Le Corbeau. Saison 2

Chapitre 11 : XI Point de Situation

3076 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/07/2026 06:13

Chapitre XI : Point de situation


Quand Alastor et Pierrick furent de retour au quartier général de l’Ordre du Phénix, une fois le vestibule passé et qu’ils furent dans la cuisine, ils tombèrent sur une femme rousse qui maniait la baguette avec dextérité. Elle lançait des sorts de nettoyage et de récurage plus vite que les Stupéfix d’un chasseur au combat sous les yeux d’un Sirius qui cherchait visiblement à tromper son ennui par ce spectacle.

— Molly ! Tu es déjà là ! s’exclama Alastor.

La femme s’arrêta et se tourna vers les deux hommes. Pierrick put ainsi voir son visage. Elle devait avoir la quarantaine passée et arborait un air concentré par sa tâche.

— Bonjour, Alastor, répondit-elle. Oui, Arthur est venu voir le professeur Dumbledore, je l’ai accompagné, me disant que je pourrais évaluer l’ampleur du travail qui m’attend ici. Et je vais avoir besoin d’aide ! fit-elle en se tournant vers Sirius.

— Je ne peux pas sortir, de toute façon, soupira le propriétaire des lieux, visiblement résigné.

— Pourquoi Arthur est-il venu voir Albus ? questionna l’ex-auror.

— Il y a eu une assemblée extraordinaire au ministère aujourd’hui, il est venu lui rapporter ce qui s’est dit, répondit Molly. Tu ne me présentes pas ton ami ?

— Je pense que son identité doit rester au maximum secrète. Désolé, Molly.

— Eh bien, la mienne ne l’est pas ! Je m’appelle Molly Weasley. J’espère bientôt connaître votre nom.

— Ce n’est pas à moi d’en décider, madame, répondit Pierrick.

— Allons voir Albus et Arthur, décréta Alastor. Tu ne viens pas, Sirius ?

— Tu sais, moi… Les histoires de politique… fit-il. J’aurais tout le temps d’apprendre ce qu’Arthur est venu dire plus tard. Molly va me donner des trucs à faire en attendant sa prochaine visite.

— Trucs que tu aurais déjà dû faire depuis longtemps si tu avais un peu de bon sens, réprimanda-t-elle.

Les deux hommes entrèrent dans l’ancien bureau du père de Sirius, trouvant Arthur Weasley et le professeur Dumbledore discutant.

— Bonjour, Arthur, fit Alastor.

— Bonjour, répondit celui-ci. Monsieur, vous êtes sûrement le chasseur dont le professeur Dumbledore vient de me parler, Pierrick Chaldo, n’est-ce pas ? salua-t-il en lui tendant la main.

— En effet, monsieur… fit Pierrick.

— Arthur Weasley.

Alastor poussa un soupir rocailleux en prenant place dans un fauteuil.

— Et dire que j’essaie de cacher son identité… grogna l’ex-auror.

— Je pense que monsieur Chaldo ne court pas plus de risque à être connu par certains membres de l’Ordre, justifia le professeur. Après tout, sa mission parmi nous est de courte durée.

— Ouais… Alors il y a eu une assemblée au ministère ! C’était quoi le sujet ?

— Il y en a eu deux : le professeur et les relations avec la France.

Arthur se lança dans un résumé des mesures que comptait prendre Fudge envers ces deux problèmes.

— Eh bien ! C’est tout ce qu’il a en réserve contre vous, Albus ! grimaça Alastor. Même si ça va affaiblir votre position.

— Ce n’est qu’accessoire, cela me dégagera plus de temps pour m’opposer à Voldemort, souffla le vieux professeur. Tant que je reste à Hogwarts et que j’ai toujours ma carte dans les Chocolate Frogs[1], il peut m’enlever toutes les charges qu’il désire ! Je suis plus inquiet sur ce qu’il compte faire à Harry, il va subir des attaques alors qu’il est encore si jeune et fragilisé par la mort de Cedric Diggory.

— Nous pourrions le faire venir ici. Rien que le fait d’être au courant de nos actions et de ce que nous savons sur Voldemort devrait lui faire du bien.

— C’est comme ça que vous voudriez qu’on fasse pour vous si vous étiez à la place de Harry, Alastor ?

— Oui, je n’apprécierais pas de rester sur la touche. Ça m’inciterait à commettre des idioties.

— Excusez-moi de ne pas être d’accord avec vous, contredit Albus. Vous pensez avec votre passif d’ex-auror et d’adulte, je connais un peu mieux les jeunes gens tels que Harry que vous. Je préfère qu’il se concentre sur des choses de son âge : les études, ses amis, le Quidditch, les filles… Il sera bien assez tôt confronté de nouveau à Voldemort.

— Je pense comme le professeur, acquiesça Arthur Weasley.

— Si je puis me permettre de donner mon avis, risqua Pierrick. Peut-être est-ce parce que je suis un chasseur, mais je suis d’accord avec Alastor. Que vous le vouliez ou non, il est déjà impliqué plus que n’importe qui ne le sera jamais. Plus que vous, professeur. Sans m’expliquer pour quoi, c’est ce que vous m’avez dit hier. Le laisser dans le brouillard ne peut que l’empêcher de se préparer à ce qu’il vivra le jour où il se retrouvera confronté à Voldemort.

— Je respecte vos points de vue à chacun, admit le professeur, mais ma décision est prise. Pour le moment, on laisse Harry tranquille. Viendra sûrement le temps où nous n’aurons plus le choix.

— Espérons qu’il ne soit pas trop tard à ce moment-là… grogna Alastor. Passons. Les mesures que souhaite imposer Fudge risquent de ne pas nous faciliter la tâche pour organiser la lutte contre Voldemort et ses partisans au niveau international.

— Tu ne crois pas si bien dire, intervint Arthur. Les voyages et les communications entre les îles Britanniques et la France seront très limités. D’après ce que j’ai compris, il faudra justifier de besoins impérieux, avoir de la famille outre-Manche ne sera pas suffisant. Vous devriez rentrer en France très vite, vous risquez de vous retrouver bloqué ici, dit-il en se tournant vers Pierrick.

— Ma mission n’est pas remplie, dit le chasseur. Je trouverai un moyen de rentrer le moment venu.

— Et nous vous y aiderons, ajouta le directeur de Hogwarts.

— De toute façon, il est venu en toute discrétion, officiellement, il n’est pas là, rappela Alastor.

— Un de vos compatriotes risque d’être raccompagné à la frontière très vite, continua Arthur. Un journaliste de Sorcier-Matin présent lors de l’assemblée, il a posé des questions qui n’ont pas plu à Fudge et Umbridge. En particulier sur la mort de Cedric Diggory et les raisons d’un tel déploiement de force diplomatique contre la France. Il s’appelle Édouard Scribard, vous le connaissez ?

— Non, je ne parle jamais aux journalistes, ce n’est pas mon rôle, répondit Pierrick. Je préfère les éviter.

— Bref, il a demandé s’il pouvait vous poser quelques questions, professeur, pour avoir votre version des faits et votre position. Ce à quoi Umbridge s’est empressé de répondre qu’il serait considéré comme indésirable s’il vous parlait.

— Ah ! rit Alastor. Un vrai dictateur en flanelle rose !

— Il serait intéressant que je le rencontre, émit Dumbledore. Si j’en trouve l’occasion et qu’il n’a pas été expulsé, bien entendu.

— Je peux essayer de le contacter, proposa Arthur.

— Faites donc. Je vais vous laisser, d’autres obligations demandent mon attention, s’excusa le professeur en sortant du bureau.

Arthur le suivit pour retourner auprès de son épouse, laissant Alastor et Pierrick entre eux. L’ex-auror attendit quelques secondes avant de dire :

— Bien ! Maintenant que nous sommes entre professionnels, et loin d’éventuelles oreilles indiscrètes, vas-tu me dire qui était celui qui nous a épiés ?

— Je me doutais bien que tu ne te laisserais pas abuser, fit le chasseur.

— Ouais… Ce n’est pas au vieil épouvantard qu’on apprend la grimace… Un animagus loup… Laisse-moi deviner : il avait les yeux couleur ambre. Dans mes souvenirs, c’était un loup noir. L’exil n’a pas été de tout repos pour Faolan MacKenneth, dirait-on !

— Poursuivi par les aurors et par les mages noirs, cela n’a rien d’étonnant.

— Comment ça par les mages noirs ?

— Il les a trahis, quelques semaines avant la chute de Voldemort.

— Ça explique qu’il soit persona non grata dans son propre clan, si on en croit ce que nous a dit Snape. Je dirais même que tu confirmes que Snape nous a dit la vérité à ce sujet. Et comment le connais-tu ?

— Je l’ai rencontré il y a quelques années, il était de passage en France. Je l’ai poursuivi pour l’arrêter, mais au fil de mes investigations, j’ai commencé à avoir des doutes sur lui. Finalement, je l’ai laissé partir.

— Il faudra que tu me racontes toute cette histoire un jour. Il t’a dit quelque chose tout à l’heure ?

— Il m’a parlé de Severus Snape, il ignorait qu’il était un agent double, même s’il se doute que Voldemort n’a pas confiance en lui. D’après Faolan MacKenneth, Snape serait suivi par un homme se faisant appeler « le Traqueur ». Tout ce qu’il a pu me dire, c’est qu’il sévissait dans les pays de l’Est durant la Guerre des Ténèbres.

— Hum… Je n’en ai jamais entendu parler, je vais essayer de me renseigner. On a un autre problème alors : s’il suit Snape, c’est que Tu-Sais-Qui doute de lui, et ça, ce n’est pas bon pour nous. Il faudrait que nous puissions lui faire croire que c’est nous qu’il trompe. Et c’est à condition que Faolan MacKenneth ne nous ait pas menti sur toute la ligne… Lui fais-tu confiance ?

— Oui, j’ai mes raisons, mais je comprends ta méfiance. Le seul moyen d’en être sûr, c’est de vérifier qu’il y a bien quelqu’un qui suit Snape.

— On doit vérifier le tuyau d’un homme que j’aurais plutôt idée de traquer concernant la menace sur un autre dont ma confiance est très limitée et ne tient qu’à celle qu’Albus met en lui… résuma Alastor. C’est officiel pour moi : nous sommes revenus aux prémices d’une nouvelle guerre.

Alastor se saisit d’un parchemin pour écrire à son contact au département des Aurors. Il en envoya un autre à Snape, lui demandant de venir au quartier général de l’Ordre dès que possible.

Ils attendirent plusieurs heures. Severus Snape fut le premier à se présenter.

— Il est très dangereux pour moi de venir ici sans éveiller les soupçons, dit-il de sa voix monocorde. Même si soupçon, il y a déjà.

— Nous ne t’aurions pas demandé de venir si ce n’était pas important, grogna Alastor.

— De quoi s’agit-il ? se résigna le maître des potions.

— Avez-vous eu l’impression d’être suivi dernièrement, professeur ? questionna Pierrick.

— Vous m’avez fait venir pour me demander si je crains que le Seigneur des Ténèbres me fasse surveiller en ce moment ! C’est tout ?

— C’est une question très sérieuse.

Le visage de Pierrick Chaldo n’exprimait aucune émotion quelconque. Le chasseur restait de marbre, uniquement guidé par son professionnalisme. Snape fut désarçonné par autant de froideur. D’habitude, c’était lui qui demeurait de glace.

— Non, je n’ai rien décelé, répondit-il, et je peux vous assurer que je prends toutes les précautions possibles. Puis-je savoir de quoi il retourne ?

— On a eu un tuyau, quelqu’un te suivrait, expliqua Alastor.

— Vous vous basez sur un « tuyau » ! De qui ?

L’ex-auror grogna au lieu de répondre.

— Est-ce que le surnom « le Traqueur » vous évoque quelque chose ? demanda Pierrick.

Même s’il essaya de rester impassible, Pierrick vit passer quelque chose dans les yeux du professeur. Snape sut qu’il était inutile de le nier.

— J’en ai entendu parler durant la Guerre des Ténèbres, conta-t-il. C’était plus une rumeur que des récits avérés, des hauts faits d’armes dans les pays de l’Est. Certains disaient qu’ils étaient le fait d’une seule personne, d’autres de plusieurs, je n’ai jamais su réellement. C’était devenu une légende sans visage, un peu comme Faolan MacKenneth ici, qu’on appelait « l’assassin des ténèbres » avant de réussir à mettre un nom dessus. Vous vous en souvenez, Moody ?

Il ne répondit que par un nouveau grognement.

— Tout ça pour dire qu’il n’y a jamais eu aucune preuve de l’existence de ce Traqueur, conclut Snape. Vous pensez qu’il me suit ?

— C’est justement le tuyau qu’on a eu, dit Alastor.

— Je prends toutes les précautions, donc non, je ne suis pas suivi, assura le professeur de potions.

— Je n’en serais pas aussi sûr que vous, Snape, lança une voix grave.

L’homme qui venait d’entrer était un grand noir au crâne rasé. Alastor le présenta à Pierrick comme s’appelant Kingsley Shacklebolt, un auror réputé dont le chasseur avait déjà entendu parler.

— Pierrick Chaldo, c’est un honneur de vous rencontrer, fit Kingsley. J’ai beaucoup de questions que j’aimerais vous poser. On vous prête pas mal de faits et de capacités, vérités ou légendes, je voudrais savoir.

— On verra plus tard, grogna Alastor. Qu’est-ce que tu as pour nous ?

— Ce Traqueur n’est pas une légende, il existe bel et bien, présenta l’auror. Les services bulgares ont un dossier sur lui.

— Tu y as eu accès ?

— J’ai appelé un ami par cheminée, il ne m’a pas donné le dossier, mais il m’a dit ce qu’il y avait à savoir. Ce Traqueur a été très actif durant les cinq dernières années de la guerre. Comme vous le savez, dans cette région du monde, le rapport de force était inversé par rapport à nous : les idéaux de Vous-Savez-Qui avaient trouvé un écho auprès de beaucoup de monde, et la présence de plusieurs clans vampires dissidents leur apporta d’autres forces vives. Les ministères de ces pays durent passer dans la clandestinité. Ils furent pourchassés, et l’un de leurs plus implacables ennemis était un sorcier dont le surnom était « le Traqueur ». Ce fut un véritable épouvantard pour les ennemis de Vous-Savez-Qui ! Et quand celui-ci disparut mystérieusement et que son mouvement s’effondra, le Traqueur disparut comme s’il n’avait jamais existé. Les services bulgares et hongrois ont enquêté pour l’identifier et l’arrêter.

— Ont-ils réussi ? questionna Pierrick.

— Pas formellement… Disons qu’ils sont sûrs à soixante-dix pour cent de son identité, par contre, ils n’ont jamais pu l’arrêter, car ils n’ont jamais réussi à mettre la main dessus. L’homme qu’ils pensent être lui a disparu sans laisser de trace, pour eux, c’est la preuve que c’est bien lui.

— En fait, ils n’ont rien, lança Snape.

— Et quel serait son nom d’après eux ? demanda le chasseur.

— Il serait hongrois et s’appellerait Kont Vadász, répondit Kingsley. Les seules traces de lui vivant sont sa date de naissance et sa scolarité à Durmstrang. Né de parents éleveurs de vouivres, morts quand il était enfant. Il a été un élève discret, plutôt moyen en général, mais excellent en combat magique et en magizoologie. Son diplôme obtenu, il est devenu chasseur de créatures magiques pour le compte d’un fournisseur en ingrédients pour les apothicaires. Sa trace se perd quelques années plus tard, au moment où le Traqueur faisait ses premières victimes connues comme telles. Nous n’avons aucune photo de lui, ni même une description. Peut-être y en a-t-il dans les archives de Durmstrang, mais l’institut n’a jamais été très coopérante avec les autorités. Tout ce qu’on a, c’est qu’il serait muet.

— Je n’entends que des hypothèses depuis tout à l’heure, siffla Snape. Vous mettez ma couverture en danger pour un faisceau de présomptions et un tuyau venant d’on ne sait où !

— C’est souvent comme ça, répliqua Alastor. Il faut qu’on élimine cette menace, si possible en faisant croire à Tu-Sais-Qui que tu es bien de son côté.

— Et comment allez-vous faire ça ?

— En donnant un os à ronger, dit Pierrick. Vous allez donner quelqu’un à Voldemort, un membre de l’Ordre. Vous allez y mener le Traqueur, et nous serons là pour le prendre à son propre jeu.

— Vous vous en croyez capable ?

— Ce serait de la folie ! intervint Kingsley. On ne va pas risquer la vie de quelqu’un !

— Je servirais d’appât, lança Alastor. Pierrick assurera la couverture.

— Le professeur Dumbledore ne sera jamais d’accord avec ça !

— Il a d’autres kneazles[2] à fouetter, on lui en parlera plus tard. Tu vas retourner au ministère, Kingsley, mieux vaut qu’on soit les moins nombreux possibles sur cette affaire. Ta mission est importante. En parlant de ça… Tu as pu recruter des aurors pour l’Ordre ?

— Ce n’est pas si facile, répondit Kingsley. Je ne peux pas en parler ouvertement, je risquerai d’être viré ou pire, et alors je ne servirai plus à rien. Pour le moment, je ne fais que sonder les opinions des uns et des autres pour essayer de savoir dans quel camp ils penchent. À part pour la personne que tu as suggérée.

— Tonks… devina Alastor. J’en ai déjà parlé à Albus. Un peu maladroite, mais elle est fiable et intelligente. Et loyale également, je suis sûr d’elle.

— Une telle confiance est rare chez toi. Je vais aller la voir de ce pas, pour accélérer son intégration à l’Ordre.

Kingsley Shacklebolt les quitta sur ces mots.

— Bien, maintenant, réfléchissons à notre plan d’action, dit Alastor.


[1] Chocogrenouilles en français.

[2] Fléreur en français, créature magique proche du chat.

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