Les vacances en Grèce
Chapitre 1 : Les vacances en Grèce
3514 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 14/03/2026 12:51
Juillet 2000, sur une plage de Crète, en Grèce.
Jim et Melinda, vêtus d'une chemise à manches courtes et de pantalons bermudas, allongés l'un à côté de l'autre sur une serviette, contemplaient depuis quelques minutes le magnifique lever du soleil qui s'offrait à eux. L'eau de la mer, tranquille, renvoyait les étincelles dorées de la lumière solaire. Le ciel bleu, dégagé de tout nuage, devenait de plus en plus clair, des éclats jaunes et oranges brillaient comme des joyaux, apportant une certaine douceur à la plage encore endormie. À cette heure très matinale, le silence régnait, non pas pesant, mais naturel, comme l'appel muet de l'astre solaire à la nature, aux plantes, aux animaux et aux hommes de se réveiller. Le silence des premières heures du jour. Même la mer était silencieuse, comme si elle étirait paresseusement ses vagues.
Sur la plage, le jeune couple était seul. Il savourait ce moment de tranquillité, comme s'il voulait en profiter avant le déferlement des touristes, avant que ne débute la journée pour les habitants. Le jeune homme musclé, d'une carrure imposante, enlaçait son épouse puis l'embrassa sur le front. La jeune femme se cala contre sa poitrine virile et lui rendit son bisou sur la joue droite. Nuls autres que Jim Clancy et Melinda Gordon-Clancy, des touristes venus de Grandview, une petite ville aux États-Unis d'Amérique. Ils espéraient bien se reposer, comme n'importe quel autre touriste normal.
Tout à coup, une silhouette humaine apparut dans le champ de vision de la jeune femme. Elle avait la certitude qu'il s'agissait d'un esprit. Elle en percevait intuitivement la différence, car elle les voyait depuis son plus tendre âge. C'était un vieil homme vêtu d'un complet bleu marine et d'une chemise blanche. Sur son nez, des lunettes bleues qui lui donnaient un air intelligent et bienveillant.
Melinda demanda d'une voix douce en anglais :
— Monsieur, je suis Melinda Gordon-Clancy et vous ?
L'esprit répondit en grec :
— Baptistḗs(1) Kritikos.
La médium était seulement surprise qu'elle avait tout compris. Jim, remarquant sa micro-expression d'étonnement, murmura :
— Mel, que vient-il de se passer ? Tu as vu un esprit ?
— Oui, balbutia-t-elle, mais le plus bizarre est... Je peux le comprendre, malgré qu'il ne parle pas en anglais...
— Intéressant, marmonna Jim pour toute réponse.
— Merci du commentaire, répliqua-t-elle d'un ton bourru. Laisse-moi parler avec Monsieur... Et je te résumerai tout après...
Son époux soupire en pensant : « Zut ! Encore un esprit qui gâche nos vacances ! C'était la même chose dans la chambre d'hôtel à Ottawa ! On ne peut pas avoir un peu de moment pour nous ! La prochaine fois, Mel, on restera à la maison ! »
Un silence long plana. Melinda, cligna des yeux pour reprendre le fil de la discussion. Elle tourna sa tête vers le Grec et demanda d'un air chaleureux :
— Monsieur Kritikos, pourquoi êtes-vous encore parmi les vivants ? Que puis-je faire pour vous aider ?
L'esprit répondit d'une voix claire :
— Je veux que mon petit-fils épouse sa petite-copine. Sauf que je ne sais plus comment lui faire comprendre ma volonté.
— Très bien... Mais comment s'appelle votre petit-fils ?
— Grīgórios(2), répondit-il avant de s'évaporer dans les airs.
Elle sortit de son sac à main qu'elle amenait partout avec elle son calepin pour prendre en note les noms. Elle soupira et se retourna vers son mari pour lui résumer les propos du fantôme. Entre-temps, le soleil s'était levé et le bruit lointain de l'agitation de la ville la plus proche rappelait au couple que la journée commençait.
Jim manifesta sa compréhension d'un signe de tête puis embrassa sa femme sur les lèvres. Ils rangèrent leur serviette de plage et revinrent dans la chambre d'hôtel. La médium chercha sur son ordinateur portable des informations à propos de l'esprit. Elle trouva que Baptistḗs Kritikos est mort le 3 juin dernier, à l'âge de soixante-douze ans. Il était un habitant de la ville de Réthymnon, en Crète, où il a passé toute sa vie. Il était marié à Viktōría(3), décédée un an, trois mois et deux jours avant lui. Le couple n'ont eu qu'un seul fils, prénommé Adám(4). Ce dernier vit dans la même ville, marié depuis vingt-huit années à Dōrothéa, une native de la même ville. Ensemble, le couple a deux fils, Grīgórios et Theódōros(5). La médium griffonna rapidement quelques informations dans son calepin et poursuivit ses recherches. Elle parvint après quelques minutes, de trouver l'adresse d’Adám et Dōrothéa Kritikos : 549 555, Nikoforas.
D'un air triomphant, en éteignant le portable, qu'elle brancha sur l'adaptateur en raison de la batterie presque vide, Melinda s'écria :
— Jim, on va pouvoir régler le cas de Gregory !
— Maintenant ? fit l'interpellé en jetant un bref coup d'œil à sa montre.
— Quelle heure est-il ? demanda Melinda.
— Il est 6 h 45...
Il fixa son épouse et répliqua :
— Mel, n'est-ce pas un peu trop tôt pour déranger les habitants ?
— Mouais, tu as raison, avoua-t-elle à contrecœur.
— Je suggère d'attendre vers 8 h 00...
Jim, un sourire aux lèvres, levant les sourcils, ajouta :
— En attendant, Mel, j'ai quelque chose à te suggérer...
Il s'approcha d'elle, la saisit doucement par la taille d'une main et de l'autre sous ses genoux pour la soulever délicatement. La jeune femme s'accrocha à son cou. Il l’amena jusqu’à leur chambre où il la déposa avec élégance sur le lit.
****
Vers 8 h 00.
Jim et Melinda, vêtus d'une manière très décente, se rendirent à l'adresse où vivaient les Kritikos. Une charmante maison blanchie à la chaux au toit bleu s'élevait devant eux. Sa façade avec pignon soutenu par d'élégantes colonnes ajoutaient sur la beauté de la demeure, comme si elle défiait le temps. La médium et son mari gravirent les quatre marches qui menèrent jusqu'à la porte d'entrée. Elle remarqua du coin de l'œil que l'esprit apparut à la droite de Jim. Il affichait une mine sérieuse. Melinda signala à son époux la présence de l'entité, puis frappa doucement à la porte. Quelques instants plus tard, un énergétique cinquantenaire la lui ouvrit et demanda en grec :
— Madame et Monsieur, qui êtes-vous et que voulez-vous ?
« Je n'ai jamais vu ces types-là » pensa-t-il en clignant des yeux. « Sans doute des touristes perdus... Que viennent-ils faire ici ? »
N'ayant rien compris, la jeune Américaine leva les épaules et dit en anglais :
— Je suis Melinda Gordon-Clancy...
L'Américain se présenta à son tour :
— Son mari, Jim Clancy...
« C'est ce que je pensais ! » songea cyniquement leur interlocuteur dans sa langue maternelle. « Des touristes qui se sont perdus dans la ville, alors qu'ils ne savent pas un seul mot du grec ! Et qui croient que tout le monde connaît l'anglais ! »
Le Grec l'interrompit en anglais avec un fort accent :
— Vous êtes des touristes ?
— Oui, répondit d'un air assuré Jim.
— Excusez-moi, Madame et Monsieur, mais le centre d'informations touristiques, c'est quelques rues plus loin...
L'homme s'apprêtait à refermer la porte, mais l'Américain la retint fermement en commentant :
— Ce n'est pas le centre touristique que nous cherchons, mais Monsieur Adam Kritikos...
— C'est moi-même, fit leur interlocuteur sans cacher son scepticisme.
« Que me veulent ces touristes ? » songea-t-il, perplexe, en promenant son regard de l'un à l'autre.
— Et bien, reprit Melinda d'un air cordial, nous voulons parler avec votre fils...
— Pourquoi ? Aucun de mes fils ne sont amis avec vous !
— C'est à la demande de votre père, continua la médium.
— Mon père est... l'interrompit le Grec, en baissant la tête.
— Est mort, s'immisça le revenant. Je le sais ! Fiston, c'est la vérité !
— Je le sais, répliqua Melinda sans se départir de son sérieux, qu'il n'est plus parmi les vivants... Mais je l'ai vu ce matin, car j'ai un don qui fait en sorte que je vois les esprits...
« Ne serait-elle pas un escroc ? » songea Adám, en relevant la tête, moue sceptique au visage.
— Je vous assure que c'est la vérité, s'empressa-t-elle d'ajouter avec son plus beau sourire. Je suis une passeuse d'âmes et j’aide les revenants à accomplir leur dernières volontés afin qu'ils partent dans l'Autre Monde... D'ailleurs, votre père est actuellement à votre droite. Et il a dit que c'est la vérité.
Le cinquantenaire jeta un bref coup d'œil dans cette direction, mais, ne voyant rien, il ramena son attention sur la médium.
Le revenant se déplaça vers son fils, la mine très concentrée. Ceci fit espérer à Melinda que le vivant accepta bien de discuter avec elle.
Un silence plana pendant plusieurs minutes avant que Adám dit :
— Vous m'avez intrigué avec vos propos...
En faisant un geste du bras droit pour les inviter à entrer, il ajouta :
— Je vous propose de discuter à l'intérieur.
Melinda remarqua que l'esprit avait un sourire. Elle le remercia d'un signe de tête. Et le couple suivit leur amphitryon. Ils passèrent dans un couloir aux murs blancs pour arriver jusqu'à un salon. Ce dernier était une grande pièce accueillante avec sa grande fenêtre qui donnait sur la rue, ce qui laissait entrer la lumière naturelle du soleil. Au centre, une table basse en bois laqué entourée de deux canapés beiges recouverts d'une fine dentelle face à une télévision qui reposait sagement dans son meuble, éteinte. Adám fit un geste pour faire comprendre à ses invités de s'asseoir sur l'un des canapés. Le couple d'Américains s'assit sur l'un des canapés. Leur amphitryon leur apporta des boissons rafraîchissantes, qu’il déposa sur la table basse puis s'assit à son tour sur l'autre canapé.
La médium nota la présence de Baptistḗs à la droite du cinquantenaire. Ce dernier, en regardant alternativement Jim et Melinda, dit d'un ton sévère :
— Madame et Monsieur, vous êtes venus chez moi parce que vous avez rencontré... l'âme de mon père... qui a dit quelque chose au sujet de l'un de mes fils, si je comprends bien ce que vous me dites...
— Exactement, approuva l'Américaine de son air le plus cordial.
Elle fit une courte pause, sortit son calepin, pour avoir sous les yeux ses notes, puis ajouta d'un air assuré :
— Je vous précise ce qui s'est passé ce matin. J'ai vu votre père, qui veut que votre fils Gregory...
— Grīgórios, le corrigea son interlocuteur vivant.
— Vous avez compris de qui je parlais, murmura-t-elle en accompagnant ses paroles de son plus beau sourire, comme pour se faire pardonner de la mauvaise prononciation.
— Ouais, fit Adám en hochant lentement de la tête, les sourcils froncés comme s'il se demandait où elle voulait en venir.
— Et bien, reprit Melinda, il (je veux dire votre père) veut que votre fils marie sa petite copine. Je dois vous préciser que je l'ai compris intuitivement, même si je ne sais rien du grec. Et c'est la vérité, je vous l'assure, Monsieur.
Un silence plana pendant plusieurs minutes. Le Grec était perplexe et se demandait à lui-même si elle ne se jouait pas d'elle. Peut-être savait-elle le grec ? Pourtant, elle lui paraissait trop sincère. En un autre sens, il était prêt à la croire, puisque ceci correspondait à son désir le plus cher. Le revenant, un immense sourire aux lèvres, marmonna quelques vagues paroles dans sa langue. Melinda, malgré la barrière linguistique, saisit intuitivement le sens : « Fiston, c'est la vérité. Cette femme ne ment pas. » Elle but une gorgée de jus de pomme en attendant une réponse. Son mari, pour la rassurer, serra sa main entre les siennes.
Adám, dont le visage s'illumina soudainement d'un large sourire, s'exclama d'un air enjoué, en saisissant son verre :
— En tout cas, ça fait du sens ce que vous dites ! D'autant plus que je l'espère aussi ! Logique, pour que je sois un jour grand-père !
Il but une gorgée puis ajouta d'une voix émue :
— Dṓra(6) et moi tenterons de convaincre Górīs(7) de marier sa petite-copine...
Melinda pensa « Sans doute qu'il désigne sa femme et son fils par des diminutifs... »
Jim songea, en regardant du coin de l'œil son épouse : « Les diminutifs... Comme moi avec Mel... »
Le Grec continua :
— Par ailleurs, je pense bien que Melína(8) soit une bonne femme... Et qu'il la mérite bien... Mais bon, mon opinion au sujet de ma future bru vous importe peu...
Il s'interrompit puis fixa la médium pendant quelques secondes avant de demander sur un ton insistant :
— Madame Gordon-Clancy, qu'est-ce qui va se passer une fois que Górīs... désolé... Grīgórios... épousera Emméleia ? Êtes-vous certaine que mon vieux partira dans l'Autre Monde ?
Le revenant hocha la tête. La médium imita son geste, puis ajouta :
— Je pense bien que oui... À moins qu'il n'ait autre chose qui le retient encore parmi les vivants...
Baptistḗs dit d'une voix claire :
— Je veux seulement m'assurer que ma descendance se perpétue, c'est tout !
Melinda, en promenant son regard du fantôme au vivant, répéta ses propos en anglais.
Adám manifesta sa compréhension d'un geste de tête et leva son verre en disant :
— À la santé des futurs mariés !
Jim et Melinda en firent autant et ils vidèrent leurs verres. Ensuite, l'amphitryon remercia les deux jeunes gens d'être venus et les raccompagna jusqu'à la porte d'entrée.
Lorsque Adám revint au salon, sa femme, une élégante brune, vers la quarantaine, l'attendait, les bras croisés sous la poitrine, ce qui froissa sa longue et ample robe vert sauge. Elle s'écria :
— Mákīs(9), étais-tu encore avec des amis ?
— Dṓra, répliqua-t-il calmement, ce n'étaient pas des amis, mais des Américains qui sont venus... La femme, une certaine Melinda Gordon-Clancy, prétend voir les esprits...
— Ne me dis-tu pas que tu la crois ? demanda-t-elle en décroisant les bras.
— Pourquoi pas ? fit son mari en haussant les épaules. Je me dis qu'il sois bien possible que la femme soit sincère...
— Qu'a-t-elle dit ?
— Que mon vieux voulait que Górīs et Melína se marient.
— Combien as-tu payé pour cette soi-disant médium ? siffla Dōrothéa.
— Rien, même pas un lepton(10).
— Et c'est pourquoi tu penses que cette femme n'est pas une charlatan ?
— Oui...
Un silence plana entre eux, puis le mari ajouta d'une voix douce, les yeux brillant d'une lueur de joie :
— Tant qu'à faire, on pourrait aussi convaincre Ákīs(11) de rester avec sa Illiría(12)... Je les trouve tellement adorables ensemble !
— C'est vrai, tu as raison...
À nouveau, un silence s'installa, mais cette fois, moins oppressant que le premier. Adám s'approcha de son épouse et prit ses mains entre les siennes en commentant d'une voix douce :
— Au moins, Dṓra, tu sais ce qui nous reste à faire : une réunion familiale cette fin de semaine et le tour est joué...
L'interpellée approuva d'un geste de tête.
****
Quelques jours plus tard, dans la maison d'Adám Kritikos, après le repas du midi.
Le cinquantenaire, sa femme, ses fils et les petites-copines étaient réunis à table, dans la cuisine. Adám prit la parole :
— Prenons des nouvelles ! Votre mère et moi allons très bien. Toujours chez le même employeur, même s'il m'énerve loyalement, mais je me dis que je vais pouvoir y rester jusqu'à ma retraite... Mes fils, qu'est-ce qu'il y a de nouveau de votre côté ?
Grīgórios, étonné de la question, observa attentivement sa petite-copine, une jeune femme vers la vingtaine, qui était assise sur une chaise à sa droite. Son frère et Illiría s'observèrent mutuellement, aussi perplexes de la question.
L'aîné bredouilla :
— Rien de nouveau, papa... Comme tu le sais, en vacances jusqu'en septembre et je reprends mes cours... À part ça, je vis dans le même appart que Melína...
— Est-ce que vous envisagiez des fiançailles ? demanda son père.
Les deux jeunes s'observèrent mutuellement. Leurs mines pensives réjouissaient Adám et Dōrothéa, qui espéraient alors entendre la nouvelle tant attendue.
Après un long silence, Grīgórios murmura :
— Pourquoi pas ? Je t'aime tellement Melína que je ne peux pas imaginer ma vie sans toi !
Il se leva de sa chaise, tandis que la jeune femme, les joues rouges, baissa la tête en battant des cils. Il s'approcha d'elle, l'enlaça par les épaules et dit d'un air enjoué :
— À partir d'aujourd'hui, je déclare que Emméleia est ma fiancée !
La nouvelle fut accueillie par une salve d'applaudissements de la part des autres membres de la famille.
Le jeune homme reprit, en se rasseyant :
— Quand au mariage, on pourrait en discuter plus tard...
— Sans problème, Górīs, répliqua son père d'une voix émue.
Puis un silence joyeux plana dans la pièce. Au bout de quelques minutes, le fils benjamin d'Adám, Theódōros, et sa petite-copine, Illiría, se levèrent de leurs chaises et disent à l'unisson :
— Toujours au même emploi, en tant que serveur... Sinon, Illiría et moi sommes fiancés depuis quelques jours déjà...
— Félicitations ! fit son père.
— Et nous nous marierons dans quatre mois, ajouta la jeune femme.
— Très bien ! Félicitations ! s'exclama la mère de Theódōros.
— Que de bonnes nouvelles ! surenchérit Adám en applaudissant.
Après la vaisselle, les deux jeunes couples saluèrent le plus vieux et chacun revint chez soi.
****
Quelques mois plus tard, dans le salon de la maison de Jim Clancy et de Melinda Gordon-Clancy, à Grandview, aux États-Unis d'Amérique, vers 8 h 00.
Melinda était assise sur un canapé, en train de feuilleter un vieux livre que sa mère lui avait donné. Elle se demandait si elle allait le laisser dans sa boutique d'antiquités dont elle était la propriétaire depuis un an. Tout à coup, un esprit apparut entre le meuble de télévision et la table basse : un vieil homme vêtu d'un complet bleu marine et d'une chemise blanche, avec des lunettes bleues sur son nez. Il lui semblait qu'elle l'avait peut-être déjà vu quelque part.
Étonnée, la médium leva la tête vers lui, déposa le livre sur la table basse en pensant : « Qui êtes-vous ? »
Comme s'il lisait ses pensées, le revenant répondit en grec :
— Baptistḗs Kritikos... Nous nous sommes déjà vus en juillet dernier...
— Ah, oui ! L'esprit grec !?
Il hocha la tête, puis ajouta d'un air enjoué :
— Mes deux petits-fils se sont mariés ! Je suis comblé ! Merci beaucoup, Madame !
Melinda, sourire aux lèvres, murmura d'une voix douce en anglais :
— Il n'y a pas de quoi...
Elle s'interrompit puis continua d'un air plus assuré, en faisant un geste des mains vers son interlocuteur :
— Alors, prêt pour la prochaine étape ?
— Oui, répliqua-t-il brièvement.
— Voyez-vous la Lumière ?
Le fantôme regarda autour de lui, comme s'il cherchait quelque chose. Il fixait vers sa droite puis s'exclama à mi-voix :
— Je vois une lumière ! Tellement accueillante et chaleureuse !
— Allez-y ! l'encouragea la jeune Américaine d'un air cordial.
Baptistḗs se retourna une dernière fois vers elle et s'écria :
— Encore une fois, merci beaucoup, Madame ! Grâce à vous, je quitte la paix en l'âme ! Merci ! Merci infiniment !
— Je suis contente pour vous, dit-elle simplement, un peu gênée d'être remerciée autant de fois, alors qu'à ses yeux, elle ne faisait que ce qu'elle devait faire, rien de plus ni de moins.
Le revenant se retourna vers la lumière que lui seul apercevait et s'avança vers elle d'un pas assuré. Melinda le regardait jusqu'à ce qu'elle le perdit de vue. Émue, elle ne put s'empêcher de lâcher une larme de joie qu'elle essuya prestement du dos de la main.
(1) Baptistḗs est l'équivalent de Baptiste en français.
(2) Grīgórios est l'équivalent de Grégoire en français.
(3) Viktōría est l'équivalent de Victoria en français.
(4) Adám est la variante grecque d'Adam.
(5) Theódōros est l'équivalent de Théodore.
(6) Dṓra est le diminutif de Dōrothéa, l'équivalent de Dorothée en français.
(7) Górīs est le diminutif de Grīgórios.
(8) Melína est le diminutif d'Emméleia, qui est équivalent d'Emmélie en français.
(9) Mákīs est le diminutif d'Adám.
(10) Le lepton est la plus petite unité monétaire du drachme grec, qui sera remplacé par l'euro en 2002.
(11) Ákīs est le surnom diminutif de Theódōros.
(12) Illiría est équivalent d'Illyrie en français.