La prophétie des deux coeurs atlantes
CHAPITRE 17
Les échos du passé
Au moment où Drago et Eliza entrent dans la cuisine, Kira est en train d’ajouter les derniers ingrédients à la soupe miso. Une délicieuse vapeur parfumée s'échappe de la marmite.
— Ça sent divinement bon ! affirme aussitôt Drago, les yeux brillants de gourmandise.
Eliza s'approche du plan de travail avec un sourire chaleureux.
— Est-ce qu'on peut t’aider pour quelque chose? demanda-t-elle à l’elfe.
Kira se tourne vers eux, une louche à la main, et leur adresse un regard bienveillant.
— Vous arrivez à point nommé, suggère-t-elle. Vous pourriez préparer la table. Et surtout, pensez à ajouter un couvert pour le maître Kaiho ! Yoshi l’a invité à se joindre à nous ce soir.
Un grand sourire s'affiche sur le visage des deux jeunes sorciers. Heureux à l'idée de pouvoir dîner et échanger avec leur sensei en dehors des entraînements, Drago et Eliza s’activent immédiatement pour dresser une jolie table.
Alors que Drago pose le dernier couvert et qu’Eliza arrange une délicate décoration fleurie au centre de la table, Yoshi entre dans la pièce, un grand rouleau sous le bras. Son visage s'éclaire en voyant les deux jeunes sorciers.
— J'ai enfin terminé les plans du jardin intérieur, annonce-t-il avec enthousiasme.
Il déroule le parchemin sur un coin de la table. Drago et Eliza se penchent aussitôt pour l'étudier. En observant les croquis détaillés des fontaines, des espaces de méditation et des serres, ils peuvent facilement visualiser le futur jardin qui s’annonce tout simplement magnifique.
— C'est un travail remarquable, Yoshi, le remercie Eliza, les yeux brillants.
— Tout le plaisir est pour moi, répond humblement Yoshi en inclinant la tête. Je me mettrai à la tâche dès demain matin pour que vous puissiez rapidement en profiter.
Soudain, l'atmosphère de la pièce change. Il redresse les épaules et pose un regard profondément sérieux sur Drago et Eliza. Le ton de sa voix se fait plus grave lorsqu'il reprend :
— J'ai aussi reçu des nouvelles de Poudlard.
Drago et Eliza se figent, suspendus à ses lèvres.
— Selon les dires d’Albus Dumbledore, un élève de la maison Serpentard, Gregory Goyle, a reçu la marque des ténèbres, révèle Yoshi. Voldemort lui a confié la mission de tuer le directeur.
Un silence pesant s'installe. Drago secoue lentement la tête, l'incompréhension et le scepticisme se lisant sur ses traits.
— Goyle ? C'est absurde, souffle le jeune homme. Comment mon ancien camarade d’école pourrait-il réussir une telle mission ? Il n'a jamais été très brillant. À moins que son père ne soit désigné par Voldemort pour l’aider en secret à s’infiltrer.
Drago s'interrompt, le regard perdu dans le vide, alors que les souvenirs de ses propres visions lui reviennent en mémoire. Il se tourne vers Yoshi et Eliza, une certitude inébranlable dans la voix :
— Cependant, dans mes visions, ce n’est pas Goyle qui mettra fin aux jours de Dumbledore. C'est Severus Rogue.
Yoshi hoche lentement la tête, prenant les paroles du jeune homme très au sérieux.
— Fais confiance à tes visions, Drago, l'assure-t-il d'un ton solennel. Le camp de Voldemort planifie activement d’infiltrer le château de Poudlard. Avec l'aide des élèves qui recevront la Marque, comme Goyle, et le soutien secret du professeur Rogue, ils feront absolument tout ce qui est en leur pouvoir pour y parvenir.
Eliza laisse échapper un long soupir, une lueur d'inquiétude traversant ses yeux alors que ses pensées s'envolent vers l'Écosse.
— Je ne peux pas m'empêcher de penser à Harry, lâche-t-elle en croisant les bras. Tu te souviens, Drago ? Avant que je ne découvre que tu étais l’autre élu atlante et que nous partions, Harry n’arrêtait pas de parler de toi. Il était absolument certain que tu étais devenu un Mangemort, que tu portais la Marque et que tu planifiais un mauvais coup dans l'école. Il en était obsédé.
Elle frissonne légèrement en fixant le plan du jardin sans vraiment le voir.
— Alors maintenant, avec Goyle qui prend ce rôle, les autres élèves impliqués et Rogue qui tire les ficelles... Je n'ose même pas imaginer dans quel état d'esprit Harry se trouve en ce moment, ni ce qu'il fait pour tenter de les piéger.
Drago hoche la tête.
— À l'époque, j'avais surtout remarqué que Harry ne cessait de me surveiller du regard, répondit-il sérieusement. Partout où j'allais, je sentais ses yeux sur moi. C’est sûrement pour ça qu’il s’était introduit dans ma cabine du Poudlard Express, caché sous sa cape d’invisibilité.
Eliza acquiesce, un sourire en coin malgré la gravité du sujet.
— Je sais qu’il a fait ça, confirme-t-elle. Il en a parlé à la table des Gryffondor dès son arrivée dans la Grande Salle. Il saignait abondamment du nez et affirmait haut et fort que tu l’avais frappé.
— Laisse-moi t'expliquer ce qui s’est réellement passé, reprend Drago en croisant les bras. J’avais repéré ses pieds dès qu'il s'était glissé dans le compartiment des Serpentard. Il n'est pas aussi discret qu'il le pense. Mais j'ai attendu. C’est lorsque le train est arrivé à la gare de Pré-au-Lard que les choses ont dérapé. Harry a tenté de s'emparer de ma mallette brune.
Eliza écarquille les yeux, comprenant immédiatement l'enjeu.
— Qu’est-ce qu’il y avait dedans ?
— Elle contenait un livre sur l’Atlantide, mon manuel de traduction de runes anciennes, ainsi que le document sur les origines de la lignée Malefoy que j’avais volé dans la section interdite du manoir de mon père, révèle Drago. Harry ne devait absolument pas découvrir ça. S'il avait posé les yeux sur ces papiers, notre secret aurait été en danger. Alors, je ne lui ai pas laissé le choix, tout en jouant le jeu du méchant Serpentard qu’il avait toujours connu. Je lui ai lancé le Maléfice du saucisson pour le paralyser, et je lui ai simplement rappelé que c’était très mal de fouiller dans les affaires des autres avant de lui donner un bon coup de pied au visage.
Yoshi hoche la tête, un fin sourire approbateur étirant ses lèvres. De son côté, Eliza laisse échapper un léger sifflement d'admiration.
— Tu as parfaitement réagi, Drago, affirme l’elfe d'une voix calme. Protéger les secrets de l'Atlantide et de ta lignée était ta priorité absolue. Potter a été imprudent.
— C’est le moins qu’on puisse dire ! ajoute Eliza avec un petit rire. Quand je pense qu'il se faisait passer pour la victime dans la Grande Salle. S'il avait su ce que contenait réellement cette mallette, il aurait alerté Dumbledore sur-le-champ. Tu as sauvé notre couverture avant même que notre quête ne commence officiellement.
Un violent « crac » sonore retentit soudain à l'entrée de la cuisine, faisant vibrer l'air de la pièce. Le maître Kaiho venait d'apparaître par transplanage, juste à côté du plan de travail. À la place de sa tenue de combat habituelle, il porte une magnifique robe de sorcier traditionnelle du Japon, aux broderies discrètes et élégantes. Il incline la tête et salue tout le monde d'un sourire particulièrement chaleureux, détendant instantanément l'atmosphère sérieuse de la pièce.
— Bonsoir à tous, dit le vieux maître d'une voix profonde et bienveillante. L'odeur de cette cuisine m'a guidé jusqu'à vous.
— Bonsoir, sensei ! répond Drago, ravi de le voir.
Le jeune homme s'avance pour l'accueillir et tire poliment la chaise située juste à côté de lui.
— Je vous en prie, prenez place à ma droite.
Le maître remercie chaleureusement Drago d'un hochement de tête et s’installe. Eliza s’assoit juste en face des deux hommes, un sourire aux lèvres. Pendant que Yoshi s'éclipse pour aller ranger soigneusement les plans du jardin intérieur et que Kira commence à servir les bols fumants de soupe miso, Kaiho pose son regard perspicace sur ses deux élèves.
— Alors, de quoi discutiez-vous avant mon arrivée ? demande-t-il avec curiosité. Vos visages semblaient particulièrement sérieux.
Eliza prend la parole. Avec calme, elle lui raconte d'abord les sombres nouvelles qu’ils viennent de recevoir de Poudlard concernant Goyle et les plans de Voldemort. Puis, pour détendre un peu l'atmosphère, elle enchaîne sur l’incident survenu entre Drago et Harry Potter dans le Poudlard Express.
En écoutant le dénouement de l'histoire, le maître Kaiho laisse échapper un sourire amusé. Il se tourne vers le jeune sorcier, l'œil pétillant de malice.
— Eh bien! J’aimerais beaucoup que tu t’engages avec cette même fougue et cette même réactivité durant nos entraînements sur le tatami, énonce le sensei.
Drago redresse les épaules, un sourire hésitant aux lèvres.
— J’aimerais bien, répond-il. Mais je me retiens un peu. Je n'ai pas envie de blesser Lisa.
En face de lui, la jeune fille lève les yeux au ciel et laisse échapper un rire moqueur avant de répliquer avec piquant :
— Ne t'inquiète pas pour moi, mon petit dragon en sucre ! Pour l'instant, c'est plutôt toi qui devrais rester sur tes gardes si tu ne veux pas finir au tapis, avant d'avoir pu toucher un seul de mes sushis.
Drago s’amuse de ce surnom et hoche la tête.
— D’accord, d’accord, j'ai compris, concède-t-il avec un sourire en coin.
Le maître Kaiho intervint alors, posant un regard bienveillant sur le jeune homme.
— Tu n’as pas à t’en faire pour elle, le rassure-t-il. En tant que descendants directs de l'Atlantide, vos corps possèdent des facultés uniques. Si l'un de vous venait à recevoir un coup un peu trop appuyé, votre magie interne vous gurérirait immédiatement. C'est un avantage immense, contrairement aux Moldus ou même aux sorciers ordinaires qui dépendent de leurs potions et de leurs baguettes.
Le sensei marque une courte pause, son regard glissant vers Eliza avant de revenir sur celui de Drago. Il reprend de ton plus rigoureux :
— C'est pourquoi je t’encourage vivement à te surpasser et à ne plus retenir tes coups. Le jour où tu feras tes début en compétition, certains adversaires que tu rencontreras seront totalement sans pitié.
— C'est tout à fait vrai, confirme Eliza d'un ton plus sérieux. Mon ami Ji-Hoon m'en avait parlé. Il m'a assuré que dans les circuits de haut niveau, certains combattants se comportent comme de véritables brutes. Ils n'hésiteront pas à exploiter la moindre de tes faiblesses.
Au même moment, Kira s’approche pour déposer un magnifique plateau de sushis colorés au centre de la table. Son visage d'elfe, d'ordinaire si doux, s'était durci sous l'effet de la conversation.
— Le maître a raison, affirme-t-elle en fixant les deux jeunes sorciers. Et cela va bien au-delà des compétitions. Le jour où vous partirez à la recherche des Horcruxes, les Mangemorts que vous croiserez sur votre route seront sans pitié. Ils ne reculeront devant rien pour vous éliminer. Pour survivre et réussir, vous devrez apprendre à agir avec la même détermination qu'eux.
Ren Kaiho acquiesce solennellement, ses mains croisées dans les larges manches de sa robe traditionnelle.
— Exactement, rappele-t-il d'une voix profonde qui impose le silence autour de la table. Ne perdez jamais de vue que votre mission ultime est d’éviter la destruction de notre civilisation actuelle. C'est une chance unique, une opportunité que nous n’avions malheureusement pas eu le temps de saisir à l'époque, lors de la chute de l’Atlantide. Vous portez l'avenir du monde magique sur vos épaules.
— Je viens justement de ce monde de Mangemorts, répond Drago d'une voix sombre mais habitée par une détermination farouche. Je sais de quoi ils sont capables. Et je vous promets que je ne les laisserai plus jamais s’en prendre aux autres ni détruire notre univers.
Il marque une pause, fronçant légèrement les sourcils tandis qu'il s'applique à bien placer ses baguettes entre ses doigts pour attraper un maki. Une fois sa prise assurée, il lève les yeux vers l'assemblée.
— C'est étrange, reprend-il. En parlant de Mangemorts, j’ai vraiment le pressentiment d'avoir vécu un scénario similaire en Atlantide.
Le maître Kaiho avale tranquillement son maki, puis pose un regard empreint de sagesse sur Drago.
— Ton ressenti est d'une absolue justesse, déclare le sensei. Les échos du passé ne mentent jamais. D’après les récits sacrés qui ont été transmis au fil du temps à notre peuple, le prince Lysandros était le deuxième fils du roi Thalassos, le souverain du royaume d'Émeraude.
Le visage de Kaiho s'assombrit légèrement lorsqu'il évoque cette figure historique.
— Cependant, ne t'y trompe pas, poursuit-il d’une voix grave. Le roi Thallassos était décrit dans les chroniques comme une brute assoiffée de pouvoir. Selon sa vision tyrannique, la magie devait être strictement réservée aux sorciers, et il refusait catégoriquement l'idée qu'une femme puisse régner à l'égal d'un roi. C'est pour cette raison qu'il méprisait profondément le souverain du royaume Saphir, le roi Coralis.
Eliza se redresse sur sa chaise. Un frisson soudain la parcourt de la tête aux pieds alors que le récit se tourne vers l'identité de celle qu'elle avait été en Atlantide. Elle retient son souffle, suspendue aux lèvres de son sensei.
— Le roi Coralis n’avait qu’un seul enfant, une fille, la princesse Altheia, explique Kaiho en posant un regard lourd de sens sur la jeune fille. Contrairement à Thalassos, Coralis était un homme juste et progressiste. Il préparait activement sa fille à diriger son royaume avec sagesse et force. Selon les lois de leur peuple, elle devait officiellement devenir la reine souveraine à son dix-huitième anniversaire. Un affront insupportable pour le roi d'Émeraude.
Le sensei laisse planer un silence pesant avant de préciser :
— Mais ce que le roi Thalassos ne supportait pas par-dessus tout, c'était que la princesse Altheia fût une authentique guerrière. Il était hors de lui à l'idée qu'elle puisse être plus forte qu’un homme et, pire encore à ses yeux, qu’elle commande fièrement sa propre troupe de femmes guerrières. Pour un tyran comme lui, c'était une insulte directe à sa vision du monde.
La description du roi d’Émeraude fait cruellement frissonner Drago. Cet homme d'autrefois semblait être la copie conforme de Lucius Malefoy. Le jeune homme reste silencieux, mais un déclic vient de se produire dans son esprit. Il comprend enfin d’où remonte sa profonde blessure d’âme d’humiliation, ce traumatisme lointain qui s’était répété maintes et maintes fois, traversant les siècles pour le tourmenter jusque dans sa présente incarnation. Du côté de la princesse Altheia, si elle avait eu la chance d'être aimée et soutenue par son père, sa propre blessure de trahison venait probablement d’un proche, une personne en qui le roi de Saphir avait placé toute sa confiance avant le drame.
Le dîner s'achève dans cette atmosphère de révélations. Plus tard dans la soirée, la lourdeur des secrets de l'Atlantide pèse encore sur leurs cœurs.
— La politique est un monde de mensonges et de trahisons, confie tristement Drago à Eliza, tandis qu’ils entrent ensemble dans le calme de leur chambre.
La jeune fille ferme la porte derrière eux, l'écoutant avec une infinie compassion.
— Mes parents vivaient de ça à longueur de temps, continue-t-il, la voix basse. Au ministère de la Magie comme à la maison, tout n'était que faux-semblants.
Drago s’interrompt pour aller s’asseoir sur le bord du lit. Eliza s’approche doucement de lui. Dans un geste d'une douceur absolue, elle pose ses mains sur ses épaules pour lui insuffler son soutien et l'ancrer dans le présent.
Porté par sa chaleur, il poursuit en lui ouvrant totalement son cœur :
— Lucius me préparait une carrière toute tracée en politique, au ministère. Lui et Narcissa se foutaient royalement que leur fils unique caresse le rêve d’être joueur professionnel de Quidditch. Ma liberté n'avait aucune valeur à leurs yeux. Tu vois... tout comme le prince Lysandros autrefois, Drago Malefoy n’aurait jamais été libre de choisir sa propre vie.
Eliza fait glisser ses mains le long de ses bras pour venir entrelacer ses doigts aux siens, un geste de réconfort tendre et rassurant qui fait baisser la garde du jeune homme.
— Je crois que suite au récit de notre sensei, nous sommes peut-être enfin prêts à voir ce qui s’est réellement passé à la fin, murmure-t-elle, le regard brillant d'une étrange certitude. Nos pendentifs sont connectés à nos âmes. Ils nous montreront la vérité si nous leur demandons.
Drago l'observe, un voile d'angoisse assombrissant ses yeux. Il serre ses doigts un peu plus fort.
— Ce qui m’effraie le plus dans tout ça, c’est de nous voir mourir dans le cataclysme, avoue-t-il à voix basse. Revivre cette fin, je ne sais pas si j'en aurai la force.
Eliza déglutit, une lueur de vulnérabilité traversant ses propres traits, mais elle tient bon.
— Je ressens exactement la même chose, admet-elle doucement. La peur me tord le ventre. Mais nous devons tout de même voir ce qui s’est passé. C'est le seul moyen d'avancer. En plongeant là-dedans, nous saurons peut-être également qui a prononcé la prophétie. Nous découvrirons enfin pourquoi nous sommes ici aujourd’hui, dans cette vie, investis de cette lourde mission de sauver le monde magique.
Le jeune sorcier prend une profonde inspiration, chassant les dernières hésitations qui le paralysaient. Les paroles d'Eliza résonnent comme une vérité indéniable. Il acquiesce lentement.
— Tu as raison. Faisons-le, dit-il d'une voix qui retrouve toute sa fermeté. Mais avant de plonger dans ces souvenirs, demandons protection et guérison à nos pendentifs. Nous devons préserver nos esprits pour ne pas nous perdre dans les ombres du passé.
Ensemble, ils ferment les yeux et posent chacun une main sur leur artefact atlante, laissant la magie ancienne envelopper leur esprit d'une douce lueur protectrice, prêts à basculer dans les abysses de l'histoire.