Les fantômes au fond de tes beaux yeux

Chapitre 32 : Tout bascule

3388 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 23/10/2026 00:07

Chapitre 32 : Tout bascule


Après nos bêtises, nous sommes étalés dans son lit à reprendre nos souffles, complétement vidés, à des années-lumière de sa chambre de motel.

Je suis sur le dos et il est face au matelas, une main posée sur l’une de mes cuisses, qu’il caresse toujours doucement bien qu’elles aient arrêté de trembler il y a quelques minutes.

Son portable a déjà vibré deux fois en peu de temps et à la troisième, il se redresse pour l’attraper dans la poche de son jeans, avant de s’assoir au bout du lit.

-         Euh… ouai Hestia ?

-         « … »

Mes yeux s’ouvrent automatiquement quand je réalise que nous nous sommes sauvés comme des voleurs sans penser aux conséquences. Il frotte son visage de sa main libre, comme s’il essayait de réfléchir.

-         Ah euh… ouai… Julia avait envie de dégueuler…  

-         « … »

-         Ouai…

-         « … »

Sa voix est tellement ailleurs, tellement shootée, que j’en ris dans sa couette. Je ne vois pas un monde dans lequel Hestia pourrait ne pas comprendre ce qu’il vient de se passer en entendant la voix de Kai.

En m’entendant glousser, il se retourne pour me lancer un regard amusé.

-         Ouai, non… elle va bien… je lui fais prendre l’air…, tente-t-il.

-         « … »

-         J’en sais rien moi, un tour de bagnole pour qu’elle prenne l’air… mais qu’est-ce que tu me fais chier ? ronchonne-t-il.

-         « … »

-         Mais non, elle va pas dégobiller dans ma caisse, qu’est-ce que tu racontes… ?

Il a sans doute déjà oublié qu’il venait de dire que j’avais envie de vomir et je me redresse pour lui tendre une main, dans laquelle il pose son téléphone avec un air soulagé avant de se laisser tomber en arrière sur le matelas.

 Je récupère Hestia en caressant avec douceur son visage, qui est maintenant juste devant mes cuisses.

-         Hestia, c’est moi, annonce-je.

-         « Oh mon dieu ! Est-ce que ça va ?! On vous a perdu de vue, on pensait que vous dansiez plus loin mais on a fini par s’inquiéter en ne vous voyant pas revenir… »

Elle est toute angoissée, elle ne se doute visiblement de rien.

Ça me fait sourire et je caresse la joue de Kai, qui sourit les yeux fermés avant de tourner la tête pour embrasser ma paume avec douceur.

-         « Julia ?? »

-         Oui, on dansait mais je ne me suis pas sentie très bien d’un coup… j’avais beaucoup bu, invente-je. Kai a proposé de me faire faire un tour de voiture pour que l’air me fasse du bien… Sauf qu’un tour en voiture n’est pas l’idéal quand quelqu’un a envie de vomir.

Je termine ma phrase sur un petit ton sévère en pinçant sa joue pour le réprimander, et il rit doucement en ouvrant un œil pour me regarder.

-         « Forcément ! Non mais quel crétin celui-là des fois ! »

-         Oui… un crétin…, confirme-je en me penchant pour l’embrasser furtivement.

Il n’en fait qu’à sa tête et il attrape ma nuque pour me garder contre ses lèvres, m’embrassant langoureusement dans la foulée alors que je n’écoute même pas la réponse d’Hestia.

Je suis déjà bien plus plongée dans notre baiser que ma conversation, mais j’arrive à me retirer de ses lèvres avec toute ma volonté.

 Il affiche une moue boudeuse en fronçant les sourcils et je réprime un petit rire en reprenant mes caresses sur son front, caresses qui le font rapidement fermer les yeux de bien-être.

-         Bon bref, il a dû s’arrêter en urgence pour que je vomisse au milieu d’une rue… Je lui ai demandé s’il pouvait faire un saut chez moi pour que je me lave les dents… On… ne va pas tarder à revenir, conclus-je.

Il ouvre des yeux furieux dans la seconde en secouant la tête avec vivacité.

-         Enfin…, me rattrape-je. On va arriver chez moi, je me lave les dents et je vois comment je me sens… Soit on vous rejoint soit j’irai me coucher et je suppose que Kai rentrera… Je ne sais pas trop… écoute, j’ai l’impression que je vais revomir…

J’en lève les yeux au ciel, agacée qu’il soit allé inventer un truc pareil et il rit contre ma main.

-         « D’accord, je comprends, prends soin de toi Julia… Kai est un peu ronchon mais il n’est pas méchant dans le fond… il ne te laissera pas si tu ne te sens pas bien, ne t’inquiète pas. »

-         Ah bon ? Kai n’est pas méchant dans le fond ? Tu penses qu’il ne me laissera pas en plan ? m’amuse-je.

Il rit encore un peu en croquant plusieurs fois mon avant-bras, simplement pour jouer les méchants je suppose.

-         « Mais oui, passe le moi ! »

-         Je te le passe.

Je lui rends le téléphone pendant qu’il lève les yeux au ciel et j’entends Hestia qui lui fait déjà tout un tas de recommandations d’une voix étouffée, mais il la coupe :

-         Fous-moi la paix, putain, râle-t-il avant de lui raccrocher au nez.

Il jette son téléphone et se redresse d’un geste vif en se retournant pour me faire face avec un grand sourire, les yeux fixés sur mes lèvres, sur lesquelles il se jette la seconde suivante.

-         Kai ! ris-je.

-         Chut !

Il m’embrasse encore et je dois attraper ses joues pour l’arrêter :

-         Kai ! On va y retourner… on ne peut pas les laisser en plan comme ça, c’est trop louche…

-         Putain mais on s’en branle ! On les emmerde ! Je veux dormir avec toi…, geint-il en revenant m’embrasser.

Je le recule encore une fois pour lui sourire :

-         Alors on y retourne un petit coup, je dis que je ne me sens pas bien, tu proposes de me ramener et on rentre tous les deux ici… Ça te va ? propose-je.

-         Mh… moui…, accepte-t-il finalement du bout des lèvres avec sa moue boudeuse adorable.

-         Merci, chuchote-je en l’embrassant chastement une dernière fois.

Nous nous levons pour faire un tour à la salle de bain, histoire de nous rafraichir, et je lui lance un regard amusé :

-         Alors, tu danses… ?! demande-je en souriant.

Il éclate de rire en se passant de l’eau sur le visage :

-         Ouai… j’ai baisé une Dominicaine un temps… elle m’emmenait toujours dans ce bar et elle m’a appris quelques danses latines. 

J’hoche simplement la tête et je me tourne dos à lui pour remettre ma robe.

L’imaginer apprendre des danses plus que sensuelles avec une femme est tellement absurde que je me ferme comme une huître.

 Il capte immédiatement que quelque chose ne va pas, parce qu’il me retourne doucement :

-         Ça va ? demande-t-il.

-         Très bien.

Il penche la tête sur le côté, peu dupe mais le visage empreint de douceur :

-         Bébé… c’est parce que je viens dire que j’ai baisé une Dominicaine… ?

-         Non.

-         Arrête…

-          Non je suis sérieuse, ce n’est pas ça, réplique-je sèchement en essayant de sortir.

Il me retient évidemment et me cale dos contre son torse dans ses bras, sa tête posée contre la mienne en me regardant dans le miroir face à nous.

-         C’est quoi alors ? insiste-t-il.

Voir son beau visage en face de moi est une torture, ça me rend encore plus triste. Forcément, vu les sentiments que j’éprouve pour lui depuis quelques temps…

-         C’est… j’ai du mal à t’imaginer accepter d’aller danser comme ça… d’apprendre même… D’accepter de passer des heures à t’entrainer à danser avec elle alors que tu as refusé tout net de simplement rejouer à un jeu à notre dernière soirée chez Hestia… Je me demande juste ce que cette Dominicaine a bien pu te faire pour t’envoûter suffisamment au point que tu acceptes de la suivre sur une piste de danse, c’est tout…

-         Oh bébé…, murmure-t-il en crispant ses sourcils avec peine.

-         Quoi ?

Il secoue la tête :

-          Rien à voir avec cette Dominicaine… Tu serais surprise de voir ce que je suis prêt à faire quand j’ai une ligne de cocaïne dans le nez…, répond-il d’une voix douce.

-         Oh…

Je ne sais plus si je suis rassurée ou peinée par sa réponse, mais il resserre ses bras autour de moi et ça efface mes soucis.

 Je tourne donc la tête par-dessus mon épaule pour le regarder dans les yeux :

-         Et bien je suis très heureuse que tu sois venu danser ce soir avec moi sans avoir eu besoin de te droguer, chuchote-je.

-         C’est parce que tu es ma nouvelle ligne, ma Julia…, murmure-t-il en se penchant pour m’embrasser.

Je rayonne littéralement ; je savoure ce baiser.

Dès qu’il constate que mon moral est retrouvé, il me libère de son étreinte pour me laisser sortir de la salle de bain.

Il enfile son tee-shirt pendant que j’attache mes converses, et nous continuons de papoter de cette soirée.

-         Au fait, Hestia n’a pas crisé que tu la laisses toute seule à table ?! m’amuse-je.

-         Putain j’en sais rien ! rit-il en se dirigeant vers le petit meuble entre la porte et la fenêtre. Je n’écoutais même plus ce qu’elle me disait depuis que tu t’agitais sur ton foutu bloc de béton… Je me suis juste levé quand j’ai vu que tu étais seule, je ne pourrais même pas te dire ce qu’elle était en train de me raconter ou non… elle aurait pu criser que je ne l’aurais même… pas…

Il interrompt sa phrase au moment où il se penche vers la table pour prendre ses clés, quand ses yeux regardent le parking à travers les petites lattes du store.

 Il fronce les sourcils en se penchant en avant pour écarter deux lattes, mais son attitude m’inquiète immédiatement, comme si je ressentais au fond de moi qu’il se passait quelque chose de très grave.

Je réalise alors que c’est parce que je discerne de la peur dans ses yeux, au moment où son visage se vide de vie pour devenir celui d’un fantôme.

-         Putain, Julia couche toi !! s’exclame-t-il d’une seconde à l’autre. 

Je ne sais pas ce qu’il se passe, mais avoir vu de la peur au fond des yeux de Kai est tellement inquiétant que je m’accroupis sans réfléchir tandis qu’il se jette littéralement sur sa table de nuit.

Tout se passe à une vitesse ahurissante, je ne comprends rien, mais heureusement, je sais réagir en cas de danger.

-         Attache tes chaussures ! Putain vite !! hurle-t-il comme si ma vie en dépendait.

Il ouvre avec urgence le deuxième tiroir de sa table de nuit, et mes yeux sortent de leurs orbites lorsque je le vois sortir une arme alors que je finis de lacer ma deuxième converse. Dès que le foutu flingue est dans sa main, il tire rapidement sur le dessus pour l’armer d’un mouvement qui crie qu’il en a l’habitude.

Sa réactivité globale me crie de toute façon qu’il a l’habitude des armes à feu et surtout, de s’en servir. 

 La seconde d’après, il me saute dessus pour m’attraper d’un bras en me gardant en sécurité contre son torse. Je ne comprends toujours rien, j’ai les mains sur la tête, pendue après son avant-bras, malmenée tandis qu’il nous précipite vers la seconde fenêtre qui donne sur le côté du motel.

Il me pose en faisant écran entre moi et la porte, pour attraper mes joues alors que je sens le froid glacial de son arme contre ma peau.

-         Bébé, bébé… il faut que tu m’écoute, il faut que tu te barre, il ne faut surtout pas qu’ils te voient… Il faut que tu te barres en courant. Je vais t’emmener dehors, et tu courras le plus vite possible, le plus loin putain, tu as compris ?!

-         Quoi … ? Mais que ?

Des énormes coups tambourinent sur la porte de la chambre à côté de la nôtre et Kai tourne la tête derrière lui comme s’il sortait de son corps.

Il ouvre la fenêtre dans la foulée, me reprend dans un bras, puis plaque sa main armée contre mes lèvres en imaginant sans doute que j’allais me mettre à hurler ; alors que j’ai drôlement bien compris qu’il se passait quelque chose de grave et que je devais la fermer.

Il enjambe la fenêtre pour nous sortir du bâtiment au moment où j’entends les coups qui tambourinent à notre chambre, comme dans un film d’horreur cliché.

 Dès que nous sommes dehors, je me détache de ses bras pour sauter par terre sans émettre le moindre son et je me mets à courir en avant comme il me l’a demandé tandis qu’il me suit en pointant son arme vers l’arrière.

Nous courons une dizaine de mètres avant d’atteindre le bout du bâtiment du motel, et il attrape mon bras violemment pour me projeter derrière le mur, à couvert.

Encore une fois, il jette ses mains sur mes joues :

-         Il faut que tu te barres, tu as ton téléphone ??! s’étrangle-t-il de peur.

-         Oui.

-         Appelle Hestia, Hunter ou n’importe quel connard de ton répertoire pour qu’il vienne te chercher ! Et ne t’arrêtes pas de courir, barre toi le plus loin possible de ce motel !

-         Mais et toi ?! m’exclame-je.

-         Il faut que j’y retourne, il faut absolument que je leur ouvre, que je… laisse tomber, ne t’inquiète pas pour moi, putain !! Barre-toi juste, bordel de merde !! s’écrie-t-il à voix basse avec des yeux fous. 

Il écrase ensuite ses lèvres contre les miennes avec violence, il m’offre le baiser le plus court et le plus intense qu’il le puisse.

L’instant suivant, il enfile son arme à l’arrière de son jeans en me lançant un dernier regard inquiet, puis il disparait derrière le mur pour retourner vers la source du danger qui a pourtant nécessité que nous fuyions.

J’en reste complétement figée, à fixer le coin de mur derrière lequel il vient de s’enfiler, incapable de partir en courant pour sauver ma peau alors qu’il y est retourné.

 Je revois la scène devant mes yeux, Kai sortir son arme et la pointer derrière lui, sous-entendant qu’il était prêt à tirer sur quelqu’un… Je savais qu’il tabassait des gens, je savais qu’il se droguait, mais bon sang, celle-là, je ne m’y attendais pas.

Mes yeux papillonnent un peu. J’ai du mal à imaginer qu’à chaque fois que nous couchions ensemble, une arme dormait tranquillement dans la table de nuit à côté de nous, une arme dont il a l’habitude de se servir…

Ça me surprend sans me surprendre, ça ajoute simplement un pan à une personne que j’apprends à connaitre, sans changer mon avis sur lui, encore moins après l’avoir vu tout donner pour me sortir de là et faire écran entre le danger et moi…

Je sais que n’importe quelle fille serait partie, qu’elle serait déjà à des dizaines de mètres où au moins planquée dans un buisson à trembler de peur… Je sais que tout, tout ce qu’il vient de se passer nécessite que je me barre à toute vitesse.

Mais je ne suis pas n’importe quelle fille et Kai ne peut pas imaginer à quel point il est hors de question que je le laisse tomber.

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