Le Petit Max, Episode 1
Chapitre 10 : The River
3952 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 10/11/2016 04:05
(X)
Éden, lieu inconnu
« Et tu lui a donné ce qu'il voulait ? »
« Bien sûr que oui. Pourquoi j'aurai refusé ? »
« Tu te rends bien compte que si l'équipe est capturée, ça remontera jusqu'à toi pas vrai ? »
L'endroit était sombre. Lugubre. Pourtant non loin d’Éden, un lieu emplit de perfection à l'état pur. Et c'était dans cette ruelle ou n'importe quel méchant de comic book aurait choisit d'assassiner le père d'un futur héros pour un simple portefeuille que les deux hommes s'étaient retrouvés.
Monsieur Regnier avait un large sourire caractéristique du bureaucrate satisfait de ses actions. Il discutait depuis un moment avec un homme légèrement plus petit que lui et bien plus chétif. Ce dernier guettant le moindre bruit de fond comme s'il était poursuivis, ses lunettes rondes glissant sur son nez pointu à cause de la transpiration, son front ridé par l'age, les poches sous les yeux à cause de la fatigue, il semblait plus qu'évident qu'un sentiment de trahison et de peur l'avait envahi. A coté de cette masse de classe et d'élégance qu'était Regnier, cet espèce d'homme qui faisait penser à un comptable avec un costume grisâtre taillé trop grand et vendu au rabais n'avait rien pour lui. Son tempérament n'était pas exactement celui de l'homme d'affaire non plus.
« Depuis combien d'années on se connaît, Steve ? » demanda Regnier après cette question que lui avait posé le comptable.
« Assez pour que tu arrêtes de m’appeler Steve, utiliser mon vrai prénom et éviter d'en créer un avec mon nom de famille ? »
Le directeur se mit à rire. « Tu me connais assez pour savoir que je trouve toujours un moyen d'exploiter qui je veux. Même un fantôme comme Garcia. »
Steve parut perplexe à cette idée. Garcia s'était déplacé de son plein gré jusqu'à Éden. Comment Regnier aurait-il pu trouver un avantage à quelque chose dont il ignorait l'existence...
« Ce mec... » reprit Regnier avec condescendance en mentionnant le sujet Garcia. « Les gars comme lui ne voient que le profit personnel d'une opération. Il a beau être un expert... il n'est pas un bureaucrate, et encore moins de mon niveau. Ce n'est qu'un sous fifre. »
« Mais pourtant tu m'a dis qu'il te faisait chanter, non ? »
« C'est vrai. Quand est-ce que je t'ai dis ça exactement ? » demanda alors le directeur.
Le comptable se mit alors à compter sur ces deux comme un enfant. « Euh... je dirais un peu moins d'une semaine ? »
Regnier relança son sourire satisfait. « Garcia est passé dans mon bureau hier. »
« Que... » bégaya Steve. « Co...comment ? Tu veux dire que... tu savais ? »
« J'ai entendu dire qu'il cherchait à monter une équipe pour retrouver le colis. Je lui ai donné une raison de croire qu'il avait l'avantage sur moi. Les papiers compromettants étaient faux. Tu rajoutes un brin de comédie, tu mens à ceux qui sont susceptible d'être sa cible pour qu'il y croit, et le tour est joué. »
Voilà la motivation qui avait poussé un homme aussi peu persuasif que Regnier à se laisser manipuler par Garcia. Il avait toutes les cartes en mains. Néanmoins, Steve n'en paraissait pas plus rassuré. Bien au contraire.
« D'accord... » admit-il. « Quand bien même il y a cru... l'équipe, c'est la tienne ! Garcia te dénoncera ! »
« Qu'il le fasse, ça fait longtemps que j'ai pas fais la une des journaux que je dirige ! » répliqua t-il en riant grassement.
« Les journaux peut-être, mais la Corporation... »
« La Corporation n'aura rien, pas plus que toi et moi, d'ailleurs. Je me suis séparé de l'équipe depuis près de trois mois. L'appel qui a servi à la mettre en relation avec Garcia s'est passé depuis l'extérieur d’Éden par un anonyme plein au as. » mima t-il avec des guillemets pour préciser sa fourberie.
La réussite était totale. Faire gober à un ancien mercenaire qu'il avait l'avantage, lui donner une équipe qui ne lui appartenait pas, ou plus... Regnier était totalement exonéré de quelconque charge qui aurait pesé contre lui.
« Et il travaille comme un fantôme, d'après ses propres dires. Donc il ne sera pas pressé de révéler son existence à la Corporation sinon il sera, avant de lancer la moindre accusation, obligé d'expliquer pourquoi il s'est rendu en terrain hostile avec des amis sans permission officielle. »
« Et jamais il ne révélerai la raison de sa présence là bas, surtout si cela a un rapport avec le colis... » en conclu Steve, l'air ébahi.
Regnier, fier de son exploit machiavélique, entama un nouveau cigare, enfumant au passage le petit chétif. « J'adore quand un plan se passe sans accroc. »
« Mais... » fit subitement de manière pensive, les yeux dans le vide son collègue. « Comment tu peux être certain qu'il n'arrivera pas à prendre le colis ? Avec cette équipe c'est plus que probable non ? »
« C'est une très bonne question l'ami ! » s'empressa d'approuver Regnier en mâchouillant son cigare. « Tu te souviens de l'ancienne équipe ? Ou je devrais dire deux membres de l'ancienne équipe ? »
C'est alors qu'il comprit. Effectivement, Steve était l'un des rares à avoir connu l'ancienne équipe et être encore là pour en parler. Il se rappelait de Junkie, l'un d'entre eux qui avait une fâcheuse tendance à maquiller ses meurtres par des prises de drogues susceptibles de provoquer des overdoses ou encore Rocky, la femme avec les poings les plus solides qu'il avait rencontré. Mais les deux les plus dangereux étaient indubitablement Ghost et Killzone.
Le premier, incarné par Garcia, était introuvable quand il le souhaitait. Beaucoup disaient qu'il avait réellement un pouvoir, car comme dans les films, d'un instant à l'autre il était capable de disparaître. C'est après de multiples réflexions que Steve s'était rendu compte qu'il avait détourné un spray prototype d’Éden afin de créer des cartouches qui explosaient silencieusement sur son corps, le rendant momentanément invisible à l’œil nu. Il avait également travaillé le produit pour rendre indétectable sa chaleur corporelle. Garcia était un génie de l'infiltration.
Killzone devait son nom à la résultante de la mission d’Angoulême. Nul n'avait jamais vraiment su ce qu'il s'était passé, mais la seule vision qu'avait eu l'ancienne équipe une fois assez éloignée du rayon d'explosion duquel personne n'aurait pu en réchapper vivant, c'était Héléna. Le visage dur, son corps intact, aucune blessure visible... Héléna était la seule survivante. Quant à savoir si elle en était responsable, ça, elle n'avait jamais répondu.
Le rapport avec la question de Regnier tenait à ces deux derniers.
« Oui... » répondit l'homme, vivant une illumination. « Garcia et Héléna s'aimaient ! »
« On peut dire ça comme ça. » ricana Regnier en haussant les épaules. « Mais le plus important est que Garcia était porté disparu depuis très longtemps, tout comme elle... »
« Héléna est vivante ?! » s'emporta avec alerte Steve. « Mais... je croyais que Boomer l'avait tuée ! »
« Normalement en même temps que Garcia justement. Donc si il est finalement sorti de sa cachette, pour recruter l'équipe même qui a tenté de le tuer par le passé... »
« … c'est parce qu'il savait qu'Héléna lui barrerai la route ! Il avait besoin de renfort... »
« Et moi des deux seules personnes encore vivante à savoir où trouver le colis. » révéla Regnier. « Et grâce à cet imbécile, maintenant, je le sais. Il est au Red-Eye... »
Steve tiqua sur ces derniers mots. Non pas qu'il prit peur, mais ce nom lui rappela des souvenirs.
« Et... tu comptes le récupérer ? » hésita t-il.
Regnier le regarda, le pauvre homme totalement désemparé par la prestance du directeur.
« Et manquer de respect à ta mère… jamais de la vie. Mais j'ai un plan pour la suite. »
« Je... je, j'ignorai que ma mère était encore... en vie. »
« C'est une Estève, mon petit Steve... »
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Le Zone-Art
« NON MAIS C'EST PAS VRAI MERDE ! »
Une demie heure plus tôt, So' avait commencée à crier dans tous les sens en entrant dans son bar, cette phrase en tête des nombreuses volées d'insultes qui avaient suivies. C'est pourquoi elle s'était empressée de commencer le rangement, après que la Hyène – ou plutôt Madame Esteve – eut ramassée avec ses hommes Slayer et Alpha.
Quant à Mac...
« Non mais t'es pas sérieuse là j'espère ! » s'emportait Eddy quand Julia avait émis l'idée de le laisser partir de son coté, ce dernier assis non loin les yeux baissés.
Eddy avait beau avoir un bras en bandoulière, il en perdait pas le nord. Ben quant à lui, était assit au comptoir avec Héléna, à regarder la scène qu'il trouvait très drôle. La Hyène attendait patiemment
« Je te jure qu'il a pas un mauvais fond Eddy ! » se justifiait Julia en balançant les bras dans tous les sens pour ponctuer son raisonnement. « Il est un peu égocentrique – on travaille dessus – mais il est pas méchant ! Juste influençable. »
« Juste ? Il a aidé une meuf à presque faire sauter la ville bordel de merde ! »
« … presque. » fit Julia de manière innocente. « Et puis justement tu crois que c'est grâce à qui qu'on est encore là pour débattre du sujet ? On devrait plutôt lui payer un verre ! »
« TU TE FOUS DE MA GUEULE ? DEHORS LES ROMANOS ! » avait crié So' depuis l'arrière salle, ce qui avait déclenché l'hilarité chez Ben et madame Estève ainsi que ses hommes tandis qu'Héléna ne pouvait s’empêcher d'en sourire.
« Écoute, au pire t'a pas ton mot à dire il vient à la maison ! J'en prend la responsabilité ! » avait statué Julia en prenant le soin de s'adresser à la dame qui attendait la décision finale.
Sur ce, cette dernière fit un signe de tête avec un sourire des plus sincères avant de s'éclipser avec ses hommes et le butin mercenaires de la journée. Eddy avait exprimé son désaccord en soufflant, puis se rendit à l'arrière salle pour aider So' à ranger. Julia en profita pour se retourner en souriant vers Mac, mais vit la chaise vide...
« Ben, c'est ça ? » fut-elle alors interpellée.
En regardant vers le comptoir, elle vit Ben prendre un air sérieux alors que Mac se tenait face à lui, les mains emboîtées, le regard fuyant, et parlant comme un enfant qui avait fait une bêtise.
« Euh... je voulais m'excuser de... je n'aurai pas du te parler de la manière que je l'ai fais, et souhaiter la mort de tes amis. Je suis désolé. »
« DESOLE D'AVOIR ESSAYE DE NOUS TUER OU D'AVOIR SACCAGE LE BAR ? » cria à nouveau So' depuis la réserve, ce qui fit cette fois soupirer Julia.
« LA FERME! » s'écria t-elle pour la contrer.
Ben le fixe pendant un moment, alors qu'il pouvait sentir sur lui le regard d'Héléna, compatissant.
« Quel age tu a ? » lui demanda t-il alors.
« Euh... 23. J'ai toujours fais plus jeu... »
« Tu crois pas que 23 ans c'est un peu jeune pour faire parti d'une équipe de meurtrier ? » lui lança t-il sèchement, le coupant dans sa phrase.
« Ben... » tenta tristement Julia alors que Mac baissait la tête.
Mais Ben ne la regarda pas. Au lieu de ça : « Cela étant dit... c'est grâce à toi que l'on doit d'être encore en vie. Comme le reste de la ville d'ailleurs. » ajouta le jeune coursier.
Mac releva la tête, sanglotant un peu, mais fut calmé par le sourire de Ben qui comprenait ses choix.
« Merci, Mac. » fit Ben en lui tendant la main, que Mac serra presque aussitôt.
Julia, tout sourire, s'empressa de foncer sur Mac en lui tenant la tête pour frotter à toute allure un de ses poing sur son crane, histoire de le bizuter. « Bienvenue dans l'équipe mon gars ! »
Les deux geeks en profitèrent pour s'éloigner dans l'arrière salle, certainement pour remballer le matériel. Ben se tourna vers le comptoir, alors que Héléna s'était appuyée sur avec ses coudes, toujours face à l'arrière salle. Le regardant, elle ne savait par où commencer.
« Et moi ? » lui semblait le plus approprié.
Ben regarda droit devant lui pour répondre. « Tu m'a sauvé la vie et ensuite celle de mes amis aujourd'hui. »
« Toi aussi. Et deux fois. Trois si on compte la bombe, mais Mac t'a un peu aidé. » ajouta t-elle en souriant en mentionnant le dernier fait d'arme.
« On va devoir les compter à chaque fois ? »
Héléna fut surprise par cette question. « … qu'est-ce que je dois comprendre ? »
« … la ville n'est pas à moi Héléna, tu es libre d'aller où tu le souhaites... mais... j'ai bien compris que tu recherchais quelque chose ici alors... »
Marquant un moment, Ben finit par tourner son regard vers la jolie brune, qui le fixait sans sourciller.
« Reste ici. » termina t-il en baissant les yeux un moment. « Je... excuse moi, je m'y prend peut-être mal, certainement même mais... j'ai envie d'apprendre à te connaître. »
Ben étouffa un rire gêné comme lorsque l'on avouait quelque chose de difficilement prononçable qu'Héléna suivi tout de même avec délicatesse, touchée, les yeux brillants de larmes comme Mac quelques secondes plus tôt.
« … tu... pourquoi tu me ferais confiance après aujourd'hui ? » lui demanda ultimement Héléna, perplexe.
« J'ai... j'ai passé trop de temps à redouter le pire, et puisqu'on vit littéralement dedans depuis déjà des années, j'ai jamais imaginé que quelque chose comme ça arriverait un jour. Ça m'aura au moins fait prendre conscience d'une chose : l'ennemi est partout... »
Héléna ne savait pas où il voulait en venir mais elle l'écouta jusqu'au bout.
« Du moins, c'est ce qu'on croit, au point d'en oublier que chaque être humain est dépendant d'un autre pour survivre, comme quand j'ai failli mourir face à Slayer. Et c'est pour cette raison absurde qu'on passe à coté de certaines personnes... des personnes comme toi.
Les larmes coulèrent sur les joues d'Héléna. La vie de cette femme était compliquée, et de par le fait l'amitié était pour elle une notion très abstraite. Les paroles de Ben l'avaient touchée à un niveau qu'il ne concevait pas. Elle était heureuse.
« Alors je me trompe peut-être, mais... le risque est un luxe que plus personne n'ose s'offrir de nos jours. Peut-être parce que nos vies sont perpétuellement en sursis. »
Héléna lâcha un rire alors qu'elle séchait ses larmes d'un doux passage de main sur ses joues.
« Je te fais confiance Héléna. Si ce colis est important pour toi, alors... quand un jour tu me dira ce qu'il contient, il le sera aussi pour moi. »
Héléna séchait ses dernières larmes... avant les autres. Le regardant tendrement pendant quelques interminables secondes, elle pu entrevoir le début d'une longue histoire. C'est pourquoi, détournant ses yeux pendant un instant, le temps d'attraper ce qui ressemblait à une photographie, elle allait se confier à son nouvel ami, qu'elle savait déjà capable de la faire pleurer.
Lui tendant la photo, elle se livra. « A droite... c'est ma petite sœur... elle s'appelle Émily. »
Ben prit la photo avec précaution, ayant peur de craqueler ou déchirer la moindre once de ce qui pouvait être le dernier souvenir de sa petite sœur, probablement décédée vu les temps qui courent. Du moins, c'est ce qu'il s'imaginait avant de poser les yeux sur la photo alors qu'Héléna continuait.
« C'est elle que je cherche. Émily est le colis. »
Une nouvelle surprenante. Que pouvait bien vouloir une équipe de mercenaire, un ancien mercenaire, la Hyène ainsi que Regnier avec la petite sœur d'Héléna... tant de questions qui auraient pu se poser, mais lorsqu'elle accorda à ses yeux un second regard sur Ben, elle comprit que quelque chose n'allait pas.
« Il y a un problème ? » lui demanda t-elle.
Intégrant la masse d'informations que sa nouvelle amie venait de lui fournir, le lien avec sa mort imminente et l'explosion de la ville, il finit par lever les yeux vers Héléna, lui montrant la photographie sur laquelle se tenaient deux adolescentes : l'une aux cheveux bruns, l'autre aux cheveux longs grisâtres.
Et alors qu'il ne pu s’empêcher de penser à sa véreuse de locataire Clarisse, il ne pouvait que pointer l'évidence même d'une telle situation.
« Je connais cette fille... »
FIN