Dollhouse

Chapitre 81 : La Manoeuvre

12127 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 22/10/2026 16:26

Il m’avait fallu d’abord ramper, chaque mouvement étirant mon corps accompagné d’une douleur terriblement insoutenable, puis je m’étais appuyé de tout mon flanc contre les parois de pierre qui déchiraient ma peau afin de parvenir à rejoindre l’entrée de la grotte. Là, tandis que le vent froid frappait mon corps trempé d’une transpiration glaciale, je m’étais enfin permis de sourire de toutes mes dents au ciel. Là-haut, je savais que les Dieux me regardaient. J’espérai qu’ils appréciaient le spectacle, parce qu’en ce qu’il me concernait, putain, je m’éclatais. Ils avaient encore essayé de me détruire. Ils ne se rendaient même pas compte qu’ils ne cessaient de me rendre plus fort. Avec des bras tremblants d’une douleur exquise, je m’étais ouvert à l’univers pour le recevoir dans son entièreté, parce que moi seul pouvait le contenir, et là, je m’étais retourné pour faire face à la grotte que j’avais construite avec fierté. Dans le vide, avec une sérénité apaisée, je m’étais laissé tomber en arrière. Dans l’embrassade violente du vent, je m’étais laissé porter par le ciel, et à travers les nuages que je déchirais de mon passage, avec un sourire apaisé, je fermais enfin les yeux. 

L’alliance de mon corps et de mon esprit s’était tant dissociée que je n’avais pas senti lorsque Ragnar m’avait réceptionné sur son dos dans les airs, mais je supposai néanmoins que cela n’avait pas dû aider les blessures de mon corps. Je n’avais pas été conscient de tout le vol retour, en tout cas des souvenirs auxquels j’avais accès. Cela, c’était le récit de mon frère, et celui de mon dragon. Évidemment, Theodore et Sekhmet attendaient impatiemment aux pieds de la grotte lorsque j’en étais sorti, eux-aussi. Étant donné mon état, Theo m’aurait gardé fermement contre lui tout le vol retour sur Sekhmet, et Ragnar nous avaient suivi assidument. Je n’avais repris conscience qu’un jour plus tard, l’intégralité de mes muscles extrêmement douloureux et ma respiration difficile de par mes côtes cassées. Lorsque finalement j’avais ouvert les yeux dans la lueur d’une fin d’après-midi lumineuse, ma mère était à mon chevet. 

Je clignais des paupières comme pour m’assurer que je ne souffrais pas d’hallucination. Dans un fauteuil qu’elle avait fait venir à côté de mon lit, elle siégeait là dans une épaisse robe noire, ses cheveux bicolores parfaitement coiffés à son habitude, ses yeux concentrés lisant la double-page d’un journal reposant sur ses cuisses. Malgré la douleur, et peu importait combien de fois j’ouvrais et fermais les yeux, elle était toujours là, aussi supposai-je que je ne voyais pas encore des choses qui n’existaient pas. 

Elle ne remarqua pas immédiatement que j’avais repris conscience, trop concentrée sur les dernières nouvelles que j’imaginais venir de la Gazette. Je supposai qu’il s’agissait du récit sur notre prise du Ministère qui avait échouée, porteuse d’espoir pour tous ceux qui s’opposaient au régime que nous proposions. Les paupières lourdes et le corps douloureux, je m’autorisai quelques instants à la regarder sans lui signifier que j’étais réveillé. Il me semblait que les cernes sous ses yeux s’étaient encore creusés, et si j’ignorais que c’était encore possible, malgré la souplesse de sa robe d’un tissu épais, je ne pouvais que constater qu’elle avait encore perdu du poids. Autant que mon cœur se remplit de chaleur de la voir juste là à côté de moi, il se pinça de constater qu’elle ne parvenait pas à trouver de paix dans cette vie que nous menions. Je me demandai si elle serait plus rassurée si elle connaissait toute l’étendue de l’homme que j’étais devenu, et pourtant, au fond de moi, je n’avais pas envie qu’elle sache vraiment. L’homme que j’étais devenu était le constat inéquivoque de l’horreur que l’homme que je fus jadis avait traversée. Étant celle qui m’avait conçu, celle qui m’avait élevé, celle qui connaissait mon cœur d’autrefois, elle percevrait toute l’étendue de cette massive destruction interne en constatant de celui que j’étais aujourd’hui. Elle n’avait pas besoin de savoir qu’il ne restait rien de ce cœur qu’elle avait fait naître, et dont elle avait pris soin de toute la profondeur de son amour pendant toutes ces années. 

Soudain son regard se releva jusqu’à moi, et lorsqu’elle rencontra le gris de mes yeux, il s’illumina d’un soulagement ancré dans une joie profonde qui ne pouvait venir que d’une mère. Avec toute l’étendue de mon amour et de ma reconnaissance pour la grande femme qu’elle était, je lui souriais, et avec ce geste ses iris se floutèrent sous un voile de larmes. 

-       Mon bébé, chuchota-t-elle tout bas. 

Je savais que mon regard sur elle s’était intensifié de tendresse à ces mots. 

-       Bonjour maman, murmurai-je d’une voix encore rauque de mon coma. 

Avec une hâte pressée, elle disposa du journal et se leva pour me rejoindre au chevet de mon lit. D’une main d’une douceur familière, elle caressa les mèches de mes cheveux qui tombaient sur mon front pour atteindre ma peau de la sienne. Dans son mouvement, les relents de son odeur vinrent raviver une part de moi que je n’avais pas sentie animée depuis bien des pleines lunes, et je fermais les yeux un instant pour lui souhaiter la bienvenue en m’abandonnant au contact contenant de ma mère. Lorsque mes paupières se rouvrirent, son regard sur moi avait cédé à l’inquiétude d’une maman qui trouvait son fils en bien piteux état. 

-       Qu’est-ce qu’il t’a fait, mon cœur ? me demanda-t-elle si bas qu’il était évident qu’elle ne voulait pas réellement connaître la réponse, sa main ne parvenant à cesser de caresser mon front. 

Je me satisfaisais de lui sourire tendrement, et je m’émouvais plus encore des expressions douces et veloutées de son amour pour moi. 

-       Je vais bien, lui susurrai-je avec une affection explicite. 

Sa main comme la coupe parfaite pour accueillir ma joue, elle laissa les mille et unes inquiétudes dans ses iris sonder ce corps douloureux qui m’abritait. Dans l’analyse frénétique de son regard, je savais qu’elle comparait l’image qu’elle avait sous les yeux à la dernière fois qu’elle m’avait vu, cherchant à tirer ses propres conclusions sur mon état de santé aussi physique que psychologique. Elle ne semblait pas croire mes mots, malgré le fait qu’ils portaient en eux plus de vérité qu’elle ne pourrait probablement jamais l’imaginer. Je fis l’effort de relever un bras affreusement douloureux pour me saisir de son poignet, et y déposer là une tendre caresse pour appuyer mon propos. 

Un mouvement dans le coin gauche de ma chambre, à l’opposé de là où se tenait ma mère, attira soudainement mon regard pour capter la présence silencieuse de Theodore. À lui aussi, je souriais. Sa présence à lui aussi, elle m’apaisait. Bien sûr qu’il était là, il était toujours là. J’adorai ce constat. Je pouvais lire dans le bleu des yeux de mon frère toute l’étendue de sa douleur, et toutes les affreuses angoisses qu’il avait pour moi, ces dernières l’ayant certainement conduit à rester à mon chevet tout ce temps pour s’assurer de mon état. 

-       Je vais bien, répétai-je cette fois-ci à son encontre. 

Son poitrail dessiné se souleva visiblement, laissant ses poumons s’étirer pour se remplir d’un air nouveau – celui que je lui offrais – et quand il eut terminé de l’expulser, il acquiesça vers moi. Pour tous les Dieux, qu’est-ce que je les aimais. Mon cœur aurait aussi bien pu exploser en cet instant. 

-       Et toi ? chuchotai-je alors vers lui. 

Je savais ce que c’était, que d’être de l’autre côté lorsque l’une des Âmes Jumelles recevait un maléfice conséquent. Quand bien même mon esprit n’avait pas souffert de cette épreuve – au contraire d’ailleurs – je savais que mon corps, lui, avait été détruit. Indépendamment de mon état d’esprit, il me semblait évident que mon âme avait dû appeler la sienne à l’aide, m’étant retrouvé à une poignée de main de la mort. Je savais trop bien à quel point être de ce côté-là du maléfice – et terriblement impuissant – était la pire sentence qui puisse être. Et je le connaissais assez lui pour savoir qu’il pouvait difficilement y avoir pire expérience à traverser que de me sentir être physiquement réduit à néant, et ne pouvoir rien faire tandis que tout son être, tout son corps, et toute son âme boue littéralement de venir me sauver. En cela, en s’étant retenu d’agir malgré l’homme qu’il était, je savais que lui aussi il avait livré la performance du siècle. Il ne pouvait d’ailleurs pas me faire cadeau d’une plus grande preuve de confiance que celle-ci : celle d’avoir su, malgré tout ce qui brûlait en lui de venir me sauver, que je pouvais et allais non seulement supporter, mais aussi traverser l’épreuve, quelle qu’elle soit, que Voldemort avait à me soumettre. 

-       Mieux maintenant, avoua-t-il alors d’une voix suave et fatiguée. 

Entre nous, notre mère nous regardait avec un sourire dont les sous-tons tristes assombrissaient les traits. 

-       Tu as dormi ? l’enquis-je encore. 

Je le connaissais trop bien. La voix qu’il avait quand il ne dormait pas. Les cernes violettes qui se dessinaient sous ses yeux et qui faisaient d’autant plus ressortir le bleu somptueux de ses iris, comme s’il en avait besoin. Je connaissais déjà la réponse à ma question. 

-       J’ai accompagné Pansy s’occuper du traitre une fois que tu étais rentré et soigné. Le cadeau a été envoyé, déclara-t-il alors en répondant indirectement à ma question. 

Je souriais, et j’acquiesçai vers lui. Je savais qu’il ne servait à rien que je lui ordonne d’aller dormir, il n’en ferait qu’à sa tête de toute façon. J’étais simplement attendri par la force de détermination avec laquelle mon frère était proprement incapable de fermer un œil si l’un d’entre nous n’était pas en parfaite sécurité, et ce d’autant plus lorsqu’il n’était pas certain que moi, son frère, j’étais sain et sauf. 

-       Comment va Blaise ? continuai-je mon état des lieux des miens. 

Sur mes bras, les mains de ma mère continuaient de voyager pour s’assurer de mes blessures le temps de ma conversation avec Theo. J’aimais la façon dont ils m’aimaient, tous. Je les aimais encore plus. 

-       Il s’est réveillé hier, il se remet bien, explicita-t-il avec l’ombre d’un sourire soulagé vers moi. 

Sur quatre, deux d’entre nous étions alités en convalescence. Vu de l’extérieur, il était évident que cela n’avait pas l’air de très bon augure pour nous. Je pouvais concevoir l’inquiétude de ma mère ainsi que l’air grave de Theodore, mais pourtant, c’était vrai. Je disais la vérité. J’allais très bien. 

Theo avait ensuite décidé de laisser ma mère et moi seuls un moment, ainsi était-il parti retrouver Pansy au chevet de Blaise. Bien entendu, ma tendre maman avait encore inspecté et caressé mon corps endoloris de toutes parts, comme pour s’assurer qu’ils n’avaient pas oublié la moindre blessure qui mériterait des soins. Elle avait ensuite appliqué une pommade nauséabonde ici et là (quand bien même Mint et elle avait déjà fait tout le gros du travail), et finalement elle avait fait apparaître notre elfe de maison pour qu’elle me prépare un peu de thé magique. 

Elle m’avait aidé à me redresser de sorte à trouver l’appui de la tête de lit pour mon dos afin de m’asseoir, et j’étais contraint de reconnaître que ces mouvements m’avaient fait un mal de chien. Je n’avais retenu mes grognements de douleur que pour ne pas inquiéter la grande femme qui siégeait devant moi, parce que je ne voulais pas qu’elle connaisse le son de ma voix quand j’avais mal. Finalement, elle m’avait laissé siroter quelques pauvres gorgées du thé qu’elle avait fait quémander pour moi avant de remettre le couvert une fois de plus :

-       Comment tu vas, mon chéri ? 

Je savais que la tendresse débordait des yeux que je posai sur elle. Je ne pouvais me mettre à sa place, et imaginer une seule seconde de savoir ma progéniture dans une situation pareille, et ne pouvoir rien faire pour l’en sortir. À sa place, je serai devenu fou. Proprement fou. 

-       Maman, chuchotai-je alors en prenant sa main, je vais bien, ne t’en fais pas, promis-je encore.

Ses yeux analysèrent les miens à la recherche d’une autre réponse que celle que je lui donnais, et je savais qu’elle ne pouvait pas la trouver, parce que je ne mentais pas. J’allais bien. 

-       Je t’assure que c’est vrai, caressai-je le dos de sa main de la pulpe de mes doigts, je vais bien. 

Doucement elle fit non de la tête, comme pour se refuser à mes mots tant ils lui semblaient inacceptables. Son regard se remplit de larmes qu’elle ne s’autorisa pas à pleurer, et elle ne s’autorisa ni à me demander une énième fois, ni à formuler les conclusions terrifiantes qui venaient à son esprit.  

-        Tu as encore pris du muscle, murmura-t-elle plutôt en caressant mon bras. 

Je ne cessai de la regarder, pour ma part. Elle, et les mille et unes preuves qui creusaient sa peau et ternissaient ses traits me montrant à quel point – elle – elle n’allait pas bien. J’ignorai s’il y avait quelque chose de plus que je pourrais faire, ou quoi que ce soit que je pourrais dire qui permettrait d’apaiser les tourments déchirants qui la déséquilibrait. 

-       Toi maman, repris-je tout bas, comment tu vas ? 

Elle se força à me sourire, et il me sembla que ses lèvres étaient maquillées du fantôme des baisers passés que mon père avait déposés là. 

-       Je vais bien, ne t’en fais pas, mentit-elle finalement. 

Je pouffai devant l’ampleur du mensonge. Sur ses lèvres, cette fois, son sourire était authentique. 

-       Qu’est-ce que tu veux que je te dise, haussa-t-elle les épaules en souriant, c’est moi qui t’ai éduqué. 

De ma main sur la sienne, je la serrai d’une pression douce pour lui signifier mon soutien. 

-       Tu peux me parler maman, murmurai-je vers elle, je t’écoute. 

Ses yeux se cachèrent sous un voile de pluie, et son regard se baissa sur ma tasse de thé fumante. Quand il remonta vers moi, elle avait chassé les nuages du mieux qu’elle l’avait pu. 

-       À ce stade, murmura-t-elle, à quoi ça sert de répéter sans cesse que ça ne va pas ? 

J’inspirai profondément en m’autorisant la réflexion, parce que quelque part, je la comprenais. Il n’y avait rien que je pouvais dire ni faire qui pouvait lui rendre son mari, et rien que je ne pouvais dire ni faire qui pouvait sortir ses fils de là. La seule chose que je pouvais faire pour elle était de la mettre en sécurité, et de garder ce qu’il restait de sa famille aussi saine et sauve que possible. Je le faisais déjà. Effectivement, à ce stade de nos vies, je ne savais pas quelle plus-value il y avait à répéter quelle vie de merde nous avions. Nous le savions déjà. Peut-être que le répéter sans cesse était la dernière chose dont nous avions besoin quand il ne se dessinait encore aucune porte de sortie à franchir pour sortir de là. 

-       J’pense que Theo dirait une connerie intelligente du genre ‘pour exprimer tes émotions et qu’elles ne te bouffent pas de l’intérieur’, songeai-je tout de même vers elle. 

Elle rit tendrement. De ce genre de petit rire qui venait du cœur, quand bien même il restait bien trop bref, mais elle rit. Je me perdais dans la mélodie, et je me demandais quand était la dernière fois que j’avais entendu pareille chanson. Bien trop de pleines lunes auparavant, c’était certain. D’une main fine, elle essuya une unique larme de pluie qui s’était échappée sur sa joue avant de rétorquer, un sourire dans la voix qui se reflétait sur son visage épuisé : 

-       Dans une autre vie, il aurait pu être psy, suggéra-t-elle alors avec une douce nostalgie.

Je m’entendis rire à mon tour, pour ma part à gorge déployée. 

-       Oui, acquiesçai-je alors, et à toutes les femmes dont leur mari leur casserait un peu les couilles, il leur expliquerait comment les tuer. 

Elle rit à nouveau, cette fois l’instant s’étirant avant que la mélodie ne s’éteigne à nouveau. Ensuite, la sollicitude revient teinter ses traits de l’inquiétude manifeste d’une mère : 

-       Comment va-t-il ? me demanda-t-elle comme si elle ne venait pas de passer plusieurs heures à le questionner déjà. 

Je savais qu’elle lui avait posé les mêmes questions à mon propos pendant que je dormais. Je ne savais pas si mon sourire pouvait se faire plus doux encore tant elle était attendrissante : 

-       Il a récupéré Pansy, murmurai-je avec une joie qui explosait dans le cœur chaque fois que je me remémorai ce fait, il est sur un p’tit nuage. 

Dans la lueur qui illumina ses yeux je pus lire le soulagement que lui apportait ces nouvelles. 

-       Et elle, continua-t-elle, comment va-t-elle ? 

-       Elle remange, chuchotai-je avec tendresse vers la seule maman qu’il nous restait à tous. 

Elle acquiesça, sachant parfaitement que cela signifiait qu’elle allait bien, tout du moins aussi bien qu’elle pouvait aller dans le contexte qui était le nôtre. Elle les connaissait bien, mes amis. 

-       Et Blaise, questionna-t-elle ensuite avec plus d’appréhensions, comment va-t-il ?

J’hésitai une seconde, me rendant compte que je ne savais pas vraiment. Je n’aimais pas beaucoup ce constat. Il n’était pas vraiment du genre à s’épancher sur ses sentiments, c’était certain, et les derniers événements ne le mettait pas vraiment en excellente position, mais tout de même. Je ne savais pas. Je choisissais de sourire. 

-       Soi tranquille maman, murmurai-je doucement, on va tous bien. 

Et je le vis sur le visage de ma mère, cette femme qui connaissait parfaitement la guerre parce qu’elle était là pour la première. Cette femme qui connaissait parfaitement ce que c’était, que d’être le Grand Intendant, puisqu’elle l’avait accompagné lorsqu’il s’agissait de mon père. Cette femme qui savait parfaitement bien ce que cela signifiait, dans un contexte pareil, que d’aller bien. Elle savait parfaitement bien que ce n’était pas bon. Elle pondéra le fait d’insister, je pouvais le lire sur elle, et finalement, elle inspira profondément. 

-       Bon, déclara-t-elle forfait, qu’est-ce que je peux faire pour toi alors ? 

Je posai ma tasse de thé sur ma table de chevet et serrai sa main des deux miennes. Adossé contre ma tête de lit, je m’autorisai à fermer les yeux. 

-       Reste juste un peu avec moi, chuchotai-je d’une voix qui se rendormait déjà. 

Son odeur apaisait quelque chose à l’intérieur de moi dont j’avais ignoré jusqu’alors la tension, et la chaleur de sa main dans la mienne, son odeur réconfortante dans mon nez, j’avais retrouvé un sommeil d’une qualité que je n’avais plus connue depuis de nombreuses pleines lunes, si ce n’était des années. Quelque part à l’intérieur de moi, le petit Drago se sentait en parfaite sécurité avec sa maman, et enfin, l’espace de quelques minutes, il pouvait déposer les armes.

Je fus réveillé en un sursaut atrocement douloureux lorsque j’entendis la porte du manoir s’ouvrir à la volée en bas, et mon cœur se mit à battre à un rythme qui se préparait à la bataille. À côté de moi, ma mère continuait de me tenir la main, et malgré moi, je sentis mon corps se mettre en alerte, cherchant à se redresser en déchirant mes muscles qui essayaient inlassablement de se réparer. Cela m’arracha un grognement de douleur, et je tendais l’oreille pour découvrir la source de mon réveil soudain : 

-       Où est-il ? demandait-elle au loin dans un ton pressant d’inquiétude. 

Mon cœur se calma dans mon poitrail, et je pinçais les lèvres pour retenir le sourire qui menaçait de s’étaler sur mes joues. 

-       Comment va-t-il ? continua-t-elle dans une hâte pressée au rez-de-chaussée. 

Sur moi, le regard de ma mère était plein de jugement, l’un de ses sourcils relevés sur son front pour appuyer ce qu’elle ne disait pas. Entre nous, le silence était lourd pour pouvoir écouter ce qu’il se passait en bas. Je baissai les yeux, et je savais que mes joues prirent une teinte de rose inhabituelle. 

-       Granger…, sembla essayer de contenir Theodore. 

Il voulait certainement la prévenir de la présence de ma mère, mais j’entendais déjà les pas de ma sorcière se presser jusqu’à moi dans des tambourinements peu délicats. Je pinçai mes lèvres entre mes dents à m’en faire presque mal tant elles menaçaient de s’étaler sur mes joues à mesure que j’entendais ses pas précipités s’approcher de moi. 

-       Du coup, à propos de la fille née de parents moldus…, tentai-je presque timidement vers ma mère. 

Sur son visage, cet unique sourcil demeurait septique et emplein de jugement. 

-       Mm mmh, accusa-t-elle avec tout autant de pensées qu’elle n’exprimait pas. 

La porte de ma chambre s’ouvrit à la volée, et dans l’espace qu’elle avait créé là, Granger s’imposa. Son visage de prime abord paniqué se transforma soudain lorsqu’elle me vit moi, une teinte de soulagement adoucissant son regard, puis il se décomposa lorsqu’il nota enfin la présence de ma mère à mon chevet. 

-       Oh, accusa-t-elle, sa bouche entre-ouverte et les idées semblant figées dans son esprit. 

Parfaitement droite, ma main encore dans la sienne, ma mère afficha un sourire aussi élégant que poli lorsqu’elle accueilli sa présence de sa voix cérémoniale : 

-       Bonjour, Miss Granger. 

Les yeux bruns de ma sorcière voyagèrent jusqu’aux miens un instant comme pour chercher en moi les réponses sur le comportement à adopter, et je pinçais mes lèvres tandis qu’il m’était de plus en plus difficile de cacher le sourire qui cherchait à se hisser sur mon visage. J’acquiesçai vers elle pour lui signifier que tout allait bien, et c’était là tout ce que je parvenais à faire. Ma mère était une femme d’une élégance sans égal de toute façon, peu importait ce qu’elle pensait, elle ne serait jamais rien d’autre que parfaitement polie. 

-       Madame Malefoy, s’inclina-t-elle presque sans lâcher la poignée de la porte, pardonnez l’impolitesse de mon intrusion chez vous.  

-       Ne vous inquiétez donc pas, continua ma mère de cette voix réservée aux personnes avec qui elle ne maintenait rien de plus qu’une barrière courtoise, je suis certaine que mon fils vous a abaissé les importantes protections du manoir justement pour pouvoir aller et venir à votre guise. 

Les yeux que ma mère posaient sur moi, eux, ne contenaient plus tant de politesse que cela. Granger, pour sa part, ne cessait de tourner vers moi un regard anxieux qui cherchait à s’assurer de mon état sans n’oser le questionner explicitement en présence de ma mère. Toujours dans l’encadrement de la porte, la main renfermée sur la poignée, elle hésitait entre ma mère et moi, les mille et unes questions fusant probablement dans son esprit sans qu’elle ne semble parvenir à une conclusion. 

-       Je-…, hésita-t-elle alors, je vais vous laisser, trancha-t-elle finalement en laissant l’embarras gagner, je repasserai plus tard. 

Elle s’inclina une nouvelle fois dans une sorte de révérence envers ma mère comme si elle était de la royauté, et je me retenais difficilement de pouffer. Par les Dieux, ce qu’elle était adorable. Cette fois, je ne cherchais pas à retenir le sourire qui s’étala sur mes lèvres quand je la retenais de la douceur de ma voix : 

-       Tu peux rester Granger, l’invitai-je avec un ton d’une tendresse que je ne cherchais, lui non plus, pas à dissimuler à ma mère. 

Cette dernière sourit à son tour, d’une façon toujours aussi parfaitement lisse et retenue. Elle me retira délicatement sa main, se leva de son assise sur mon lit et dépoussiéra sa robe sur ses jambes en tenant son dos parfaitement droit. 

-       Oui, confirma alors ma mère, c’est moi qui vais vous laisser de l’intimité. Je serai en bas, m’adressa-t-elle ensuite avec la grâce et nonchalance d’une femme de la haute. 

J’acquiesçai en souriant, et la regardait passer à côté de Granger avant de fermer la porte de ma chambre derrière elle, lançant vers moi un regard cette fois défait de toute politesse. Je choisissais de regarder celle que j’avais choisie à la place. Sur son visage fatigué, des cernes commençaient à élire domicile fixe, et je n’aimais pas beaucoup ce constat. Sa peau semblait plus terne, moins chaleureuse qu’elle avait pu l’être lorsque je l’avais connue à Poudlard. Elle se précipita enfin jusqu’à moi, ses yeux inquiets se remplissant de larmes dès que nous fûmes seuls, et ses mains fines passèrent timidement sur mon torse pour s’assurer de mon état. Je savais que j’affichais un sourire idiot, et mon cœur battait un peu plus fort à chaque seconde où je pouvais la voir un peu plus inquiète pour moi. 

-       Est-ce que tu vas bien ? commença-t-elle dans une hâte qu’elle ne retenait plus. Qu’est-ce qu’il t’a fait ? Est-ce que tu as été soigné ? Mint t’a donné la pommade de la dernière fois ? chercha-t-elle sur ma table basse sans me laisser le temps de lui répondre. Est-ce que tu as bu des remèdes ? Tu as quelque chose de cassé ? Est-ce que tu as pu manger ? Je suis tellement désolée, je n’ai pas pu venir plus tôt, c’était la folie avec le Ministère, mais j’ai pas arrêté de m’inquiéter pour toi. Où est-ce que tu as mal ? reprit-elle en cherchant mon corps. Qu’est-ce qu’il t’a fait ? Est-ce que tu vas bien ? ne cessa-t-elle pas tandis que ses yeux et ses mains cherchaient mes blessures dans une frénésie adorable. 

Le sourire aux lèvres et une tendresse amoureuse maquillant mon regard, j’entourais ses poignets de la chaleur de mes mains. 

-       Je vais bien Granger, murmurai-je tout bas. 

Elle se perdit dans mes yeux quelques secondes, comme pour chercher à évaluer la véracité de mes mots. Là où je savais qu’elle ne pouvait rencontrer qu’attendrissement, elle ne s’apaisa pas pour autant, et sa folle inquiétude l’emporta à nouveau. 

-       Où est-ce que tu as mal ? reprit-elle alors. Quel maléfice a-t-il utilisé ? Est-ce que Mint a pensé à te donner des vitamines ? Tu devrais probablement manger de la soupe, je devrais lui demander de t’en préparer, continua-t-elle dans la même frénésie anxieuse que précédemment. 

Ses yeux se perdaient sur mon torse, s’attardant là où ils découvraient des hématomes imposants de couleurs bleutées intimidantes. Par Merlin, ce qu’elle était adorable. Je me sentis mordre ma lèvre inférieure, profondément attendri par son inlassable sollicitude. 

-       Je vais bien Granger, chuchotai-je encore en vain. 

Elle ne semblait pas vraiment m’entendre, et je n’étais pas certain qu’elle m’écoutait vraiment. Au fond, elle savait que j’étais dans cet état parce que je lui avais offert notre prise du Ministère. Elle s’en était accommodé en décidant que cela serait notre punition à tous les deux pour la nuit où nous étions allés sauver Pansy, mais la réalité était venue frapper à sa porte, et maintenant qu’elle me voyait réduit de mes capacités physiques habituelles, le corps abîmé et l’esprit dont elle ignorait en réalité à quel point il allait bien, elle était tout simplement paniquée. Ma sorcière à moi, m’attendris-je en une pensée vertigineusement romantique. 

-       Est-ce qu’il t’a brisé des os ? ne put-elle s’arrêter. Ou comme pour Blaise, est-ce qu’il y a eu un résidu de magie noire en toi ? Est-ce que ça a été enlevé ? Et si c’est le cas, par qui ? Je peux vérifier que tout est parti, commença-t-elle en tâtant mon torse de toute part du bout de ses doigts fins et froids. 

-       Aïe, feignis-je la douleur avec un sourire amusé. 

Elle releva des yeux paniqués vers moi, et je savais qu’elle trouvait dans mon regard à quel point j’étais mordu d’elle.  

-       Tu as très mal ? s’inquiéta-t-elle d’autant plus. Comment ça se fait ? Tu n’as pas été convenablement soigné ? Pourquoi tu n’as pas un elfe soigneur chez toi ? s’indigna-t-elle alors. C’est quand même le minimum avec la vie que tu as ! Montre-moi, ordonna-t-elle alors, je vais faire doucement. 

-       Granger, tentai-je de la raisonner tandis que mon attendrissement grandissait tant pour elle que je me sentais sur le point d’exploser. 

-       Je pourrais trouver la magie de moi-même, ce n’est pas grave si tu ne sais pas. Et puis, il existe des façons efficaces aujourd’hui d’accélérer la guérison osseuse et musculaire, je vais en toucher deux mots à Mint pour qu’elle puisse se procurer ce qu’il te faut. Je pourrais probablement aller acheter deux-trois choses à Londres dans le début de soirée, je reviendrais cette nuit pour… 

Je tirai avec délicatesse sur ses poignets, et avec une douceur passionnée, je réceptionnai ses lèvres contre les miennes. Sur le bout de sa langue, les prochains mots qu’elle était sur le point de prononcer trouvèrent la mort, et il ne resta là que toute l’étendue de l’intimidante tendresse que je ressentais pour elle. Elle fondit sous mon contact, laissant la pulpe de ses lèvres se faire plus détendue à mesure que j’apaisai ses craintes de ma langue, et malgré les abominables douleurs dans mes abdominaux de m’être – pourtant si peu – avancé pour l’embrasser, je ne parvenais à sentir que la douceur de sa bouche contre la mienne. 

Lorsque je lui rendis la propriété de ses lèvres, ses yeux enivrés sondèrent mon visage, et je la laissai faire avec le plus grand des bonheurs. Elle était si belle, lorsqu’elle se tenait si près de moi. Elle était si belle, lorsque la trace de mes lèvres maquillait encore les siennes. Elle était si belle, lorsque ses yeux dorés se noyaient dans les traits de mon visage. Et je ne savais jamais, lorsque je la regardais s’enivrer de moi, si c’était elle ou moi qui ensorcelait l’autre. 

-       Tu vas bien, murmura-t-elle alors tout bas. 

Je lui souris une nouvelle fois, parce que de toute façon je ne pouvais faire que cela. Mon amour pour elle me débordait totalement, et il n’existait plus pour moi la possibilité de le contenir tout au fond de mon cœur. 

-       Je vais bien, chuchotai-je en caressant la douce peau de sa joue.  

Elle resta quelques dizaines de minutes. Elle éluda le sujet du cadeau ensanglanté que nous lui avions fait parvenir quand je le mis sur la table, et choisi une nouvelle fois le déni en m’exprimant qu’elle ne souhaitait pas en parler. J’espérai simplement qu’elle ne l’avait pas vu. Elle me relata le bilan de l’opération de leur sauvetage du Ministère, et à quel point cela avait été un franc succès à la place. L’Ordre, le Ministère et elle étaient ravis. Apparemment, la plupart d’entre eux étaient profondément révoltés de la décision à la dernière minute du défunt Wilson de ne pas avoir refermé la porte comme initialement prévu, et comprenaient – surtout maintenant que l’on leur avait fait un tel cadeau – qu’il leur appartenait d’honorer leur part du contrat pour le bien de cette alliance, avant de la perdre définitivement. 

-       Vous auriez pu me prévenir que ta mère était là, se plaignit-elle ensuite en se lovant contre moi. 

Je riais avant de tousser de la douleur que cela provoqua dans mon corps. 

-       Je trouve que c’était plutôt réussi comme première rencontre aux vues de la situation, la taquinai-je avec un sourire en caressant ses cheveux, son visage plaqué contre mon torse nu. 

C’était douloureux, mais je ne lui dirai jamais. Il aurait été dix fois plus douloureux de ne pas avoir sa peau contre la mienne. 

-       Elle a dû penser que je suis folle comme fille, ronchonna-t-elle contre moi. 

Je sentis un unique sourcil se dresser sur mon front, et mit trop de temps à répondre pour que cela ne passe inaperçu. Elle releva le visage vers moi, et son menton dans mon poitrail me déchira les pectoraux. 

-       Tu ne dis rien ? m’enquit-t-elle alors. 

Je caressai l’une de ses mèches de cheveux bouclé que j’aimais tant avec attendrissement. 

-       Disons plutôt que tu es passionnée, nuançai-je avec un sourire pincé qui ne lui échappait pas. 

Elle releva le haut de son corps du mien pour m’observer d’un regard plein de menace. 

-       Est-ce que tu es en train d’insinuer que je suis folle, Malefoy ? 

Le sourire s’élargit tant sur mes joues que mes dents lui firent dévoilées. 

-       Oh, je n’oserai pas, Granger. 

Sa mâchoire se décrocha pour laisser sa bouche s’ouvrir grand et je passai ma langue à l’intérieur de mes joues tant je m’amusai de la voir s’offenser de cela. C’était si facile avec elle. Je passai un bras dans son dos et l’attirai contre moi. Non sans effort, je la déposai contre mon matelas et me positionnai au-dessus d’elle sur des bras tremblants. Je gardais pour moi les grognements d’abominable douleur que ce geste me coûta, et je ne fis que lui sourire en déposant un baiser sur ses lèvres ahuries. 

-       Je dirai plutôt que tu rends chaque instant anodin important, murmurai-je en retenant ses poignets au-dessus de son visage tandis qu’elle cherchait à me fuir d’une colère feinte. 

Je me penchais de sorte à ce que mes lèvres touchent les siennes lorsque je lui susurrai les mots suivants : 

-       Et j’adore ça. 

J’enfermai sa bouche de la mienne avant que le traitre mot de riposte n’ait l’occasion de s’échapper de ses lèvres, et lui confiait là toute l’admiration que j’avais pour la femme passionnelle – et un peu folle – qu’elle était. Au-dessus d’elle, les muscles de mon corps tremblèrent de me soutenir là, et même si je l’ignorai autant que la douleur, elle, pour sa part, ne manqua pas de le noter. Elle m’arracha ses lèvres, et d’une pression qu’elle voulut délicate sur mes pectoraux, elle me repositionna à ma place contre ma tête de lit. Je laissai mon visage reposer contre le mur et mordais ma lèvre inférieure tant tout ce que je voulais en cet instant, c’était elle. Je savais qu’elle pouvait le lire dans les yeux brûlants qui ne la lâchaient pas, parce que ses joues, elles aussi, brûlaient de me recevoir ainsi. 

-       Tu dois laisser ton corps se reposer, chuchota-t-elle tout bas. 

Je m’apprêtais à argumenter qu’elle avait le pouvoir de recharger mon corps quand elle continua d’avancer : 

-       Et ta mère est en bas, je me suis assez ridiculisée comme ça pour une première rencontre. Laisse à une dame le peu d’honneur qu’il lui reste, termina-t-elle avec le petit air hautain qui lui allait si bien. 

Le sourire s’élargit sur mes joues pour lui dévoiler mes dents, et je ne cessai de mordre cette putain de lèvre inférieure, parce que par les Dieux, qu’est-ce que je la désirai quand elle se montrait hautaine de la sorte. Au fond de moi je brûlais de la dépouiller de tout honneur, de la dévêtir de toute bienséance, et de la dépraver tant de mon touché qu’elle baverait en hurlant mon nom, son visage écrasé contre mon oreiller pour amortir la violence de mon amour. Je clignais des yeux pour effacer l’image de mon esprit, et lui souriais innocemment. 

-       Bien ma Dame, inclinai-je mon menton bas vers elle. 

Autant que je rêvai de l’entendre bercer le manoir des mélodies que j’étais le seul à pouvoir lui faire chanter, Granger n’était pas juste une femme parmi d’autres. Aussi dépravé que je l’étais en ce qui la concernait, il était de la plus haute importance pour moi que ma mère la voit pour la dame qu’elle était – parce que c’était absolument le cas. Digne, élégante, maîtresse d’elle-même, courtoise, brillante. Granger était effectivement une dame. Et un jour prochain, elle deviendrait ma dame, à moi.  

À mon grand dame, Granger avait dû retourner auprès des siens, qui grâce à nous avaient enfin beaucoup à faire. Presque à l’instant même où elle avait quitté le manoir, ma mère avait retrouvé le chemin de ma chambre comme si elle avait attendu dans l’ombre tout ce temps. Je me redressai dans le lit, parce que je savais ce qui allait suivre. Cette fois les traits sur son visage étaient fermés, et il ne restait rien de la femme d’une politesse retenue qu’elle avait été devant Granger. Elle ne s’était même pas assise à côté de moi, elle avait retrouvé la chaise face à mon lit, et là, elle avait croisé ses jambes avant d’y apposer ses mains, son dos parfaitement droit et son regard froid figé sur moi pour m’apprécier dans ma totalité. 

-       Que fait-elle hors de Poudlard ? demanda-t-elle simplement, sa voix plate et basse malgré la tension qui en transparaissait. 

Je tentai une profonde inspiration, mais mes côtes point encore réparées ne me le permirent pas. Je ne pouvais que comprendre qu’elle ne validerait rien de cette relation, et en toute franchise, si j’étais à sa place et que c’était mon enfant qui prenait un tel danger supplémentaire dans cette situation, je le soumettrais probablement à l’Imperium pour que cela cesse. La nuance demeurait néanmoins dans le fait que je gérais. Mes sentiments pour elle n’étaient plus un problème depuis que j’étais devenu celui que j’étais aujourd’hui, et que je savais qu’il n’y avait rien dont je n’étais pas capable, y compris en sa présence. Alors je trouvais sa sollicitude plus attendrissante qu’insultante, parce qu’elle pensait encore que j’avais besoin d’être protégé. Elle n’avait pas encore appris que désormais, j’étais celui dont on avait besoin de se protéger. Je lui souriais tendrement. 

-       Elle a rejoint l’Ordre, lui appris-je simplement. 

Il n’y avait aucune tension dans ma voix, et pas la moindre défense dans mon regard. Rien que de la paix et de la sérénité, parce que je n’étais pas en train de lui demander la permission de quoi que ce soit. 

Il y eut un silence étiré durant lequel elle me sonda gravement, et je lui laissai l’opportunité de le faire. Je n’avais rien à lui cacher. 

-       Que s’est-il passé au Ministère, Drago ? quémanda-t-elle enfin avec plus de tension encore.

Je souriais. Ma mère était une femme intelligente. Si le fait qu’elle détienne l’information ne l’aurait pas mise en danger de mort, je lui aurais tout raconté. L’alliance, le plan, l’exécution, tout. À la place, j’haussai à peine les épaules tant ce simple mouvement m’était douloureux. 

-       C’est une guerre. Des fois on gagne, et des fois on perd. 

J’observai à quel point elle se tenait fermement droite. À quel point elle était dans la retenue, froide, fermée, distante. À quel point chacun de ses mots, malgré le fait qu’elle n’haussait jamais le ton, était du tranchant d’une lame aiguisée. Et je me rappelai toutes ces fois où je l’avais vue agir ainsi avec mon père, lorsqu’ils ne savaient pas que je regardais, ou bien très occasionnellement lors d’un dîner où elle ne pouvait pas me cacher son agacement. Une nouvelle fois, je souriais. C’était mon tour, désormais. 

-       Je lis le journal tous les jours, poursuivit-elle froidement, tu étais presque invincible. 

Le sourire s’élargit sur mes lèvres. J’aimais à croire que je l’étais. 

-       Aucun homme ne l’est, mentis-je néanmoins avec tendresse. J’ai eu les yeux plus gros que le ventre, c’est tout, ajoutai-je devant son scepticisme. 

Elle ne me croyait pas, c’était explicite sur son visage sec. Elle avait raison. Elle pondéra cette nouvelle réponse un instant supplémentaire, et finalement, elle me demanda de but en blanc, arrivée au bout de sa patience pourtant légendaire : 

-       À quoi tu joues, Drago ? 

Et je savais qu’elle ne me parlait plus seulement du Ministère. J’inspirai autant que mes côtes me le permirent, et dans ses yeux j’enfonçais les miens, cette fois avec un sérieux qui ne s’amusait plus ni d’elle, ni de la situation. Avec vulnérabilité, j’avouai simplement la seule chose que je portais dans mon cœur pouvant répondre à ses interrogations : 

-       Je suis amoureux d’elle, maman. 

Il n’y avait rien de dramatique dans mes mots, moins encore dans mon ton. Il n’y avait pas non plus de gravité, moins encore de tristesse ou encore d’inquiétude. Je ne faisais qu’énoncer un fait. Theodore l’avait accepté. Grâce à lui, le reste de mes amis l’avaient accepté également. De fait, je l’avais moi-même accepté. Et je savais que ma mère aussi, elle l’accepterait.

Alors elle reçut mes mots, et avec eux l’étendue profonde de mes sentiments pour une femme que je n’étais pas censé aimer, parce qu’elle ne pouvait rien faire d’autre de toute façon. Je savais au fond que ce qui l’inquiétait le plus dans le contexte qui était le nôtre était qu’elle soit du côté de l’Ordre, et que je sois découvert pour les implications létales que cela aurait. Mais je me demandais, tandis qu’elle pondérait mes mots, si dans un contexte plus normal elle aurait eu des difficultés à accepter mes sentiments parce qu’il ne s’agissait pas d’une Sang Pure. Je savais que cela aurait été le cas pour mon père. Ma mère, je ne le savais pas, et je supposai que je ne le saurais jamais. 

Cette fois-ci, ce fut elle qui remplit ses poumons d’un air dont elle avait besoin pour se donner le courage d’acquiescer. Lentement, les traits durs et fermés de son visage se laissèrent adoucir par l’honnêteté de mes sentiments, et avec un regard teinté de tristesse à cause du danger que mon amour impliquait, elle accueilli comme elle le faisait toujours : 

-       D’accord. 

Ce fut tout ce qu’elle eut jamais à dire de ma relation avec Granger. 


Je ne savais pas vraiment qui avait eu l’idée parce que je m’étais rendormi lorsque c’était arrivé. Tout ce que je savais, c’était que je m’étais réveillé dans le couloir de l’étage des chambres, bien que toujours confortablement installé dans mon lit, le lit de Blaise tête-bêche à côté du mien. Nous avions hurlé de rire tous les deux, et douloureusement mais avec entrain néanmoins, nous avions joint nos mains en une salutation enthousiaste. Entre nous, Pansy, Theodore et ma mère amenaient des petits guéridons sur lesquels ils posaient des plats fraîchement cuisinés. 

-       Demandez à Mint, eu-je le réflexe de leur suggérer tandis qu’ils faisaient chaque trajet pour amener chaque guéridon et chaque plat les uns après les autres. 

Un tablier de cuisine noué autour de la taille et un magnifie sourire sur ses lèvres maquillées, ma mère me rappela :

-       Il y a beaucoup de magie dans le fait de faire l’effort pour les autres. 

Je n’avais pas su quoi lui répondre, tout simplement parce qu’elle avait raison. Je me rappelai avoir cuisiné ce gratin pour Granger, et ce que j’avais ressenti lorsqu’ils m’avaient tous aidé, pour elle, pour moi. Ce n’était peut-être pas ce qu’il y avait de meilleur en termes de goût et moins encore en termes d’optimisation de temps, mais cela avait tendance à laisser une chaleur dans le cœur qu’aucune magie ne pouvait répliquer. 

Alors nous avions mangé-là, tous ensemble, dans le couloir. Blaise et moi étions encore alités, mais nous nous remettions très bien grâce aux soins respectifs de Granger, Mint et ma mère. Après une nouvelle nuit sous potion, nous serions tous les deux comme neufs. Entre nous, Pansy, Theo et ma mère étaient assis ici et là pour manger, assiettes sur les genoux, ce que ma mère nous avait chaleureusement préparé. 

-       Alors Narcissa, engagea Blaise avec malice, elle te plaît ta belle-fille ? 

Je finissais ma bouchée avec un regard noir vers lui, et je savais qu’un côté de ma bouche s’étirait néanmoins en l’ombre d’un sourire. 

-       Enfoiré, crachai-je tandis que ma mère tapotait gentiment mon genou pour me corriger. 

-       Attention à ton langage, me reprit-elle alors. 

Blaise laissa ses sourcils se hausser sur son front pour me taquiner, et je me retenais de l’insulter encore pour ne pas abîmer les oreilles de ma mère. 

-       Faut avouer que c’était pas une première rencontre idéale avec la princesse bornée, rit doucement Pansy assise par terre entre nos deux lits. 

-       T’aurais même pas essayé d’l’arrêter toi hein, renvoyai-je vers elle. 

-       Jamais d’la vie, c’était trop bon d’l’entendre bégayer devant ta mère, releva-t-elle vers moi un sourire sadique. 

-       Et même quand on essaye, elle n’est pas vraiment du genre à écouter quand elle a décidé quelque chose, ajouta Theodore à voix basse depuis le chevet de mon lit. 

-       Tu vas pas t’y mettre toi aussi, feignis-je un soupir. 

Moi aussi, je la taquinerais probablement jusqu’à la fin des temps pour cette première entrée en matière avec ma mère. 

-       Parlez-moi d’elle, s’installa confortablement ma mère à côté de Theodore sur mon lit, dites-moi quel genre de femme c’est. 

Dans ses yeux hantés par les fantômes de sa vie passée brillait quelque chose de nouveau. Quelque chose de vivant. Je n’avais plus vu son regard s’illuminer de la sorte depuis bien des pleines lunes, alors je souriais silencieusement, quelque chose de froid se réchauffant dans mon corps. 

-       Ohohoh, rit Blaise en laissant son visage basculer en arrière, mais par où commencer tant le sujet est vaste ? 

En tailleur entre nos lits depuis le sol, Pansy adressa vers ma mère avec un sourire moqueur :  

-       C’est une Miss-je-sais-tout, au cas où ça ne se voyait pas.  

-       C’est les cheveux bouclés ça, non ? pondéra Blaise dans une profonde réflexion vers sa meilleure amie. C’est écrit sur sa gueule j’trouve.

Je roulais les yeux vers le ciel, mais je ne pouvais pas cacher le sourire en coin qui chatouillait ma bouche. Il fut un temps où ils avaient arrêté de me charrier à propos d’elle, et où ils me menaçaient de ne plus m’aimer. Cela, en comparaison, était si léger.   

-       Mmmm, réfléchit Pansy avant de se tourner vers moi, elle pourrait demander les lunettes à Potter pour que vous fassiez un jeu d’rôle. 

Elle se permit de m’adresser un clin d’œil pervers, et Blaise hurla de rire avant de tousser de douleur. Karma.   

-       Hilarant, crachai-je avec sarcasme. 

-       Ils sont jaloux parce qu’elle est brillante, expliqua tendrement Theodore vers ma mère. 

-       Arrête de défendre ta préférée toi, cracha Pansy vers son homme avec une jalousie mal placée. 

Avec une lenteur prédatrice, les yeux de Theodore quittèrent ma mère pour descendre vers sa femme, un léger sourire dessinant les plus magnifiques fossettes qui soient dans ses joues. La beauté ensorcelante de ses yeux prit une tout autre dimension lorsqu’ils furent illuminés d’une lueur qui ne brillait en eux que lorsque c’était elle qu’il regardait. Sa voix se fut calme, posée, et pourtant elle portait en elle une monstrueuse puissance qui n’avait pas besoin de se hurler quand il lui avoua doucement :

-       C’est toi, ma préférée. 

C’était tout. Rien que cela. Pansy baissa les yeux, et ses joues devinrent écarlates. Blaise hurla de rire pour se moquer de son amie, et je me demandais comment Theo parvenait avec une simple phrase si évidente, prononcée aussi simplement que cela, à réduire Pansy Parkinson au silence le plus total. 

-       Mais oui, se rappela soudain ma mère en reprenant notre conversation, ce n’est pas à cause de cette Miss Granger que tu avais passé tout un été à travailler sur un dossier de Métamorphoses pour être sûr d’avoir une meilleure note ? 

Je frappais mon front de la paume de ma main et baissai la tête tandis que Blaise hurlait littéralement de rire, généreusement accompagné de Parkinson. Même Theodore, installé à côté de moi dans mon lit, avait les épaules qui faisaient trembler la tête de lit. 

-       Il a fait des heures supp’ juste pour avoir une meilleure note qu’la Sang de Bourbe, se moqua Pansy en riant. 

-       Attention à comment tu parles, l’avertis-je néanmoins. 

-       Ok l’dictateur, appuya-t-elle son sarcasme avec une moue pincée. 

-       Qui a dit qu’le romantisme était mort, continua Blaise de se foutre de ma gueule, y en a qui offrent des bouquets d’fleurs et des jolis poèmes, puis y en a d’autres qui s’acharnent pour écraser l’autre dans une compétition académique sans fin. 

-       Moquez-vous je m’en fous, j’ai eu une meilleure note qu’elle, haussai-je alors les épaules avec ce qu’il me restait de fierté. 

C’était vrai. Au moins j’avais gagné. Ils ne savaient pas ce que c’était que le travail acharné, ces deux-là. 

-       Elle était au courant que l’épreuve avait commencé pendant l’été ? me renvoya Blaise avec des yeux malicieux.  

-       Tu parles, elle l’aurait éclaté si elle avait su, pouffa Pansy depuis le sol. 

-       T’aurais pas un p’tit complexe de supériorité ma biche ? me questionna Blaise avec une fausse sollicitude qui lui fronçait les sourcils. 

-       Petit, le complexe ? se tourna Pansy vers lui avec étonnement. 

-       Nan c’est vrai pardon, ça va le déclencher, au temps pour moi, se reprit-il ironiquement. T’aurais pas un gros complexe de supériorité, ma biche ? appuya une nouvelle fois l’enfoiré vers moi. 

Je grognai d’une frustration excédée.  

-       Bouffe ta soupe Zabini, ordonnai-je sèchement tandis que mon ami riait aux éclats. 

-       Tu vois, toujours à donner des ordres, murmura Pansy vers son ami. 

Je m’apprêtai à l’envoyer paître, elle aussi, quand ma mère s’interposa : 

-       Donc elle est intelligente, et en plus elle est jolie, complimenta-t-elle délicatement depuis le pied de mon lit. 

Je ne contrôlais rien de la teinte de rouge que mes joues prirent, ni du petit sourire satisfait que ces mots avaient fait naître sur mon visage, et moins encore la façon dont j’avais baissé les yeux pour acquiescer fièrement :  

-       Oui, elle l’est. 

-       OH NAN, beugla alors Blaise en se foutant de ma gueule, REGARDEZ-LE LE SALOP, IL FAIT L’TIMIDE !

Je relevai sur lui des yeux meurtriers pour voir ma mère étendre son bras jusqu’à lui et tapoter le crâne de mon ami. 

-       Ton langage, mon chéri, le reprit-elle doucement. 

-       Désolé, se reprit-il immédiatement tel un enfant. 

Pansy pouffa, et d’un geste de main équivoque auquel elle ajouta un bruitage explicite, elle imita un coup de fouet. D’un pied furtif qui sortit de sa couette pour venir pousser gentiment Pansy, il attaqua à son tour. 

-       AH MAIS VIRE TON SALE PIED DE LÀ, GROS CRADO ! s’indigna Pansy en dépoussiérant là où il l’avait touchée. 

En cœur avec moi, Theodore fit trembler la tête de mon lit tandis que nous nous moquions de la scène qu’offrait nos amis. 

-       Vous allez mettre de la nourriture partout, recadra gentiment ma mère alors que Pansy levait un poing en l’air avant de le laisser s’écraser contre la jambe de Blaise sous sa couette.

Ce dernier hurla exagérément de douleur.

-       Soi gentille ma puce, il est blessé, rappela ma mère en passant une main dans les cheveux de Pansy.  

-       Ouais, quand ça l’arrange il est blessé lui, grogna cette dernière dans sa barbe tandis que Blaise riait de sa victoire discrètement.  

Je souriais, cette fois non pas de leurs bêtises habituelles, mais de la façon dont ils avaient plus encore l’air d’enfants lorsque ma mère était là. Elle était la dernière maman qu’il nous restait à tous. Elle connaissait Blaise depuis ses 6 ans, Pansy depuis ses 11 ans. Elle ne faisait rien d’explicite, ne disait rien d’explicite, et pourtant chacune de ses attentions ce soir-là était faite pour souligner qu’elle s’occuperait de chacun d’entre nous comme seule une maman le ferait. C’était dans la soupe qu’elle avait préparé pour tout le monde à partir de la recette d’Alexa, la mère de Blaise, même si elle ne l’avait pas dit. C’était dans la façon dont elle mettait toujours une main chaleureuse dans le dos de Theodore dès qu’elle passait près de lui. C’était dans sa façon d’appeler Blaise mon chéri, et Pansy ma puce. C’était dans la façon discrète dont elle caressait délicatement les cheveux de cette dernière – ces même cheveux que sa propre mère haïssait. C’était dans toutes ces petites choses anodines, ces choses qui ne se hurlaient jamais mais qui réchauffaient pourtant chacun de nos cœurs meurtris. Parce que nous avions tous besoin d’une maman, peu importait les monstres que nous étions devenus, peu importait à quel point il pouvait sembler que nous avions tout sous contrôle ou que nous étions invincibles. Nous avions tous besoin d’une maman, et désormais, nous avions tous la même. Parce que nous étions une véritable famille. Ma famille. 


Je m’étais réveillé en presque parfaite condition le lendemain. Mon corps demeurait un peu douloureux, mais je pouvais en récupérer l’usage intégral, ce n’était plus que des atroces courbatures dans littéralement chacun de mes muscles. Blaise, lui aussi, était parfaitement remit, et Pansy et lui avaient été envoyés superviser l’école pendant que je gérais tout l’administratif que j’avais accumulé une fois que j’avais remercié ma mère et l’avait renvoyée dans sa maison de sureté. 

Il me fallait informer tout le monde – qu’il restait de vivant – des événements officiellement, donner les nouveaux ordres ainsi que les nouvelles missions, rassurer ceux qu’ils restaient, superviser les actions et réactions diverses et variées. C’était tâche plus ardue qu’il n’y paraissait, et j’y passais l’intégralité de ma journée. Arnold Foe, que j’avais mis en charge de mes relations avec les autres sous-fifres, était même venu me rendre visite en personne (et je supposai qu’il ne s’était pas contenté d’une missive pour constater de lui-même de mon état physique tandis que les rumeurs devaient se donner à cœur joie au sein des rangs – c’était une bonne chose que je sois comme neuf), en m’expliquant que les soldats demandaient une semaine pour pleurer leurs morts ou captifs, et ainsi se remettre du carnage de cette mission. J’avais d’abord rigolé, parce que j’avais cru que c’était une blague. Ce n’en était pas une. Je lui avais demandé s’ils pensaient que c’était une sorte de camp de vacances avant de lui expliquer que la dernière chose dont nous avions besoin après un tel échec était que l’ennemi constate que nous étions affaiblis. Ils continueraient donc leurs missions, mais j’avais offert en contrepartie de verser une prime proportionnelle pour les préjudices moraux subis afin de les remotiver, puisque de toute façon j’avais une trésorerie encore plus large maintenant qu’encore plus de Mangemorts ne seraient plus là pour toucher leurs salaires. J’avais besoin de soldats en colère, pas de mauviettes en pleurs. Foe m’avait assuré qu’il ferait passer le message, mais je ne comptais pas vraiment dessus. J’avais fait envoyer directement une missive à chacun d’entre eux avec un joli chèque pour leur rappeler quel genre de récompense ils pouvaient avoir s’ils se montraient tels les monstres sanguinaires dont j’avais besoin, plutôt que les tapettes effrayées qu’ils semblaient être pour quelques pauvres soldats perdus.  

Les heures avaient tourné, le soleil s’était couché et la douce lumière de la lune baignait mon bureau d’une faible lueur éthérée quand il me semblait enfin voir le bout de l’envoi de ces premiers ordres depuis ma reprise de service. Theodore lui-même était parti rejoindre ses draps réchauffés par Pansy, Mint m’avait apporté une énième tasse de café et j’avais cessé de regarder l’heure qu’il était depuis bien longtemps lorsque l’elfe de maison se matérialisa devant moi pour m’annoncer : 

-       Maître Drago, un certain Monsieur Finnick Vain s’annonce au portail. 

Je fronçai les sourcils, et regardai cette fois l’heure qu’il était. 3 heures du matin. Vain était le Mangemort aux cheveux roux à qui j’avais implicitement demandé de surveiller les rangs de l’intérieur pour moi. Il ne s’était jamais permit de débarquer chez moi, moins encore en pleine nuit. D’ordinaire, il m’envoyait simplement une missive demandant ma présence à nos Quartiers Généraux lorsque cela était vraiment nécessaire. Non, ce n’était pas bon du tout. 

-       Fais-le venir, ordonnai-je alors d’une voix soudain grave, je vais le recevoir ici. 

Quelques secondes plus tard, Mint se tenait formellement dans mon bureau pour annoncer la présence du Mangemort. Je ne me levai même pas de ma chaise, et l’empressai quand il se baissait pour effectuer une révérence devant moi : 

-       Pardonnez mon intrusion nocturne, Lord Grand Intendant, s’inclina-t-il solennellement, mais j’ai pensé que vous deviez savoir qu’une équipe de certains de vos hommes, non supervisés et sans en avoir obtenu votre commandement, ont décidé par colère contre le gouvernement magique d’effectuer une importante rixe dans le centre de Londres, qui se déroule en cet instant-même. 

Je passai mes mains sur mon visage et en étirait la peau en soupirant. Putain. Ils ne pouvaient pas être plus débiles que cela, tous autant qu’ils étaient. Je supposai que l’appât du gain lorsque j’avais exigé d’eux un regain d’énergie puisée dans leur colère pour mener à bien leurs missions avait totalement dépassé ce que j’attendais d’eux. Bande de putain de crétins demeurés et écervelés.  

-       Combien sont-ils ? demandai-je alors d’un ton las. 

S’ils n’étaient pas assez bien organisés, l’on risquait de nouvelles pertes importantes, et ce serait moi qui trinquerai à leur place. Bande de putain de cons complètement débiles. Si je ne pouvais pas les contenir, je ne servais à rien pour Voldemort. 

-       Une bonne cinquantaine, mon Lord. Ils n’ont pas pour objectif de recruter qui que ce soit, seulement de semer le chaos et la mort dans la ville pour riposter, expliqua-t-il avec un air désolé. 

Je soupirai profondément. Au moins, ils étaient probablement assez pour bien s’en sortir. Il allait falloir que je les défonce très prochainement, qu’ils intègrent enfin que ce n’était ni leur place, ni leur rôle de prendre des initiatives. Ils étaient mes soldats, tout ce qu’ils devaient faire c’était suivre mes ordres. Ce n’était quand même pas si putain de compliqué que ça, si ? 

-       Où ça, à Londres ? soupirai-je encore, songeant déjà à comment je les réprimanderai. 

-       Camden Town, mon Lord. 

Le sang se glaça soudain dans mes veines et je me figeai sur place, l’intégralité de mon corps comme cessant de fonctionner à ces mots. Mon cerveau lui-même sembla suspendre la moindre connexion cérébrale, plus aucune pensée rationnelle ne parvenant à se former dans mon esprit. Mes oreilles bourdonnèrent, le sang se mit à bouillir dans mes veines et soudain, ma vision fut teintée d’un rouge sang létal. Il n’y avait plus qu’une chose. Une seule et unique chose qui s’accompagnait d’une rage meurtrière brûlante qui me débordait totalement. C’était le quartier où résidait l’Ordre. Le quartier où résidait Granger. 


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