Le Corbeau. Saison 2
Chapitre IV : Le Traqueur
Une partie du château était en ruine, la vieille tour moyenâgeuse semblait vaciller dans le vent, donnant l’illusion de pouvoir s’effondrer à tout moment. Le corps de la bâtisse avait été rénové au cours de la Renaissance, puis au fil des siècles. Le domaine appartenait à une riche famille de sorciers irlandais.
Les MacKenneth faisaient partie des anciens clans sorciers celtes, de ceux qui servaient les seigneurs de l’île jadis. La christianisation de l’Irlande les força petit à petit à s’effacer de la vie publique. Les Moldus se méfiaient d’eux alors qu’ils avaient grandement participé à la fondation de l’Irlande au cours des siècles. L’isolement faisant son office, le clan se coupa du reste de la population, disparaissant totalement à leurs yeux lors de l’instauration du Secret Magique en 1689.
Et pourtant, durant des siècles, le clan MacKenneth avait vécu en parfaite harmonie avec les Moldus, les aidant quand ils en avaient besoin, se mêlant à eux pour le commerce ou par le mariage. Le changement dans le regard porté à leur encontre les poussa vers la doctrine du sang pur.
Lors de la Guerre des Ténèbres, ils se joignirent à Voldemort. Certains moururent, d’autres furent emprisonnés à vie à Azkaban. Mais dans l’ensemble, le clan s’en sortit plutôt bien, achetant sa liberté à l’instar des Malfoy, s’isolant de nouveau, attendant son heure.
Alors quand Lord Voldemort revint parmi eux, le patriarche Dallan MacKenneth lui ouvrit ses portes avec déférence. Le Seigneur des Ténèbres y trouva des fidèles et une base pour y organiser ses futures opérations.
— Maître, avez-vous tout ce que vous désirez ? s’enquit Dallan en s’inclinant.
— Tant s’en faut, Dallan, répondit Voldemort. Ce que je veux, c’est mettre les nôtres à leur juste place : au sommet de ce monde. Ce désir, je suis conscient qu’il me faudra du temps pour l’obtenir. Peu importe, j’ai appris la patience durant ces quatorze années, réduit à peu de chose.
— Le clan MacKenneth fera tout pour vous y aider, maître.
— Tout le clan, Dallan ? Peux-tu vraiment me jurer que tous partagent mon désir ?
— B… bien sûr, maître, balbutia-t-il.
— Tu me l’as déjà juré jadis, souviens-toi, et ton propre fils m’a trahi.
— Pardonnez-moi, maître, implora Dallan. Jamais je ne me serais douté qu’il puisse se retourner contre vous et contre son clan.
— Tu m’as déjà demandé pardon à l’époque, depuis, rien à changer : il faudra me prouver ta loyauté par les actes. Sais-tu où se trouve Faolan aujourd’hui ?
— Non, maître.
— Que feras-tu si tu le revois ? interrogea Voldemort.
Dallan resta silencieux, ne sachant quoi répondre dans un premier temps, puis il déclara :
— Faolan n’est plus mon fils, il est devenu un ennemi. Je le tuerai de mes propres mains pour laver l’honneur de mon clan, si l’occasion m’en est donnée.
— N’oublie pas ces mots, conclut le Seigneur des Ténèbres.
Lucius Malfoy entra dans la pièce, il resta au fond, attendant que Voldemort lui fasse signe d’approcher.
— Tu peux te retirer, Dallan, libéra-t-il.
S’inclinant une dernière fois, le patriarche du clan MacKenneth sortit. Sur un signe de son maître, Lucius s’approcha en s’inclinant respectueusement.
— Maître, il est là, indiqua-t-il.
— Fais-le entrer, ordonna Voldemort.
Lucius s’exécuta, ouvrant la porte et invitant un homme à entrer. Il était habillé d’une robe de sorcier brune dont la capuche lui couvrait la tête, dissimulant son visage. Dans sa ceinture étaient glissés sa baguette, plusieurs poignards ainsi qu’un fouet enroulé, pendant sur sa hanche gauche.
Il ne s’inclina pas, se contentant d’attendre immobile sans se découvrir. Voldemort resta de marbre, ce fut Lucius qui réagit, excédé par son comportement.
— On ne cache pas son visage en présence du maître ! s’écria-t-il en rabattant la capuche en arrière.
L’homme avait un teint buriné par le soleil sur lequel les cicatrices qui marquaient son visage creusaient des sillons blanchâtres sur toute la partie gauche, remontant sur son crâne dépourvu de pilosité. Son orbite gauche était évidée et entourée de croûtes noires. Sa main droite n’avait que trois doigts et présentait les stigmates de brûlures. On ne pouvait qu’imaginer la gauche, glissé dans un gant.
— Et on s’incline ! ordonna Lucius en posant sa main sur sa nuque pour le pousser.
L’homme réagit aussitôt, et sans qu’il comprenne comment, Lucius se retrouva plaqué au sol, immobilisé par une clé de bras et un poignard sur la gorge. Le rire de Voldemort brisa l’immobilité trouble dans laquelle la scène était plongée.
— Ça ira, Lucius, dit-il. Mon invité n’a pas encore appris nos usages. Pour cette fois, je laisse couler.
L’homme en robe brune relâcha sa prise, tournant son attention vers le Seigneur des Ténèbres sans accorder un instant de plus à Lucius. Ce dernier se releva, lui lançant un regard haineux, et alla se poster près de la porte.
— Kont Vadász, le Traqueur, dit Voldemort, j’ai eu connaissance de tes faits d’armes lors de la dernière guerre. J’espère que tu te montreras aussi efficace à me servir dans ma quête.
Vadász ne répondit rien et resta figé, inexpressif. Ce comportement enragea de nouveau Lucius qui sortit sa baguette et la pointa sur son dos.
— On répond « oui, maître » ! s’écria-t-il.
Un claquement résonna, et le death eater poussa un cri de douleur lorsque le fouet vint lui cingler la main, le forçant à lâcher son artefact. Le Traqueur ne s’était même pas retourné, frappant à l’aveugle. Il ignora totalement le regard assassin de Lucius.
— Lucius… soupira Voldemort. Apprends que Kont est muet. N’interviens plus.
Le patriarche de la famille Malfoy ramassa sa baguette et reprit sa place au fond de la pièce.
— Comme ton surnom l’indique, tu es un expert pour débusquer les proies, quelle que soit leur nature, continua le Seigneur des Ténèbres. Je veux que tu en traques pour moi, je veux que tu me trouves et me livres l’Ordre du Phénix. Ne t’en prends pas à ce vieux Dumbledore, moi seul peux rivaliser avec lui. Isole-le, tue ses alliés. Une fois que tu auras fait ça, j’aurais une autre mission pour tes compagnons et toi, quand ils seront là.
Pour seule réaction, le Traqueur déforma sa bouche en un ersatz de sourire léger. Voldemort allait lui donner congé quand entra un homme à l’allure repoussante, assez petit et dont la main droite était argentée. Il s’inclina, plus effrayé que respectueux.
— Maître, Severus Snape est là, comme vous le souhaitiez, dit-il.
— Reste, Kont, peut-être apprendras-tu quelque chose d’intéressant pour ta mission, mais je ne veux pas qu’il te voie.
Vadász alla se mettre contre un mur et se désillusionna à tel point que sa silhouette s’effaça intégralement. Il n’émit plus aucun bruit. S’ils avaient ignoré sa présence, aucune des personnes présentes n’aurait été en mesure de le déceler.
— Fais-le entre, Wormtail[1].
Peter Pettigrew fit entrer Severus Snape. Son teint cireux ne blêmit pas en présence de Voldemort, à l’instar de Vadász, il conserva un masque impénétrable ne trahissant aucune pensée. Il s’inclina devant le Seigneur des Ténèbres, baissant les yeux en signe de soumission.
— Maître, pardonnez-moi d’arriver si tard, dit-il.
— J’ai cru un moment que tu me trahissais, Severus, que ton allégeance allait dorénavant à Dumbledore. Explique-moi pourquoi tu n’es pas venu dès que tu as senti ma marque te brûler.
— Pour donner le change, maître. Si j’étais parti vous rejoindre, le professeur Dumbledore aurait tout de suite compris que je vous restais fidèle. Surtout avec le fait que Potter a réussi à vous échapper, lui rapportant votre retour.
— Insolent ! cria Lucius. Tu oses sous-entendre que le maître a fait une erreur !
— Calme-toi, Lucius, tempéra Voldemort. Severus a raison, j’ai commis une erreur. Potter aurait dû mourir. Nous ne pouvons encore en mesurer les conséquences, bien que nous ayons la chance d’avoir Fudge comme ministre.
Voldemort s’autorisa un ricanement qui troubla un instant Lucius Malfoy.
— Cela n’explique pas pourquoi tu n’as pas rejoint le maître immédiatement, reprit-il.
— Je l’ai dit : pour ne pas éveiller les soupçons du professeur Dumbledore, répéta Snape. Ainsi, je peux rester à Hogwarts.
— Souhaites-tu juste garder ton emploi ?
— Le professeur Dumbledore me fait confiance, en n’éveillant pas sa méfiance concernant ma véritable allégeance, je vais pouvoir l’espionner pour vous, maître.
— Crois-tu vraiment qu’il aurait compris ? reprit Lucius. Ce vieux fou amoureux des Moldus est si crédule.
— Ton ancêtre, Brutus Malfoy, estimait que s’intéresser aux Moldus était un signe de faiblesse magique et intellectuelle. Quand on connaît le professeur Dumbledore, on sait à quel point ce raisonnement est idiot.
Lucius parut sur le point de dégainer sa baguette, mais Voldemort prit la parole :
— Sais-tu où Dumbledore réunit son Ordre du Phénix ?
— Oui, maître, répondit Severus.
— Alors, dis-le-nous sans tarder ! ordonna Lucius.
— Je ne peux pas.
— Tu refuses ! Comment oses-tu ?
— Je ne peux pas, car ce lieu est protégé par un Fidelitas.
— Je m’y attendais… souffla Voldemort. Alors nous nous en prendrons au reste de son Ordre du Phénix. Je veux que tu m’indiques les positions et mouvements des membres de l’Ordre.
— Je ferais selon vos désirs, maître, mais il faut que vous soyez conscient que le professeur Dumbledore va certainement cloisonner les informations. Pour le moment, il réunit les anciens membres de l’Ordre autour de lui, et va chercher à recruter de nouveaux membres.
— Oui, je m’en doute. Il ne faut pas sous-estimer Dumbledore, quoiqu’on en dise, ajouta-t-il en toisant Lucius.
— Je ne suis pas vraiment membre de l’Ordre, je leur sers juste d’espion et suis sacrifiable. Ils me prennent pour un valet docile cherchant la rédemption, ils vont le regretter, conclut-il.
— Va Severus, et rend moi compte de leurs activités. Vous pouvez disposer également, ordonna-t-il à Pettigrew et Malfoy.
Ils s’inclinèrent et quittèrent la pièce. Vadász réapparut.
— Je ne lui fais pas confiance, mais il peut nous mener à l’Ordre du Phénix, dit Voldemort. Bien sûr, il y a d’autres pistes à explorer pour les débusquer. Pas de pitié.
Dans un silence pesant, Lucius et Severus marchèrent côte à côte dans les couloirs du château MacKenneth. Wormtail avait déjà fui pour aller se terrer dans un coin, espérant peut-être qu’il serait oublié.
— Tu as de la chance que le maître te pardonne si facilement, lança Lucius.
— Le maître ne pardonne pas, Lucius, répliqua Severus, il sait que je peux lui être utile.
— Nous verrons bien. Livre-lui l’Ordre, et peut-être que je te ferai confiance à nouveau.
Et sur ces derniers mots, Lucius Malfoy s’éloigna sans se retourner.
[1] Queuedver en version française.