DC Comics/Univers : Pendragon.

Chapitre 4 : La Volette.

4421 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 04/11/2026 21:02

Chapitre IV : La Volette.

Note Auteur : Inspiré des Légendes Arthuriennes, du jeux vidéo Tainted Grail avec un mélange de DC Comics/Univers et ma touche personnelle.

Cordialement Skymailleur et bonne lecture.

Caleb avait passé près d’une demi-heure à chercher une explication rationnelle à sa transformation physique, sans parvenir à autre chose qu’à multiplier les hypothèses les plus improbables. 

Devant le miroir de sa chambre, il avait comparé son apparence actuelle à quelques photographies prises au cours des dernières semaines, mesuré approximativement la largeur de ses épaules et même vérifié son poids sur la balance de sa salle de bains. Les résultats ne lui plaisaient guère, car ils confirmaient ce que ses yeux lui avaient déjà appris : son corps avait changé.

Il avait gagné en musculature, sa posture s’était redressée et ses mouvements semblaient désormais plus précis. Rien de cela ne pouvait s’expliquer par une bonne nuit de sommeil, encore moins par un phénomène naturel survenu en quelques heures.

Caleb Whinterford : D’accord, récapitulons… « Marmonna-t-il en faisant les cents pas dans son appartement. » Je tombe dans un trou, je découvre une grotte qui ne devrait pas exister, je trouve une épée légendaire, je vois un roi mourir dans une vision et, le lendemain, je ressemble à quelqu’un qui aurait passé six mois à s’entraîner avec un préparateur physique.

Il s’arrêta devant le miroir du couloir.

Caleb Whinterford : Et bien sûr, personne ne peut voir cette fichue épée.

Il jeta un coup d’œil au salon, où Excalibur reposait toujours sur le canapé. La lame ne brillait plus et ses inscriptions avaient retrouvé leur apparence discrète, mais Caleb ne se faisait aucune illusion. Il avait déjà compris que cette arme était capable de bien plus que ce qu’il pouvait imaginer.

Il aurait aimé rester chez lui pour étudier le phénomène, examiner ses photographies et tenter de comprendre ce qui lui arrivait. Toutefois, il avait des cours à suivre, un devoir à présenter et un professeur qui attendait de lui des explications concernant sa disparition à Stonehenge.

Le docteur Harrington lui avait suffisamment fait comprendre la veille qu’il ne tolérerait pas une seconde incartade.

Caleb n’avait aucune envie d’ajouter une suspicion de mensonge à la liste de ses problèmes.

Il retourna dans sa chambre, enfila un jean sombre, une chemise bleu marine et une veste légère, puis rassembla ses affaires universitaires. Son sac bandoulière contenait ses carnets, ses stylos, son ordinateur portable, quelques documents de cours et le matériel dont il avait l’habitude de se servir lors de ses recherches. Il vérifia machinalement que tout était à sa place avant de passer la sangle sur son épaule.

Au moment de franchir la porte, il s’arrêta et regarda une dernière fois en direction du salon.

Caleb Whinterford : Ne bouge pas, « Dit-il à l’épée. » Je reviens ce soir.

Il se figea, puis ferma les yeux en poussant un soupir exaspéré.

Caleb Whinterford : Je viens vraiment de donner des instructions à une arme.

Il verrouilla la porte derrière lui et descendit les escaliers.

L’air frais du matin lui fit du bien dès qu’il sortit dans la rue. Londres s’éveillait sous un ciel couvert, et les trottoirs commençaient à se remplir de travailleurs pressés, d’étudiants et de touristes qui consultaient leurs cartes au milieu du passage. Les autobus rouges glissaient entre les voitures, les taxis s’arrêtaient devant les cafés et les odeurs de pain chaud s’échappaient des boulangeries qui venaient d’ouvrir.

La ville lui parut étrangement familière et pourtant différente.

Caleb avait grandi avec ce paysage urbain, ses façades de briques, ses rues encombrées et ses bâtiments anciens coincés entre des constructions modernes. Il connaissait les habitudes des Londoniens, les raccourcis permettant d’éviter les artères les plus fréquentées et les endroits où il pouvait acheter un café sans perdre dix minutes dans une file d’attente.

Mais, ce matin-là, il remarquait des détails auxquels il n’avait jamais prêté attention.

Il anticipait les mouvements des passants avant même qu’ils ne changent de direction, évitait les épaules qui auraient dû le heurter et repérait les véhicules approchant derrière lui sans avoir besoin de tourner la tête. À plusieurs reprises, il se surprit à ajuster spontanément sa trajectoire pour contourner quelqu’un, comme si son corps avait déjà calculé la distance et la vitesse nécessaires.

Il finit par s’arrêter devant la vitrine d’un magasin et observa son reflet.

Caleb Whinterford : Ce n’est pas possible que je sois devenu paranoïaque en une nuit.

Une voiture passa derrière lui, et son regard suivit instinctivement sa trajectoire avant qu’il ait le temps de s’en rendre compte.

Caleb se massa la nuque, puis reprit sa marche. Il préférait éviter de réfléchir à ces nouvelles sensations en pleine rue. Il avait besoin de temps, de recherches et, surtout, de preuves. Tant qu’il n’en saurait pas davantage, il ne pouvait que continuer sa vie aussi normalement que possible.

Il arriva à un carrefour où le feu piéton venait de passer au rouge. Plusieurs personnes se regroupèrent devant le passage, certaines absorbées par leurs téléphones, d’autres surveillant distraitement la circulation. Caleb se plaça parmi elles et consulta l’heure sur son portable. 

C’est alors qu’il entendit une mélodie.

Quelqu’un fredonnait derrière lui, d’un ton tranquille et presque joyeux, comme si le vacarme de la circulation n’existait pas.

La chanson était simple, portée par un rythme léger qui semblait appartenir à une autre époque. La voix masculine répétait quelques notes avec une assurance déconcertante, avant de laisser échapper des paroles que Caleb distingua malgré le grondement d’un autobus.

??? : « Mon petit oiseau… A pris sa volée… Mon petit oiseau… A pris sa volée… »

Il releva la tête.

L’homme qui se tenait à quelques pas de lui était suffisamment singulier pour attirer l’attention, même dans une ville aussi habituée aux excentricités que Londres. Il portait un costume trois-pièces parfaitement ajusté, d’une teinte gris anthracite qui semblait presque noire à l’ombre des bâtiments. Sa chemise était d’un blanc immaculé, sa cravate nouée avec une précision remarquable et ses chaussures brillaient comme s’il venait de les faire cirer.

Pourtant, ce n’était pas son élégance qui mettait Caleb mal à l’aise.

C’était son visage.

L’homme paraissait avoir un âge impossible à déterminer. Ses traits étaient lisses sans être jeunes, et ses yeux, d’un bleu très pâle, semblaient contenir une profondeur qui ne correspondait pas à son expression souriante. Ses cheveux soigneusement coiffés étaient traversés de quelques mèches grises, mais aucune ride ne venait marquer son front ou le coin de ses yeux.

Il fredonnait toujours la même mélodie, les mains jointes derrière le dos, en observant le feu tricolore avec l’intérêt qu’un enfant aurait porté à un spectacle de rue.

Caleb détourna les yeux, espérant éviter une conversation inutile.

??? : Jolie matinée, n’est-ce pas ? « Demanda soudain l’inconnu. »

Caleb Wintherford : « Tourna légèrement la tête. » Si l’on apprécie les nuages et les embouteillages, oui.

L’homme sourit davantage.

??? : Vous avez raison. Le soleil a parfois le mauvais goût de tout éclairer.

Caleb ne sut pas quoi répondre.

Il jeta un regard vers la circulation. Le feu était toujours rouge, et les passants commençaient à s’impatienter. À côté de lui, l’inconnu reprit sa chanson, mais cette fois il en modifia le rythme, laissant traîner certaines notes comme s’il attendait une réaction.

Caleb Whinterford : Vous connaissez cette chanson ? « Demanda Caleb. »

L’homme cessa de fredonner.

??? : La connaissez-vous, vous ?

Caleb Whinterford : C’est précisément ce que je vous demande.

??? : Et je vous pose la même question.

Le jeune homme le dévisagea, partagé entre l’agacement et la curiosité.

Caleb Whinterford : Je ne crois pas l’avoir déjà entendue.

??? : Voilà qui est intéressant.

Caleb Whinterford : Pourquoi ?

L’inconnu inclina légèrement la tête, comme s’il examinait une réponse qu’il était seul à pouvoir comprendre.

??? : Parce que certaines chansons vous accompagnent longtemps avant que vous ne les entendiez pour la première fois.

Caleb laissa échapper un rire bref, davantage par réflexe que par amusement.

Caleb Whinterford : C’est une manière assez compliquée de dire que vous aimez la musique traditionnelle.

??? : Oh, je l’aime beaucoup. Elle a le mérite de survivre à ceux qui la chantent.

L’homme reporta son attention vers la route.

??? : Les chansons, les histoires, les serments… Tout cela voyage remarquablement bien à travers les siècles. Les hommes changent, les royaumes s’effondrent, les pierres finissent par se briser, mais il reste toujours quelqu’un pour reprendre le refrain.

Caleb sentit une gêne inattendue lui serrer l’estomac.

Les mots de l’inconnu lui rappelaient les images de sa vision, et notamment cette phrase qui résonnait encore dans son esprit depuis qu’il avait retiré Excalibur de son socle.

Le royaume est tombé. Le serment demeure.

Il observa plus attentivement l’homme.

Caleb Whinterford : Vous êtes historien ?

??? : À certaines heures.

Caleb Whinterford : Archéologue ?

??? : À d’autres.

Caleb Whinterford : Vous faites toujours des réponses aussi mystérieuses ?

??? : Seulement lorsque les questions sont intéressantes.

Caleb Whinterford : « Pinça les lèvres. » Et qu’est-ce qui vous fait penser que les miennes le sont ?

L’inconnu se tourna vers lui. Son sourire ne disparut pas, mais son regard sembla soudain plus attentif.

??? : Vous avez l’air d’un homme qui a passé une très mauvaise nuit.

Caleb Whinterford : Cela se voit tant que ça ?

??? : Pas du tout. C’est ce qui rend la chose amusante.

L’homme désigna le sac bandoulière de Caleb.

??? : Vous transportez vos livres comme un étudiant, vous marchez comme quelqu’un qui s’attend à être attaqué et vous regardez les gens comme si vous cherchiez à déterminer lesquels peuvent vous voir.

Whinterford sentit son cœur accélérer.

Caleb Whinterford : Je ne vois pas de quoi vous parlez.

??? : Bien entendu.

L’inconnu leva les yeux vers le feu piéton, qui venait de passer au vert. Les passants commencèrent à traverser, et Caleb fit un pas avant de s’arrêter, intrigué par l’expression de son interlocuteur.

Caleb Whinterford : Attendez une seconde. Vous venez de dire que je cherche à déterminer qui peut me voir. Pourquoi aurais-je besoin de faire ça ?

??? : « Haussa les épaules. » Peut-être parce que vous avez trouvé quelque chose que les autres ne peuvent pas voir.

Le bruit de la circulation sembla s’éloigner.

Caleb ne bougea plus.

Pendant un instant, il eut l’impression que l’homme venait de regarder directement à travers lui, comme s’il avait pu distinguer Excalibur malgré l’enchantement qui la rendait invisible aux yeux du monde.

Caleb Whinterford : Qui êtes-vous ? « Demanda-t-il. »

L’inconnu ne répondit pas immédiatement. Il se contenta de reprendre sa chanson, d’une voix douce, presque affectueuse.

??? : « A pris sa volée… »

Caleb fit un pas vers lui.

Caleb Whinterford : Monsieur, je vous parle.

L’homme sourit et lui adressa un petit signe de tête.

??? : Alors écoutez bien, Caleb Whinterford. Il arrive un moment dans la vie où l’on découvre que le passé n’est pas derrière nous. Il attend simplement que nous soyons assez imprudents pour lui ouvrir la porte.

Le sang de Caleb se glaça.

Il n’avait jamais donné son nom.

L’inconnu poursuivit comme si cette révélation n’avait rien d’extraordinaire.

??? : Vous devriez vous méfier des gens qui prétendent connaître votre destin. Ils sont souvent plus dangereux que ceux qui veulent vous tuer.

Caleb Whinterford : Comment connaissez-vous mon nom ?

??? : Je vous l’ai dit, les chansons voyagent. Les noms aussi.

Caleb Whinterford : Ce n’est pas une réponse !

??? : Non, mais c’est une très jolie façon d’éviter la question.

L’homme recula d’un pas, puis tourna les yeux vers les bâtiments qui bordaient la rue.

??? : Vous avez une journée chargée, je crois. Un professeur impatient, un devoir à rendre et quelques souvenirs qui ne vous appartiennent pas encore tout à fait.

Caleb sentit son visage se décomposer.

Caleb Whinterford : Comment savez-vous tout ça ?

Cette fois, le sourire de l’inconnu prit une nuance mélancolique.

??? : Parce que les histoires commencent rarement au moment où leurs héros pensent qu’elles commencent.

Il se détourna et se mit à marcher le long du trottoir, sans se presser. Après quelques pas, il reprit la mélodie, comme si la conversation n’avait été qu’une parenthèse dans sa matinée.

Caleb le suivit du regard.

Caleb Whinterford : Attendez ! « Cria-t-il. »

L’homme leva une main sans se retourner.

??? : Ne vous inquiétez pas, monsieur Whinterford. Les vieilles chansons ont toujours une dernière strophe.

Un autobus passa entre eux, masquant momentanément la vue. Lorsque le véhicule eut poursuivi sa route, l’inconnu avait disparu.

Caleb traversa rapidement le trottoir du regard, cherchant le costume gris parmi les passants, mais il ne trouva personne qui lui ressemblât. L’homme n’avait pas pu s’éloigner aussi vite, et pourtant aucune silhouette ne semblait correspondre à celle qu’il venait de voir.

Il sortit son téléphone et consulta l’heure, comme si ce geste pouvait le ramener à une réalité plus familière.

Caleb Whinterford : Très bien… « Murmura-t-il. » Maintenant, je commence à parler à des inconnus qui connaissent mon nom et mes problèmes. Tout va merveilleusement bien.

Il reprit son chemin vers l’université, mais la conversation ne cessait de lui revenir à l’esprit.

Ce n’était pas seulement l’homme qui le troublait. C’était la chanson.

Il avait reconnu les mots, ou du moins leur sonorité, sans parvenir à leur associer un souvenir précis. Il ne l’avait jamais apprise à l’école, ne se rappelait pas l’avoir entendue dans un film et ne connaissait personne qui aurait pu la lui faire découvrir. Pourtant, la mélodie lui semblait étrangement familière, comme un air oublié qu’il aurait entendu dans son enfance.

Il tenta de la fredonner à son tour.

Quelques notes lui revinrent immédiatement, mais il fut incapable de retrouver la suite.

Puis, sans prévenir, une image traversa son esprit.

Une grande salle éclairée par des torches. Des chevaliers assis autour d’une table circulaire. Une voix chantant doucement au milieu d’un banquet, tandis qu’un homme couronné observait les flammes d’un foyer.

Caleb s’arrêta net au milieu du trottoir.

L’image disparut aussitôt.

Un passant le contourna en marmonnant une remarque agacée, mais Caleb ne lui prêta aucune attention. Il venait de comprendre que ses souvenirs de Camelot n’étaient peut-être pas limités aux visions qu’il avait subies dans le sanctuaire.

Quelque chose, en lui, commençait à se réveiller.

Et cet étrange inconnu semblait en savoir beaucoup plus qu’il ne voulait le reconnaître.

Lorsqu’il arriva à l’université, Caleb avait pris une décision : il ne parlerait de l’homme rencontré au carrefour à personne. Il avait déjà suffisamment de difficultés à expliquer sa chute à Stonehenge et les changements physiques qu’il subissait. Il n’avait aucune envie d’ajouter une rencontre inexplicable à cette liste.

Il rejoignit le bâtiment consacré aux études historiques, gravit l’escalier menant à son amphithéâtre et entra dans la salle où plusieurs étudiants s’installaient déjà. Le docteur Harrington se tenait près du bureau, occupé à consulter des documents sur sa tablette.

En apercevant Caleb, il releva immédiatement la tête.

Prof. Harrington : Ah, Whinterford. Vous voilà enfin.

Caleb Whinterford : Bonjour, professeur.

Prof. Harrington : Bonjour. Comment vous sentez-vous ce matin ?

Caleb Whinterford : Beaucoup mieux, merci.

Harrington le dévisagea quelques secondes, comme s’il cherchait à déterminer si cette réponse était sincère.

Prof. Harrington : Vous avez l’air en forme, en tout cas. J’espère que vous avez suffisamment récupéré pour présenter votre travail.

Caleb sentit une pointe d’appréhension lui traverser l’esprit.

Son travail.

La veille, il avait disparu pendant plusieurs heures et n’avait pu réaliser qu’une partie de l’exercice demandé. Ses notes étaient incomplètes, plusieurs photographies avaient été perdues lorsque son appareil était tombé dans la grotte, et il n’avait aucune envie d’expliquer qu’une épée légendaire l’avait conduit à assister à la chute de Camelot.

Il avait donc passé une partie de la soirée à reconstruire son dossier à partir des informations dont il disposait, en s’appuyant sur ses connaissances du site et sur les documents fournis par Harrington. Pour les observations qu’il n’avait pas pu effectuer, il avait inventé des relevés plausibles et rédigé des conclusions qui semblaient cohérentes à première vue.

Il savait que cette décision était risquée, mais il n’avait trouvé aucune autre solution qui lui permît de rendre quelque chose sans révéler sa mésaventure.

Caleb Whinterford : J’ai terminé l’essentiel du dossier. « Répondit-il. »

Prof. Harrington : L’essentiel ?

Caleb Whinterford : Je n’ai pas pu effectuer toutes les mesures que vous m’aviez demandée. Le terrain était instable, et je préfère vous remettre un travail incomplet plutôt que de prétendre avoir relevé des données que je ne possède pas.

Le professeur croisa les bras.

Prof. Harrington : C’est une réponse raisonnable. J’espère simplement que vous avez retenu la leçon concernant les consignes de sécurité.

Caleb Whinterford : Oui, professeur.

Prof. Harrington : Très bien. Installez-vous. Nous allons commencer par les présentations individuelles.

Caleb rejoignit sa place et sortit son ordinateur portable. Il avait soigneusement préparé ses notes, mais il lui était difficile de se concentrer. Chaque fois qu’il essayait de relire son introduction, il revoyait le sourire de l’inconnu au costume gris et entendait de nouveau la mélodie de La Volette.

Il finit par fermer les yeux quelques secondes et inspira profondément.

Il devait se reprendre.

Le docteur Harrington commença par interroger plusieurs étudiants sur leurs observations. Les présentations s’enchaînèrent, certaines particulièrement intéressantes, d’autres moins convaincantes. Caleb écoutait distraitement, attendant son tour tout en relisant les pages de son dossier.

Lorsqu’enfin le professeur prononça son nom, il se leva et rejoignit le bureau.

Prof. Harrington : À vous, Whinterford. Présentez-nous vos observations concernant la formation rocheuse qui vous avait été assignée.

Caleb brancha son ordinateur au système de projection et fit apparaître la première diapositive. Il avait choisi une présentation sobre, composée d’un plan topographique, de plusieurs photographies du terrain prises avant sa chute et de schémas reconstituant la disposition des pierres.

Caleb Whinterford : Mon travail porte sur une formation secondaire située à l’écart du cercle principal. « Commença-t-il. » L’objectif était de déterminer si sa disposition pouvait être rapprochée d’un aménagement humain ou si elle correspondait davantage à un phénomène géologique naturel.

Il passa à la diapositive suivante.

Caleb Whinterford : Les relevés dont nous disposons ne permettent pas de conclure à l’existence d’une structure cérémonielle distincte. Toutefois, l’alignement de certaines pierres et la présence de dépressions dans le sol mériteraient un examen complémentaire.

Le professeur observa attentivement les schémas.

Prof. Harrington : Vous avez relevé ces mesures sur place ?

La question frappa Caleb au moment précis où il s’y attendait le moins.

Il marqua une courte pause.

Caleb Whinterford : Une partie des mesures provient des documents topographiques fournis avant l’excursion. Pour le reste, j’ai réalisé une estimation à partir des photographies et des repères visibles sur le terrain.

Harrington plissa les yeux.

Prof. Harrington : Une estimation n’est pas un relevé.

Caleb Whinterford : Je le sais, professeur. C’est pourquoi j’ai indiqué dans mon dossier que ces valeurs devaient être vérifiées.

Il sentit ses doigts se crisper sur la télécommande.

Il avait soigneusement évité d’affirmer que ses mesures étaient définitives, mais cela ne rendait pas son travail plus rigoureux. Il connaissait les règles de sa discipline et savait qu’il ne pourrait pas indéfiniment dissimuler les lacunes de son dossier.

Harrington observa encore quelques secondes la diapositive, puis lui fit signe de poursuivre.

Prof. Harrington : Continuez.

Caleb passa à l’analyse des formations rocheuses, évoqua les limites de son relevé et présenta les hypothèses qu’il avait retenues. Il s’efforçait de rester calme, mais il savait qu’une partie de son exposé reposait sur des conclusions qu’il n’avait pas pu vérifier.

Lorsqu’il eut terminé, le professeur se leva et s’approcha de l’écran.

Prof. Harrington : Votre présentation est structurée, et vous avez correctement identifié les limites des données dont vous disposez. En revanche, certaines de vos conclusions sont trop affirmatives au regard des éléments présentés. Vous devrez reprendre cette partie et distinguer plus clairement les observations des hypothèses.

Caleb acquiesça, soulagé que le professeur ne l’ait pas immédiatement accusé de falsifier ses résultats.

Caleb Whinterford : Je le ferai.

Prof. Harrington : Et la prochaine fois que vous êtes confronté à un terrain instable, vous vous éloignez et vous prévenez le responsable. Vous ne tentez pas de poursuivre vos recherches seul. Est-ce clair ?

Parfaitement.

Harrington lui adressa un regard sévère, puis retourna à son bureau.

Prof. Harrington : Vous pouvez vous rasseoir.

Caleb récupéra son ordinateur et rejoignit sa place. Il avait réussi à traverser l’exercice sans révéler ce qu’il avait découvert, mais il ne ressentait aucun soulagement véritable. Son dossier était loin d’être parfait, et il savait qu’il devrait tôt ou tard retourner à Stonehenge pour comprendre l’origine des inscriptions et du sanctuaire.

Surtout, il ne pouvait pas oublier la phrase prononcée par l’inconnu au carrefour.

Le passé n’est pas derrière nous. Il attend simplement que nous soyons assez imprudents pour lui ouvrir la porte.

Caleb baissa les yeux vers son sac bandoulière, puis vers ses mains.

Il n’avait pas emporté Excalibur à l’université. L’épée était restée dans son appartement, dissimulée aux regards ordinaires par un enchantement qu’il ne comprenait pas. Pourtant, il avait l’impression de sentir encore sa présence, comme un poids invisible reposant contre son épaule.

Il tenta de suivre la suite du cours, mais les mots du professeur lui parvenaient de plus en plus difficilement.

Dans son esprit, une question revenait sans cesse.

Qui était cet homme ?

Et pourquoi semblait-il savoir qu’Excalibur venait de trouver un nouveau porteur ?

À la fin du cours, les étudiants commencèrent à ranger leurs affaires. Caleb ferma son ordinateur et glissa ses documents dans son sac, impatient de quitter l’amphithéâtre pour retrouver un peu de calme.

Prof. Harrington : Whinterford, une minute, s’il vous plaît.

Il se retourna.

Le docteur Harrington l’attendait près du bureau, son dossier à la main. Caleb s’approcha, en essayant de dissimuler son inquiétude.

Caleb Whinterford : Oui, professeur ?

Prof. Harrington : Je voudrais revenir sur votre absence d’hier. Je comprends qu’un accident puisse se produire, et je suis heureux que vous n’ayez rien de grave. Mais j’aimerais que vous me décriviez plus précisément l’endroit où vous êtes tombé.

Caleb Whinterford : Je crains de ne pas pouvoir vous donner beaucoup plus de détails. Le terrain s’est effondré très rapidement, et je me suis retrouvé dans une zone où il était difficile de me repérer.

Prof. Harrington : Vous avez pourtant parlé d’une chute dans une cavité.

Caleb Whinterford : C’est exact.

Prof. Harrington : Avez-vous remarqué des traces d’une structure artificielle ? Des pierres taillées, des inscriptions ou des vestiges d’aménagements anciens ?

L’étudiant soutint le regard du professeur.

Il aurait pu tout lui raconter. Il aurait pu lui expliquer qu’il avait découvert une galerie couverte de symboles, une salle souterraine et une épée qui semblait appartenir aux légendes arthuriennes. Mais il ignorait si le sanctuaire était accessible à d’autres personnes, et il ne savait pas ce qui se produirait si quelqu’un tentait de s’emparer d’Excalibur.

Il avait besoin de comprendre avant d’entraîner d’autres personnes dans cette affaire.

Caleb Whinterford : Je n’ai rien pu examiner suffisamment longtemps pour en tirer une conclusion, « Répondit-il. » J’étais surtout préoccupé par la recherche d’une sortie.

Harrington le dévisagea quelques secondes, puis referma son dossier.

Prof. Harrington : Je comprends. Si vous vous souvenez d’un détail susceptible d’intéresser nos recherches, vous viendrez m’en parler. Même un élément qui vous semble insignifiant peut se révéler important.

Caleb Whinterford : Bien sûr.

Prof. Harrington : Et reposez-vous. Vous avez l’air préoccupé.

Caleb Whinterford : « Esquissa un sourire. » Je crois que j’ai simplement besoin d’une bonne nuit de sommeil.

Prof. Harrington : Dans ce cas, tâchez de ne pas passer la prochaine à explorer des trous dans le sol.

Caleb Whinterford : Je vais essayer, professeur.

Harrington lui adressa un sourire discret avant de le laisser partir.

Caleb quitta l’amphithéâtre et descendit les escaliers, traversant le hall où plusieurs étudiants discutaient déjà de leurs prochains cours. Il avait réussi à préserver son secret pour le moment, mais il ne pouvait pas continuer à mentir indéfiniment. Il devait trouver une explication à ses transformations, comprendre l’enchantement qui dissimulait Excalibur et découvrir pourquoi un inconnu semblait connaître son destin.

Fin du chapitre IV : La Volette.

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