Liaisons chez les Gryffondors

Chapitre 6 : Une fouille sous pression

2501 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 15/06/2026 21:57

La salle commune était presque vide. Seuls quelques sacs abandonnés traînaient ici et là, le feu crépitait mollement dans la cheminée, et les rayons dorés du matin traversaient les grandes fenêtres, illuminant doucement les fauteuils en velours rouge. Presque tout le monde était encore à la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Parfait.

Le château lui-même semblait plus calme à cette heure-là, comme s’il retenait son souffle. Même les portraits chuchotaient à peine, certains personnages encore à moitié endormis dans leurs cadres, un bonnet de nuit de travers ou une tasse de thé oubliée à la main. Tout semblait suspendu… presque trop tranquille.

Mathilde était accroupie près de la table basse, concentrée, une fine plume entre les doigts. Elle la trempait délicatement dans une encre rouge sombre légèrement brillante, appliquant la dernière touche de cire enchantée sur le faux sceau. Le parchemin, déjà plié avec soin, portait le ton sec et formel du professeur McGonagall à la perfection. Même en s’y attardant, difficile de deviner la supercherie.

— Voilà, souffla Mathilde en reculant légèrement pour admirer son travail. Plus vrai que nature. Si quelqu’un se doute que c’est un faux, j’avale mon chaudron.

— On a fait notre part. Maintenant, il faut que tout s’enchaîne, dis-je en glissant précieusement le parchemin dans ma poche.

On s’installa ensuite dans deux fauteuils près de la fenêtre, seules, guettant la prochaine étape. Le soleil montait doucement au-dessus des tours de Poudlard, projetant des ombres mouvantes sur le sol de pierre. Tout paraissait normal… et pourtant, tout était en train de se jouer. La suite du plan allait bientôt se dérouler.

Nicolas entra par le passage du portrait, sa démarche assurée et son sourire tranquille. Il avait ce calme presque trop parfait des gens qui jouent un rôle en permanence. Je me forçai à respirer normalement. Il me jeta un coup d’œil rapide. Un simple regard, mais suffisant pour me déstabiliser. J’eus du mal à ne pas sourire.

Derrière lui, Lysandra apparut, suivie de ses deux amies — Selena et Cassia — toujours collées à ses talons comme des ombres fidèles. Elles parlaient fort, leurs voix résonnant dans la salle commune comme si elles en étaient les propriétaires.

Je donnai un coup de coude à Mathilde. On feignit de lire un manuel posé sur nos genoux, tout en tendant discrètement l’oreille. Même sans les regarder, je sentais leur présence se rapprocher.

— Lysandra ? appela Nicolas d’une voix douce.

Elle se retourna immédiatement, le menton haut, comme si elle avait attendu cet instant depuis toujours.

— Oui ? répondit-elle, presque trop innocemment.

— Ça te dirait qu’on aille au salon de thé Piedoddu cet après-midi ? Vers trois heures ?

Un léger silence suivit. Pas un silence gêné… plutôt un silence satisfait.

Lysandra afficha un sourire lent, contrôlé, mais incapable de masquer totalement son contentement.

— Pourquoi pas. Ça me changera.

Elle avait ce ton de quelqu’un persuadé que tout lui échappe rarement.

— À tout à l’heure alors. Il faut que je file à l’entraînement de Quidditch, dit Nicolas.

Et il s’éloigna sans ajouter un mot de plus.

Pendant ce temps, Lysandra s’installa dans un fauteuil avec ses amies,

— Ça a l’air d’aller mieux entre vous, lança Selena en l’observant avec intérêt.

— Oui, il a dû reprendre ses esprits et comprendre ce qu’il risquait de perdre, répondit Cassia avec un sourire satisfait.

Je serrai légèrement les doigts sur le bord de mon livre sans m’en rendre compte. Leur assurance me donnait envie de prouver qu’elles avaient tort.

Avec Mathilde, on se leva enfin. Il était temps d’aller déjeuner.

En sortant de la salle commune, Mathilde souffla, encore un peu incrédule :

— Elle a complètement marché… c’est incroyable.

Je jetai un dernier regard vers le portrait derrière nous avant de répondre :

— Elle croit surtout qu’elle a gagné.

Je sortis le parchemin de ma poche et le tapotai légèrement du bout des doigts.

— Mais elle ne sait pas qu’on joue à plusieurs.

Mathilde esquissa un petit sourire, mais son regard restait sérieux. Même elle savait que ce n’était que le début.

Plus tard, au petit-déjeuner, la Grande Salle était bruyante, animée, comme si rien ne se préparait en coulisses. Les couverts s’entrechoquaient, les rires éclataient, les hiboux volaient entre les tables.

Eliot s’approcha finalement de notre table pour saluer Mathilde. J’en profitai pour glisser discrètement le parchemin dans sa main.

— T’es sûr que c’est une bonne idée que ça vienne de moi ? demanda-t-il en le regardant, un peu dubitatif.

— Oui. Je ne veux pas qu’elles sentent que ça vient de moi. Tu n’es pas un Gryffondor, elles ne se méfieront pas.

Il hésita une seconde, puis hocha la tête, plus sérieux.

— D’accord.

Je le regardai disparaître dans la foule, le parchemin serré dans sa main.

Mais quelque chose venait de se mettre en mouvement.

Le plus compliqué restait à faire.





Les heures s’étiraient lentement. Mathilde et moi étions retournées dans la salle commune, installées près de la fenêtre, les yeux souvent tournés vers l’entrée. Trois heures sonnait bientôt

Je sentais mon cœur battre plus fort, mais je gardais un masque d’indifférence, tout comme Mathilde, qui ne quittait pas son expression concentrée.

Autour de nous, la salle commune commençait à s’animer. Des groupes d’élèves parlaient, riaient, certains travaillent, d’autres s’affairaient à préparer leurs affaires pour l’après-midi. Plus loin, les deux amies de Lysandra chuchotaient entre elles, lançant des regards réguliers vers l'escalier qui mène au dortoir.

Puis, enfin, je vis Nicolas descendre du dortoir.

Il portait une chemise simple, légèrement ouverte au col. Ses cheveux bruns étaient volontairement décoiffés, comme s’il avait essayé de leur donner un air naturel sans trop en faire.

Il alla s'installer dans un fauteuil prés de l'entrée. Quelques instants plus tard, Lysandra descendait les escaliers, elle avait choisi une robe simple mais élégante, qui flottait légèrement à chaque pas. Son sourire, calme et assuré, traduisait une confiance totale, comme si rien ne pouvait mal se passer.

Nicolas s’approcha d’elle avec un léger sourire en coin, lui lançant d’une voix douce :

— Tu es très belle dans cette robe, Lysandra.

Elle haussa un sourcil, surprise mais flattée.

— Ah bon ? C’est gentil...

Je sentis un petit pincement au cœur. Il ne m’avait jamais dit qu’il me trouvait belle — je savais bien qu’il jouait la comédie, mais entendre ces mots, me déstabilisa plus que je ne l’aurais cru.

Je secouai la tête, me reprenant rapidement. Ce n’était pas le moment de me laisser distraire, il fallait que je reste concentrée.

Pendant ce temps, Lysandra sembla s’apaiser sous son regard, un léger sourire jouant sur ses lèvres. Nicolas lui fit un signe, l’invitant à le suivre. Elle franchit le passage du portrait, et il la suivit aussitôt.

Mathilde et moi restâmes immobiles, le souffle suspendu. Nous avions convenu qu’Arron et Éliot devaient s’assurer que Nicolas et Lysandra aient bien quitté le château avant d’intervenir. Le moindre faux pas et notre plan risquait de tomber à l’eau.

Les minutes s’écoulaient, lourdes, alors que le brouhaha dans la salle commune annonçait le départ progressif des élèves pour Pré-au-Lard. L’excitation montait à mesure que les groupes se formaient et se préparaient à sortir, mais nous restions concentrées, prêtes à agir.

Enfin, le passage du portrait s’ouvrit doucement. Aaron et Éliot entrèrent en même temps, l’air calme mais vigilant, jetant chacun un coup d’œil discret autour d’eux.

Sans perdre de temps, Éliot se dirigea vers Selena et Cassia, toujours installées dans leurs fauteuils. Leur bavardage s’arrêta net lorsqu’il s’approcha, un parchemin soigneusement plié à la main.

D’une voix basse mais ferme, il leur tendit la lettre.

— C’est un mot de la professeure McGonagall, expliqua-t-il. Vous devez venir avec moi immédiatement.

Les deux amies échangèrent un regard surpris. Cassia déplia précautionneusement le parchemin et lut à voix haute :

— « Chères élèves Selena Whitmore et Cassia Delling, suite à une suspicion de tricherie, vous êtes priées de vous présenter immédiatement à mon bureau. Professeure McGonagall. »

Selena fronça légèrement les sourcils.

— On a bien reçu le mot. Tu peux y aller, dit-elle à Éliot.

— La professeure McGonagall a été très claire, répondit-il d’un ton ferme. Elle m’a demandé de venir vous chercher personnellement et m’a interdit de revenir sans vous.

Son assurance ne laissait aucune place au doute. Malgré leur surprise, les deux filles échangèrent un regard, puis acquiescèrent rapidement, conscientes de la gravité de la situation.

Elles se levèrent, et Selena se tourna aussitôt vers les premières années présentes dans la salle commune :

— Vous là ! Vous savez ce que vous avez à faire. Ne me décevez pas.

Sans attendre davantage, elles suivirent Éliot hors de la salle commune.

À cet instant, Aaron s’approcha de nous avec un sourire aux lèvres, sortant discrètement un petit flacon.

— Prêtes pour la phase suivante ? demanda-t-il en souriant.

J’hochai la tête, puis m’éloignai vers les escaliers menant au dortoir. Je montai quelques marches, suffisamment pour rester hors de vue, mais assez proche pour entendre ce qui se passait en bas.

Soudain, Aaron jeta le flacon dans un coin de la salle commune. Une épaisse fumée verdâtre s’en échappa immédiatement, envahissant l’air d’une odeur nauséabonde. Une substance gluante commença à recouvrir le sol, provoquant des cris et des exclamations d’effroi.

Sans perdre une seconde, Mathilde bondit sur ses pieds, sa voix claquant dans la pièce :

— Tout le monde dehors, vite ! Dépêchez-vous !

Aaron traversa la foule en sens inverse.

— Je vais chercher la professeure McGonagall ! cria-t-il suffisamment fort pour que tout le monde l’entende.

Évidemment, il n’allait pas la chercher, mais il ne fallait surtout pas que quelqu’un d’autre prenne l’initiative.

Profitant du chaos, je me faufilai vers le dortoir des sixièmes années. Chaque seconde comptait, je devais fouiller avant que quelqu’un ne se doute de quoi que ce soit.

Mes pas étaient rapides, presque silencieux, tandis que l’odeur âcre me suivait, de plus en plus présente à mesure que je montais les escaliers.

C’était notre seule chance. Tout reposait sur moi.






Je poussai la porte du dortoir. La pièce était silencieuse, les lits à moitié défaits, et les affaires éparpillées ici ou là.

Mon cœur battait à tout rompre. Chaque seconde pouvait me trahir. Mais je devais rester concentrée. La première étape était de trouver l’espace de Lysandra.

Je parcourus lentement les bureaux, observant les noms inscrits sur les parchemins qui traînaient. Harding, Bellamy, Whitmore, Delling… Pas le sien. Je fronçai les sourcils, cherchant un autre indice.

Puis mon regard se posa sur une petite pile de papiers abandonnée sur l’un des bureaux, non loin des lits. Je m’en approchai silencieusement et me penchai.

Sous mes doigts, un livre ouvert révéla une écriture soignée : Lysandra Flint. C’était bien le bon endroit.

Je me mis à fouiller méthodiquement. J’ouvris les tiroirs un à un, déplaçant les parchemins, vérifiant sous les carnets, écartant les livres empilés. Des plumes, quelques fioles de parfum, des notes de cours… rien d’inhabituel.

Je passai ensuite à l’armoire. Les vêtements étaient pliés avec un soin presque excessif. Je soulevai chaque pile, inspectant les étagères, les recoins, les doublures. Toujours rien.

Je me tournai vers le lit, désormais mon dernier espoir.

Je soulevai les draps et passai lentement mes mains le long du cadre, je vérifiai les montants, tapai légèrement sur les planches, testai les interstices entre les différentes parties du lit. Rien. Aucun son creux, aucune ouverture.

Je continuai sous le matelas, glissant mes doigts dans chaque recoin accessible. Rien non plus.

Un nœud se forma dans mon estomac.

Je me redressai, les poings serrés. Peut-être que je perdais mon temps. Peut-être qu’elle ne l’avait pas caché ici.

Je reculai d’un pas, un froncement de sourcils sur le visage. Lysandra était trop prudente pour laisser traîner quoi que ce soit. Elle savait qu’on commencerait par fouiller ses affaires. Et, la connaissant, elle ne garderait jamais un objet compromettant près d’elle. En revanche… près d’autres personnes, qu’elle pourrait facilement faire accuser à sa place.

Je me dirigeai vers le bureau de Selena Whitmore. Les tiroirs étaient propres, ordonnés, trop ordonnés. J’ouvris le premier : des devoirs, quelques lettres soigneusement pliées. Rien d’anormal. Le second tiroir ne révéla pas davantage.

Je pris une inspiration plus lente, sentant la tension monter dans ma poitrine, puis passai au bureau de Cassia.

Je fouillai tiroir après tiroir, glissant mes doigts entre les piles de parchemins. Le tiroir semblait plein, mais les piles étaient étrangement légères. Cela attira mon attention. Je le vidai complètement et remarquai alors qu’il était moins profond que les autres. Pourtant, tous les bureaux étaient identiques.

Je passai mes doigts le long des parois, appuyant doucement sur le fond. Rien. J’insistai, tapotant légèrement. Un son différent répondit à l’impact. Plus creux.

Mon souffle se suspendit. Je sortis ma baguette.

— Alohomora, murmurai-je.

Un déclic sec résonna. Une fine plaque de bois se souleva légèrement, révélant un compartiment caché à l’intérieur.

Je retins mon souffle et soulevai complètement la plaque. À l’intérieur se trouvait un unique parchemin plié sur lui-même.

Je le saisis avec précaution. Il était simple, sans marque particulière, légèrement froissé sur les bords, comme s’il avait été manipulé trop souvent.

Je le dépliai lentement.

L’écriture était rapide, un peu irrégulière, comme tracée dans l’urgence. Certaines lettres étaient trop appuyées, d’autres légèrement inclinées, mais elle restait lisible. Je parcourus la première ligne.

Et mon cœur manqua un battement.

Potion de performance.

Je venais de trouver ce que je cherchais.

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