Le sursaut de l'ange
Chapitre 1 : Le sursaut de l'ange
3658 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 06/06/2026 14:01
Cette fanfiction participe au défi d'écriture du forum de Fanfictions.fr : « Coupez ! On la refait. » (novembre décembre 2021)
en deuxième chance
Vocabulaire imposé : humidité, nuit, métamorphose, champignons, châtaignes (ou marrons), feuilles mortes, imperméable
(en gras dans le texte)
Sonfic inspirée de « Snownan » par Sia (texte et traduction en italique ; il est possible de sauter ces passages)
https://www.youtube.com/watch?v=gset79KMmt0
Adam Young avait un jour cru rencontrer de nouveaux amis. De drôles d’idées commençaient en effet à lui passer par la tête depuis le jour où, plantées sur un gâteau à la crème de marrons confectionné avec amour par sa maman – et dont le glaçage s’ornait d’une trace de doigt, preuve irréfutable de la gourmandise de son papa – onze bougies attendaient d’être soufflées. C’est pour cet anniversaire qu’il avait reçu en cadeau un petit chien, qui désormais le suivait comme son ombre.
Les amis en question étaient des grandes personnes, qu’il n’avait jamais vues mais dont il ressentait la présence invisible plus intensément de jour en jour. Quatre motards chevauchant leurs machines infernales sur la route menant à la base aérienne de Tadfield, dans un fracas de métal et un brouillard de gaz d’échappement.
La première, Guerre, dans une combinaison de cuir écarlate en parfaite harmonie avec sa Ducati Panigale, venait tout juste d’empêcher que la paix n’éclate dans un lointain pays d’Afrique. Lesley Messenger, livreur chez International Express, avait interrompu bien malgré lui le protocole de signature d'un accord entre plusieurs factions armées en venant lui apporter l’épée, le signal attendu pour le début de la fin.
Le deuxième, Famine, avait reçu des mains du même livreur l’attribut qui lui était dévolu, une petite balance en laiton, alors qu’il testait son nouveau prototype d’aliment sans aucune valeur nutritive dans un fast-food à Des Moines (Iowa). Il avait alors pris un avion pour l’Angleterre et parcourait les derniers kilomètres sur une Harley-Davidson aussi noire que l’était l’avenir (mais plus brillante).
La troisième, Pollution, étant tranquillement en train d’admirer une magnifique rivière du Sussex couverte de mousse, de déchets flottants et d'une pellicule irisée d'hydrocarbures, quand Lesley lui apporta son paquet. Les eaux contaminées constituaient une source intarissable de maladies causées par des bactéries, virus ou champignons. Depuis le Vibrio cholerae, d’innombrables saloperies avaient tué un bon paquet d’humains. Elle entamait la phase de perfectionnement du Scedosporium apiospermum, lourd de promesses d’infections en tout genre. Le colis contenait une couronne d’or qui, aussitôt posée sur sa tête, prit une teinte de bouillie de feuilles mortes détrempées, avant de noircir complètement et irrémédiablement. Elle avait pris la route à son tour, sur un chopper vintage qui consommait plus de huit litres aux cent kilomètres et qui suintait de l’huile de partout.
Le quatrième “ami” d’Adam, et non des moindres, était Mort en personne. La dernière livraison consistait en une feuille A4 pliée que Lesley avait ramassée sur le plancher de sa fourgonnette, et sur laquelle il lut ce curieux message : « Dis-lui de venir voir ». Mort avait compris tout de suite qu’il s’agissait d’un appel à l’action, et s’était dirigé vers Tadfield sur un trail Suzuki DR650, qu’il avait soigneusement customisé en peignant sur le réservoir une magnifique cage thoracique humaine. La compagnie International Express avait alors mis en ligne une offre d’emploi pour remplacer Lesley, en congé sabbatique pour une durée indéterminée.
Quelques minutes avant la rencontre fatidique sur la base aérienne, le jeune garçon s’était rendu compte qu’une énergie nouvelle, accompagnée de fantastiques pouvoirs, s'était emparée de lui sans qu’il y pût quoi que ce soit. Effrayé par ces phénomènes surnaturels (lévitation, déclenchement de cyclones, emprise sur le jour et la nuit, contrôle de ses petits camarades, yeux incandescents et voix d’outre-tombe), il avait rapidement effectué un rétropédalage. Car s’il avait pleinement conscience qu’on attendait de lui qu’il mette fin au monde imparfait dans lequel les humains se débattaient, il se dit qu’il pourrait peut-être éviter d’en venir à cette issue extrême. Il n’avait, au fond, pas du tout envie que disparaissent Pepper, Wensleydale et Brian. Ni son papa ni sa maman. Ni Toutou, son chien adoré. Et comme il fallait bien finir ce qu’il avait commencé, il entraîna les Eux, à vélo, jusqu’au champ de bataille. Mû par une volonté nouvelle et farouche, il n’avait cependant aucune idée de ce qui l’attendait.
Sur place, c’est un ange et un démon qui l’avaient aidé à tenir tête à Satan. Lors d’une courte interruption du défilement du temps, les deux entités célestes et lui-même, l’Antéchrist, étaient parvenus à la conclusion que non, il n’était ni le Bien ni le Mal incarnés, mais simplement un petit garçon tout ce qu’il y a d’humain, et oui, il avait une chance de s’opposer à l’Adversaire. Crowley lui avait rapidement expliqué que, même s'il ne pouvait pas vaincre Satan, il pouvait tordre la réalité selon ses désirs.
C’était un bon conseil. Il avait suffi qu’il renie son père. Qu’il lance à la face du Seigneur des Ténèbres que celui qu’il considérait comme son vrai père, c’est celui qui avait été là pour lui, chaque jour, depuis sa naissance. Alors Satan, fou de colère, avait disparu dans les entrailles de la terre, là d’où il s’était extirpé quelques instants plus tôt, dans des cris déments et un tourbillon de poussière noire.
Sans le savoir, le garçon avait aussi réinitialisé la réalité proche. Sans métamorphose spectaculaire, non, juste quelques détails qui ne tromperaient personne (et surtout pas l’ange et le démon, premiers concernés). Le lendemain, les gens se réveilleraient dans le monde qu’ils avaient toujours connu. Ce qui était cassé serait réparé. Des livres calcinés, une Bentley de collection explosée, et d’autres petites choses, tout serait neuf à nouveau. Jusqu’à Lesley Messenger qui reprendrait ses tournées comme si de rien n’était.
Ce jour-là, Adam Young, Antéchrist, s’était libéré de la malédiction héréditaire qui le condamnait à déclencher l’Apocalypse. Délivré du fardeau de sa naissance. Et s’il avait réussi à prouver au monde que l’acquis compte plus que l’inné, que l’éducation modèle les humains plus sûrement que leur origine, c’était grâce à Crowley et Aziraphale.
Après l’Armageddon’t, il avait dormi trois jours complets, provoquant la plus vive inquiétude de ses parents. Puis ses pouvoirs s’étaient affaiblis petit à petit, pour faire de lui un humain comme les autres. Enfin, pas tout à fait : chaque année au joli mois de mai, depuis ce onzième anniversaire, il sentait renaître en lui une force mystérieuse qu’il s’empressait d’étouffer du mieux possible, passablement effaré par les effets potentiels qui pourraient découler de l’utilisation de ses anciens pouvoirs. Il tenait à rester dans la norme sans faire de vagues.
* * * * * * *
Adam Young venait d’avoir dix-huit ans. Il était majeur, désormais, et pouvait mener sa vie comme bon lui semblait. Non qu’il ne le pût pas avant : les relations familiales depuis qu’il était petit avaient suivi un cours plutôt paisible. Sauf concernant les couches de vêtements que sa mère l’obligeait à porter.
Comme la fois où Deirdre avait insisté pour qu’il prenne un manteau avant de sortir.
– Mais il fait dix-huit degrés dehors, avait-il soupiré en levant les yeux au ciel.
– Prends-le quand même. La météo annonce des orages.
Deux heures plus tard, une averse l'avait surpris. Trempé jusqu'aux os, il était rentré à la maison en courant. Sans un mot, sa mère lui avait simplement tendu une serviette miraculeusement apparue derrière son dos.
Ou cette fois – mémorable – où il s’était retrouvé consigné dans sa chambre.
– Ton père ne m’a pas encore expliqué pourquoi il t’a puni. Il m’a juste dit que toi, tu savais parfaitement pourquoi. C’est vrai ?
Adam avait simplement hoché la tête.
– Tu veux bien m’expliquer ?
– Non, avait-il murmuré.
– N’en parlons plus, alors. Je verrai ça avec ton père. Tu peux sortir Toutou dans le jardin, il a besoin de prendre l’air. Mais dix minutes, pas plus, hein ?
Sa mère, tout comme son père, lui avait toujours fait confiance. Il avait grandi dans une relation bienveillante, empreinte d’affection, de gentillesse, d’écoute et de respect, même si parfois ses parents s’étonnaient de ses choix.
– Tu lis un livre sur la fin du monde ? lui avait demandé Arthur un beau soir.
– C’est pour un exposé, à l’école.
– Ils n’ont pas un exposé sur quelque chose de plus normal à proposer aux élèves ?
Adam s’était contenté de sourire. Il adorait se plonger dans les récits des civilisations anciennes, qu’elles soient réelles ou fictives. L’univers des mythologies et des religions le fascinait, et il nourrissait une obsession pour l’Atlantide.
C’est pour cette raison qu’il se destinait à intégrer à la rentrée prochaine un cursus “Histoire Ancienne et Moderne” à l’Université d’Oxford. Il se montrait curieux d’en apprendre davantage sur la Grèce antique, l’Europe médiévale ou l’histoire des religions.
Deirdre et Arthur entrevoyaient ce futur avec ce mélange de fierté et de pincement au cœur propre à tous les parents du monde quand ils voient leur enfant s’engager dans la vie mais s’éloigner en même temps du cocon familial. C’est qu’il avait bien grandi, leur bébé…
* * * * * * *
Ce jour de mai, Aziraphale et Crowley faisaient face, une fois encore, à une menace d’Apocalypse. S’ils avaient dû affronter Satan voilà sept ans, c’est à Dieu en personne qu’ils se confrontaient aujourd’hui. Et ça s’annonçait mal, manifestement.
Michaël avait commencé le sale boulot. Dévorée par la jalousie de n’avoir pas obtenu le poste d’Archange Suprême au départ de Gabriel, elle avait assisté, impuissante et rongeant son frein, au “Plan” d’Aziraphale, qui prévoyait, en lieu et place de la destruction de l’univers initialement prévue, un nouveau monde de paix et d’harmonie. Le récent Suprême avait planifié le retour de Jésus sur Terre, avec entre ses mains une tablette tactile comportant un discours prévu pour être prononcé aux Nations Unies, simultanément dans toutes les langues connues. Risible !
C’est alors qu’elle avait décidé de la jouer perso et de voler le Livre de la Vie, pour en détruire méticuleusement toutes les pages. Et elle avait commencé par le Métatron lui-même. Quand Aziraphale et Crowley avaient découvert l’affreuse vérité, il était déjà trop tard pour beaucoup d’entre eux, et ne subsistaient que les pages de garde et une poignée de feuillets.
De retour à la librairie, l’Archange avait invoqué Dieu, qui leur avait mis le marché entre les mains. D’une simplicité effarante : remettre le monde en état, comme avant, ou en créer un nouveau, vierge. Elle leur avait accordé un moment pour prendre leur décision.
Trop aimable !
* * * * * * *
Ce même jour de mai, Adam est penché sur la liste de ce dont il aura besoin à la rentrée. Agacé, il n’arrive pas à remettre la main sur “La Guerre du Péloponnèse”. À tous les coups, l’ouvrage doit se trouver enfoui sous un fatras de livres et de magazines, dont une collection impressionnante du “New Aquarian Digest” auquel il était abonné depuis qu’Anathème lui avait prêté ce numéro sur le Kraken. Son impatience se mue rapidement en agacement, puis en sourde irritation. Bon sang, s’il prenait la peine de ranger ses affaires, aussi ! Cependant, il ne lui faut que peu de temps pour comprendre que le bouillonnement qui l’agite n’est pas dû à la perte de son livre. Chaque année, ça revenait, mais là c’est différent. Plus intense, il dirait.
* * * * * * *
L’ange et le démon se font face, près du Pommier Originel, qui pousse miraculeusement au beau milieu d’une librairie. Les rayonnages de livres se fondent dans la végétation luxuriante. La lumière se diffuse doucement à travers le feuillage de l’arbre, et vient ricocher sur les ouvrages adorés de l’ange. Il y a là tout ce qu’ils aiment et chérissent par-dessus tout, les livres pour l’un, les plantes pour l’autre, et l’Autre pour chacun. Une douce bruine baigne la végétation d’une humidité savamment calculée, tandis que la bibliothèque bénéficie d’une hygrométrie parfaite. Ils savent qu’ils doivent faire vite, et que c’est peut-être, pour eux, la dernière fois.
– Alors ? Qu’est-ce que tu veux, Aziraphale ?
– Réponds, toi, d’abord. Parce que moi, je ne veux qu’une chose, et je ne suis pas certain que ce soit la meilleure option.
– Je ne supporte plus cette menace permanente qui plane au-dessus de l’humanité. Si on La laisse remettre le monde en marche comme avant, tu sais bien que l’apocalypse est comprise dans le pack. C’est son Plan, après tout, et il n’a pas encore abouti. C’est un pitbull agrippé à sa proie, Elle ne lâchera pas. La dernière prophétie en date, celle de 2012, c’était encore pas la bonne. Les Mayas se sont plantés en beauté. Mais ça aura lieu, sois-en certain.
L’ange, qui a compris à demi-mot, se détourne pour masquer la détresse et la douleur qu’il sait ravager son visage.
– D’un autre côté, poursuit Crowley comme pour lui-même, ça me dévaste que tout cet univers soit effacé d’un claquement de doigts, tout ce que j’ai créé, tu te souviens ? Tu m’as bien aidé, sur ce coup-là.
Aziraphale ne peut pas s’empêcher de se retourner pour répondre :
– Oh, Crowley ! J’ai juste tenu un parchemin ! C’est toi qui as tout fait ! Tu es un artiste merveilleux, vraiment. Un très mauvais démon, mais le meilleur d’entre les anges.
L’ange déchu sent sa gorge se serrer devant les yeux lavande voilés de larmes d’Aziraphale, et résiste difficilement au besoin viscéral de le serrer dans ses bras.
Don't cry, snowman, not in front of me
Who will catch your tears if you can't catch me, darling ?
Don't cry snowman, don't leave me this way
A puddle of water can't hold me close, baby.
(Ne pleure pas, bonhomme de neige, pas devant moi
Qui va retenir tes larmes si tu ne peux pas m'attraper, chéri ?
Ne pleure pas, bonhomme de neige, ne me laisse pas comme ça
Une flaque d'eau ne peut pas me retenir, bébé.)
– Quel que soit le choix, on est foutus. Il est trop tard, de toute façon, soupire Crowley, la voix fêlée. À ton avis, qu’est-ce quelle attend de nous ?
– Pourquoi cette question ? Tu comptes faire exactement le contraire ?
Aziraphale parvient à sourire à travers ses larmes. Décidément, ce démon est un rusé vieux serpent.
– Sincèrement, j’en sais rien, mon ange. Ce que je veux par-dessus tout, c’est que les humains aient une chance. Qu’ils puissent vivre dans un monde neuf, sans Paradis ni Enfer, sans anges ni démons, sans Dieu ni Diable, avec seulement leur libre arbitre.
L’un et l’autre, bien sûr, ont parfaitement compris ce que cette option implique pour eux.
– Tu es sûr ?
– Oui.
– Tu es admirable, Crowley. Je respecte ta décision, même si je pense que c’est une folie, doublée d’une monstrueuse imposture. Personne ne me fera croire que les hommes ne tiennent pas déjà les rênes de leur destin entre leurs mains. Si Elle pouvait les influencer, il est des atrocités qu’Elle ne laisserait pas commettre. Surtout en son nom. Elle ne peut pas être à ce point imperméable à la souffrance humaine, si ?
– Ngk, tu as peut-être raison.
– De plus, Elle ne peut pas tout détruire, y compris Elle-même. Ce serait du suicide, et le suicide, ce n’est pas… bien ? Tu te souviens d’Elspeth, n’est-ce pas ?
Crowley sourit à son tour à l’évocation de ce souvenir.
– On verra bien. On va lui dire ?
– Allons-y.
Don't cry, snowman, don't you fear the sun
Who'll carry me without legs to run, honey?
Don't cry, snowman, don't you shed a tear
Who'll hear my secrets if you don't have ears, baby?
(Ne pleure pas, bonhomme de neige, ne crains pas le soleil
Qui me portera sans jambes pour courir, chéri ?
Ne pleure pas, bonhomme de neige, ne verse pas une larme
Qui entendra mes secrets si tu n'as pas d'oreilles, bébé ?)
Mais Aziraphale ne peut pas se résoudre à leur disparition. Hors de question que le démon et lui ne fassent pas partie du monde d’après. Crowley est un cadeau des cieux, un trésor inestimable, un don précieux mais fragile. Il est son moteur, sa force, son ancre. La pièce qui termine le puzzle. Jusqu’à nouvel ordre, il est toujours Archange Suprême, et donc doté de pouvoirs assez puissants pour invoquer qui bon lui semble. Et puis quoi ? Les Perses n’avaient-ils pas inventé les premiers, dans leurs croyances, les yasatas et les daevas, ces entités bénéfiques ou nuisibles, sans qu’elles fussent gouvernées par un Dieu ou un Diable ? De quoi redonner un coup de boost au concept, si ça marchait… Rien ne se crée, rien ne se perd, la vie est un cycle éternel de recommencement : eh bien recyclons une religion antique ! Le Paradis et l’Enfer sont toxiques, il n’avait jamais voulu l’admettre jusqu’à présent, mais aujourd’hui il faut se rendre à l’évidence : c’est Crowley qui avait raison.
Il se concentre intensément tandis qu’ils reviennent devant Dieu, main dans la main, et lui font part de leur décision.
I want you to know that I'm never leaving
Cause I'm Mrs. Snow, 'til death we'll be freezing
Yeah you are my home, my home for all seasons
So come on let's go.
(Je veux que tu saches que je ne partirai jamais
Parce que je suis Mme Snow, jusqu'à la mort nous serons gelés,
ouais, tu es ma maison, ma maison pour toutes les saisons
Alors allez, allons-y.)
Et tandis qu’Elle fait imploser le monde, dans un infime mouvement de doigts – et eux avec – apparaissent soudain un jeune homme vêtu d’un blouson en jean passablement délavé, accompagné de son chien, sympathique corniaud à la démarche hésitante et au museau grisonnant, en claironnant :
– Vous m’avez appelé ?
Alors Adam Young, l’Antéchrist, accomplit ce qu’il a à faire. Aziraphale et Crowley l’avaient aidé à sauver le monde, voilà sept années. À son tour de les aider à sauver leur peau (ou du moins : leur essence revêtue d’une humaine corporation).
Et s’il s’est jadis affranchi de l’autorité de Satan, c’est à l’influence de Dieu qu’il se frotte aujourd’hui. Une voix dans sa tête lui soufflait que cette bataille sera son chant du cygne, mais qu’importe. Il leur doit bien ça. Et continuer sa vie sans pouvoirs prodigieux, ça lui fera des vacances.
Alors, pour la seconde et dernière fois, Adam réinitialise la réalité selon ce qui lui semble bon.
Là où ils avaient disparu, il ne reste plus rien de visible. Mais le jeune homme rassemble les fragments épars de leur être, disséminés dans les replis de l’espace-temps. Les particules dispersées retrouvent leur emplacement d’origine. Chaque pensée, chaque souvenir, chaque émotion reprend place le plus naturellement du monde. Et Adam contemple en souriant avec fierté les deux silhouettes familières revenues du néant, se tenant toujours par la main.
Let's go below zero and hide from the sun
I love you forever where we'll have some fun
Yes, let's hit the North Pole and live happily
Please don't cry no tears now. It's Christmas, baby
My snowman and me
(Allons en dessous de zéro et cachons-nous du soleil
Je t'aimerai pour toujours, où nous nous amuserons
Oui, allons au pôle Nord et vivons heureux
S'il te plaît, ne pleure pas, pas de larmes maintenant, c'est Noël, bébé
Mon bonhomme de neige et moi)
Épilogue
Mieux encore qu’au Pôle Nord, c’est dans un endroit ressemblant étrangement aux South Downs que nos Ineffables iront se réfugier. 💖