L’Histoire du Professeur Procyon
Le jour se leva sur les ruines du manoir du Bouleau Blanc. Genzo n’avait pas quitté l’endroit où se dressait autrefois la demeure familiale. La première équipe de secours arriva à l’aube. Des habitants des villages voisins se joignirent aux recherches. Dans les heures qui suivirent, les autorités, des renforts médicaux et plusieurs engins de déblaiement furent dépêchés sur les lieux. Genzo leur indiqua l’emplacement exact de la cave des archives. Il répétait que les murs étaient épais, que les anciennes fondations avaient tenu pendant des siècles. Si le soubassement avait résisté au choc, Elena et Heiwa pouvaient encore être vivants. Le premier jour, personne ne chercha à lui retirer cet espoir. Au deuxième jour, les recherches avaient progressé, mais les sauveteurs n’avaient toujours pas atteint la cave. Genzo restait convaincu que l’épaisseur des murs avait pu protéger sa famille. Au troisième jour, il était toujours là, aux côtés des équipes de déblaiement. Ses vêtements étaient couverts de poussière et ses yeux rougis par le manque de sommeil. Il observait l’ouverture qui se creusait peu à peu dans les décombres. Il attendait un bruit, une voix ou un simple signe.
Rigel resta près de lui la plupart du temps. Il participait aux travaux, apportait du café et répondait aux questions quand Genzo n’en avait plus la force. À plusieurs reprises, il tenta de le convaincre de dormir quelques heures.
— Je dormirai quand ils seront sortis, répondit Genzo.
Le troisième après-midi, les ouvriers atteignirent enfin les anciennes fondations. Une grande partie de la voûte avait tenu, mais plusieurs blocs de pierre s’étaient déplacés sous la violence de l’explosion. Les secours dégagèrent un passage étroit vers la cave. Un médecin descendit avec deux hommes. Genzo voulut les suivre, mais on lui demanda de rester dehors. Il attendit au bord de l’ouverture. Rigel se plaça à côté de lui. Quelques minutes plus tard, le médecin reparut. Il retira son casque de protection. Genzo comprit avant qu’il ne parle. Elena et Heiwa avaient été retrouvés sous une section de la voûte qui s’était effondrée. Tout indiquait qu’ils étaient morts sur le coup. Genzo ne répondit pas. Il regarda longtemps l’ouverture sombre qui menait vers la cave. Rigel resta près de lui et tenta de le réconforter, mais ses paroles ne suffisaient pas à apaiser sa peine.
Les funérailles eurent lieu quelques jours plus tard dans le même cimetière où Kenshiro avait été enterré un an et demi auparavant. Les deux cercueils avaient été déposés près de sa tombe. Le ciel était clair. Un vent faible passait sur les collines et faisait bouger les branches des bouleaux. Beaucoup de personnes étaient venues. Des habitants des villages voisins avaient fait le déplacement. D’anciens employés du domaine avaient tenu à venir eux aussi. Parmi les membres de la Confrérie du Signal se trouvaient Warren, Abram et Klaus. La famille d’Elena avait fait le voyage depuis les États-Unis et l’Italie.
La cérémonie se déroula presque entièrement dans le silence. Quelques paroles rituelles furent prononcées. Aucun autre discours ne suivit. Comme si, devant un tel drame, le silence était la seule manière de leur rendre hommage. Rigel resta près de Genzo, qui n’avait pas prononcé un mot. Lorsque vint le moment de la mise en terre, Genzo resta immobile. Il regarda les cercueils de sa femme et de son fils disparaître lentement sous la terre sans montrer ce qu’il ressentait. Après la cérémonie, les visiteurs quittèrent peu à peu le cimetière. Quelques-uns s’approchèrent de Genzo pour lui présenter leurs condoléances. Il leur serra la main sans vraiment entendre ce qu’ils lui disaient.
Quand il ne resta plus que Rigel et lui, Genzo regarda les trois tombes.
Kenshiro.
Elena.
Heiwa.
Il resta longtemps à se recueillir avant de redescendre vers les ruines. Il s’arrêta près de l’endroit où la tour s’était dressée. Les équipes avaient dégagé une partie des fondations, mais une masse considérable de gravats recouvrait encore les lieux. Genzo ramassa un morceau de pierre noirci par l’explosion. Il provenait sans doute de l’un des murs de la tour.
Rigel l’avait suivi à distance.
— Tu veux rentrer ?
Genzo secoua la tête.
— Pas encore.
Il garda la pierre dans sa main jusqu’à la tombée du jour. Ce fut la dernière phrase qu’il prononça ce jour-là.
L’enquête se poursuivit encore plusieurs semaines. Dès les premiers jours, une équipe d’inspecteurs examina les restes des batteries, des générateurs et des appareils retrouvés dans les décombres. La présence de nombreuses installations expérimentales les conduisit rapidement à privilégier l’hypothèse d’un accident. Avant même que l’ensemble du site ait été dégagé, leurs premières conclusions désignaient déjà une défaillance majeure dans les installations du manoir.
La taille du cratère posa cependant davantage de questions. Ses dimensions dépassaient largement ce que pouvaient expliquer les seules batteries et réserves d’énergie recensées. Des spécialistes furent appelés sur place. Les enquêteurs conclurent à la présence probable d’anciennes cavités. Selon eux, leur effondrement sous l’effet de la seconde explosion pouvait expliquer l’ampleur inhabituelle du cratère. L’état du site ne permettait plus d’établir avec certitude ce qui avait explosé au centre de la zone. Une grande partie du matériel avait été pulvérisée, déplacée ou fondue sous l’effet de la chaleur.
Ces réserves ne remirent pas en cause les premières conclusions. L’hypothèse de l’accident était déjà devenue la base de l’enquête, et les anomalies restantes furent considérées comme les conséquences d’une réaction en chaîne impossible à reconstituer dans tous ses détails.
La présence d’Elena et de Heiwa dans les sous-sols fut expliquée par l’existence de la cave où étaient conservées les archives. Les enquêteurs estimèrent qu’ils avaient pu s’y rendre pour chercher ou déplacer des documents lorsque l’accident s’était produit. Quelques fragments métalliques dont l’origine demeurait incertaine furent classés avec les restes du matériel scientifique. Rien ne permit d’établir la présence d’un appareil inconnu ou d’hommes armés sur les lieux.
Genzo raconta pourtant ce qu’il avait vu. Il décrivit les silhouettes autour du manoir, la coupure simultanée du téléphone et de la radio, les uniformes sombres et l’arme dont un tir avait fait éclater les pavés devant lui. Il expliqua aussi que l’attaque pouvait avoir un lien avec les signaux qu’il étudiait depuis plusieurs années et qu’il soupçonnait désormais d’origine extraterrestre.
Les enquêteurs consignèrent son témoignage. Ils ne le contredirent pas directement. Mais aucune de ses affirmations ne modifia les conclusions du rapport. Pour eux, les incertitudes concernant la seconde explosion ne constituaient pas la preuve d’une intervention extérieure. Genzo comprit qu’ils voyaient surtout devant eux un homme qui venait de perdre sa femme et son fils.
Il avait espéré qu’un détail ferait évoluer l’enquête. Mais le rapport fut signé. Pour les autorités, l’affaire était terminée. Pour Genzo, ce n’était que le début d’une longue période de deuil.
Rigel l’avait accueilli dans sa maison située au ranch. Genzo occupait une petite chambre à l’étage. Il dormait peu. Le matin, il descendait parfois avant le lever du soleil. Rigel trouvait alors une tasse vide sur la table et comprenait que Genzo était déjà parti vers les ruines. Il pouvait rester plusieurs heures parmi les ruines. Le cratère creusé par la seconde explosion occupait une grande partie du terrain. Les pluies avaient déjà commencé à former une nappe d’eau. Pendant de longues semaines, les engins de chantier continuaient à évacuer les débris. Chaque journée faisait disparaître un peu plus les traces de la maison de son enfance.
Quelques mois plus tard, Genzo fit construire une nouvelle habitation dans un coin reculé du domaine du Bouleau Blanc. Il dessina lui-même les plans. La maison n’avait rien du vieux manoir. De longues lignes horizontales structuraient la façade. De grandes baies vitrées ouvraient les pièces sur les collines. Une partie de la construction reposait sur des pilotis afin de suivre la pente du terrain. L’ensemble rappelait les villas modernes qu’il avait vues en Californie.
Il s’installa dans la maison dès que les travaux furent terminés.
Lors de sa première visite, Rigel avait pris le temps d’observer la maison.
— Beaucoup de vitres.
— Oui.
— Tu vas passer ton temps à les nettoyer.
Genzo releva les yeux vers lui.
Rigel attendit quelques secondes, sans obtenir de réponse.
— Bon, dit-il. Je trouverai autre chose pour te faire rire.
La solitude qu’il avait voulue ne changea rien. La maison neuve accentua ce vide. Chaque pièce semblait trop grande pour un seul homme. La table prévue pour plusieurs personnes resta presque toujours vide. Genzo avait fait installer une chambre supplémentaire sans expliquer pourquoi. Il n’y entra jamais après son emménagement.
Les nuits étaient devenues difficiles. Il y avait souvent une bouteille de whisky Hinotori sur la table du salon. Au début, il buvait pour parvenir à dormir. Puis il continua parce que le sommeil ne venait plus. Il ne cherchait pas l’ivresse. Il voulait seulement faire taire ce qui tournait dans sa tête. Mais les mêmes questions revenaient toujours. Quelques semaines après son installation, Genzo écrivit à Warren, Abram et aux autres membres de la Confrérie. Il leur demanda de lui faire parvenir une copie de tout ce qu’ils avaient conservé sur les deux signaux. Il reçut quelques caisses de dossiers dans les semaines qui suivirent. Relevés, calculs, notes et comptes rendus de leurs anciennes recherches : la plupart des découvertes qu’ils avaient faites s’y trouvaient. Parmi les dossiers figuraient aussi quelques ouvrages utilisés par les membres de la Confrérie au cours de leurs recherches. Genzo les rangea avec le reste sans leur accorder beaucoup d’attention. Il ne savait pas encore exactement ce qu’il cherchait. Il voulait simplement trouver une logique dans l’enchaînement des événements.
Peu à peu, l’opposition entre les deux signaux commençait à l’obséder. Il pensait qu’ils pouvaient expliquer ce qui s’était produit, mais le lien lui échappait encore.
Il poursuivait l’analyse des fréquences, des intervalles, de la durée des impulsions et de la position des sources. Mais aucune de ces vérifications ne lui permettait d’aller plus loin. Il avait beau reprendre les données sous tous les angles, il ne parvenait pas à dégager de nouvelles pistes
Un soir, Genzo décida de reprendre une nouvelle fois son analyse depuis le début. Il commença par écrire les deux séquences sur une feuille.
Le premier provenait de la région de Véga. Le second avait été capté depuis une autre direction. Entre les deux, Genzo ne disposait encore d’aucun lien qu’il puisse démontrer.
Progressivement, ses notes changèrent de nature. Une nuit, au fur et à mesure que la bouteille de Hinotori se vidait, ses textes devinrent de plus en plus obscures. Genzo s’éloigna peu à peu de l’analyse scientifique pour chercher dans cette inversion une signification plus ésotérique.
5-3-1 devint pour lui le symbole d’un déséquilibre des cycles, puis d’une rupture de l’ordre naturel. Il associa cette séquence à une inversion des flux énergétiques.
1-3-5 prit une direction opposée. Genzo y vit une progression harmonique, une structure ascendante qui pouvait évoquer un rééquilibrage. Il consulta des ouvrages de numérologie et de métaphysique.
Peu à peu, il en vint à associer le premier à ce qui avait détruit sa famille et le second à son contraire. Genzo remplit des pages. Il cherchait une logique qui expliquerait tout : les signaux, l’attaque, la mort d’Elena et celle de Heiwa. Au fil des nuits, la bouteille de Hinotori se vidait de plus en plus vite. Il était arrivé à une conclusion qu lui paraissait une certitude :
5-3-1 : contraction -> rupture
1-3-5 : expansion -> restauration
Un soir, il reprit ses notes depuis le début dans un bref moment de lucidité.
Il relut une page, puis une deuxième. Il s’arrêta. Aucun relevé ne démontrait ce qu’il avait écrit. Il avait construit chaque association à partir d’hypothèses qui ne reposaient sur aucun élément vérifiable. La contraction, l’expansion, l’ordre, le déséquilibre : aucun de ces concepts n’apparaissait dans les données qu’il avait à sa disposition. Genzo regarda les feuilles qui couvraient la table. Il se souvint de son père. « J’ai cherché Dieu dans ces signaux, Genzo. J’ai voulu Le comprendre, L’atteindre. Mais à force de Le chercher, j’ai fini par ne plus savoir ce que je cherchais. J’ai failli me perdre.»
En rangeant ses notes, Genzo aperçut un exemplaire du Discours de la méthode parmi les ouvrages qu’il avait reçus quelques semaines plus tôt. Il le prit et en parcourut quelques pages. Il poursuivit finalement sa lecture jusqu’à la dernière page. Cette nuit-là, le texte de Descartes détourna son attention du signal. Au lieu de s’obstiner à donner un sens aux événements qu’il venait de traverser, il chercha à comprendre le cheminement de son propre raisonnement.
Dans les semaines qui suivirent, Genzo reprit l’intégralité des dossiers et revint sur chaque étape de sa réflexion. Sur une page de son cahier, il traça trois colonnes.
Ce qu’il savait.
Ce qu’il supposait.
Ce qu’il voulait croire.
La première resta courte. Le signal 5-3-1 était artificiel et provenait de la région de Véga. Le signal 1-3-5 avait été capté depuis une autre direction. Des hommes armés avaient attaqué le manoir après avoir brouillé les communications.
Dans la deuxième, il nota ce qui restait encore à démontrer ou à confirmer avec certitude. Les travaux de la Confrérie mentionnaient le nom de Véga et une localisation. L’attaque pouvait donc avoir un lien avec cela. Le second signal pouvait être une réponse. Son inversion pouvait avoir une signification.
Devant la troisième colonne, Genzo hésita longtemps. Puis il écrivit :
Je veux croire que le second signal signifie que tout cela a un sens.
Il posa son stylo. Cette fois, il n’ajouta rien. Le doute méthodique ne lui donna aucune réponse. Il lui imposa seulement une limite.
Il relut aussi plusieurs fois le livre de Descartes. Une idée attira davantage son attention: le doute ne détruisait pas la recherche. Il pouvait au contraire la protéger contre les conclusions trop faciles. Genzo retrouvait dans ces pages une rigueur qu’il avait autrefois exigée de lui-même et des autres. Il acceptait désormais que reconnaître son ignorance ne revenait pas à abandonner. Il devait remettre en cause ses propres interprétations sans renoncer aux faits qu’il avait observés. Cette pensée lui apporta un calme qu’il n’avait plus connu depuis la catastrophe.
Genzo finit par se résigner à cette limite. Il pouvait croire que 1-3-5 portait une information.
Il pouvait même espérer que le second signal provenait d’une autre intelligence.
Mais il ne pouvait pas encore le démontrer. Cette distinction changea peu à peu sa manière de considérer la situation. Sa consommation de Hinotori diminua. Il recommença à sortir davantage. Il aida Rigel à réparer une clôture. Il passa une matinée aux écuries. Un jour, il monta jusqu’au cimetière. Il se recueillit un moment devant la sépulture de son père, puis devant celle de Heiwa. Son regard se posa ensuite sur celle d’Elena.
— Comme j’aimerais avoir ton avis sur le signal 1-3-5.
Le vent passa dans les arbres.
Il redescendit ensuite vers les ruines. L’ancien emplacement de la tour restait visible au bord du cratère. Quelques blocs de granite marquaient encore les fondations. Genzo s’arrêta.
Le souvenir du grenier de son enfance refit surface. Il pensa aux antennes de Kenshiro, au premier appareil qu’il avait construit. Puis il se rappela Elena près du Phonoscope et son fils qui montait l’escalier pour venir regarder les étoiles.
Le lendemain, il prit la décision de construire une tour à cet endroit. Une tour blanche. Elle porterait la mémoire d’Elena et de Heiwa. Ce soir-là, Genzo prit la bouteille de Hinotori qui se trouvait encore dans un placard. Il la regarda quelques secondes, Puis il la mit dans une caisse avec les objets qu’ils n’utilisaient plus. Il ne la ressortit jamais.
Il commença à dessiner les plans très rapidement, il choisit les matériaux et suivait personnellement le chantier. Les travaux avancèrent lentement. Les anciennes fondations durent être consolidées, puis renforcées. Certaines pierres furent récupérées et intégrées à la nouvelle structure.
La chantier dura plusieurs années. Genzo suivit chaque étape de la construction. Peu à peu, la tour blanche s’éleva à l’endroit même où s’était dressée celle de son enfance.
Sa silhouette blanche d’allure moderne contrastait avec les collines. Elle ne possédait aucun laboratoire. Aucun instrument ne dépassait de son sommet. Une petite salle occupait le niveau supérieur. Genzo y plaça seulement quelques livres, une photographie d’Elena avec Heiwa et une plaque très simple.
Il n’y fit inscrire qu’une phrase : À ceux qui ont regardé les étoiles avec moi.
Rigel resta longtemps devant la plaque.
— C’est bien, dit-il.
Genzo acquiesça.
À quelques centaines de mètres, le cratère s’était rempli d’eau et formait un petit lac artificiel.
Genzo, lui aussi, avait changé. Depuis plusieurs années, il n’avait plus repris l’étude du signal. Il ne cherchait pourtant plus à le chasser de son esprit. Il avait simplement appris à vivre avec les questions restées sans réponse.
Un matin, une lettre arriva avec l’en-tête de la NASA. Genzo reconnut immédiatement l’écriture de Warren. Il avait analysé les bandes du 1-3-5 avec des équipements qui n’existaient pas encore à l’époque de la Confrérie. Les premiers résultats n’avaient rien donné. Puis il s’était souvenu d’une piste que Genzo et Elena avaient explorée autrefois sans parvenir à la vérifier. Ils avaient recherché d’infimes variations au sein même des impulsions, mais le matériel dont ils disposaient à l’époque n’avait rien permis de détecter. Warren avait repris les bandes en suivant cette piste. Cette fois, quelque chose était apparu. Les microvariations n’étaient pas aléatoires. Elles se répétaient selon une organisation précise que les anciens relevés n’avaient jamais permis de mettre en évidence. Il ne pouvait encore leur attribuer aucune signification, mais une chose lui paraissait désormais certaine : le signal 1-3-5 était bien plus complexe qu’il ne l’avait cru. Il présentait des régularités que l’on ne retrouvait pas dans les signaux naturels.
La lettre se terminait par quelques mots : Je pense que nous avons découvert quelque chose. J’aimerais te montrer les résultats.
Warren arriva au Bouleau Blanc quelques semaines plus tard. Genzo avait également prévenu Abram, qui était arrivé la veille. Warren avait apporté les nouvelles analyses ainsi qu’une copie des bandes retraitées à la NASA.
Pendant plusieurs jours, la maison de Genzo leur servit de salle de travail pour vérifier les calculs. Les vérifications successives confirmaient les résultats obtenus par Warren. Mais pour poursuivre leurs recherches, certaines mesures devaient être reproduites avec du matériel plus récent. Il leur fallait aussi un endroit où l’installer durablement.
Genzo pensa aussitôt à la tour.
— Nous pourrions utiliser les niveaux inférieurs.
Warren le regarda.
— Tu es sûr ?
Genzo resta un instant silencieux.
— Je pense qu’Elena aurait voulu qu’on continue. Elle a consacré une partie de sa vie à ces recherches. Ce serait absurde de les tenir à l’écart de ce projet.
Dès son retour aux États-Unis, Warren fit envoyer l’équipement nécessaire ainsi que plusieurs appareils de dernière génération, mieux adaptés à leurs nouvelles recherches. Genzo se remit au travail. Les anciens dossiers furent rouverts et les nouvelles mesures s’ajoutèrent peu à peu à celles déjà recueillies.
Après toutes ces années, Genzo retrouvait simplement le plaisir de chercher. Il ne demandait plus à la science de le conduire jusqu’à Dieu. Il voulait seulement explorer ce qu’elle pouvait encore lui révéler.