Ascenseur pour l’Élu

Chapitre 1 : Ascenseur pour l’Élu

Chapitre final

2467 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/04/2026 14:37

Ce crossover Good Omens X Harry Potter vous est proposé par @The Blue One pour le personnage de l’ange Aziraphale,

et @Beauvais pour celui du géant Hagrid.






« Tic-tac, tic-tac »

Aziraphale, au comble de l’angoisse, avait pleinement conscience que le jour J approchait, voire même l’heure H. Aujourd’hui à 15 h, selon le Grand Plan, l’Antéchrist apparaîtrait aux yeux de tous, un enfant presque ordinaire, le jour de ses onze ans. Une rencontre avec le Molosse infernal, tout droit accouru du tréfonds des Enfers, devait alors se produire. Le gamin lui donnerait un nom (L’égorgeur nocturne ? Le massacreur infernal ? L’éventreur sanguinaire ? Ou quelle autre idée terrifiante ?) et il obtiendrait de ce fait ses pouvoirs diaboliques. Ainsi pourrait débuter la chevauchée des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse, et en route pour le début de la fin.

Il en avait des sueurs froides et paradoxalement, le cerveau en ébullition. Et Crowley qui était Dieu sait où, introuvable…


Il reposa son livre, conscient qu’il en avait relu trois fois le même paragraphe sans rien y comprendre. C’était peine perdue. Il se dit que quelques pas sur le trottoir de Whickber Street l’aideraient peut-être à s’éclaircir les idées. Il enfila sa veste et sortit d’un pas vif.

Il hésita à faire une halte en face, au « Give me coffe or give me death » de Nina, pour un gobelet de thé, mais il venait déjà de se préparer un délicieux Earl Grey, voilà à peine dix minutes, accompagné de quelques Eccles-cakes. Il ne fallait pas abuser des bonnes choses, quand bien même ces bonnes choses n’allaient pas tarder à prendre fin, s’il ne trouvait pas très vite une solution pour stopper le processus.


Au lieu de ça, il traversa le carrefour, pour se retrouver devant l’entrée du « Dirty Cauldron ». L’esprit ailleurs, il manqua se faire renverser par une voiture qui roulait à une vitesse tout à fait déraisonnable dans les rues de Soho, et dont le conducteur écrasa la pédale de frein avec moult jurons. Le libraire, imperturbable, continua sa traversée, les mains derrière le dos et les yeux rivés au sol, comme si l'asphalte pouvait lui révéler le secret ultime pour éviter la fin des temps.


Devant la porte du pub, un énergumène eut le toupet de le bousculer, semblant étonnamment pressé d’entrer dans l’établissement.

Le bonhomme était grand, non, il était énorme – une véritable montagne humaine. Sa tête se trouvait quelque part au niveau de l'enseigne du pub, dominant la rue d'une présence qui laissait les passants bouche bée. Son manteau, bien trop lourd pour la saison, ondulait autour de sa silhouette massive. Les plis du tissu épais libéraient par vagues les odeurs mélangées de poisson à la limite de la fraîcheur (juste avant d'être déclaré définitivement avarié) et de pâtisserie rance.

Sa barbe hirsute, où les miettes de gâteaux se disputaient âprement la place avec les brins de tabac, les nœuds rebelles et même ce qui ressemblait à des bouts de ficelle, flottait agressivement au vent. Pourtant, toute l'agressivité apparente de ce personnage hors norme était instantanément démentie par l'expression naïve de ses yeux, aussi candides que ceux d'un enfant. 


Justement, un enfant, parlons-en : le colosse poussait un gamin devant lui en le tenant fermement par l'épaule. Comparé à son compagnon gigantesque, le gosse semblait petit, presque minuscule. Un maigrichon à lunettes au regard émerveillé, les cheveux noirs ébouriffés tel un vrai nid d'oiseau, et une cicatrice distinctive en forme d'éclair "Danger haute tension" qui lui barrait le front.


Levant la tête vers le ciel, Aziraphale prit un air offusqué pour s’adresser à cette montagne humaine : 

— Dites-moi, mon ami, serait-ce trop vous demander que de prendre garde à vos compatriotes ? Vous venez de me percuter au point que j’en ai très certainement l’épaule démise…


Hagrid s'arrêta net, jeta un regard consterné autour de lui, puis pensa enfin à regarder vers le bas :

— Épaule de mise ? s'étonna-t-il. Je connais des épaules larges...

En prononçant ces mots, il se redressa davantage pour exhiber sa carrure. Sa tête heurta l'enseigne du Pub avec un bruit sourd, révélant, que son crâne n'était pas totalement vide. Il se massa le cuir chevelu et conclut d'un ton interrogateur :

—... Et vous dites « de mise » ?

— Démise. Voilà le terme que j’ai employé, geignit le libraire en se frottant l’épaule à lents mouvements circulaires. Aïe ! C’est sûrement une luxation !

— Je ne mange pas de l'ail et j'ai pas des épaules de mise... Dumbledore, ce Grand Homme, il dit toujours "Hagrid tu as plus de largeur, que de finesse!" C'est vrai je ne suis pas fin mais large, cela se voit tout de suite ! Non ? Et Le luxe n'est pas à Tion, je sais même pas où ça se trouve, mais dans un verre de Pur Feu, pourquoi pas ? Venez ! Je vous invite !

— Eh bien, pourquoi pas. Pour vous faire pardonner. Bien qu’il n’y ait pas besoin de Pur Feu pour cela : pardonner est une de mes spécialités, voyez-vous. Et ce sera un Sherry pour moi, si vous permettez.

— Chérie ? Ici ? Dans l'Allée des Embrumes, c'est plus sûr ! Là-bas, il y a des Chéries et des Chéris...

Hagrid rapprocha les doigts de sa main et embrassa la figure obtenue avec un smack sonore.

— Mais, comme le dit Dumbledore, ce Grand Homme, : « Qui cherche trouve ! » Alors, pourquoi pas ?


Sur ces mots, Hagrid poussa résolument la porte du pub et s'y engouffra le premier, n'oubliant pas d'entraîner Harry dans son sillage — Harry qui avait visiblement perdu le fil de la conversation.


Le pub était bondé, malgré qu’il fût encore tôt dans la journée. Une foule bigarrée s’y pressait, composée de consommateurs chics et réservés, contraints malgré eux de hausser la voix pour se faire entendre. Une cible de fléchettes ornait un mur, tandis qu'un flipper antique trônait près de l'autre.


À l’entrée du trio, tous se turent instinctivement. Certains dévisageaient avec stupeur ce colosse sorti d’on ne sait où, « C’est pas tous les jours qu’on voit un géant au Dirty Donkey ! » pensaient-ils tous. Lequel géant adressa un signe de la main aussi discret que son physique le lui permettait au… mur du fond, à la stupéfaction de l’ange. Cet endroit était exclusivement réservé aux sorciers et protégé par un puissant sortilège anti-moldus, si bien que seuls Hagrid et Harry pouvaient le voir. Ce côté du pub grouillait d’individus à l’allure patibulaire et à l’accoutrement étrange, qui ne se sentaient pas le moins du monde concernés par l’écriteau “Interdit de fumer”. Eux aussi avaient reconnu Hagrid, ainsi que le gamin, qu’ils auraient volontiers acclamé comme il se doit ! Mais cela attendrait d’être hors de vue des Moldus.


— Oh ! fit le gosse, les yeux comme des soucoupes. Des fléchettes ! Je peux aller jouer aux fléchettes, Hagrid ?

— Quelles fléchettes ? Tu vas te faire amocher ! Dumbledore, ce Grand Homme, m'a demandé de veiller sur toi !

— Au flipper alors ?

— Ça, si tu veux, lui répond-il en lui glissant un sourire et une pièce d’aspect étrange dans le creux de la main.


Pendant que le petit garçon ravi rejoignait le flipper, les deux hommes s’installèrent à une table dont les clients venaient miraculeusement de se rappeler qu’un rendez-vous les attendait au-dehors, et entrechoquèrent leurs verres de Pur Feu et de Sherry.

— Au fait, je m’appelle Aziraphale Fell. Je tiens une librairie à l’angle de la rue.

— Azira Falafel ? En voilà un nom bizarre, pas de chez nous ! Un étranger ? 

Hagrid se fit soudain suspicieux.

— Votre nom ne me dit rien qui vaille !

Il plissa les yeux et pointa vers son interlocuteur un doigt accusateur d'une propreté douteuse :

— Et ce quidam Falafel me tombe dessus (là, Hagrid fit preuve d'une mémoire sélective car c'était plutôt lui qui avait bousculé Aziraphale) juste le jour où je dois accompagner Harry à Gringotts ! De plus, je dois y récupérer une chose importante ! Une grande mission très secrète que m'a confiée Dum...

Hagrid se plaqua brusquement la main sur la bouche :

— J'aurais mieux fait de me taire ! J'aurais pas dû ! Je n'ai rien dit !


Il saisit son verre, s'apprêta à boire une longue gorgée, puis se ravisa, reposa fermement le verre sur la table et tendit la main :

— Hagrid, Rubeus Hagrid ! Garde-chasse et Gardien des clés de Poudlard !

— Oh ! Vous êtes le premier garde-chasse que je rencontre en chair et en os. Je connais celui de Lady Chaterley, bien évidemment, mais seulement par roman interposé. Enchanté de faire votre connaissance, Mr Hagrid, répondit l’ange en lui tendant la main, qui fut aussitôt escamotée par celle du géant, et broyée par la même occasion. 

— Pas Monsieur ! Hagrid tout court ! s'exclama Hagrid, décidant pour une fois sagement, de passer sous silence qu'il ne connaissait aucune Lady, tout Chaterley qu’elle fût.

— Aîe ! grimaça l’ange une fois de plus. Je suis aussi fautif je dois l’admettre. J’avais un peu la tête ailleurs, voyez-vous, et je n’ai guère prêté attention à mes pas. C’est que je suis à la recherche d’un jeune garçon, et c’est d’une importance capitale, vous pouvez m’en croire !

L’enfant réapparut près de leur table.

— Hagrid, j’ai perdu ! Tu peux me donner une autre pièce, s’il te plaît ? Et aussi, j’ai envie… J’ai bu un peu trop de limonade… J’ai besoin… glissa-t-il à mi-voix.

— Les toilettes, c'est par là !

Hagrid indiqua d'un geste nonchalant le fond de la pièce, là où les moldus ne distinguaient qu'un simple mur. Une foule bigarrée s'y pressait : hommes et femmes parés d'atours d'époques révolues. Les robes de sorciers se mêlaient aux amples jupes féminines, les hauts-de-forme voisinaient avec des capuchons rabattus, et les tenues raffinées côtoyaient de véritables haillons.


Harry s'avança et se retrouva aussitôt entouré par ces personnages des plus excentriques qui tentaient de lui serrer la main, soulevaient sa frange pour admirer sa cicatrice ou lui proposaient à boire. Une terreur s'empara de lui : il eut l'impression d'être cerné par des créatures maléfiques échappées des contes. Il voyait des visages grimaçants, des mains aux doigts crochus et crut même apercevoir des crocs acérés.


Il se dégagea de cette cohue et courut vers ce qu'il supposait être la direction des commodités, espérant que ces êtres effrayants ne le poursuivraient pas jusque dans les cabinets. Harry emprunta un corridor étroit et, à sa grande déception, ne déboucha pas sur les sanitaires mais devant la porte béante d'un ascenseur. 


Pendant ce temps, inconscient des difficultés de son jeune protégé, Hagrid s'adonnait à une conversation qu'on pourrait qualifier d'agréable, en compagnie d’Aziraphale, :

— Je peux bien vous le dire, murmura l’ange. Vous m’avez l’air d’une personne digne de confiance, au vu de l’attention dont vous entourez ce petit garçon. Et vous me semblez capable de garder un secret…

— Les secrets c'est ma spécialité, se rengorgea Hagrid. Dumbledore ce Grand Homme, m'a confié notre petit élu... Et la pierre...

À ces mots il se plaqua de nouveau la main sur la bouche :

— J'ai rien dit…

— Oui, l’Élu, reprit Aziraphale. C’est bien de lui dont il est question. Celui par qui tout doit arriver. Mais je ne connais que son nom et sa date d’anniversaire, hélas !


Le petit élu, le garçon "qui", se tenait en ce moment même devant l'ascenseur béant quand il sentit soudain une violente poussée dans le dos et entendit : « Il est là ! Il est là ! Venez tous ! ». La poussée le propulsa dans la cabine et, à son grand soulagement, la porte se referma avec un chuintement repu, juste sous le nez de ses poursuivants.


Néanmoins, il ressentait toujours un besoin pressant qu'il ne pouvait satisfaire dans ce lieu, étant un gamin bien élevé. Il se tourna donc vers le panneau de commandes fixé sur la paroi en face, avec l'espoir vain d'y voir quelques indications. Harry ne vit sur le panneau que trois boutons, tous dépourvus de chiffres. Le bouton supérieur était blanc et portait un grand H. Le bouton inférieur, aussi marqué d'un H arborait la couleur rouge. Le bouton central était le plus coloré : il affichait les lettres CT dorées et une baguette que Harry prit pour celle d'un chef d'orchestre.


Dans la salle, l’ange poursuivait comme pour lui-même, accroché au fil de ses pensées comme le serpent enroulé autour du premier pommier. :

— La Bête sortie de la mer, l’instrument ultime du Mal, le faux Prophète, l’imitateur perfide, le fils de la Perdition, l’Élu des abysses, l’envoyé de Sat…

— L'Élu est à nous ! 

Hagrid tapa du poing sur la table, faisant sursauter les verres.

— Il est le garçon qui a survécu ! Évidemment c'est un mâle, c'est un garçon, non ? Il est à nous et puis c'est tout !

L’ange avait tressailli, rattrapant de justesse son verre. 

— Peut-être pourriez-vous m’aider à le retrouver ? demanda-t-il, avec dans la voix autant d’espoir que de crainte à l’approche du moment fatidique qui n’allait pas tarder à arriver. Il s’appelle A…

— Non ! Il s’appelle pas A, tout court, l’interrompit le géant, mais… 

Ils s’écrièrent en chœur : 

— Harry !

— Adam !


Dans la cabine de l’ascenseur, Harry était perplexe.

Les H ne lui disaient strictement rien. ll était bien loin de se douter que le bouton du haut signifiait Heaven, et celui du bas Hell. Rien de moins que le Paradis et l’Enfer.  

Celui du milieu, marqué CT, pouvait par contre se prêter à diverses interprétations. En effet, le nom Chemin de Traverse (sa véritable destination) que ce sigle indiquait lui était également inconnu.  

« Les CabineTs pour les chefs d'orchestre ? Pourquoi pas ? » pensa-t-il. 



Et il pressa résolument ce bouton.






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