa place à l’inquiétude lorsqu’ils virent Nefrea pratiquement inconscient tenu par Glorfindel.



- Akian ! s’exclamèrent-ils en accourant.



Smaug vint aussi à grand pas, venant, immédiatement prendre son compagnon dans ses bras avec précaution, le calant contre lui avec soin. Entièrement concentré sur lui, il ne donna pas un mot ou un regard aux autres, retournant vers la montagne dés qu’il eut installé correctement Nefrea contre lui. Instinctivement, l’istar se blottit contre lui, plongeant son nez dans son cou. Il inspira son odeur et ce fut comme une confirmation qu’il était à la maison pour lui, l’endormant définitivement. Suivit de ses enfants, Smaug rentra, la grande porte se refermant immédiatement derrière lui, signifiant clairement aux autres que personne ne pouvait entrer. Le roi et ses enfants rejoignirent leur nid et le grand espace pleins de coussins et de couvertures qu’ils occupaient sous cette forme. Avec délicatesse, Smaug déposa Nefrea, le calant dans les coussins, l’installant contre lui alors qu’il prenait place à ses côtés.



- Est-ce que akian va bien ? demanda Amlake se tenant tout près avec Pyress.



- Il est épuisé, répondit-il. Il ira bien. Il a besoin de se reposer et sera probablement fatigué un bon moment mais il a juste besoin de récupérer au calme. Il a détruit Sauron, son Anneau, tout ses maléfices, les restes de l’œuvre de Morgoth, et mené ce qui est probablement le plus puissant des enchantements que ce monde ait jamais vu. Akian a réalisé un incroyable miracle. Nous pouvons êtres extrêmement fier de lui. Maintenant, nous devons juste le laisser se reposer tranquillement.



Souriant, rassurés, et fiers, tout deux se détendirent, venant se blottir ensemble dans le dos de Nefrea pour se reposer avec lui. Dans les jours qui suivirent, la petite famille ne fit que se concentrer sur le repos de Nefrea. Voulant prendre soin de lui, Amlake et Pyress étaient allés au jardin magique de leur maison pour aller chercher ce qu’il préférait manger et boire, passant par leur réserve pour prendre tout ce qui pourrait lui faire plaisir. Ils avaient été soulagé lorsque Nefrea s’était réveillé même s’il restait épuisé. Et ils avaient été d’autant plus ravis lorsque, après un baiser échangé avec Smaug, il s’était tourné vers eux pour les serrer dans ses bras longuement, les couvrant de baisers et de caresses, prenant de leur nouvelle, et ne cessant de dire qu’ils lui avaient terriblement manqué. Il avait été touché en voyant que ses enfants avaient préparé un repas pour lui avec ce qu’il préférait, mangeant avec joie. Il s’était ensuite reposé encore, tenant ses enfants contre lui, Smaug collé dans son dos. Une nuit, Smaug avait porté son compagnon jusqu’au promontoire de la lune pour qu’il puisse absorber de la magie astrale, Amlake et Pyress les suivant de près, restant collé à Nefrea. Non seulement ils étaient inquiets pour lui mais ils se tranquillisaient encore de cette première séparation plus longue avec lui.



Il fallut plusieurs jours avant que Nefrea ne puisse tenir éveiller plus de quelques minutes mais il continuait à récupérer tranquillement sous les soins de sa famille. Lorsqu’il fut assez en forme pour cela, il se leva pour aller faire en tour dehors au bras de Smaug, Amlake et Pyress le collant de près, toujours inquiets pour lui. Nefrea alla remercier le quatuor de dragons qui l’avaient accompagné à Imladris et ramené à la maison. Il passa par la nursery pour voir les plus jeunes, Skarniss et ceux nés après lui se regroupant autour de lui, ayant tous sentis son absence. Lorsque l’istar noir quittait le royaume, cela se sentait dans sa magie qui y était constamment reliée, qui y était puissamment ancrée. Et les petits nés ici, baignés dans sa magie, le sentaient plus que les autres. Il passa donc un moment avec eux, rassurant les plus jeunes. Cela faisait quatre-vingt ans que le Berceau existait et près de quarante nouveaux dragonneaux étaient nés. La croissance lente des petits faisaient qu’ils étaient tous des bébés, des enfants, ou de jeunes adolescents pour les aîné et ils donnaient du travail aux adultes ravis de s’occuper d’eux. Il eut donc un peu de monde à cajoler et réconforter avant de retourner se reposer avec Smaug, Amlake, et Pyress.



Il fallut un mois à Nefrea pour récupérer et retrouver une forme à peu près correcte. Il n’était pas au sommet de sa forme mais il pouvait reprendre sa vie normale. Ce fut seulement alors que l’istar parvint à convaincre son compagnon qu’il pouvait le laisser, et lui laisser le royaume, pour aller en Mordor voir Ancalagon. Ancalagon qui avait été rejoint par Glaurung depuis la destruction de l’Anneau. Le Père des Dragons étaient revenus des Salle de Mandos à son tour, sortant de l’immense lac de lave que Ancalagon avait créé en explosant la Montagne du Destin, faisant naître un gigantesque cratère qui s’étaient emplis de lave. Pour l’occasion, Nefrea avait créé un dispositif magique à installer en Mordor pour garder un contact direct. Smaug avait fini par s’envoler pour y aller, pour aller voir les siens, les deux dragons légendaires déjà revenus. Rejoindre le Mordor avait été simple pour lui, assez rapide par les airs et il s’était amusé à aller survoler un Gondor dans tout ses états depuis l’apparition d’Ancalagon. Les messagers venant d’Imladris, Boromir le premier, n’avaient certainement pas encore eu le temps de rejoindre Minas Tirith pour expliquer ce qu’il s’était passé à Imladris. Ils ignoraient donc totalement ce qu’il se passait, amusant les dragons qui n’avaient pas ce problème.



Smaug n’était parti que quelques jours, rechignant à laisser son royaume, son nid, et sa famille, comme n’importe quel dragon. Lorsqu’il était revenu, c’était avec lui que Nefrea avait activé la magie d’une nouvelle galerie. Elle était simple mais assez vaste pour que plusieurs dragons puissent s’y tenir. Le mur du fond était tapissé de cristal, un cristal qui se faisait écran pour afficher l’image de ceux qui se tenait à l’autre bout du lien qu’il avait avec la très imposante boule de cristal enchantée que Smaug avait amené et installé en Mordor. Elle leur permettrait de rester en contact, de se voir et de se parler en direct. L’activant, Nefrea put rencontrer Ancalagon et Glaurung grâce à elle, se présentant. Ils en firent de même, heureux de faire sa connaissance, le remerciant de ce qu’il avait fait pour leur peuple, pour leur Mère, pour eux. Ils avaient hâte de le rencontrer en personne et il promit de venir en Mordor dés qu’il le pourrait.



Quelques jours après le retour de Smaug, Nefrea percevait autre chose, une chose qu’il attendait. C’était pour cette raison qu’il se tenait au kiosque de Dale seul ce soir là. Il avait demandé aux autres de rester à l’écart et aux visiteurs invités de rester chez eux. Il attendit dans le soleil couchant, voyant arriver de loin neuf cavaliers. Il les regarda approcher patiemment. Ils avaient de splendides chevaux gris argentés, aux crinières et aux jambes noires, aux fronts, aux chanfreins, et aux nez blancs. Il put les voir rapidement de sa vue perçante. Ils avaient l’apparence d’hommes dans la force de l’âge, solides, revêtus d’armures d’un gris neutre et mat. Entrant dans le gigantesque kiosque, ils stoppèrent et mirent pieds à terre. Dans un silence solennel, ils avancèrent vers lui et il ne bougea pas, ne faisant rien, ne disant rien. Ils vinrent à lui, s’immobilisèrent à trois pas sur une ligne avant de poser genou à terre et de baisser la tête devant lui. Il les balaya du regard, souriant doucement :



- Vous avez fait votre choix, remarqua-t-il. Vous avez prêté serment devant ma Mère, la Mort en personne. Vous me servirez fidèlement jusqu’à ce que je vous libère de votre serment chevaliers gris.



- À votre service seigneur Nefrea, répondirent-ils.



- Soyez les bienvenus à Erebor. Relevez vous, pria-t-il.



Ils le firent sur le champs, le regardant l’air heureux, soulagés, et fiers.



- Sachez que je ne suis pas friand de ces marques de déférences ou de soumission en temps ordinaire. Si la situation l’exige, oui, sinon, faîtes comme vous le désirez et n’hésitez pas à parler. Ces derniers millénaires ont été… je n’ai pas de mot pour décrire ce qu’ils ont dû être pour vous et je ne pense pas que qui que ce soit puisse l’imaginer. Mais c’est terminé et nous allons faire en sorte que la suite tienne de ce que vous désirez réellement. Commençons par le début : vous connaissez mon nom, j’aimerais connaître les vôtres.



Ceux qui avaient été les nazgul se présentèrent alors, donnant simplement leurs noms, oubliant leurs anciens titres sans même y penser. Il y avait l’ancien roi-sorcier d’Angmar, Voriamel. Il avait été un grand seigneur de Númenor, comme deux autres de ses camarades, Lahreon et Venoelin. Il y avait aussi Khamûl qui avait régné sur le Rhûn. Tous d’anciens rois, d’anciens guerriers. Venaient ensuite Khorahil, Suladane, Sirien, Mentazil, et Maglosral. Et tous étaient prêt à commencer une nouvelle vie avec lui. Ils n’étaient plus des nazguls, mais ils n’étaient pas redevenus humains pour autant. La Mort en avait fait des chevaliers gris. Ils gardaient certains pouvoirs des spectres qu’ils avaient été des millénaires durant. Leurs montures n’étaient pas de simples chevaux mais davantage des familiers métamorphes très intelligent. Ils seraient des êtres à part en Terre du Milieu et il y avait fort à parier qu’ils seraient mal accueillis par beaucoup de monde. Ils le savaient tout les neuf et ils l’acceptaient. Nefrea quand à lui avait bien l’intention de les défendre, respectant leur démarche. Parce qu’il savait qu’ils étaient sincères. Sa Mère lui avait permis de voir le moment qu’elle avait passé avec eux, leur serments, leurs émotions, leurs intentions, leurs pensées… Il savait qu’ils étaient honnêtes et qu’ils voulaient donner une meilleure fin à leur existence ici.



Les présentations faîtes, il les mena à Smaug dans la salle du trône. Smaug était le seul à savoir qu’il était le fils de la Mort, si on excluait Mandos et Ilùvatar, et les neuf le savaient aussi désormais. Sachant devant qui ils avaient dû prêter serment et ce que tout cela impliquait, sachant qu’ils ne pourraient faire de mal, trahir, ou désobéir à son compagnon, ce fut calmement qu’il les reçut. Il valida leur présence ici, les prévenant néanmoins qu’il les brûlerait sans préavis s’ils causaient le moindre problème à Nefrea. Il ne leur demanda pas leur loyauté ou leur soumission, sachant que cela était réservé à Nefrea, l’enfant de la Mort auquel ils étaient liés. Il accepta qu’ils vivent ici avec les dragons, remarquant qu’ils avaient fait le bon choix, qu’il respectait ça. La première génération de dragons pouvaient comprendre mieux que nul autre ce que cela faisait d’être sous emprise totale comme ils l’avaient été. Ils trouvaient les neuf stupides et arrogants de s’être laissé avoir à l’origine mais ils savaient qu’ils avaient largement payé et qu’ils avaient eu tout le temps de comprendre et regretter. S’il y avait un peuple qui les accepterait, c’était bien les dragons.



L’assentiment du roi obtenu, Nefrea les emmena à nouveau, allant leur faire une maison dans un coin tranquille du jardin d’Akome. Ce fut cette fois-ci un hêtre pleureur qui fut enchanté pour se transformer en maison. Nefrea leur dit qu’ils pouvaient laisser leurs chevaux aller comme ils voulaient dans la vallée, qu’ils y étaient en sécurité. Il les laissa s’installer, les priant de se reposer, de découvrir tranquillement leur nouvelle maison. Il leur assura qu’il leur procurait ce dont-ils avaient besoin pour le quotidien, pour manger. Tous portaient encore les Anneaux que Sauron leur avait donné, comme un rappel de leur erreur passée. Mais les bijoux, autrefois de métal et de pierres précieuses étaient entièrement passé à un cristal argenté d’un gris équilibré. Ils restaient des anneaux magiques mais ils n’avaient plus rien à voir avec leur nature première si ce n’était par leur forme. Leur magie appartenait à la mort désormais.



Rapidement, leur arrivée fut annoncée et expliquée aux dragons. Si on ne parla guère de la Mort, on expliqua que les neuf aussi avaient reçu la bénédiction de Nefrea et le choix qu’il offrait. Eux avaient choisis de rester et de venir servir l’istar, prêtant serment magique de lui être fidèles. Les dragons avaient accepté sans broncher, ayant confiance en leur couple dirigeant. L’information avait cependant choqué leurs amis invités présents à ce moment : Glorfindel, Cyrnelle, Aerel, Perium, Feliale, et Tilda. Mais ils n’avaient rien dit, se contentant de se tenir à l’écart des Neuf. Ici, c’était Smaug et Nefrea qui commandaient et ils savaient que le Roi Sous la Montagne ne tolérerait pas qu’ils ne tentent seulement de critiquer l’une de leur décision, pas plus qu’il ne tiendrait compte de leur avis. Il fut évident qu’ils ne comprenaient pas le choix de l’istar de les accepter à ses côtés, ils n’en dirent rien. Cela ne les empêcha pas de se montrer très prudent avec les Neuf, les surveillant quelque peu. Pourtant, rien ne put être reproché aux chevaliers gris dans les jours suivants. Ils prenaient visiblement leurs marques ici, s’installant, s’occupant avec soin de leurs chevaux, visitant la vallée. On les vit discuter avec quelques dragons, ceux-ci mieux disposés à leur égard, ne semblant pas réticent devant eux.



Nefrea se mit à passer du temps avec eux, leur faisant visiter la vallée, discutant avec ses chevaliers. Tous étaient calmes, plutôt fermés, souvent pensifs, sombres… Ils regardaient autour d’eux comme s’ils avaient du mal à réaliser ce qu’il se passait pour eux, comme s’ils avaient du mal à se faire à cette paix dans cet endroit magique. Et c’était bien le cas. Il était certain qu’ils auraient besoin de temps après cet asservissement, de temps pour en sortir, pour retrouver leurs esprits, pour s’apaiser, pour réfléchir… Nefrea leur donnerait ce temps, veillant sur eux.



Ce fut rapidement ensuite qu’une autre étape fut franchie pour les dragons. Sauron et tout ses maléfices détruis, une nouvelle page s’ouvrait pour la Terre du Milieu. Le royaume des dragons étant désormais fermement ancré, ceux-ci avaient bien l’intention de reprendre leur devoir originel trop longtemps laissé en suspend : protéger, soigner, et défendre leur mère la Terre d’Arda. Cela avait bien commencé avec la conquête éclair du Mordor, un des domaines de la Terre du Milieu qui avait le plus urgemment besoin de leur pouvoir. Une conquête que Smaug avait prévu de longue date, attendant une occasion, certain que Sauron tomberait que ce soit par les siens ou par les autres. Dés lors, Smaug avait prévu de prendre le Mordor. La chute de Sauron signait le début des prises pour lui. Celle du Mordor en premier, puis il s’était dirigé vers d’autres lieux occupés par les agents du Mordor. Il avait envoyé plusieurs dragons prendre Dol Guldur et d’autres prendre Gundabad discrètement. Cela avait été facile pour eux, les lieux plongés dans l’anarchie. Ils étaient alors pris entre des conflits impliquant ceux ayant survécus à la destruction de Sauron avec d’un côté ceux ayant accepté la bénédiction de Nefrea et ceux qui l’avaient refusé de l’autre. Les dragons avaient pris le partie de ceux qui avaient accepté et prendre ces endroits avait été aisé pour eux.



Ces places prises, on pouvait aussi considérer que les Montagnes Grises, au nord de la Forêt Noire, entre Erebor et Gundabad, étaient le domaine des dragons. C’était une zone relativement déserte si on excluait animaux et nature, une zone où les dragons allaient voler et chasser et qu’on leur laissait tacitement dans les parages. Il fallait dire qu’aucun peuple n’avait d’intérêt là bas. De manière assez inattendu, les dragons s’étaient trouvés des alliés solides : ceux qui avaient accepté la bénédiction de Nefrea et avaient été libéré des maléfices de Morgoth et Sauron. Ils avaient retrouvé leur forme première, celle à partir de laquelle Morgoth les avait tordu et transformé. Il y avait cependant quelques différences. Les orques, créés à partir d’elfes torturés, avaient repris la morphologie des elfes à l’identique si ce n’était pour la couleur de leur peau. Ils avaient la peau noire comme les teints les plus sombres des peuples d’Afrique du monde natal de Nefrea. Il y avait cela et le fait que tous avaient les cheveux noirs et des yeux argentés. Ce dernier trait, tout ceux qui avaient été bénis par Nefrea le partageaient comme une marque de sa magie.



Ces orques redevenus elfes s’étaient nommés elfes noirs et s’étaient naturellement rassemblés, solidaires les uns des autres. Mais ils étaient très loin des elfes ordinaires en terme de morale, de façon de vivre, de comportement… Cela n’avait rien de surprenant après la manière dont-ils avaient été forcés de vivre, privés de libre arbitre et plongés dans la noirceur. Et ils n’étaient pas naïfs sur la manière dont ils pourraient être accueillis par les autres peuples. Ce n’était pourtant pas pour cela, mais en reconnaissance de ce que Nefrea avait fait, qu’ils s’étaient proposés de s’allier, de coopérer, de soutenir, et de suivre les dragons. Smaug avait accepté. Il avait d’autant plus accepté qu’ils avaient accepté de vivre selon leur loi et celle de la Terre.



Les elfes noirs n’avaient pas été les seuls. Les trolls redevenus hommes avaient fait la même chose. Ils s’étaient eux même nommés géants de part la taille très imposante qu’ils avaient conservé, pas un ne passant sous les deux mètres dix. Les gobelins étaient revenus à la forme d’hommes eux aussi, chauves et à la peau mat. Ils avaient choisi le nom de Nefrim en hommage à l’istar. Venaient ensuite les chauve-souris, issus d’une fusion et d’une transformation entre des hommes et des chauve souris. Chacun d’eux formait une paire entre l’homme et l’animal avec lequel il avait fusionné. Ils étaient désormais séparés mais avaient décidé sans même y réfléchir de rester ensemble, comme si chacun était le familier de l’autre. C’était également le cas des loup-garous, dans la même situation à la différence qu’il s’agissait de loups et non de chauve-souris. Et ces cinq nouveaux peuples avaient décidés de se ranger du côté des dragons et de leur istar. Si ce n’était à Erebor, ils vivaient avec eux en Mordor, à Gundabad et dans les Montagnes grises, à Dol Guldur et dans le sud de la Forêt Noires. On en voyait rejoindre ces places depuis toutes la Terre du Milieu progressivement, se regroupant.



Ce faisant, ils disaient aux dragons ce qu’ils savaient, ce qu’ils avaient vu, et tout remontait jusqu’à Nefrea et Smaug. Le Roi Sous la Montagne avait également envoyé plusieurs des siens voir ce qu’il se passait un peu partout, leur demandant de survoler les différentes contrées et d’aller observer, espionner, pour savoir ce que les autres pouvaient faire. De son esprit, Nefrea avait scruté la Terre du Milieu. Il avait pu retrouver d’autres créatures qui avaient accepté sa bénédiction. Celles qui avaient été pervertis à partir d’animaux comme les wargs étaient souvent redevenus des animaux, plus intelligents et grands que la moyenne, vivant comme tel, libres. Par Mandos, il avait appris que ceux qui avaient été des maiar avaient soit choisi la mort, soit étaient restés aux ombres. Il en avait vu plusieurs arrivés dans ses salles, meurtris, épuisés, honteux, voulant que tout cela s’arrête simplement pour eux.



La chute de Sauron avait donc eu pour effet de donner de nouveaux partisans et alliés aux dragons sans que personne ne s’en soit rendu compte pour le moment, les informations circulant lentement en Terre du Milieu. Début janvier, deux mois après la destruction de Sauron, Nefrea avaient été contacté par les seigneurs elfes amis qui lui avaient demandé s’il était possible d’organiser une rencontre physique avec lui et des représentants de toute la Terre du Milieu. Il avait accepté mais il avait demandé que cela se fasse à Erebor. Si on avait hésité, la chose avait été accepté et il était prévus que tous se voient au printemps pour discuter de la situation.  

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