Hermione Papadakis

Chapitre 9 : histoires du passé

5201 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 24/04/2026 14:16

Au petit matin, alors que toute la maison dormait encore, Sophie se réveilla doucement. L'excitation liée à son mariage la rendait plus nerveuse que d'ordinaire.

Ce soir marquerait le début des trois jours de célébration : un grand dîner d'ouverture en l'honneur des deux familles, l'occasion parfaite pour apprendre à se connaître avant la cérémonie.

Au moment de l'organisation, Sophie pensait qu'elles ne seraient que trois à représenter sa famille : elle-même, sa mère, et Sofia, qu'elle considérait comme sa grand-mère de cœur. Jamais elle n'aurait imaginé que des "oncles" inattendus, et surtout son autre mère, viendraient se joindre à la fête.

Rien que cette pensée dessina un large sourire sur son visage alors qu'elle terminait de se préparer. Elle attrapa discrètement ses affaires, déterminée à quitter la maison sans réveiller personne, pour aller faire un tour au village avant que la journée ne commence vraiment.

En quittant sa chambre, Sophie se risqua à jeter un œil dans celle de sa mère. Son cœur se serra lorsqu'elle aperçut Fleur endormie, tenant tendrement Hermione dans ses bras.

Une boule d'émotion lui monta à la gorge.

« Elles s'aiment toujours... », pensa-t-elle, les yeux brillants.

Elle se détourna doucement de la porte et poursuivit son chemin jusqu'au village. En passant dans la cour, elle aperçut Viktor en train de faire des exercices.

— Tu es toujours aussi matinal, Viktor ?

— Vieilles habitudes d'entraînement, répondit-il en souriant. Mais toi aussi, tu es tombée du lit, on dirait.

— Le stress du mariage, je suppose... Je vais au village aider Mamie Sofia pour ce soir.

Il acquiesça doucement, puis demanda, un peu hésitant :

— Tu es sûre que nous ne ferons pas tache ? Ton fiancé nous a dit que ce dîner était réservé à la famille.

Sophie s'arrêta et planta son regard malicieux dans le sien.

— Et vous êtes la famille de maman, à votre façon. Toi, Harry et Ron... Alors pas de gêne. Vous avez votre place ici.

Elle lui fit un clin d'œil complice avant de reprendre sa route, légère, vers le village qui commençait à s'éveiller.

En arrivant au village quelques minutes plus tard, Sophie sentit une agitation inhabituelle émaner du port, où la première navette de la journée venait d'accoster. Intriguée, elle se dirigea vers les quais pour voir ce qu'il se passait.

À sa grande surprise, elle tomba nez à nez avec une nuée de têtes rousses qui semblaient toutes chercher quelqu'un du regard.

Sophie s'approcha prudemment.

— Je peux vous aider ?

— Oh bordel de merde, t'es vraiment sa fille ! s'exclama l'une des rousses avec un grand sourire.

— Heu... bonjour. Je suis Sophie. On se connaît ?

— Oh, pardon pour mon langage, jeune fille. Je suis Ginny Potter-Weasley, et ces énergumènes là derrière, ce sont les membres du reste de ma famille que je n'ai pas réussi à empêcher de venir. Voici Molly et Arthur, mes parents, ainsi que mes frères George et Charlie. J'ai aussi deux petits garçons, mais ils sont restés en Angleterre cette fois-ci.

— Si j'ai bien suivi, vous êtes donc la famille de Ron... et tu es la femme d'Harry.

— Exactement ! confirma Ginny avec un clin d'œil.

— Et toi, tu es la fille de Fleur, dirent les membres de la famille Weasley d'une seule voix après s'être présentés à leur tour.

Sophie cligna des yeux, surprise.

— C'est si évident que ça ?

— Sans l'ombre d'un doute, répondit Molly en lui caressant tendrement la joue. Les mêmes yeux. La même aura. Tu portes ta mère dans chaque geste.

Sophie sourit, à la fois touchée et intimidée par cette arrivée en fanfare.

— Maintenant que les présentations sont faites, que diriez-vous de venir prendre le petit-déjeuner à la ferme ? Ma mère sera ravie de vous voir, j'en suis certaine. Vous n'avez qu'à suivre ce chemin, vous tomberez directement sur la maison. Je vous rejoins vite, je dois juste régler quelques détails pour la fête de ce soir... et prévenir qu'il faudra rajouter quelques couverts !

— Ne te dérange pas pour nous, ma chère. Nous pouvons très bien rester sur le continent si vous êtes trop occupés, dit Molly en souriant doucement. Mais quand Ginny nous a dit qu'Hermione était ici... nous n'avons pas pu résister à l'envie de venir.

— Elle vous manque ? demanda doucement Sophie.

— Comme ma propre fille, répondit Molly, la voix tremblante, les yeux embués de larmes.

Sans réfléchir, Sophie s'approcha pour la serrer dans ses bras.

— Je suis tellement contente que vous soyez venus... On dirait que j'ai gagné de nouveaux grands-parents, et une sacrée collection d'oncles, ajouta-t-elle dans un rire léger.

— Oh, ma chérie... murmura Molly en fondant littéralement en larmes, émue au-delà des mots.

— Sophie ! Remonte à la maison, je m'occupe de tout, cria alors une voix au loin.

C'était Sofia, observant la scène depuis la petite place, un sourire attendri aux lèvres.

— Merci grand-mère ! lança Sophie avant de se tourner vers les Weasley.

— Venez, approchez, que je vous présente la cheffe officieuse de ce village.

Une fois les présentations faites et quelques bavardages échangés, ponctués de rires et d'exclamations en tous genres, la petite troupe se mit en route pour remonter vers la ferme Papadakis, qui s'éveillait lentement sous les premiers rayons dorés du soleil.

Dans la cour encore baignée de la fraîcheur matinale, Viktor était toujours en plein entraînement. Torse nu, concentré, il enchaînait les séries de mouvements avec une rigueur presque militaire. Depuis la terrasse, les amies nymphes de Sophie, encore en pyjamas légers et à peine réveillées, l'observaient en silence... ou presque. Quelques gloussements étouffés trahissaient leur admiration sans retenue pour le corps sculpté de l'ancien joueur de Quidditch.

— C'est pas humain, murmura Naya, les yeux écarquillés.

— J'veux bien faire du sport tous les jours s'il donne des cours particuliers... ajouta Léandra, mi-sérieuse, mi-hilare.

Pendant ce temps, à l'intérieur de la maison, une autre scène inattendue se jouait dans la cuisine. Harry, vêtu d'un vieux t-shirt et d'un tablier à carreaux un peu trop petit, s'affairait devant la poêle avec une dextérité étonnante. À ses côtés, Ron préparait du café tout en surveillant les tartines qui grillaient doucement.

— Tu sais que c'est presque effrayant de te voir cuisiner sans rien faire cramer ? lança Ron avec un sourire moqueur.

— J'ai des enfants, Weasley. Tu devrais savoir qu'avec deux tornades à la maison, mieux vaut apprendre à faire des pancakes si tu veux garder ta dignité au petit-déj.

— C'est donc ça, le secret de la paternité... murmura Ron en versant deux tasses de café fumant.

Ils relevèrent la tête en entendant des pas sur le gravier : c'était le clan Weasley au complet, escorté par une Sophie radieuse et une Sofia fièrement campée en tête du groupe.

— Prépare-toi à servir une armée, souffla Ron en tapotant l'épaule de son ami.

Harry, lui, esquissa un sourire ravi.

Il lacha les fourneaux pour aller voir et prendre des nouvelles de sa femme

— Tu n'aurais pas dû venir dans ton état, madame Potter.

— Je suis enceinte, pas mourante, monsieur Potter. Dois-je te rappeler que c'est ma troisième grossesse ? Je sais encore prendre soin de moi, répliqua Ginny avec un sourire en coin.

Harry leva les mains, faussement désarmé.

— Je suis heureux de te voir. Et je vois que tu as déjà fait connaissance avec Sophie.

Ginny hocha la tête, les yeux pétillants.

— Oui... et tu avais raison. Une parfaite copie de Delacour. C'est hallucinant.

Elle baissa un peu la voix, presque comme si elle avait peur d'être déçue par la réponse.

— Hermione est vraiment ici ?

Harry prit une grande inspiration.

— Oui, Gin. Elle est là. On n'a pas encore vraiment eu le temps de parler en profondeur de son départ, mais... elle est vivante. Elle va bien.

Ginny ne répondit pas tout de suite. Ses lèvres tremblèrent et ses yeux s'embuèrent de larmes. Pendant longtemps, elle, comme le reste de la famille, avait cru qu'Hermione était peut-être morte, tuée par des Mangemorts. L'idée du suicide avait même été évoquée, à voix basse, jamais devant Harry ou Ron... mais dans le secret des nuits d'angoisse. L'état mental d'Hermione après le manoir des Malefoy n'était un secret pour personne. Et pourtant, personne ne savait réellement ce qu'il s'était passé là-bas, à part Hermione elle-même.

Harry posa doucement une main sur l'épaule de sa femme.

— Elle est là, Gin. C'est tout ce qui compte pour l'instant.

Ginny essuya une larme, inspira un grand coup et sourit.

— Alors je veux la voir. Elle me doit une explication, un café, et probablement un bon cri dans les oreilles.

Et comme par magie, Hermione entra dans la cuisine, main dans la main avec Fleur. Réveillées par l'agitation causée par l'arrivée en fanfare des Weasley, elles avaient fini par descendre.

— Granger !!! s'écria Ginny en la voyant. Elle se précipita vers elle, l'index levé comme une arme.

— Tu as intérêt à tout me raconter. Tout, tu m'entends ?! Surtout cette partie-là ! ajouta-t-elle en désignant d'un geste accusateur les mains enlacées d'Hermione et Fleur.

— Je suis ta meilleure amie, presque ta sœur, comment as-tu pu me cacher un truc pareil ? Et t'enfuir comme une voleuse ?! Tu nous as laissés derrière alors qu'on était aussi ta famille ! JE TE DÉTESTE, GRANGER !

Sans laisser à Hermione le temps de répondre, Ginny lui donna une petite tape sur le torse, le regard embué de larmes. Ce n'était pas de la colère, pas vraiment... mais une douleur mêlée d'affection trahie.

Hermione vit la détresse dans les yeux de son amie. Elle lâcha la main de Fleur, fit un pas en avant, et entoura Ginny de ses bras.

— Je suis désolée, Gin. Vraiment désolée. Je n'avais pas les idées claires... j'étais perdue. S'il te plaît... pardonne-moi, murmura-t-elle, la voix cassée.

Ginny leva les yeux vers elle, les siens rouges, mouillés, et hocha la tête lentement.

— Je te pardonne. Mais seulement à deux conditions.

Elle leva deux doigts, très sérieuse.

— Un : pendant le petit-déjeuner, tu nous racontes toute l'histoire. J'ai bien dit toute. Pas un détail de moins.

— Et deux ? demanda Hermione avec un sourire en coin.

— Tu me prépares ton chocolat chaud secret. Celui avec la cannelle et la noisette. Parce que tu me le dois. Et que je suis enceinte. Donc j'ai tous les droits.

Hermione rit, les yeux brillants de larmes.

— Bien, capitaine. Je m'en occupe tout de suite.

Avant de se diriger vers la cuisine pour commencer le chocolat, elle fit le tour de la pièce pour embrasser chaque Weasley présent, dans un déluge d'émotions, de larmes, et de retrouvailles chaleureuses.

Molly, après l'avoir serrée contre elle avec une force presque étouffante, laissa couler quelques larmes sur son épaule. Puis elle se recula juste assez pour lui prendre le visage entre les mains, les pouces caressant ses joues comme elle l'avait si souvent fait avec ses propres enfants.

— Tu aurais pu nous faire avoir une crise cardiaque, jeune fille. On t'a crue morte, enlevée, peut-être pire... Je me réveillais encore la nuit en me demandant où tu étais, si tu avais froid, si tu avais faim... Tu étais comme une fille pour moi, Hermione, tu l'as toujours été. Et même si je ne comprends pas tout ce que tu as traversé, même si je t'en veux un peu de t'être tue pendant si longtemps, je suis tellement soulagée de te revoir vivante. Et heureuse. Ça, c'est tout ce qui compte désormais.

Elle lui déposa un baiser sur le front, puis la serra à nouveau contre elle.

— Je sais, Molly... pardon.

Hermione éclata en sanglots, des sanglots profonds, violents, comme si elle relâchait enfin tout ce qu'elle avait gardé en elle pendant des années.

Instantanément, sans hésitation, tous les Weasley se rapprochèrent pour l'enlacer dans une étreinte collective. Un véritable cocon d'amour et de chaleur humaine se forma autour d'elle, mêlant larmes, sourires et soulagement.

Un peu plus loin dans la pièce, Fleur avait rejoint Sophie et l'enlaça tendrement, les yeux rivés sur la scène.

— Elle était aimée... tellement aimée. Je ne comprends pas pourquoi elle les a quittés...

— Ta mère a ses raisons, ma chérie. Il faut lui laisser le temps de les expliquer, à sa manière.

— Tu lui as pardonné ? demanda Sophie à voix basse, presque comme une enfant.

— En partie, répondit Fleur après un silence. Même si j'ai encore du mal à encaisser qu'elle m'ait volé mon rôle de mère... je l'aime, Sophie. Je l'ai toujours aimée, bien plus que tu ne peux l'imaginer. Et même après toutes ces années, malgré tout ce qu'elle m'a fait... je n'arrive pas à lui en vouloir complètement.

Sophie ne répondit pas tout de suite. Elle déposa un baiser doux sur la joue de Fleur, un geste plein de tendresse, presque complice puis s'éloigna doucement pour rejoindre Hermione dans la cuisine, prête à l'aider à préparer le fameux chocolat chaud secret.

La première partie du petit déjeuner se déroula dans un silence feutré, presque sacré. On entendait seulement le tintement des couverts, le bruissement du vent dans les oliviers, et les quelques gloussements étouffés des nymphes qui commentaient à voix basse les efforts culinaires d'Harry.

Comme la maison ne suffisait pas à accueillir autant de monde, tout le monde s'était installé dehors, dans la cour ensoleillée, autour d'une immense table dressée avec soin. Des paniers de fruits, des confitures maison, des pains encore tièdes, et des omelettes parfumées donnaient au repas des allures de festin familial.

Le calme persista jusqu'à ce que Ginny, assise en bout de table, pose sa tasse avec un petit « clac » résolu.

— Bon. Maintenant que nous sommes tous réunis, repus, et j'ose l'espérer un peu plus calmes... Hermione, tu nous dois des explications. Toute l'histoire, sans filtre, sans échappatoire.

Le silence revint, et tous les regards se tournèrent vers Hermione.

Elle prit une profonde inspiration, comme pour puiser dans un vieux reste de courage de Gryffondor. Elle chercha le soutien autour d'elle : Harry, à sa droite, lui adressa un sourire rassurant. Fleur, à sa gauche, lui serra doucement la main, un geste discret mais chargé de promesses.

Hermione se redressa, releva la tête, et parla enfin, la voix un peu rauque mais ferme :

— Eh bien... je suppose qu'il faut commencer par le début.

Elle marqua une pause, balayant la table du regard, croisant des visages familiers et aimants qu'elle avait si longtemps fuis.

— Ce que je vais vous dire n'a jamais été raconté. Pas dans les livres, pas dans les journaux. J'ai effacé volontairement ma trace après la guerre, et aujourd'hui... je crois que je vous dois la vérité.

Un silence attentif s'installa. Même les nymphes cessèrent de chuchoter. Le moment était venu.

Ainsi, Hermione commença à dérouler le fil du passé. Sa voix était posée, teintée de nostalgie.

— Après le Tournoi des Trois Sorciers, Fleur et moi avons gardé contact. Au départ, c'était juste une correspondance amicale. On se racontait Poudlard, Beauxbâtons, nos familles respectives... Puis, petit à petit, nos lettres sont devenues plus personnelles. Plus intimes. On parlait de nos doutes, de nos rêves, de la guerre qui se profilait.

Elle marqua une pause, bu une gorgée de chocolat chaud, et continua :

— Ce lien... s'est intensifié. Et quand Fleur a été choisie pour représenter la délégation française au sein de l'Ordre du Phénix, nous nous sommes retrouvées à vivre dans la même maison. Au Terrier. C'est là que tout a basculé.

Les visages autour de la table se figèrent. Même les plus jeunes semblaient percevoir l'importance de ces mots.

— C'est aussi là que j'ai appris... ses fiançailles avec Bill.

Sophie, jusque-là muette, fronça les sourcils, la voix teintée d'incompréhension :

— Maman... tu allais épouser quelqu'un d'autre ? Comment t'as pu faire ça, si tu aimais maman ?

Fleur redressa doucement la tête. Son regard croisa celui de sa fille, franc, presque coupable, mais sans détour. Elle posa calmement sa serviette sur ses genoux avant de répondre.

— C'était un mariage blanc, ma chérie. Une façade. À l'époque, le Ministère ne voulait pas de ressortissants étrangers dans le pays, surtout pas une Vélane. Ils disaient que mes pouvoirs fausseraient les jugements. Bill et moi... nous avons trouvé cette solution. Il m'a proposé un mariage pour que je puisse rester en Angleterre et me battre avec l'Ordre. Rien de plus.

Elle marqua une pause, sa voix tremblante mais ferme :

— Nous avions prévu de tout révéler après la guerre. De tout arrêter. Mais il fallait jouer ce rôle jusqu'au bout. Hermione n'était pas censée l'apprendre, mais... les sentiments n'attendent pas la fin d'un conflit.

Un silence respectueux accueillit ses paroles. Sophie hocha lentement la tête, digérant la révélation.

Hermione baissa les yeux, les mains serrées autour de sa tasse, avant de conclure simplement :

— Ce fut une période confuse. Et douloureuse. Mais aussi... très intense.

.

Hermione reprit la parole d'une voix un peu plus posée, le regard lointain.

— Pendant la chasse aux Horcruxes... j'étais brisée. Physiquement, moralement. Mais c'était surtout l'absence de Fleur qui me rongeait de l'intérieur. J'avais l'impression qu'il manquait un morceau de moi-même. Et plus le temps passait, plus j'étais malade de ce vide, de ce silence entre nous. C'est à ce moment-là que j'ai compris. Que ce n'était pas juste une amitié forte. Que mes sentiments pour elle étaient... bien plus.

Un murmure parcourut la table, mais personne n'osa interrompre.

— On était traqués, affamés, seuls. Et dans tout ce chaos, une partie de moi voulait juste une lettre. Une parole. Un signe de sa part. Et pourtant, je me disais qu'elle était mariée. Que je n'avais aucun droit de l'aimer. Alors j'ai gardé le silence.

À ces mots, Fleur serra un peu plus fort la main d'Hermione, les yeux brillants.

— Moi, je savais, dit-elle doucement. Je l'ai toujours su. Depuis Poudlard, depuis nos lettres, depuis ton regard la nuit de Yule. Mais j'étais coincée. Piégée dans ce mariage qui n'en était pas vraiment un, et chaque jour, je m'efforçais de me convaincre que le silence était la meilleure chose à faire.

Elle inspira profondément.

— Et puis le jour où vous êtes arrivés à la Chaumière aux Coquillages, tout a volé en éclats. Hermione... tu étais si faible, si blessée... ta magie était instable, ton corps en état de choc. Quand j'ai vu l'état dans lequel Bellatrix t'avait laissée, mon cœur s'est brisé. J'ai cru te perdre sans avoir pu te dire la vérité. Sans avoir pu te dire... je t'aime.

Hermione ferma les yeux un instant, se rappelant tout avec une précision douloureuse.

— Elle m'a soignée pendant des semaines. Elle m'a lavée, nourrie, consolée. Elle me réveillait la nuit quand je faisais des cauchemars. Fleur a été plus qu'une guérisseuse, elle a été ma lumière. La seule chose qui m'a empêchée de sombrer complètement. Et c'est pendant ces nuits-là... que quelque chose s'est construit entre nous.

— C'était doux, murmura Fleur. Silencieux, pudique... mais réel.

Sophie, les yeux humides, regardait ses deux mères comme si elle les découvrait vraiment pour la première fois.

— Et c'est là que vous êtes... tombées amoureuses pour de bon ?

Un petit sourire passa sur les lèvres d'Hermione.

— Disons que cette nuit-là, à la veille de notre départ pour Gringotts, on a cessé de prétendre. On a laissé tomber les barrières. Juste une fois. On savait que tout allait changer le lendemain. Alors on a voulu une parenthèse. Une vraie. Une où il n'y avait que nous deux, sans guerre, sans mariage, sans masques.

Fleur murmura, presque pour elle-même :

— Une nuit volée au monde. Une nuit qu'on n'a jamais oubliée.

Personne n'osa briser le silence qui suivit. Même les plus jeunes comprenaient que quelque chose d'unique s'était dit. Ce n'était pas une simple histoire d'amour. C'était un morceau de vérité, longtemps enfoui, douloureux, mais magnifique.

Hermione reprit doucement :

— Et le lendemain... je suis partie. J'ai voulu tout effacer. Et sans le savoir, j'étais déjà enceinte.

Sophie sentit son cœur rater un battement.

— C'est là que tu m'as portée en toi...

Hermione lui sourit tendrement.

— Oui. Tu es née d'une nuit d'amour. Et même si j'ai mis du temps à comprendre comment te protéger, je ne t'ai jamais regrettée. Pas une seconde.

Sophie se leva lentement, contourna la table, et vint entourer sa mère et Fleur de ses bras. Un câlin à trois, scellant dans le silence les mots qu'on ne disait pas mais que chacun ressentait avec force.

Puis Ginny, la gorge un peu nouée, souffla :

— Je crois qu'on va avoir besoin de plus de chocolat chaud.

Après avoir resservi tout le monde en chocolat chaud, les conversations reprirent autour de la grande table installée dans la cour. Le soleil montait doucement dans le ciel, enveloppant la ferme d'une chaleur paisible, comme si le monde lui-même voulait accorder à Hermione le temps de raconter son histoire.

Hermione, adossée à Fleur, trouva dans la chaleur de sa présence le courage de continuer.

— Après Gringotts... nous savions que le dernier Horcruxe était à Poudlard. On a alors repris la route vers l'école, brisée mais déterminée. Ce n'était plus une chasse, c'était une course contre la montre. Et en parallèle... les gens commençaient à se soulever. À rejoindre l'ordre du Phénix, à croire que Voldemort pouvait tomber.

Ron reprit la parole, d'une voix plus grave que d'habitude :

— Ce soir-là... Poudlard était redevenue notre maison, et elle s'apprêtait à devenir un champ de bataille. Tous ceux qui avaient un cœur étaient là. Des anciens élèves, des professeurs, des familles entières. Certains... n'en sont jamais revenus.

Un silence respectueux s'installa. Molly baissa les yeux. On sentit planer l'ombre de Fred, de Tonks, de Lupin... de tous les noms qu'on chuchote encore dans les couloirs de l'école.

Harry inspira profondément avant de prendre la parole à son tour :

— Ce fut... un carnage. On se battait dans les couloirs, dans la cour, dans les airs. Les Mangemorts étaient partout. Et au milieu de ce chaos... Hermione, Ron et moi, on continuait à chercher. On savait que chaque minute comptait. Que Voldemort deviendrait invincible si on échouait.

Sophie écoutait, les yeux grands ouverts. Elle avait lu des bribes de cette histoire dans les vieux journaux, entendu des rumeurs... mais les entendre, là, de la bouche des héros eux-mêmes, c'était autre chose. C'était réel. Palpable.

Hermione reprit, la voix plus basse :

— J'ai failli mourir plusieurs fois cette nuit-là. Et je ne parle même pas du duel final. Mais ce qui m'a tenue debout... c'est vous. Vous tous. Et... Fleur. Dans ma tête, dans mon cœur. Je me disais que je devais survivre, quelque chose me poussait à ne pas flancher. Pour pouvoir... revenir. Mais la peur était là. La peur de tout perdre. Et quand Harry a détruit le dernier Horcruxe...

— Je suis mort, dit Harry soudainement. Un murmure parcourut la table. — Enfin, presque. Voldemort m'a tué. Ou plutôt, il a détruit la partie de lui qui vivait en moi. J'étais prêt à mourir, mais j'ai eu... une seconde chance. Et je suis revenu.

Sophie cligna des yeux, abasourdie.

— Vous êtes... revenus d'entre les morts ?

— Techniquement, oui, dit Harry avec un sourire en coin. Mais ce n'est pas ça le plus important. Le plus important, c'est que nous avons gagné. Voldemort a été détruit. Et le monde magique a pu respirer à nouveau.

— Sauf moi, murmura Hermione en reprenant la parole.

Le ton de sa voix changea. Plus grave, plus chargé. Autour de la grande tablée, le silence s'installa à nouveau, mais cette fois avec une tension presque palpable. Tous sentaient que les mots à venir portaient un poids immense.

— Après la bataille, tout le monde se reconstruisait. Tout le monde se réappropriait sa vie, reprenait sa place. Mais moi... j'étais incapable de rester. Pas après ce que j'avais vu, ce que j'avais vécu. Et surtout... pas après ce que j'avais cru voir.

Ses yeux se posèrent un instant sur Fleur, qui baissa doucement les paupières.

— Je suis sortie de l'infirmerie quelques jours après la fin de la guerre. Le château était en ruines, mais vivant. Il y avait des éclats de voix, des rires, des accolades. Et c'est là, en traversant un couloir, que je vous ai vus.

Elle inspira, comme si la scène lui revenait en mémoire avec une netteté douloureuse.

— Toi, Fleur, dans les bras de Bill. Tu riais. Tu étais belle, comme toujours. Et moi... moi j'ai cru que tout ce que j'avais ressenti, tout ce que nous avions vécu, n'était qu'une parenthèse pour toi. Que tu retournais à ta vie, à ton mariage.

Hermione regarda sa fille, puis Ginny, puis Harry.

— Je n'ai pas demandé d'explication. J'ai eu mal. Une douleur violente. J'ai paniqué. Alors j'ai fui. J'ai laissé trois lettres. Une pour toi, Harry. Je te demandais de ne pas t'inquiéter. De croire que j'étais en sécurité. Que je te remerciais de toujours m'avoir protégée.

Une pour Minerva, dans laquelle je lui demandais de ne jamais révéler mon rôle dans la bataille. De faire disparaître mon nom de l'histoire. Je ne voulais pas de reconnaissance, je voulais juste... disparaître.

Sa voix se brisa légèrement.

— Et la dernière... était pour toi, Fleur. Une lettre d'adieu. J'y disais tout ce que je n'avais jamais osé te dire. À quel point je t'aimais. À quel point notre nuit ensemble avait été...

Fleur posa doucement une main sur la sienne, comme pour lui épargner les mots trop lourds à prononcer. Mais Hermione poursuivit, la voix tremblante.

— ...extraordinaire. Et combien je te souhaitais une belle vie, avec Bill. Parce que j'y croyais encore.

Sophie retenait son souffle. Elle regardait tour à tour sa mère et Fleur, incapable de parler. Les autres autour de la table baissaient les yeux, respectant la douleur encore vive.

— Voilà pourquoi je suis partie, conclut Hermione dans un souffle. Voilà pourquoi j'ai tout abandonné. Parce que j'ai aimé, et que j'ai cru ne pas l'être en retour.

Un silence solennel s'installa. Puis doucement, Fleur se leva, et prit Hermione dans ses bras. Pas une étreinte de colère ou de reproche. Une étreinte de retrouvailles.

— Tu as été aimée, murmura-t-elle. Tu l'as toujours été.

Sophie se leva doucement de sa chaise, les yeux brillants d'émotion, et vint se blottir dans les bras de sa mère et de Fleur, les enveloppant toutes les deux dans une étreinte pleine de tendresse.

— Tu es aimée, maman. Plus que tu ne l'as jamais cru, souffla-t-elle d'une voix douce.

Hermione ferma les yeux, le visage enfoui dans les boucles blondes de sa fille, bouleversée par ce simple mot : maman prononcé avec tant de sincérité et d'amour.

Mais le silence encore chargé d'émotion fut soudain brisé par une voix stupéfaite qui s'éleva du fond de la table.

— Attends... attends deux secondes. Tu veux dire que tu as combattu une armée de Mangemorts dégénérés alors que tu étais enceinte ?!

Tous les regards se tournèrent vers la jeune femme qui venait de parler : Eleni, l'une des meilleures amies de Sophie, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte.

— Genre... enceinte enceinte ? Comme, avec un bébé dans le ventre enceinte ?

— Oui, confirma doucement Fleur en échangeant un regard presque complice avec Hermione. Elle portait déjà Sophie lorsqu'elle s'est battue. Et elle ne le savait même pas encore.

— Tu... tu aurais pu ne jamais naître ! s'écria Eleni, en se tournant vers Sophie, la main sur le cœur. C'est un miracle que tu sois là ! C'est complètement fou !

Hermione laissa échapper un rire discret, à la fois attendri et un peu nerveux. Elle regarda sa fille avec une intensité nouvelle, comme si elle redécouvrait à quel point son existence relevait du miracle.

— C'est pour ça que je t'ai aimée instantanément, murmura-t-elle. Dès que j'ai su que tu étais là, j'ai su que je devais tout faire pour te protéger. Tu étais déjà forte. Tu te battais déjà pour vivre. J'aurais pu te perdre à chaque instant, mais tu t'es accrochée. Et grâce à toi, moi aussi.

— Ben en même temps, vu les mères qu'elle a... elle pouvait être qu'une battante, lança Léandra en croisant les bras, un sourire taquin sur les lèvres.

Un petit éclat de rire parcourut la tablée, rompant un peu la tension dramatique qui s'était installée.

— Sérieusement, reprit Naya en chuchotant à ses amies, vous réalisez qu'on assiste à une espèce de film d'aventure romantique version sorcière ? Il y a des Mangemorts, des secrets d'amour, des lettres cachées, une grossesse pendant la guerre, et... une enfant magique née de deux mères légendaires. Je suis pas prête.

Hermione leva les yeux au ciel en souriant, amusée par l'enthousiasme de la jeune génération.

— Bon, allez, assez bavardé. On a un dîner à préparer et une flopée de nouveaux hôtes à accueillir, déclara-t-elle d'une voix faussement autoritaire en se levant.

— Commandant Granger reprend du service, lança Ron depuis l'autre bout de la table en riant.

— On obéit, chef, répondit Harry en se mettant au garde-à-vous avec un clin d'œil.

Et dans un élan collectif, la tablée se leva dans un joyeux brouhaha pour se remettre en mouvement, laissant derrière eux l'écho d'un passé enfin partagé.


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