Le départ de Harry
Chapitre 1 : Le départ de Harry
1904 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 03/05/2026 22:35
Cela allait bientôt faire cinq ans qu'Harry Potter avait connu le 12 Square Grimmaurd, la "noble" maison de la famille de son parrain décédé.
"Noble" n'était pas vraiment le mot qu'il aurait choisi. La maison n'avait rien de la chaleur du Terrier, la demeure de la famille de son meilleur ami, les Weasley, plus modeste, bucolique et chez qui il passait souvent les vacances.
Cette demeure londonienne était juste sombre, sinistre et à peine viable, avec ses rideaux rongés par les mites et son papier peint à moitié décollé. Rien que le hall d'entré était décoré de têtes d'anciens elfes de maison y ayant servi et des portraits d'anciens résidents, dont l'horrible mère de Sirius qui injuriait quiconque passait sou son regard et que personne n'avait réussi à décrocher, seulement à cacher derrière un de ses horribles rideaux. Sans oublier le porte-parapluie en pied de troll qu'il était facile de se prendre les pieds dedans.
Quand Harry avait découvert cette sinistre maison, elle servait à la fois de refuge pour son parrain, encore en recherché à l'époque pour les crimes d'un autre, et de quartier général pour l'Ordre du Phénix, la société secrète fondé par Dumbledore pour combattre Voldemort et ses Mangemorts. Aujourd'hui, Voldemort était vaincu pour de bon et ses fidèles restant étaient capturés et envoyés à Azkaban, la prison des sorciers. De ce fait, l'Ordre n'avait plus de raison d'être.
À la mort de Sirius, Harry s'était toutefois vu et à son grand dam hérité de la maison ainsi que de l'elfe de maison qui y habitait, Kreattur. La demeure des Blacks avait momentanément servi de refuge à Harry et ses amis, Ron et Hermione, quand ils furent en fugue après que Voldemort ait pris le contrôle du Ministère. Et même le vieil elfe de maison, bien que peu aimable et amical surtout vis à vis des opposants au Sang-Pur, ait aidé Harry et ses amis à identifier celui qui avait dérobé un Horcuxe qu'ils recherchaient à ce moment-là.
Aujourd'hui, Harry approchait de ses vingt ans, la guerre des sorciers était terminé et avait décidait qu'il n'y avait plus rien à faire dans cette sinistre maison. Hormis quelques moments passés avec son parrain, il n'en gardait pas les meilleurs souvenirs.
Dans la petite chambre qu'il occupait depuis son premier jour au 12 Square Grimmaurd, Harry pliait et rangeait soigneusement dans sa valise quand Kreattur fit irruption dans la pièce, furieux.
— Maître Potter ! vociféra le vieil elfe et brandissant une paire de vieilles chaussettes à la main. Je peux savoir ce que cela signifie ? Qu'est ce que ça fait dans ma chambre ?
— Bonjour, Kreattur, répondit poliment Harry comme s'il recevait quelqu'un pour le thé. Je vois que t'as trouvé mon cadeau.
— Un cadeau ? s'écria de plus bel Kreattur. Un vêtement de mon maître ! Vous vous rendez compte de ce que cela signifie ?
— Que t'es libre, bien sûr, lui répondit Harry le plus sereinement possible. Et que t'auras plus à me supporter.
— Vous n'allez quand même pas chasser Kreattur de la noble famille des Black, s'indigna le vieil elfe. Cette maison... cette famille... c'est toute ma vie.
— Ah, mais je ne te chasse pas du tout, le rassura Harry. Tu peux rester ici aussi longtemps que tu veux. C'est ta maison, maintenant. En fait, ça l'a toujours été. Et si quelqu'un doit partir, c'est moi.
Kreattur se calme, le temps de remarquer la valise à moitié faite de son maître et des placards vides.
— Vous... Vous nous quittez alors ? demanda le vieil elfe dubitatif.
— Tu devrais être content, non ? rétorqua Harry retournant à ses affaires. Je sais que tu ne m'as jamais apprécié mais que de l'autre côté, t'aimes cette maison et la famille qui l'occupait. Et pour tout te dire, je n'ai jamais vraiment aimé cette maison. Quant à avoir un elfe de maison, je préfèrerai que ce soit en tant qu'ami qu'en tant qu'esclave ou serviteur.
Et pour cause, du temps où il était hébergé par son oncle et sa tante à la mort de ses parents, bien avant qu'il découvrit le monde des sorciers et qu'il en était un lui-même, il a été forcé de dormir dans le placard sous l'escalier durant les dix premières années chez les Dursleys et traités comme un esclave par ceux qu'il devait considéré comme sa seule famille tandis qu'il voyait son horrible cousin traité comme un enfant roi. Il savait par conséquent ce que c'était de vivre comme un esclave et ne le souhaitait à personne, pas même à son pire ennemi.
C'était certainement pour cela qu'il s'était senti obligé d'affranchir Dobby, un autre elfe de maison, quand il sut pour quelle famille de sorcier il travaillait. Ce même elfe qu'il avait dû enterré sans usage de magie après qu'il lui sauvé la vie à lui et ses amis des années plus tard. L'elfe ne lui avait pourtant pas mené une vie facile à leur première rencontre, ayant manqué de faire renvoyer Harry de Poudlard ou de perdre un bras lors d'un match de Quidditch. Mais cette nuit au manoir des Malefoy, les anciens maîtres de Dobby, Harry n'oublierait jamais le sacrifice de l'elfe. Lui et ses amis lui devaient la vie pour ça.
— Il est vrai que Kreattur n'a jamais porté dans son cœur son maître au Sang-Mêlé dans ces lieux, se confia le vieil elfe. Ni celles de vos amis Sang-de-B... Nés-Moldus et traitres à leur sang. Mais... Est-ce légal qu'un elfe de maison soit le propriétaire de la maison des sorciers qu'il sert.
— Figure toi que depuis qu'elle est entrée au ministère, mon amie "née-Moldu" comme tu l'appelle à étudier l'esclavage des elfes de maison qui lui tient tant à cœur, répondit Harry. Et elle a découvert que normalement, l'allégeance d'un elfe de maison est avant tout lié à l'habitation plutôt qu'à ses occupants. Donc autant dire que cette maison est la tienne avant d'être celle des Blacks, la mienne ou le quartier général de l'Ordre. Que nous étions seulement tes hôtes.
— Kreattur n'avait jamais vu les choses sous cet angle, dit le vieil elfe pensif. Mais alors, où est ce que Maître Potter va vivre s'il ne veut plus habiter ici.
— Tu peux arrêter de m'appeler "maître", tu sais ? lui fit remarquer Harry qui finissait de boucler sa valise. Tu es libre, maintenant. Tu n'as plus de maître à servir. Juste une maison à entretenir. Et ne t'en fais pas pour moi, j'ai trouvé une petite maison dans Godric's Hollow.
— Vous avez les moyens de vous acheter une maison ? demanda Kreattur. Et les frais ?
— Avec la fortune que mes parents m'ont laissés, confessa Harry qui finit par boucler. Et maintenant que j'ai un boulot qui paie bien, je devrais me débrouiller pour les frais et le reste. D'autant que ce n'est pas le manoir des Malefoy. J'en aurais jamais les moyens, même avec mon héritage.
— Ça... ça gêne à Kreattur de le dire, mais Harry Potter reste une légende, s'indigna Kreattur. Celui qui a vaincu Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et survécu à son sortilège de la mort à deux reprise. Le libérateur des elfes. comment pouvez vous contenter d'une simple maisonnette dans une banlieue de moldu ?
— J'en ai marre d'être aussi célèbre, confessa Harry qui finit de bouclé sa valise. Je ne peux même plus entrer dans une boutique sans entendre les gens parler de moi. Alors vivre avec des moldus comme voisins ne dérange pas plus que ça, car eux ne savent qui je suis donc ils risquent moins de me déranger. Et puis j'ai toujours pensé que ce serait à Godric's Hollow que je m'installerai. Là où sont enterrés mes parents...
Puis sans se presser, Harry descendit sa valise au rez-de-chaussée, veillant à ce que ses pas ne firent pas trop grincer le vieil escalier au risque de réveiller la mère de Sirius.
Kreattur l'observait descendre les marches, se sentant envahit d'une tristesse inhabituelle. Comme si malgré toute l'aversion qu'il éprouvait pour son ancien maître, il commençait à le regretter.
— Est-ce donc... un au revoir ? demanda le vieil elfe dubitatif.
— Qui sait ? répondit Harry sur le point de franchir la porte d'entrée. Peut-être serons nous amené à nous revoir. Avec la chance que j'ai... D'ici, je te souhaite de prendre soin de toi, Kreattur. Ainsi que de cette maison à laquelle tu tiens tant.
Et à peine eut-il franchi le seuil de la porte, le jeune sorcier disparu, sans laissé le temps au vieil elfe de lui faire ses adieux, pas même un salut de la main.
Kreattur se voyait alors à nouveau seul dans cette sombre et sinistre maison dont il n'était jusqu'alors qu'un serviteur, un valet, mais s'en voyait désormais le propriétaire, le gardien, le seul vrai maître.
— Vous avez entendu ce parvenu de Potter ? s'indigna soudain un des portraits de la famille Black, comme s'il avait attendu le départ de Harry pour s'exprimer.
— Léguer une maison de nobles sorciers à un vulgaire elfe ? s'indigna un second portrait.
— Cette maison n'était pas assez bien pour le grand Harry Potter, l'ami des Sang-de-Bourbe ! se plaignit un troisième. Il préfère vivre parmi la racaille moldu.
— Vivre parmi les moldus, s'acoquiner avec les moldus, se marier avec des moldus, fonder une famille avec des moldus ! s'indigna un quatrième. Mais quelle décadence !
— Où va le monde, je vous le demande, se plaignit un cinquième.
Et les portraits continuèrent de s'indigner de la décision de Harry dans un boucan assourdissant.
En temps normal, Kreattur approuver les commentaires de ses anciens maître d'un hochement de tête.
Mais maintenant qu'il était le maître de sa propre maison, les paroles de son ancien maître germaient dans son esprit. Lui et ses prédécesseurs étaient le vrai maître de cette maison qui hébergé les Black durant plusieurs générations. Ils n'étaient rien de moins et rien de plus que des invités qui ont abusé de l'hospitalité de leurs hôtes en s'auto-proclament leur maître.
Mais les règles avaient changé.
Qu'est ce que ces sorciers vaniteux pouvaient lui faire de toute façon ? Ce n'était plus que des souvenirs conservés dans des tableaux dont ils ne pouvaient sortir. Et même de leur vivant, leur magie n'égalait pas celles des elfes. Alors comment pouvaient-ils se prétendre être leurs supérieurs ?
Kreattur soudain claqua des doigts et un des portraits en train de s'indigner vit ses lèvres collées les unes aux autres, incapable de parler.
Le vieil elfe répéta son geste et un à un, les portraits furent soumis à son sort de mutisme quand il ne resta plus que le portrait de la mère de feu Sirius Black.
— Kreattur, vociféra cette dernière. Comment oses-tu t'en prendre à tes... ?
Un énième claquement de doigts et les lèvres de la vieille sorcière furent à leur tours scellées.
— La maison de Kreattur, les règles de Kreattur, clama haut et fort le vieil elfe.